épilogue an
précis, dans sa mémoire, arec leur décor circonstancié; alors que d'autres, lié? à des événements capitaux, glissaient à une poussière incertaine, comme le sable des grèves du Léthé.
Or, un matin qu'il était particulièrement enflammé pour le plan con Ire-offensif de ses grandes batailles, et s'eiTorçant au maximum de sincérité (ce qui n'est pas toujours commode, tu la perpétuelle sollicitation à embellir, greffée sur notre orgueil et outrecuidance), il éprouva comme un éblouisse ment passager. Les mots se fendirent es deux morceaux chacun, laissant voir un vide rouge et jaune, qui tournait comme une toupie d'enfant. C'était la seconde fois qu'il éprouvait une pareille transe, la première l'ayant saisi à la Porte Colline, la nuit précédant son entrée à Rome. Ses esprits revenus, il planta là son discours tactique et courut d'un trait & la conclusion de son vingt et unième, et avant-dernier chapitre, auquel il tenait entre tous a cause de sa finale : « Henreux et « tout-puissant jusqu'au bout, comme las Chaldéens « me L'avaient promis, il ne me manqua qne de faire « à Jupiter la dédicace du nouveau Capitale. » Puis laissant son travail, il se jeta sur un lit bas, propice & la méditation, et y demeura un bon moment.
Après la sieste, aussitôt que la lumière, moins farouche, commençait a alterner et orner d'ombressuaves les flancs des collines et des monts harmonieux, il partait pour la pèche, qu'il pratiquait avec ferveur, à la mer, ou dans les cours d'eau ordinairement poissonneux. Fort habile en cet art délicat (et qui prend l'imagination, à la façon de la loterie, tiraillant comme elle, sur le hasard) il prétendait que certains, nés sous le signe naviculaire du poisson, sont
iHS SÏLLA ET SON DKSTïN
naturellement appeleurs et appateura de ces humides et squameux petits personnages; alors que les autres ne prennent rien et rentrent bredouilles. 11 se disait né sons le bon signe. Le fait est qn'il lui arrivait, après nne courte attente, an fleuve et torrent, comme a la vague marine on & l'étang, de tirer de l'eau nne pièce magnifique, truite, brochet, tanche on barbot ou rouget de roche, puis deux, puis trois, tonte nne famille, qui scintillait dans la nasse. Car jamais il ne se servait de harpon, de crainte de gâcher les œufs et poutargue, ni de madrague, qu'il trouvait long et fastidieux de relever.
Le lendemain du jour que nous venons de dire, alors que sur la rive d'un cours d'eau surnommé Cirrhus (en raison de la rousseur de son limon) il tentait la fortune ichtigéne, invoquant la glissante déesse des carpes et brochets, il ent nne vision semblable à nn mirage : C'était l'heure du crépuscule, cependant que se réveillent et courent, fustigeant le miroir trouble du Cirrhus, une multitude d'insectes, dits éphémères, pour ce que leur existence ici-bas est fort abrégée, comme la notre. 11 sembla à Sylla qn'il revoyait la charge de ses soldats, foulant en Grèce ceux de Hithridate et la poussée irrésistible de ses légions, Cest en cet instant qu'il perdit connaissance, et, lâchant aa pèche, se laissa glisser sur l'arène, non de face, mais de coté. Des serviteurs, accourus à sa recherche, vers le soir, avec des flambeaux, le découvrirent en celte position et le ramenèrent au logis, oil il reprit connaissance rapidement, mais non l'usage de la parole.
La nuit et la journée suivante, pnis la seconde nuit furent tranquilles. Au matin, toujours muet et le