ÉPILOGUE
du populaire, qui est l'extrême versatilité; et celui des militaires, même excellents, qui est l'ébahissèment et la stupeur devant le politicien parlementaire. Hais ce qu'il fustigeait avec le plus de vigueur et d'ironie, était cette idée fausse, et très répandue, que de mauvaises institutions doivent être — bien que censurées d'une façon générale — respectées dans les gaillards et truffards qui les appliquent : a Si tu veux supprimer le poison, brise la coupe qui le contient. » Aussi les portraits abondaient-ils, dans ses Mémoires, quelques-uns caustiques, et même vireux. Car on ennemi mort n'était pas, aux yeux de Sylla, plus vénérable, ni a ménager, qu'un ennemi vivant. Autrement, il serait trop facile aux morts, justement châtiés, de prendre leur revanche injuste de leur châtiment.
Après avoir bien balancé, le Chef avait décidé de dédier ce journal a Lucullus, qui avait été l'amiral de sa flotte eu Grèce (flotte au début inexistante) et son confident. Lucullus était probe et scrupuleux. Il avait mêmes haines. Métella avait discerné en lui le collaborateur le plus exact et fidèle de son mari, et ce jugement lui avait survécu. Enfin il était vigoureux, de bonne complexion, et heureux dans ses entreprises comme l'Epaphrodite lui-même; ce qui, pour un exécuteur testamentaire, est un ensemble de qualités de premier plan. Celte délégation donnait a Lucius Cornélius l'occasion (qu'il saisit) de rédiger en grand détail ses dispositions et legs, quant à ses proches et lieutenants. 11 pensait que ce travail important doit être fait en pleine santé, à distance convenable du trépas, et de toute amertume ou aigreur. Il excepta de ses munificences le seu'
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Pompée, bod gendre, à cause de ses récentes intrigues et du méchant propos que nous avons dit. La majeure partie de ses biens, meubles et immeubles, fut attribuée partie â Valéria, partie à sa fille Fausta. Personne, même petit, n'était oublié.
Fermée cette parenthèse de l'héritage, que la plupart négligent, mais que lui ne négligea pas, il se remit à son journal avec une sorte de frénésie allègre, écrivant de l'aube jusqu'à midi, dans une salle exposée au soleil et à l'air marin- Sa facilité était extrême, vu la clarté naturelle de son esprit et son enjouement ; et il ne se corrigeait que peu ou pas du tout, de même que, dans l'action, il ne revenait pas sur ses décisions.
De ces pages, couvertes des entrelaça de son écriture foudroyante, il ne donnait lecture A personne, sachant l'ennui qui en résulte pour les auditeurs. II commit l'imprudence de n'en pas faire prendre copie par ses secrétaires, livrant ainsi, A un seul et fragile esquif de papier et de cire, le soin de sa gloire et réputation, et sur unemerbieniocertaine. Oci étonne d'un aussi grand et complet politique et pilote, et que le problème de la durée préoccupait plus que quiconque.
Tout en concevant et rédigeant, parmi le miroitement apollinien et tant de flèches bleues et dorées, il admirait maints enchaînements, dont il ne s'ét >it pas avisé au moment où ils se nouaient sous ses yeux. Comment telle petite détermination, prise à Athènes, avait eu son mûrissement et sa moisson en Macédoine, ou en Asie, ou à Rome, six mois, un au, deux ans plus tard. L'esprit de l'homme étant une sorte de grenier, où le blé de l'entreprise continue A germer et A mûrir. Certains souvenirs insignifiants demeuraient vifs et