‹ Sylla et son destinChapitre 6 sur 12 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

boules de mille manières, et sur mille enclumes; étant ancré en cette opinion qu'un employé de l'Etat est un animal, qui doit être sans cesse tenu en haleine et fidélité, comme un majordome d'espèce supérieure. Le dictateur exigeait que qui était aux comptes comptât, et qui au contrôle, contrôlât et qui & la judicature, jugeât. 11 ne supportait point ce qu'il appelait les rouleaux tournant & vide. Par contre, les moyens et petits fonctionnaires notamment les municipaux, ces maires de minimes villes et bourgades, qu'il avait institué et casés, regrettaient son départ, le considéraient comme leur fondateur, père, soutien et appui. Tel était le cas du maire, tout voisin de Dicéarchie, aujourd'hui nommée Pouzzoles, lequel donna sa démission, quelque temps après le maître, et fut remplacé par un brouillon et un filou, du nom de Granius.

Nais le plus grand trouble et le plus important (allant jusqu'à l'inquiétude anarchique) fut celui des lieutenants de Sylla et Cornéliens des colonies militaires, respirant, mangeant, et se mouvant par lui et à ses ordres, lesquels se demandaient quel serait désormais leur sort. Deux cent cinquante mille vétérans demeuraient en l'air et en suspens, du fait de cette carence politique inattendue. On raconte que .d'immenses sacrifices furent faits aux dieux, en certaines villes, pour obtenir le retour du chef aux affaires. Ici et là, on put craindre quelques murmures, qui n'allèrent pas jusqu'au soulèvement. En effet, les nouveaux consuls promulguèrent un édit général, contresigné par les pontifes et le prince,du Sénat, attestant que rien ne serait modifié à la Constitution syllanienne, notamment en ce qui concernait les lots

«t allocations militaires. Il n'en vint pas moins de plusieurs cités, vers Cames, des délégations de suppliants, que Sylla reçut, pais éconduisît avec bienveillance, charmé d'être ainsi regretté, mais ennuyé d'être dérangé- D'où la location de • déplorateur de Sylla » qui signifie un importun, chargé de bonnes paroles, pins que de présents substantiels.

I.'ex- dictateur partagea son temps en trois parties : la première, consacrée aux municipes et colonies militaires du voisinage, où il désirait voir l'effet de ses lois, et si leur incidence avait été sagement calculée. La seconde, attribuée & ses Mémoires, qu'il rédigeait d'après ses souvenirs, avec un manque d'apprêt volontaire et nn naturel inégalé. La troisième, occupée par la chasse — (les environs étant giboyeux) — mais surtout par la pêche & la ligne, tant dans les petits torrents, et ruisseaux, ou ruisselets des environs, que dans la mer. Il arrivait très souvent qu'an de ses anciens soldats, devenu laboureur ou marin, l'abordât sur la route, a la familière, comme il faisait autrefois en Asie, ou en Grèce, et lai contât ses petites affaires, qu'il coupait d'une rapide et complète approbation, tes Consuls lui avaient proposé une garde particulière, chargée de veiller sur sa vie, en raison des haines accumulées. Hais il l'avait refusée en riant : <■ Étant saturé, et au delà, des janissaires et des licteurs ».

11 n'avait conservé que dix esclaves noirs, trapus et forts comme des taureaux, qui s'empiffraient du matin au soir et lutinaient en cachette les filles de chambre, leur faisant des demi-maugrabins, dont on prétend que la descendance bariolée n'est pas encore éteinte en ces parages.

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