ÉPILOGUE
Or il advint qu'à Dicéarchie-Pouzzoles, Il l'occasion de l'élection du nouveau maire, une séditionnette éclata entre la colonie militaire, de cinquante-trois familles, et les] civils, a propos d'une enclave de vignes, que les uns et les autres prétendaient leur appartenir. Il y eut un tué et quatre blessés. Ce jourlà, précisément, se trouvaient invités à la Villa Orehomine les deux Hérennius, sénateurs réactionnaires — (un peu moins en fait, depuis la retraite du tyran) et leurs femmes, liées avec Valérie, fort élégantes et d'une délicate beauté. Quand la nouvelle fut apportée par un Numide, grand comme une tour et tout essoufflé, ces dames frivoles battirent des mains, demandant a assister h l'émeute (elles en avaient vu d'autres à Rome) et a son règlement. Bonhomme, le Maître accéda à- leurs désirs, appela une vingtaine de solides gourdins et, en cet attirail, se rendit à Pouzzoles, où les choses continuaient à chauffer, vu que les partis adverses s'étaient barricadés et se lançaient d'énormes pierres. Aussitôt, Sylla convoqua le maire Granius, le tança vertement et publiquement pour le désordre de sa commune, et rendit le jugement suivant, avec ordre de le faire immédiatement connaître aux administrés : trois de chaque bord, et des plus acharné?, seraient battus de verges, puis emprisonnés pendant deux ans, au pain et à l'eau; attendu qu'il ; avait eu mort d'homme et sévices graves. Quant au vignoble contesté, il serait soustrait aux deux partis et attribué au municipe, à l'état de bien transmissible. Une certaine heure était fixée, au delà de laquelle, si le bruit continuait, une maison de chaque quartier, tirée au sort, serait brûlée.
Les Hérennius firent remarquer & leurs femmes la
dextérité sans précédent (et qui n'eut pas d'imitateurs) avec laquelle le grand citoyen tranchait les différends d'une petite, comme d'une grande cité. L'arrêt syflalien, une fois rendu, le calme revint comme magiquement et, ce même soir, des gaillards, prêts deux heures auparavant à s'entr'égorger, se réconciliaient, la coupe en main, et célébrant la justice romaine.
Conformém«ntauxavisde Mètella-spectrale, Vnléria se garda bien de demander la grâce des coupables, qui d'ailleurs n'eût pas été accordée.
Quelque temps après, le richissime banquier grec Xémandre, de l'entrevue de Hithridate à Dardane, étant descendu en Italie, vint rendre visite à Sylla, à Cumes. Il rappelait un trop bon souvenir pour qu'on ne le reçût pas cordialement, ainsi que sa suite. Il était toujours semblable à un rat et avait conservé son odeur de musc. Le Chef prit ainsi plus de plaisir a le sentir et flairer qu'à l'écouter ; car Xémandre ne pouvait arriver à comprendre comment celui qui détenait le pouvoir suprême avait été amené à l'abandonner. Alors son hôte : a Tu ne saurais croire com- « bien le plaisir de la démission est supérieur à celui « même de l'investiture 1 Distribue tes biens, on la a dlme de tes biens en l'honneur d'Hercule, comme a je l'ai fait, 6 Xémandre, et tu m'en diras des nou- « «elles. » Mais le rat dodu avoua sans malice que telle abnégation était loin de lui et de son désir. À l'occasion de cette visite, Lucius Cornélius, qui aimait à mystifier et ne s'en privait pas, ayant déguisé Tyrannion en une manière de prince musulman, couvert de plumes et de bijoux, lui faisait rendre les honneurs par les esclaves noirs, et le présentait, comme tel, a son hôte. Tyrannion s'acquitta de son rôle a ravir et