ÉPILOGUE
répondit à tontes les questions saugrenues que le banquier ne manqua pas de lui poser, A la grande Joie du Maître, de Valéria et de Muréna, lequel se trouvait là par hasard.
Cependant il aurait déplu a celui qui avait mené l'Empire, de se transformer, sur le tard et gratis, en ■bâte curieuse à l'usage des manieurs d'argent et seigneurs, grecs ou autres, venus le relancer a, domicile. 11 décréta donc qu'un versement de deux cent mille sesterces serait réclamé A cette catégorie de visiteurs, contre une demi-heure d'audience, et que cette somme serait attribuée au fonds permanent des colonies militaires, demeurées sa grande pensée. Dix entrevues de telle sorte ayant eu lieu en un an, il en résulta un bénéfice de deux millions de sesterces, qui furent équitablement répartis, par les secrétaires, notamment & la colonie de Capoue. Celle-ci, avec cet argent, planta et cultiva un immense clos, dont le «ru reçut le nom de « Sylla ».
La rédaction de ses mémoires absorbait les matinées du Chef, alors que l'esprit est le plus dispos et saisit le mieux, et plus avidement, les joints et charnières de toutes choses. 11 en avait dressé et établi le plan •en vingt-deux chapitres, dont douie étaient consacrés aux guerres, étrangères et civiles, et dix A la législation qui, selon lui, peut et doit prévenir les unes et les autres. L'ordre en était semi-chronologique, semilogique; et quand un homme, ou une circonstance ou un songe, l'amusaient et piquaient rétrospectivement .sa curiosité, il s'y attardait et musardait sans vergogne. Le style était vert comme sa volonté, romain pour la fermeté et la dureté de chaque membre de phrase en particulier, grec pour le nombre des inci-
dentés, comparées par lui aux branchages, où chantent les oiseaux do raisonnement. Au débat de chacun des chapitres, il insistait sur la concordance entre les complications extérieures, ou diplomatiques, et les complications intérieures, ou civiles, affirmant, preuves en mains, que les premières se doivent dénouer par les secondes, et non inversement. Il disait aussi qu'a l'âge de quarante ans seulement, cette vérité lui était apparue, ainsi que cette autre qu'une sédition, ou une révolution, ou une émeute, sont toujours l'oeuvre de l'étranger. A quarantecinq ans, il avait compris que les questions sociales n'existant qu'en fonction des questions politiques, et sont commandées par elles. Il était donc, an moment où il écrivait, en possession, depuis quinze ans, d'une méthode de gouvernement résumée dans cette formule : « Résiste aux débuts, et frappe a la tête. • Il ne lui échappait point, d'ailleurs, qu'en matière de législation, répressive ou préventive, tout est toujours à recommencer; que les générations humaines, par qui sont appliquées les lois, alternent en aveuglement et en clairvoyance, en débilité et en force; et que le meilleur fagotage du monde est toujours menacé de ruine, si l'autorité recule ou défaille.
Comme il se faut toujours appuyer sur un ou plusieurs groupes, pour faire l'ordre, il s'était appuyé partie sur l'aristocratie romaine, et partie sur le populaire et le militaire. Il avait pris et appliqué la thèse du sang contre celle de l'argent, la première étant nationale et la seconde ne l'étant pas; puisque l'or roule indifféremment entre les peuples. Il connaissait cependant et signalait le défaut de l'aristocratie, qui est l'amollissement par le bien-être; celui