SYU.A
Du crime d'accepter les fors que je leur donne,
Et d'oser espérer que Sylla leur pardonne.
Tu ne me connais pas, Roscius, je le voi,
Et mon âme est encore un mystère pour toi.
Toujours la liberté, que mon pouvoir immole,
Fut l'objet de mes vœux et ma plus chère idole;
J'ai combattu pour elle au sénat, au forum,
Aux champs de Chéronéo, aux sables d'Arpinum;
Je la voulais pour tous. Mais sur les bords du Tibre,
Je ne vis que moi seul qui voulusse être libre.
Les tribuns des consuls se montraient les rivaux,
Et l'intrigue à prix d'or enlevait les faisceaux;
Je ne trouvai partout que dignités vénales,
Qu'esclaves insolents, que longues saturnales;
Des forfaits impunis, des cœurs dégénérés,
A leurs seuls intérêts impudemment livrés:
Un farouche soldat, trop fier de sa bassesse,
Sous son joug plébéien accablait la noblesse;
Au tribun Marins dès lois je me promis
De demander un jour compte de ses mépris.
Son nom était fameux par plus d'une victoire;
Par des exploits plus grands je fis pâlir sa gloire.
El je le vis contraint, ce rival odieux,
D'aller au ('apitoie en rendre grâce aux dieux.
Sauver la république était mon espérance :
La ruine, l'exil, furent ma récompense.
Je dérobai ma tête aux faisceaux du licteur;
Je m'éloignai proscrit, je revins dictateur.
Je n'ai du consulter, dans le temps où nous sommes,
Que le sang d'où je sors, et mon mépris des hommes.