‹ SyllaChapitre 13 sur 286 · ACTE I, SCENE IV. 5(J · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. 5(J

Les Romains n'avaienl droit qu'à mon inimitié; Je les jugeai sans haine ainsi que sans pitié. Malgré vous, ai-je dit, je brise vos entraves; Quoi! lâches citoyens! vous voulez être esclaves! Non, je vous ai jugés dignes d'un meilleur sort. Vous demandez des fers! je vous donne la mort. Bénissez en tombant cette faveur dernière, Et rendez à vos dieux une âme libre et fière.

ROSCIUS

Sylla, laisse attendrir tes superbes dédains : Il est, il est encor des cœurs vraiment romains.

Je le sais; et César brillant par sa vaillance, Que relève l'éclat d'une illustre naissance; Pompée, espoir de Rome, et le jeune Caton, Le noble Métellus, l'éloquent Cicérou, En appelant sur eux les regards de la terre, Loin d'exciter ma haine ont vaincu ma colère.

KOSCIUS.

Ah! si tel est Sylla, si son cœur irrité Nous veut h prix de sang rendre la liberté, Qu'il soit donc satisfait : elle vit dans les âmes; Au cœur de la jeunesse elle allume ses flammes, Et son triomphe un jour peut surpasser tes vœux! Vois cette foule ardente appelée à nos jeux! Quand je montre aux Romains sous une toge antique Ces grands hommes, l'honneur de notre république; Ces iiers enfants de Mars, des lois nobles soutiens, Héros dans les combats et partout citoyens; Curtius recherchant une gloire inconnue; Cincinnatus vainqueur, conduisant la charrue;

4o SYLLA.

Camille sauvant Rome et chassant les Gaulois, La mort de Décius couronnant ses exploits; Brutus, sous les dehors d'une vie insensée, Du plus hardi dessein mûrissant la pensée, Et du fer que Lucrèce a plongé dans son sein Armani la liberté pour frapper les Tarquin; RéguluS triomphant au sein de l'esclavage; Ton aïeul Scipion le vengeant dans Carthage: Par ces nobles récits tous les cœurs exaltés, Dans les siècles de gloire avec moi transportés, S'y pénètrent des feux d'une nouvelle vie, Et renaissent au sein de la vieille patrie.

Sur ces jeunes Romains exerce ton pouvoir : Je ne tromperai pas tes vœux et leur espoir.

ROSCIUS

Fils de Cornélius! rappelle h ta mémoire Cet acte généreux qui commença ta gloire, Ces citoyens sauvés aux remparts de Nola Qui d'un rameau civique honorèrent Sylla.... Pardonne 11 Claudius!

Je t'entends; je t'admire, Roscius; sur les cœurs je connais ton empire; Je m'y soustrais moi-même avec quelque regret; Mais je dois écouter un plus grand intérêt.

ROSCIIS.

C'est l'ami de ton fils.

Sa sentence est portée.

Page 1