ACTE I. SCÈNE II. S
que c'est toi qui empêche le Suisse de s'asservir à cette dynastie nouvelle, parce que c'est toi qui le retiens ine'branlablement attaché à l'Empire, comme le furent toujours nos dignes aïeux. — N'est-ce pas cela , W erner?. . dis si je me trompe ! . . .
ST AUFFACK. ri
C'est cela même; telle est contre moi la haine de Gessler.
GERTRUDE
Il te porte envie , parce que tu vis heureux et libre au sein de ton propre héritage, tandis qu'il n'en connut jamais. C'est de lEmpereur lui-même et de l'Empire, que tu tiens en fief cette maison , et tu peux t'en glorifier comme cliaque Prince d'Empire se glorifie du pays qu'il gouverne • tu ne reconnais au-dessus de toi d'autre maître que le chef suprême de la chrétienté. — Pour Gessler, c'est un cadet de famille : son manteau de Chevalier est le seul bien qu'il possède ; aussi voit-il le bonheur de chaque homme vertueux avec les yeux de l'envie et de la malveillance • dès long-temps il a juré ta ruine. — Sa haine ne t'a point encore atteint. — Attendras-tu qu'il l'ait assouvie ?. . . Ah ! Werner, l'homme sage prend les devants.
STAUFFACK.
Qu'y a-t-il donc à faire ?
gertrude, s 'approcîiant encore de lui.
Ecoute mon conseil ! Tu sais comme tous les hommes de bien, dans Schwitz, ont en horreur l'avarice et les excès de Gessler. Sûrement ceux qui habitent sur la rive opposée , les braves d'Unterwald et d'Ury , sont, comme nous, las de cette tyrannie et de ce joug affreux; car Landerberg agit sur l'autre bord, comme Gessler parmi nous : chaque bateau de pêcheur nous apprend une nouvelle violence.
— Reunis quelques hommes sages etprudens, méditez ensemble sur les moyens de briser nos honteuses chaînes. Dieu , j'en ai la ferme assurance , Dieu ne nous abandonnera pas; et il fera triompher la cause sacrée de la justice.
— Parle Werner, n'aurais -lu pas dans Ury quel qu'ami d'hospitalité, auquel tu pusses avec franchise ouvrir le fond de ton cœur?
STAUFFACK.
Oui ; j'y connais plusieurs hommes sages et considérés, et qui méritent toute ma confiance. (// se lève.) — O femme ! quelle terrible tempête tu viens d'élever dans mon paisible cœur! ru as étalé les derniers replis de mon âme à