ACTE II. SCÈNE I. gl
tes pins riches habits, tu veux sûrement aller à Alloif grossir la cour du Gouverneur?
RUDENS.
Oui , mon oncle , et je ne puis tarder plus long-temps.
ATTINCHAUSS s'assied.
Tant de précipitation est-elle nécessaire?... Comment!... Le temps a-t-il été départi à ta jeunesse dans une si petite mesure, qu'il faille en être ainsi économe eus ers ton vieil oncle ?
RUDENS.
Je vois que mes soins vous sont inutiles, je ne suis qu'un étranger dans celte maison.
ATTINGHAUSS, ap?'ès l'avoir long- temps considéré.
Oui, malheureusement, tu n'es qu'un étranger; malheureusement, ton pavs est devenu pour toi une terre étrangère. — Ulric ! Ulric! je ne le reconnais plus : tu hrilles couvert d'or et de soie j tu lèves fièrement la tête qu'ombrage un panache éclatant, tu rejettes négligemment ton manteau de pourpre sur tes épaules ; tu regardes avec mépris les habitans de nos campagnes , et tu rougis de honte à leurs saluts familiers.
RUDENS.
L'honneur qui leur est dû , je le leur accorde sans peine , mais je sais leur refuser les droits qu'ils s'arrogent.
ATTINGHAUSS.
La colère terrible du Prince pèse sur le pays entier ; le pouvoir tyrannique qui nous opprime déchire le cœur de tous les gens de bien. — Toi seul tune prends aucune part à la douleur commune. — L'on te voit, déserteur des tiens, t'attacher aux ennemis de la patrie, poursuivie de futiles plaisirs en te riant de notre infortune , et rechercher la faveur des Princes , tandis que ton pays saigne , accablé sous un fléau destructeur.
R UDENS.
Le pays est durement opprime. — Et quelle" en est la cause, mon oncle?. . . qui l'a plonge' dans cette profonde misère?... Il ne vous coûterait qu'un seul mot, facile à dire, pour vous délivrer en un instant de l'oppression, et pour vous concilier à jamais les bonnes grâces de l'Empereur. Malheur à ceux qui fascinent les yeux du peuple sur son véritable bonheur! malheur à ceux qui, pour leur intérêt particulier, détournent les Waldsleltes de prêter serment à l'Autriche , comme l'ont fait tous les