ACTE II, SCENE III. ùfl
CLAUDIUS
Valérie!... h ce nom mon courage chancelle; Tant d'amour, de vertus!...
FAUSTUS
Tu dois vivre pour elle.
CLAUDIUS
Vivre, mon cher Faustus!... quel vœu formes-tu là?
Où fuirai-je? ce monde appartient à Sylia.
Vivant je le craindrais; et mourant je le brave.
Obéir et haïr, c'est le sort d'un esclave.
Que je le bénirais, ce trépas attendu,
Si pour Rome mon sang eût été répandu!
Ah! que n'ai-je vécu dans ces temps où Carthage
Au pied du Capitole envoyait le ravage,
Où le fier Annibal autour de nos remparts
Faisait insolemment flotter ses étendards;
Dans les plaines de Canne, au bord de la Trébie,
Claudius serait mort en servant la patrie:
Mais tomber sans honneur! tomber au bruit des fers!
FA.USTUS.
Eh bien! défends-les donc ces jours qui nous sont chers, Du sort jusques au bout fatigue l'inclémence, Et laisse à ton ami sa dernière espérance.
CLAUDIUS
A conserver mes jours quand je consentirais, Où fuir, où me cacher?...
FAUSTUS
Ici, dans mon palais.
A les persécuteurs, en ce jour déplorable, Opposons de ces murs l'asile inviolable. Qu'ils viennent t'arracher aux foyers de Faustus!
CLALDIUS.
Je pourrais t'exposer!...
Ah! ne balance plus; Ou c'est moi qui t'accuse auprès de Valérie De trahir l'amitié, l'amour et la patrie.
CLALDIl'S.
Jusqu'au dernier moment arbitres de mon sort, Je veux leur dévouer et ma vie et ma mort.
FAUSTUS
Hàlons-nous d'éviter une foule importune, Qui vient, du dictateur adorant la fortune, Aux portes du palais attendre son réveil.
CLALDIl'S.
L'auteur de tant de maux connaît donc le sommeil !
(Ils entrent chez Faustus.)