ACTE II. SCÈNE II
mense foret qui étendait au loin ses racines entrelacées. Bientôt leur nombre s'étant accru, et cette vallée ne pouvant plus leur suffire, ils s'avancèrent jusqu'à la montagne noire et même jusque dans le pays de XS eissland (1) où un autre peuple , parlant une langue différente , \i\ait caché derrière des glaces éternelles. Jis bâtirent le bourg de Stanz dans la forêt de Kern , et celui d'Altorf dans la vallée de la Reuss : leurs descendais y demeurent encore , se souvenant de leur origine • et, malgré les races étrangères qui depuislors se sont établies au sein de leurs vallées, les Suisses se retrouvent toujours; un même sang, un même cœur, font qu'ils se reconnaissent an premier abord. ( // étend ses mains à droite et à gauche. )
Oui ; nous tous sommes un même sang et un même cœur.
tous , se touchant la main.
Nous sommes un même peuple et nous agirons d'un commun accord.
(1) Le Pays- Blanc , c'est le Hassl'i , sur les frontières d'Unterwald , dans le canton de Berne ; cette vallée est renfermée entre des montagnes très-hautes, le Griiusel, le Vetterhoru , le Schreckhorn et la Jungfrau.
Il8 GUrLLAUME TELL,
ST AUFFACK.
Les autres peuples out baisse' la tête sous îe joug de l'étranger et se sont soumis au vainqueur. Même au sein de nos vallées , on trouve un grand nombre d'hommes assujettis à des maîtres du dehors, et dont la triste postérité reçoit la servitude pour héritage. — Mais quant à nous , race pure des anciens Suisses , la liberté nous est toujours restée. JNous n'avons point fléchi le genou devant des Princes, et c'est librement que nous avons choisi la protection des Empereurs.
ROSSELMANN.
Oui , c'est librement que nous avons choisi la protection de l'Empire ; ainsi le porte la lettre de l'Empereur Frédéric.
STAUFF ACK.
L'homme le plus libre même doit reconnaître un supérieur. Il faut un chef, un juge suprême auprès duquel on puisse trouver la justice lorsque quelque différent s'élève. C'est dans cet esprit que nos pères , après avoir conquis de vastes terrains sur les anciennes solitudes, en firent hommage à l'Empereur, dont la puissance s'étend sur les immenses contrées des Velches et des Germains, et qu'ils s'engagèrent à le servir dans la noble carrière