SCÈNE II
Un lieu sauvage et boisé , borné de tous côtés. Des ruisseaux en cascade se précipitent du haut des rochers.
BERTHA en habit de chasse; RUDENS immédiatement après elle.
EERTHA.
X l me suit. Le moment de nous e'claircir est à la fin arrivé.
RUdens s'approche brusquement.
Enfin, Madame, je me trouve seul a\ec vous ; des précipices nous entourent de tous côtés, je n'ai aucun témoin à craindre dans cette retraite sauvage ; il faut que je soulage mon cœur du poids d'un trop long silence.
BERTHA
Ltes-vous bien assure' que la chasse ne nous suive pas ?
RUDENS.
Elle se dirige d'un autre colé. — Maintenant,
l44 GUILLAUME TELL.
ou jamais ! il faut que je saisisse cet ÎDstant précieux ; il faut qu'il décide du sort de ma vie , d Cit-il m'élpigner de vous pour toujours. Oh ! que vos doux regards ne s'arment pas de celte sombre sévérité. — Qui suis -je pour élever jusqu'à vous mes audacieuses pensées? La renommée n'a point encore proclamé mon nom , je n'ose me mettre sur le même rang que ces Chevaliers qui , tout brilfans de l'éclat de la gloire, briguent l'honneur de voire main. Mon cœur rempli de constance et d'amour , voilà tout ce que je possède !. . .
bertha, d'un ton grave et sévère.
Ose-t-il bien parler d'amour et de constance , celui qui manque à ses premiers devoirs ? . . . ( Rudens recule étonné. ) l'esclave de l'Autriche , l'insensé qui se vend à l'Etranger, à l'oppresseur de sa patrie?. . .
RUDENS.
Quoi ! c'est de vous, Madame, que j'entends de semblables reproches? — Eh! qui, si ce n'est vous , cherché-je à la cour des Gouverneurs ?. . .
BERTHA
Vous pensez donc me trouver où se trouve la perfidie ?. . . Ah ! je donnerais ma main à Gessler, à l'oppresseur lui-même, plutôt qu'au