ACTE IV. SCÈNE I. l
pendre, ces rocs ne présentent, hélas ! que leurs flancs nus et escarpés.
le jeune pêcheur, montrant à
gauche.
Mon père , voilà une barque qui vient de Flulen.
EE PÊCHEUR
Que le Ciel sauve ces infortunés ! lorsque la tempête s'engouffre dans ce détroit, elle ravage tout ce qui l'entoure, semblable à une bête féroce qui s'élance contre les barreaux de sa prison , et qui en cherche la porte avec d'affreux mugissemens. — Non , pour eux , plus de refuge ! Des rochers qui s'élèvent jusqu'aux Cieux , leur ferment l'entrée de la demeure des hommes. (77 monte sur la hauteur.)
EE JEUNE PÊCHEUR
Mon père ! c'est la barque du Seigneur d'Ury , je la reconnais à son pavillon écarlate et au drapeau qui flotte dans les airs.
EE PÊCHEUR
O justes jugemens de Dieu ! . . . Oui, c'est lui-même , c'est le Gouverneur. Il navigue sur ces flots en furie , et il porte son crime avec lui. ... Le bras de la vengeance l'a bientôt atteint. Maintenant il reconnaît un maître plus puissant que lui. Ces vagues n'obéissent point
à sa voix , ces rochers n'humilient point leur tête devant le chapeau qui le couvre. — Enfan» ! ne prie pas , n'essaie point d'arrêter le bras du Juge Suprême.
LE JI1UNE PÊCHEUR
Ce nrest point pour le Gouverneur que je prie , c'est pour Tell qui se trouve avec lui dans la barque.
LE PECHEUR
O fureur aveugle des élémens ! faut-il que pour atteindre un coupable, tu fasses périr la barque et le pilote lui-même?
LE JEUNE PÊCHEUR
Voyez! \ovez! ils avaient déjà passe' le Bttggiagrat ^ mais la tempête qui, avec force, s'élance du Teufel Munster , les a lancés contre le grand Aremberg. — Ils disparaissent à ma vue.
LE PÊCHEUR
C'est là que se trouve le Fak-messer où, plus d'une barque a déjà fait naufrage. S'ils ne dirigent pas la leur avec prudence , ils iront se briser contre la roche qui plonge à pic dans l'abîme. — Ils ont sur leur barque un habile pilote; et si quelqu'un peut les sauver, assurément c'est Tell , mais ses mains et ses bras sont maintenant chargés de chaînes.