ACTE IV. SCÈNE II
hedvig. ( Elle se retourne vers lui et le regarde avec ètonnement et fierté.
El vous, vous n'avez donc que des larmes quand vos amis sont dans le malheur ?. . . — Où étiez-vous quand on le mit dans les fers? où était voire bras libérateur ? Spectateur tranquille , vous laissâtes s'accomplir cet horrible forfait; vous souffrîtes patiemment que l'on enlevât votre ami. — Est - ce ainsi que Tell s'est conduit à votre égard?. . . Se contenta - 1 - il de ressentir quelque compassion, quand les cavaliers de Gessler étaient sur vos pas, et que, devant vous, mugissait le lac en furie ?. . . Il ne versa pas sur vous d'inutiles larmes , il s'élança dans la nacelle , oubliant sa femme et ses enfans , et il vous délivra.
WALTER PURS T
Que pouvions-nous, hélas ! pour le sauver? nous étions sans armes et en petit nombre. hedvig se jette dans ses bras.
O mon père! et toi aussi, lu l'as perdu!... Ce pays , nous tous , nous l'avons perdu ! il nous manque à tous , hélas ! et, tous, nous lui manquons. Dieu garantisse son âme du désespoir ! . . . La voix consolatrice d'aucun ami ne pourra péne'trer jusqu'au fond de sa prison
solitaire. — S'il devenait malade ! — Ah ! sûrement, sa santé s'épuisera dans cet humide et ténébreux cachot. — Comme la rose des Alpes pâlit et languit dans un air marécageux, pour lui, de même, il n'est de vie qu'à la lumière du soleil et au souffle balsamique des airs! Lui, captif! lui! la liberté fait tout son être , il ne pourra vivre longtemps dans ces exhalaisons sépulcrales.
STAUFFACK.
Tranquillisez-vous. Nous allons tout entreprendre pour briser ses fers.
HEDVIG.
Que pouvez-vous sans lui? — Tant que Tell était libre, l'espoir nous restait encore; l'innocence avait encore un ami ; l'opprimé , un libérateur. Tell vous eût tous délivrés , — mais vous , tous ensemble , vous ne sauriez rompre ses fers. {Le baron se réveille.)
J'aperçois quelque mouvement ; silence ! silence !
ATTIKGHAUSS, se relevant.
Où est-il ?
STAUFFACK.
Qui, Seigneur?