‹ SyllaChapitre 27 sur 286 · ACTE II, SCÈ\E VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈ\E VIII

Interroge les murs où ton ordre est tracé. Parmi les noms inscrits sur la liste sanglante Il en est un plus cher à la foule tremblante; Le nom de Claudius, de ce jeune héros, Vole de bouche en bouche au milieu des sanglots. On vante sa valeur, ses talents, son jeune âge, Tant de hautes vertus qu'il roçut en partage- Il semble que les cœurs, de regrets déchirés, Perdent en lui les biens qu'ils avaient espérés; Et tout ce peuple, ému pour un ami qu'il pleure, Bientôt de Claudius entoure la demeure.

Leur voix, qui frappe l'air en invoquant Sylla, S'élève avec fureur contre Catilina.

J'arrivais en ces lieux, où d'une épouse en larmes Je cherchais vainement à calmer les alarmes. D'une tète si chère elle ignorait le sort; Son absence pour elle était déjà la mort. Des cris se font entendre, et le peuple s'avance; Valérie à l'instant vers la porte s'élance, Et, les cheveux épars, sur le seuil, à genoux : « Romains, au nom des dieux, rendez-moi mon époux! » A ce cri déchirant la foule est transportée; Sur un socle d'airain Valérie est portée; Et vers cette tribune où s'élève sa voix Tous les yeux, tous les cœurs se fixent à la fois. Que ne puis-je, Sylla, sans blesser ton oreille, De sa fière éloquence étaler la merveille ! Mais le respect...

Poursuis... Elle a fait son devoir.

Je l'ai dit, Roscius, que je veux tout savoir.

ROSCll S.

Citoyens, disait-elle (et l'accent qui l'anime

Semble ajouter encore à sa beauté sublime) ,

Pour vous Sylla n'a point de fléaux inconnus;

Au jour de sa fureur nous voilà revenus.

Crois-tu que de ton sang il épargne le reste,

Rome? tu subiras le destin de Préneste.

Contre ses volontés quel serait ton espoir?

La force est le seul droit, mourir le seul devoir;

» L'excès de la terreur a banni les alarmes;

» Le cœur n'a plus de voix, les yeux n'ont plus de larmes;

»Le désespoir lui-même abjure ses transports,

«Et la tombe sans bruit se ferme sur les morts;

»Près du corps de son fils la mère est immobile:

» Sylla voit ce tableau d'un œil sec et tranquille,

«Et compte, sans pâlir, tous les infortunés

»Par son geste homicide a la mort condamnés.

Le passé nous apprend le sort qu'il nous destine.

Allons compter nos morts h la porte Colline;

Dans le sacré parvis, aux autels de Vesta,

Courons voir expirer un autre Scaevola.

Ah! c'est pour vous, Piomains, que ma voix vous implore.

Ivre de sang, Sylla veut en verser encore.

Unis par les regrets, unis par le danger,

Qui de vous à mes maux resterait étranger?

Qui de vous, en ce jour de honte et de misère,

Ne tremble pour un fils, ne gémit sur un père?

Deux femmes, en plongeant un poignard dans leur sein.

Jadis de la patrie ont changé le destin :

Osez d'un pareil prix me donner l'espérance,

Tuut mon sang va couler... A ces mots on s'élance.

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