ACTE V. SCÈNE II. 25i
TELL
Un frisson me saisit aussitôt que je te parle.
Loin de moi , poursuis ta roule effroyable ,
ne souille pas plus longtemps la chaumière
où l'innocence demeure.
le parricide se retourne pour sortir.
Non, je ne puis, je ne veux traîner plus long-temps une telle existence.
Et cependant mon cœur est ému de pitiéj — Grand Dieu ! si jeune , d'une race si illustre, le petit-fils de Rodolphe, mon Seigneur et mon Roi, fugitif, poursuivi pour un assassinat, réduit au désespoir, et implorant avec larmes, là, sur le seuil de celle porte , la pitié d'un pauvre homme ! (Il se cache le visage.)
LE PARRICIDE
Oh ! si vous avez des larmes pour l'infortuné , cpie ma destinée vous touche , elle est horrible. — Je suis prince , — je l'étais , — je pouvais être heureux si j'eusse dominé mes impatiens désirs. LS'envie rongeait mon cœur. Je voyais la jeunesse de mon cousin Léopold couronnée de gloire , je voyais de nombreux États reconnaître ses lois, et moi, d'un âge égal au sien , j'étais contraint à vivre sous une tutelle avilissante.
TELL
Malheureux ! ton oncle ne te connaissait que trop lorsqu'il refusait de te confier des terres et des hommes à gouverner ! Ton affreux attentat justifie d'une manière terrible ses sages résolutions. — Où sont allés les complices de ton meurtre ?
LE PARRICIDE
Où les ont poussés les esprits vengeurs ; je ne les ai point revus depuis notre crime.
TELL
Sais- tu que tu es mis au ban de l'Empire , que tout ami doit fuir loin de toi } et tout ennemi te charger de chaînes?
LE PARRICIDE
C'est pour cela que j'évite toutes les routes connues, et que je n'ose frapper à la porte d'aucune chaumière. — Je dirige mes pas vers le désert , je promène mon effroi à travers les montagnes, et, frappe' de terreur, je recule devant mon image t si quelque ruisseau me la présente. — Oh ! si votre cœur est susceptible de compassion, d'humanité. . . (Il ne jette à genoux devant lui. )
tell, se détournant.
Levez-vous ! levez-vous !