‹ SyllaChapitre 6 sur 286 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ROSCIUS, MÊTELLXJS.

ROSCIUS

Un ordre inattendu que je n'ose comprendre Celte nuit au palais m'avertit de me rendre: Je ne m'en défends pas; un invincible effroi A cette heure, en ces lieux, s'est emparé de moi.

1IÉTELLIS.

La crainte, Roscius, ne peut être permise A celui que Sylla protège et favorise.

Pour toi le dictateur adoucit sa fierté, Que l'insolent vulgaire appelle ernauté; Admis à ses conseils, il souffre que ta bouche Prête à la vérité ce charme qui le touche; Il t'écoute, il te croit; tu jouis entre tous Du privilège heureux de fléchir son courroux:

Et j'ai vu quelquefois colle àuie sombre et fière S amollir à la voix, céder à ta prière. Sylla re.cher.che en loi le peintre ingénieux Des grandes actions de nos premiers aïeux.

ROSCIUS

Oui; de nos vieux Romains il se montre idolâtre;

Sylla permet encor leur éloge au théâtre;

Il admire Sccevole, il honore Brulus;

Mais dans leurs descendants il proscrit leurs vertus.

MKTKI.LIS.

Désormais notre asile est dans la fyrannie;

Rome accepte le joug de ce puissant génie.

Sans lui tout périssait; plus de frein, plus de droits:

La force avait soumis la majesté des lois;

Au forum, au sénat, dans nos champs, dans nos villes.

Tout s'embrasait au feu des discordes civiles,

Quand Marius, guidant un peuple de bourreaux,

De l'état avec eux partageait les lambeaux:

Mais Sylla reparait; la fortune ramène,

Des rives du Mêlas, le vainqueur d'Orcbomène;

Il combat, il triomphe, il monte au premier rang:

Marius et les siens, étouffés dans leur sang,

Expirent; aussitôt la paix renaît dans Rome:

Ce que n'ont pu les dieux est l'ouvrage d'un ho.mme.

ROSCIUS

Ah ! puisse la nature épargner aux Romains Ces sublimes esprits au-dessus des humains! Trop de maux, trop de pleurs, attestent le passage De ces astres brillants nés du sein de l'orage. J'admire, Métellus, l'homme prodigieux Qu'un éclat inconnu signale à tous les yeu\:

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