ACTE I, SCENE I. Jl
Son génie est pour moi la fournaise brûlante
D'où s'exhale d'/Etna la flamme dévorante,
Sans qu'aucun bruit annonce au monde épouvanté
Les profondes fureurs dont il est tourmenté.
Nous cédons l'un et l'autre à l'ascendant suprême
Qui soumet et le peuple et le sénat lui-même;
Et du faîte où s'assied le héros dictateur
Nos yeux avec respect mesurent la hauteur :
Mais, de nos sentiments en recherchant la cause,
Cette admiration que Sylla nous impose
Laisse au fond de nos cœurs des regrets bien amers;
L'arbitre des Romains leur a donné des fers.
La liberté n'est plus. 0 fils de Gornélie!
Dans la tombe avec vous elle est ensevelie !
METELLUS
Qui peut la regretter, lorsque des factieux Ont couvert de son nom leurs complots odieux? Quand un peuple sans frein, aveugle en sa furie, A la voix d'un tribun immolait la patrie, Renversait les autels, brisait le joug des lois, Et des patriciens osait peser les droits ? Bénissons, Roscius, cette main tutélaire Qui sut mettre une digue au torrent populaire. Sylla guérit les maux que la discorde a faits : Son bonheur est le prix de ses nobles bienfaits.
ROSCIl'S.
Le bonheur de Sylla !... Je lis mieux dans cette âme
Que tourmente sa force, et que sa course enflamme.
Ce mortel intrépide, ardent, audacieux,
Cet Ajax, invincible à la clarté des cieux.
Tant qu'aux plaines de l'air l'astre éclatant domine,
Des mondes écroulés braverait la ruine; Dans ce désastre immense il ne pâlirait pas: Mais la nuit il tressaille au seul bruit de ses pas, Sent défaillir son cœur au milieu des ténèbres, SYndorl péniblement dans des rêves funèbres : Lui qui durant le jour gouverne les destins, Dans le secret des nuits consulte les devins, Craint et la solitude, et l'ombre, et le silence : Tel est l'heureux Sylla.
METELLLS.
Taisons-nous, on s'avance.