‹ SyllaChapitre 8 sur 286 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

R0SC1US, METELLUS, CATILINA, BALBUS, OFELLA. C ATI) LUS, SYLLA, chef des licteurs.

[A Rosclus qui s'éloigne.)

Approchez, sénateurs Demeure, Roscius

Vous seniblez inquiets : d'où vient cette contrainte? Qu'avez-vous? Devant moi, bannissez toute crainte. Prodigue de ma haine envers mes ennemis, Nul de plus de bienfaits n'accabla ses amis. Il n'est aucun de vous que mon aspect menace. Kcoutez donc sans trouble, et prenez votre place.

(Les sénateurs prennent place autour d'une table de marbre, où le chef des licteurs, sur un geste de Sylla, a déposé un rouleau de parchemin.)

Vous savez à quel prix j'ai conquis un pouvoir Dont l'état expirant m'imposait le devoir. Qu'importe que Sylla s'illustrant dans la guerre, Portât le nom romain aux bornes de la terre; Que par moi Mithridate à fuir fût condamné; Qu'en triomphe à mon char Jugurtha fut mené; Que pour moi la fortune en miracles féconde Affermît votre gloire et le repos du monde, Si, recueillant le fruit de mes nobles exploits, Marius au sénat osait dicter ses lois, Et, brisant les liens d'un peuple frénétique, A ses lâches fureurs livrait la république?

Triomphante au dehors, Rouie, esclave au dedans,

Expirait sous les coups de ses propres enfants.

Qui pouvait l'arracher à son destin funeste?

Sylla. L'heureux Sylla paraît devant Preneste;

Tout fuit, ou meurt; tout cède à mes premiers efforts;

Le (ils de Marius le rejoint chez les morts.

Abjurant les conseils d'une fausse clémence,

Dans Pionie entre avec moi la terreur, la vengeance;

Le salut de l'état veut des proscriptions;

Et dans des Ilots de sang j'éteins les factions.

Du peuple et du sénat je me proclame maître;

L'un apprend à me craindre, et l'autre à me connaître.

De cette liberté que j'opprime aujourd'hui

Mon pouvoir, que l'on hait, est le dernier appui.

Loin de Rome rugit le démon des batailles :

Le calme de la paix règne dans vos murailles.

Cependant on murmure, et quelques voix encor

A la plainte rebelle osent donner l'essor;

Et du sein de la tombe évoquant la tempête

Le spectre d'Arpinum a soulevé sa tête.

De coupables soupirs, jusqu'à moi parvenus,

Annoncent des complots; ils seront prévenus.

Le salut de l'état impose à ma justice

Le devoir rigoureux d'un dernier sacrilice.

Examinez les noms sur cette liste inscrits;

Rome demande encor ce reste de proscrits;

C'est le dernier éclat d'un salutaire orage;

A la publique paix donnons encor ce gage.

Je veux savoir de vous, avant que de signer.

S'il est quelque Romain que 1 on puisse épargner.

Voyez; mais songez bien qu'en celte circonstance

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