‹ SyllaChapitre 73 sur 286 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

ANNA

Que tlis-je ? ah , voilà son forfait ! De-là tous ses malheurs. Plût au ciel cju'en effet Elle n'eût point porté ce titre héréditaire, Ce déplorable nom de reine d Angleterre! Ses droits ont fait son crime.

PAU LE T

Et quels étaient ses droits, Madame, pour prétendre au sceptre de nos rois ? Du trône paternel pouvait-elle sans crime Chasser de Henry huit la fille légitime? Et contre Elisabeth armant les factions Rouvrir le cours sanglant de nos dissensions ? Et quel était le sort de ma triste patrie Si l'on eût vu régner la seconde Marie ? D'une injuste victoire assurant le succès , Elle eût voulu d'abord nous livrer aux Français: Rétablir parmi nous, despote et fanatique, L'autorité de Rome et la foi catholique, Les bûchers de l'Espagne et ses inquisiteurs . Et du règne dernier les pieuses fureurs. Pourquoi, persévérant dans son fatal délire, Au traité d'Edimbourg refuser de souscrire, D'abandonner des droits attestés sans raison , Et de rouvrir ainsi les murs de sa prison ? Elle espérait sans doute, armant toute la terre, Du fond de sa prison, conquérir l'Angleterre.

Hélas ! entre ces murs, sans secours, sans amis, Comment un tel espoir lui serait-il permis ?

Eh! que peut de vos rois craindre le diadème!

PAUIET.

Quoi donc ! n'a-t-elle pas, de cette prison même,

Poursuivant en secret ses criminels desseins,

Du poignard catholique armé des assassins ?

Savage et Babington , par son ordre perfide ,

N'osaient-ils pas tenter un affreux régicide ?

Norfolk, enfin, Norfolk, un héros adoré,

Que malgré son forfait l'Angleterre a pleuré r

Na-t-il pas, de Marie embrassant la conquête.

A cette idole encor sacrifié sa tête?

Que dis-je ? et son supplice a-t-il épouvanté

Tant d'autres que séduit une vaine beauté?

Que de nobles Anglais, grâce à ses artifices,

De ses adorateurs devenus ses complices,

De leur sang chaque jour couvrent les échafauds ,

Se livrent avec joie à ta main des bourreaux,

Et , brûlant à l'envi d'un fanatique zèle ,

Se disputent l'honneur de se perdre pour elle !

Ah ! maudit soit le jour où, troublant notre paix .

L'Écossaise en fuyant toucha le sol anglais!

ANNA

Malheureuse !

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