‹ SyllaChapitre 74 sur 286 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Malgré moi, sous mes yeux, ils viennent de saisir» Ces lettres, ces écrits, fruits d'un triste loisir, Ce bandeau, seid trésor, parure nuptiale ! Il ne vous reste rien de la splendeur royale. Hélas ! c en est donc fait !

MARIE

Anna, console-tou Ce qu'on peut me ravir ne tenait pas à moi. A de vains ornements je renonce sans peine : Je n'ai pas reçu d'eux ma qualité de reine ; Titre saint, que le ciel nous veut seul accorder! L'homme peut nous abattre , et non nous dégrader

J'honore assez votre âge et votre caractère Pour vous plaindre, Paulet, d'un pareil ministère, Mais parmi ces écrits , dont vous fait possesseur Uu ordre que sans doute on arrache à ma sœur , Puis-je espérer du moins que d'une main fidèle On lui rende l'écrit que j'ai tracé pour elle ? Me le promettez-vous ?

PAULET

Je ferai mon devoir.

MARIE

Ce qu'il contient, Paulet, le voulez-vous savoir D Elisabeth encor j'implore une entrevue , D'elle que mes regards n'ont jamais aperçue. Ses sujets m'ont jugée au mépris de mon rang. Elle seule est d un sexe et d un titre et d'un sang Que puisse reconnaître, en dépit de sa haine, Une femme , une sœur , et sur-tout une reine.

PAULET

N'ordonnez-vous plus rien ?

MARIE

Quoi ! vous allez sortir!

Quoi ! sans que de mon sort vous daigniez m'avertir ! Sans me dire un seul mot ! du monde séparée , Aucune voix humaine ici ne trouve entrée. Un mois pénible et long déjà s'est écoulé Depuis qu'en ce château, par la reine assemblé Un tribunal terrible, envoyé pour m'entendre, Au milieu de mon trouble est venu me surprendre. Il m'a fallu soudain paraître devant lui , Seule, sans défenseur, sans conseil, sans appui, Abandonnée enfin à ma seule innocence.

Depuis ce jour, tout garde un sinistre silence. Parlez , à quel destin faut-il me préparer ?

PAULET

Songez à Dieu , madame.

MARIE

Il m est doux d'espérer Que la bonté céleste à ma cause est propice; Je n'espère pas moins de l'humaine justice.

PAULET

Elle accorde à chacun son véritable prix.

MARIE

De Westminster enfin n'avez-vous rien appris ?

PAULET

Rien, madame.

MARIE

Vurait-on fixé ma destinée ?

PAULET

Je ne sais.

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