CHATS ET CHATTES DE GOUTTIÈRE
— J'userais ma langue à vous rapporter les mines de Sylviane sur son escabelle de la cheminée, que vous ne comprendriez pas les mines de Sylviane. D'abord, en se chauffant, elle ne décessait de nous regarder, M. Casimir el moi, et les regards qu'elle dous lançait de minul minute n'étaient jamais les mêmes A pré ils avaient l'air de rire, comme si les paupières des yeux étaient capables de se comporter pareillement aux lèvres de la bouche, et puis ils avaient l'air <i<i pleurer, ce <|ui est naturel en fin de compte, le regard partant <!•' l'endroit d'où partent les pleurs. Une lois, — je ne veux pas oublier cette particularité des plus drôles, — le corps de ma jeune maîtresse diminua, w réduisit
à rien, et, penchée en avant de la planchette de frêne, elle allongea vers nous, surtout vers M. Casimir, son menu visage brun, plus mince tout à coup, un peu triste, et, sans souffler mot, sembla nous demander quelque chose. Avez-vous remarqué les manèges d'une souris essayant de forcer, des pattes, du museau, des quenottes, les portes de la ratière où elle s'est prise étourdiment? Eh bien! sauf le respect que je lui dois, Mademoiselle ressemblait à cette souris emprisonnée...
— Parbleu ! cria Galibert.
— Parbleu, quoi? interrogea Vigneron, toisant le pâtre.
— Parbleu ! si la demoiselle des Ormades se ramassait de toute sa personne dans la ratière, c'est tout uniment qu'elle avait peur du chat qui la guettait, prêt à lui planter sa griffe dans la fourrure... Pour qui donc prenez -vous M. Casimir Galinier, sinon pour un gros matou à l'espère ?
— Galibert!... intervint mon oncle.
— Ma foi, dit le garde champêtre avec bonhomie, je ne pensais pas à cela, et il pourrait y avoir du vrai dans cette comparaison de M. Casimir avec quelque gros matou de gouttière tra-
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vaille dans ses intérieurs, comme le sont tous les matous à l'entrée de l'hiver, quand les chattes les attendent aux pentes des toits en miaulant d'envie...
— Vigneron, les chattes et les chats nous font perdre un temps précieux...
— Le fait est que, Sylviane continuant ses manœuvres sur la banquette de frêne, le médecin, fixe au milieu de la salle à manger, décolla ses bottes des dalles et marcha vers la cheminée. Vous devinez, je suppose, que je ne fus pas long à le suivre. Tout bien jugé, je ne savais pas ce que ce Galinier, de Tarrassac, voulait à notre demoiselle des Ormades, et je me précipitais pour empêcher ses intentions, si ses intentions ne me convenaient pas.
— Vigneron, je vous félicite du courage dont. le cas échéant, vous étiez disposé à faire montre,
dit mon oncle... Maintenant. liàton--n
— Faut-il que je saute par-dessus Sylviane et M. Casimir, et que j'aborde tout «le suite le second miracle < l « * Tarrassac *.'
Non ! non ! huila la table.
— Oh : mon oncle, c'est si joli, Sylviane et m. Casimir! balbutiai-je.
— Réfléchissez d'ailleurs, monsieur le curé,
insista le garde champêtre, que Sylviane et M. Casimir ayant été mêlés au miracle, le morceau, sans eux, sera bien sec.
Mon bon oncle, vaincu, répéta son mot unique de tout à l'heure :
— Allons !
— Parce que ce médecin, d'un pas assez prompt, avait couru vers notre demoiselle, vous croyez, vous autres, coutumiers des sottises les plus grasses à la façon des paysans, qu'il se passa quelque abomination. Tant pis pour vous! il se passa des paroles tant seulement, rien que des paroles. Par exemple, ces paroles étaient des plus gentilles, et, je l'avouerai franchement, si je n'étais point étonné d'entendre tant jolis propos sortir de Mademoiselle, je l'étais un peu quand ils sortaient de M. Casimir.
« Sûr et certain que tout allait au mieux des mieux, qu'il n'y avait rien à craindre pour personne, je raccrochai à l'un des landiers le fourgon pointu comme une baïonnette dont je m'étais armé, et, tandis que Sylviane occupait la banquette de frêne à droite, où elle avait fait une petite place à son galant, — à son ami, — moi, sans délibérer, j'occupai la banquette à gauche, très content de me trouver en repos
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après cette alerte. Vous entendez, n'est-ce pas, que, malgré mon contentement, je n'avais mis dans ma poche ni mes oreilles ni mes yeux? Sylviane dit cent choses à tort et à travei premier, elle s'informa si les commandes de son oncle étaient arrivées de Saint- Gervais, de Bédarieux, de Béziers...
« — Tout est arrivé, répondit M.Casimir.
« — Méric. le pâtissier, a-t-il envoyé ses barquettes, ses coques, ses poissons à la crèmi nougats?...
« — J'ai vu trois corbeilles pleines d< teaux, j'ai même aperçu une quantité énorme de dragées en des cornets de papier doré...
« — Du papier doré! Ça, c'esf charmant... N'esl il pas vrai que c'est charmant?... Encore que les dragées soient pour la noce, dod pour les fiançailles, si nous eD croquions quelquesunes? proposa notre souris des Ormades, aflû huit bors de ses lèvres des dents plus blan< plus fines, plus pointues <i||r fies aiguilles.
« — La chose ne sera pas commode, m i S\ Iviane mignonne.
« - Pourquoi la chose ne sera-t-elle pas commode ?
« - Mon oncle Juste, se défianl du sans -
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et aussi de la gourmandise des mendiants invités par M. l'abbé, a fait déposer dans une cellule des Minimes les envois en pâtisserie, a refermé la porte de la cellule à double tour et en a mis la clef dans sa poche.
« — C'est bien ennuyeux.
« — Voulez-vous que je coure la lui demander, la clef?
« — Quand il est en train de confesser mon oncle !
« — Que fait cela ? Votre oncle ne peut avoir de péché mortel sur la conscience, et qu'on interrompe ou non sa confession... »
« Puis, après un arrêt de cinq secondes, ce gros matou des gouttières de Tarrassac ajouta d'un ton délibéré qui me fit autant de plaisir qu'un verre de vin vieux, car, malgré mes jeunes ans, ma langue commençait à prendre goût au goulot de la bouteille :
« — M. l'abbé Victor est un « prédestiné », ainsi que l'appelle mon oncle.
« Et il partait lestement, quand Mademoiselle le rejoignit.
« — Ne dérangez pas mou oncle.
« —Je vous assure...
« — Je vous le défends ! »
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« Pour parler vérité, je ne m'attendais p cela de M. Casimir. Devinez ce qu'il lit. Il « dans ses bras Sylviane étonnée de l'a vent m la reporta sur son escabelle de la cheminée, après avoir fait deux fois avec sa charge le tour de la salle à manger. Moi, je recevais le vent de ce tourbillon d'amoureux et ne boug langue. J'avais l'idée que ni l'un ni l'autre ne savait où ils en étaient. Je connais ouï dire que l'amitié d'un garçon pour une fille et (Tune fille pour un garçon les rend Bujets l'un et l'autre à des emportements plus vifs que la flamme, à des emportements qui leur brûlent la cervelle, les rendent qiiasimenl fous
— Vigneron, ces choses impures sont fort pénibles à entendre, gémit mon oncle.
— Et cherchez à présent de quoi s'occupa Mademoiselle, après cette envolée à perdre haleine. Elle s'occupa de continuer le Qoél commencé par la tourbe *\r^ pauvres, au départ des Ormades, et rossignols ce nouveau couplet :
Marie voit uur crèche Qui déborde de /'<>i,i.
Puis de la paille frali Râtelée '■// un coin.