Phases successives de la vie des peuplements
Dans les peuplements tels que nous les avons définis, le nombre de tiges peut varier à l'infini, en raison de l’âge des. arbres, de la nature des essences qui les constituent ainsi qu’en raison de la fertilité de la station ; mais il existe dans chaque cas particulier un certain état de massif qui permet au terrain d’être garni du plus grand nombre possible d’arbres, ayant chacun leur maximum de développement. A cet état correspond la plus forte production de bois sur un espace donné, parce que chaque arbre dispose continuellement de l’espace nécessaire pour se développer, et ce n’est en général ni l’espacement exagéré des tiges, ni le massif trop serré qui permettent de l’obtenir.
Modifications intérieures; peuplement principal, peuplement accessoire. — Quelle que soit l’origine des éléments qui constituent un peuplement en voie de croissance, les arbres qui avancent en âge demandent un espace de plus en plus grand pour développer leurs cimes dans l'atmosphère et leurs racines dans le sol; la lutte pour la vie qui s’établit dès le début de la croissance entre les arbres du même massif, tend à créer dans le peuplement une séparation en plusieurs parties distinctes ; un grand nombre de sujets disparaissent progressivement pour céder la place à d’autres plus vigoureux qui s’accroissent et qui les dominent ; ceux que rendent plus robustes, soit les conditions de la station ou celles dans lesquelles ils se développent, soit encore leur origine ou la qualité de la semence dont ils proviennent, prennent peu à peu et très lentement l'avantage dans cette lutte pour l'existence qui dure aussi longtemps que la vie du peuplement ; les autres sont dès lors destinés à dépérir et à être éliminés progressivement.
Dans tout peuplement abandonné à lui-même, on trouve, toujours pendant toute la phase active de son existence, un ensemble de tiges d'élite qui dominent les autres et se développent avec énergie, et un ensemble de tiges à toutes les phases du processus de dépérissement ; le peuplement est divisé en deux parties distinctes : le peuplement principal et le peuplement accessoire.
Modifications extérieures : fourré, perchis. futaie. — Au fur et à mesure de l’accroissement des sujets qui constituent le peuplement, ce dernier change d’aspect, et il est d'usage de caractériser ces modifications extérieures par le degré de son développement. On distingue :
10 LA PÉRIODE DE FOURRÉ, qui caractérise l’état de jeunesse du peuplement jusqu’au commencement de lélimination des produits accessoires. Le fourré n’est composé que de tout jeunes brins dont les branches persistent jusqu’au sol et ordinairement même s’entrelacent ; il est assez difficile de pénétrer dans l’intérieur d’un fourré.
Les fourrés naturels sont habituellement constitués par un ensemble de tiges de hauteurs très inégales, pressées et entrelacées, par un mélange confus de jeunes sujets de bonnes essences et d’essences secondaires ou de morts-bois, dont la présence hâte la formation du fourré et lui donne la densité nécessaire (fig. 13).
20 LA PÉRIODE DE PERCHIS suit la précédente ; elle dure jusqu’à ce que les tiges aient 20 centimètres de diamètre à hauteur d’homme. Cette période se subdivise en deux : celle du gaulrs et celle du perchis.
Un peuplement à l’état de gaulis est constitué par un très grand nombre de baguettes ou gaules flexibles qui ont déjà perdu leurs branches basses, de telle sorte que le gaulis est déjà plus pénétrable que le fourré ; il renferme à l’unité de surface un moins grand nombre de tiges. L'appareil de feuillage est complet, sinon maximum, et dès cet état il disparaît chaque année à peu près autant de branchages feuillés (feuilles et bourgeons) au-dessous des cimes qu’il s’en forme de nouveaux à la partie supérieure. Le sol entièrement couvert par un dôme de verdure compact, encore peu élevé au-dessus
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du sol, s'améliore rapidement sous l’effet du couvert bas et complet et, grâce aux abondants détritus végétaux qui constituent sur le sol une épaisse couverture morte. Le nombre des sujets, ou plutôt des petites cimes qui luttent entre elles en s’élevant pour prendre place au soleil, diminue d’année en année, pour ainsi dire à vue d’œil (fig. 14).
Les tiges principales ne tardent pas à atteindre et à dépasser 10 centimètres de diamètre ; le peuplement est alors en partie constitué par des perches dont les cimes se touchent toutes et forment un dôme de verdure complet et déjà élevé, tandis qu’il se trouve entre elles et au-dessous d’elles encore beaucoup de gaules qui forment déjà un peuplement accessoire sans avenir. Cet état correspond à la période de perchis proprement dite ou de bas perchis, pendant laquelle La production annuelle du bois arrive à son maximum; c’est la période du plus grand accroissement en hauteur des tiges, période pendant laquelle l’élagage naturel des branches basses s’opère encore avec rapidité, et le nombre des tiges diminue de même (fig. 15).
Lorsque les tiges atteignent une moyenne de 20 centimètres de diamètre à hauteur d'homme, le peuplement principal est constitué par des fûts ayant déjà acquis une grande hauteur ; les cimes dont les branches principales sont déjà fortes occupent chacune une place assez large ; les plus faibles, qui percent encore dans l’étage supérieur, résistent longtemps avant de périr sous l’étreinte de leurs voisines ; la période de grand accroissement en longueur des fûts est terminée, le massif de feuillage formé par les cimes commence à se desserrer, et les arbres s’accroissent en diamètre. Cet état correspond à la période dite de haut perchis. k
39 LA PÉRIODE DE FUTAIE COMMence à Ce moment, lorsque les tiges du peuplement principal ont en moyenne plus de 20 centimètres de diamètre à hauteur d’homme. On peut subdiviser cette période en basse futaie (lorsque les tiges ont de 20 à 35 centimètres de diamètre à hauteur d'homme), en moyenne futaie (troncs de 35 à 50 centimètres de diamètre) et haute ou vieille futaie (arbres ayant plus de 30 centimètres de diamètre à hauteur d'homme). Dans cette période de futaie,
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— Perchis de chène et hêtre
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— Vieille futaie de chène.
les cimes élevées s’étalent avec de fortes branches qui persisteront désormais jusqu’à la chute de l’arbre ou qui ne disparaîtront qu’à la longue en laissant au tronc des tares qui provoqueront la décomposition lente du bois; les trouées qui viennent à se produire dans le dôme de verdure que forment les cimes, ne se ferment plus que difficilement, et au-dessous d’elles le sol est couvert de semis et d’un sous-étage bienfaisant, ou bien envahi par une couverture vivante d’herbes et de morts-bois. Le nombre de tiges à l’unité de surface est devenu très réduit et la production du massif est désormais plus faible que dans les perchis (fig. 16).
Chacun des états du peuplement que nous venons de définir persiste un temps plus long que celui qui l’a précédé: les fourrés et les gaulis durent moins longtemps que les perchis, et ces derniers moins encore que les futaies ; enfin la vieille futaie, terme extrême de la vie des peuplements, reste constituée d’arbres devenus gros qui approchent de la maturité.