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UTILITÉ GÉNÉRALE DES FORÉTS

rémunérateurs. Malgré cela, les trois quarts de la production des forêts françaises restent par routine encore en bois de feu, et cette situation est inquiétante car la baisse des prix du bois de chauffage et surtout des menus bois est loin d’être un fait accidentel. La connaissance des nouveaux débouchés ouverts aujourd’hui doit conduire les propriétaires à modifier les méthodes de gestion de leurs forêts, parfois même simplement les âges d’exploitation, en vue de la fabrication de produits plus recherchés. La transformation à leur faire subir n’est pas radicale, car heureusement presque partout des industries nais-

Fig. 31. — Fabrication du charbon de bois en forêt. Meule en préparation. Forèt d'Orléans (Loiret).

santes viennent demander, sous des formes multiples, mille produits nouveaux ; ici de la charbonnette et des perches de taillis pour la distillation du bois en vase clos, ou des perches ayant des dimensions un peu supérieures pour faire des étais de mine, des perches à houblon, etc., ailleurs les bois qu’on débitait en quartiers ou rondins pour faire des traverses de chemin de fer, de la pâte à papier, des supports de fils électriques (poteaux télégraphiques ou autres), ainsi qu’un grand nombre de produits similaires.

On peut dire aujourd’hui avec assurance que les nouveaux débouchés compensent largement, dans l’ensemble des forêts, la diminution de la demande des bois de feu. Celle-ci n’est déastreuse que localement, et seulement pour les forêts traitées en vue de la production des menus

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bois, charbonnette, fagots et bourrées. Partout où ces débouchés n’existent pas, le propriétaire forestier a intérêt aujourd’hui à fabriquer de plus gros bois, et à faire dans ce but les sacrifices nécessaires.

CHARBON DE BOIS. — Le charbon de bois est le résidu de la combustion incomplète du bois ou de sa distillation en vase clos ; il est plus léger (80 p. 100) que le bois dont il provient, moins encombrant, plus facile à transporter, doué d’une puissance calorifique et d’un pouvoir rayonnant très supérieur aux siens, à poids égal. On emploie le charbon de bois dans les petits foyers pour les usages domestiques ; on s’en sert aussi dans l’industrie, mais la houille et le gaz qui lui font depuis longtemps une redoutable concurrence ont singulièrement déprécié, tout au moins dans beaucoup de régions, la valeur de ce combustible.

On fabrique habituellement le charbon de bois sur le parterre des coupes en exploitation avec du menu bois, dit charbonnette, constitué par des rondins d’une longueur de 66 à 80 centimètres de long, ayant au petit bout 5 à 20 centimètres de tour ; cette charbonnette est dressée en meules sur des emplacements bien choisis et la cuisson des meules demande une très grande surveillance de la part du charbonnier, afin d’obtenir un charbon à point (fig. 31).

Le procédé de carbonisation en vase clos, très utilisé aujourd’hui dans certaines régions, a pour but, soit d'obtenir des charbons particuliers (charbons de poudrerie), soit généralement de recueillir les produits volatils dégagés par la distillisation du bois ; les usines déjà nombreuses, créées en France dans ce but, extraient du bois par distillation et par traitement chimique, de l'alcool méthylique ou méthylène, de l’acétone employé à la fabrication du chloroforme et de l’iodoforme, ainsi que ses dérivés acide acétique et acétates, des phénols de goudron de bois et des huiles d’acétone, de la créosote, du formol, etc. L'importance de ces produits industriels permet de considérer le charbon de bois comme un résidu de la distillation.

Dans toutes les régions forestières, où des usines de ce genre se sont installées, les prix des bois de chauffage, et même des menus bois, ont repris des cours rémunérateurs ; les propriétaires de bois taillis de la région, doivent connaître toutefois les âges d’exploitation qui correspondent aux dimensions les plus recherchées par ces industries spéciales.

Bois p’ŒuvrEe.— Sous la qualification de bois d'œuvre, on comprend les bois utilisés sous quelque forme que ce soit, autrement que comme combustible ; on distingue dans le langage courant les bois de service et de construction, comprenant les bois de charpente, les bois de menu service, les bois de travail ou d'industrie, comprenant notamment les bois de sciage, les bois de fente, les bois tranchés.

Le prix des bois employés pour la construction et l’entretien des bâtiments reste toujours très élevé, malgré la concurrence du fer et de l’acier ; la charpente de chêne se vend à des prix plus élevés que jamais; les charpentes de sapin sont de plus en plus recherchées ; ces bois sont

parfois expédiés de la forêt en grume, c’est-à-dire tels” quels, écorcés ou non ; parfois ils sont équarris sur place ou débités en tronces.

Nous citerons comme catégories principales de bois d’industrie :

Les bois de fente qu’on débite sous différentes formes et sous des dimensions très diverses, selon les usages auxquels ces bois sont destinés, Le travail de la fente se fait surtout en forêt, parce que le bois doit être travaillé pour la fente peu de temps après l’abatage (fig. 32); on désigne par le nom de merrains de petites planches ou douves obtenues par la fente et destinées à la fabrication des tonneaux, des barils, des cuves, sceaux, etc. Les merrains pour liquides (vins, bières, eauxde-vie, etc.) se font en chêne, cerisier, sorbier et châtaignier ; les merrains pour matières sèches (ciments, plâtres, etc.), se font en hêtre, aune, bouleau.

On fend aussi les échalas pour la vigne (acacia, châtaignier, cœur de chêne), les piquets de vigne et d’embouche, les lattes pour les plafonds, les perches de châtaignier pour cercles de tonneaux, etc.

Les sciages de chêne et de résineux ainsi que les sciages d’essences secondaires qu’on utilise en menuiserie et en ébénisterie. Le sciage des bois s’effectue sur le parterre des coupes sur les chantiers des ouvriers scieurs de long ou à la scierie ; ouvrier scieur de long doit dans chaque cas chercher la coupe qui convient aux dimensions et à la forme de la pièce à débiter et en dresser l’épure sur la pièce ; ce travail est long et onéreux ; au contraire, le sciage mécanique est rapide et économique, il donne des surfaces planes régulièrement dressées, qualités que n’a pas le sciage à la main. Aussi dans tous les pays où s’établissent des scieries mécaniques, les bois de sciage acquièrent-ils de ce fait une plus-value assez sérieuse,

Les étais de mine dont la valeur dépend surtout du diamètre au gros bout et de la longueur ; les essences les plus employées sont les résineux et surtout les pins, ou encore parmi les feuillus le chêne, l’aune et quelques autres perches de taillis. Souvent quelques années suffisent à faire passer des perches, de la dimension en usage pour les chauffages à celle exigée par les acquéreurs de bois de mines, de même qu’un retard dans l'exploitation des mêmes perches peut les rendre inutilisables à cet égard ; un propriétaire soucieux de ses intérêts doit régler ses exploitations en conséquence.

Les traverses de chemin de fer charpentées à la hache ou équarries à la scie, avec des bois parfaitement sains et francs de piqüres, pourritures ou autres défauts ; le chêne depuis longtemps utilisé à cet égard tend aujourd’hui à être remplacé par le hêtre injecté à la créosote depuis qu’on a constaté que la durée d’une traverse de hêtre, de deux ans seulement à l’état naturel, s’élève à trente ans au moins après injection à la créosote.

Les poteaux télégraphiques et autres qu’on fait surtout avec des résineux injectés sur place au sulfate de cuivre dans les quinze jours de leur abatage (fig. 33).

Les bois de râperie utilisés pour la fabrication de la pâte à papier,

Fig. 33. — Poteaux télégraphiques, atelier pour l'injection des poteaux au sulfate

de cuivre.

dont les plus recherchés paraissent être le sapin, le tremble, l’épicéa et le pin sylvestre ; cette industrie toute nouvelle a pris en peu d’années un développement extraordinaire qui a donné une très grande extension au commerce des bois résineux de petite dimension et a largement facilité la vente de certains bois feuillus jusqu'alors peu recherchés, le tremble, par exemple (fig. 34).

Les bois utilisés pour le débit en pavés parmi lesquels il faut citer les pins et notamment le pin maritime, le sapin, le mélèze, le hêtre, etc. Les bois tranchés utilisés en ébénisterie pour les placages des meubles, la filoche ou laine de bois de sapin qui sert aujourd’hui pour emballer les objets fragiles, etc.

A côté de ces grandes catégories, il faudrait énumérer toutes les petites industries locales telles que les saboteries, les fabriques de formes, de bobines où de jouets, de brosses, etc., ainsi que des produits plus spéciaux souvent très recherchés tels que échalas, cercles de tonneaux, perches à houblon, manches de fouet, crayons, allumettes, etc.

On construit aujourd’hui des machines qui dans un très grand nombre de ces diverses industries travaillent et façonnent mécaniquement les bois avec une régularité que n’atteindraient pas les ouvriers de métier pour raboter, dresser et dégauchir les bois, rainer ou bouveter les parquets, faire des moulures, des mortaises ou assemblages, des raies de roues, des moyeux, des bois de fusils, des rabots, etc.; avec les sciures on fabrique des briquettes agglomérées, des pains de bois, ou bien on s’en sert ainsi que des déchets pour alimenter les chaudières qui donnent la force motrice à l’usine.

Ainsi nos futaies feuillues et résineuses, nos taillis et taillis-sousfutaie, indépendamment des produits ligneux qu’ils livrent à la consommation, assurent à une foule d'ouvriers de métiers divers une main-d'œuvre rémunératrice ; les ouvriers bûcherons travaillent en forêt, souvent en morte-saison, pour l’abatage et le façonnage des produits, les voituriers accompagnent les transports jusqu'aux emplacements de dépôt, les charpentiers équarrissent les bois etles mettent en œuvre, les scieurs les débitent en poutres, en planches ou en lattes, enfin toutes les industries diverses qui emploient les bois comme matière première les façonnent et les transforment de toutes manières. En France, comme dans tous les pays boisés, des populations entières vivent et travaillent grâce à la forêt.

Les produits forestiers sont parfois lents à atteindre les dimensions qui leur permettent d’être livrés au commerce, et c’est ce qui les différencie des produits agricoles ; mais, tout comme en agriculture, siles propriétaires forestiers veulent être en mesure de gérer d’une façon rationnelle leurs domaines boisés, ils ne peuvent se dispenser de connaître à quoi sert la matière première qu'ils produisent et sous quelle forme ils ont intérêt à la présenter au commerce.

Alors que toute l’industrie de l’utilisation des boisse transforme depuis près d’un siècle d’une façon radicale, alors que la consommation des bois d'œuvre, y compris les bois de travail et d'industrie est en accroisse-

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