UTILITÉ GÉNÉRALE DES FORÊÉTS
ment continu avec le développement des nations, alors enfin que la disette des bois d’œuvre et notamment celle des gros bois est annoncée non seulement en France, mais dans le monde, et qu’elle se fera sentir, peut-être avant cinquante ans, le propriétaire particulier de France (il y a heureusement des exceptions) qui possède des forêts feuillues, fabrique encore presque uniquement, comme jadis, des bois de chauffage, souvent des menus bois, par routine et aussi parce que, à première vue, les révolutions courtes des taillis lui sont plus commodes. Cette situation est pleine de dangers pour la propriété forestière privée.
Produits accessoires. — Nous avons dans cette esquisse rapide laissé de côté quelques produits accessoires que nos forêts fournissent encore à l’industrie nationale :
Tax. — Certains bois sont riches en tanin et la propriété la plus importante de ce produit réside dans son action sur la gélatine de la peau qu’il transforme en cuir imputrescible. Autrefois on employait exclusivement pour la tannerie le tan ou écorce pulvérisée du chêne, et ce produit très recherché donnait une plus-value importante aux taillis à écorce ; aujourd’hui on substitue souvent en tout ou partie à l’action très lente du tan sur les peaux, celle beaucoup plus active des jus tanniques préparés par la décoction ou la macération dans l’eau soit des écorces, soit des bois de certaines essences. Les peaux ainsi préparées semblent, il est vrai, perdre en qualité ce qu’elles gagnent au point de vue du prix de revient.
Lièce. — Les forêts de chêne-liège qui s'étendent dans le midi de la France constituent une des principales richesses forestières de l'Algérie et de la Tunisie ; à son état naturel l’écorce du chêne-liège présente deux couches distinctes : la plus extérieure crevassée, lourde, non élastique, dite liège mâle, dont la valeur commerciale est presque nulle ; la seconde vivante, verte, dite mére, qui est susceptible de donner naissance chaque année par l’intérieur à un nouveau liège, dit de reproduction ou liège femelle, remarquablement sain, souple, élastique, qui constitue le liège du commerce. Le liégeage ou exploitation du liège comporte deux opérations distinctes: la mise en production ou démasclage, qui consiste à dépouiller avec précaution le chêne de son liège naturel sans toucher à la mère et la récolte du liège ou /evée pratiquée dès que le liège femelle a acquis l'épaisseur voulue. Le liège de reproduction est exploitable dès qu’il atteint une épaisseur minima de 23 millimètres et mieux de 25 à 30 millimètres ; en général, cette épaisseur est atteinte en dix à quinze ans après le démasclage ou la dernière levée (fig. 35).
RÉsiNE. — Les arbres résineux et notamment le pin maritime des dunes et des landes de Gascogne, possèdent la propriété de sécréter pendant leur existence de la résine qui s’accumule dans des canaux ou poches résinifères du bois et de l’écorce. La pratique du gemmage repose sur l'ouverture à la hache dans le corps de l’arbre d’entailles ou carres ayant des dimensions en hauteur ou en épaisseur déterminées par l’usage et dont le nombre varie suivant le rôle assigné au sujet
gemmé dans le peuplement. On gemme les arbres à mort ou à vie, suivant que l’on se propose de récolter dans le plus court laps de temps possible et sans se préoccuper de l’avenir de l'arbre, la quantité maxima de résine, ou bien qu’au contraire on cherche à prolonger pendant un temps variable la vie des pins avant de les gemmer à mort.
L’extraction de la résine, sa distillation pour en obtenir l'essence de térébenthine ainsi que l’utilisation des résidus sous forme de colophane et de brais divers, la fabrication ultérieure du goudron avec les arbres gemmés constituent une grande industrie forestière.
Action des forêts sur le sol. — Nous avons vu précédemment (p. 83), que l’état de massif exerçait une action très importante sur la fertilité de la station, et nous avons défini les conditions de cette action. Les forêts constituées de peuplements en bon état de massif, c’est-à-dire sans clairières, ni vides ou vacants exercent sur les sols une action essentiellement améliorante. Le boisement en essences rustiques, notamment en résineux des sols trop pauvres pour être utilisables par la culture agricole, des friches, des terres incultes, en un mot des terrains tuinés de toute nature, est le seul moyen de reconstituer peu à peu une couche de terre végétale suffisante pour les rendre productifs ; la forêt est toujours capable, une fois qu’elle est installée, d'augmenter sensiblement la couche active du sol et d’accroitre dans ce sol l'épaisseur de la terre végétale, à la condition qu’on lui permette de former sur le sol un couvert complet et continu. Les propriétaires forestiers ne devraient pas oublier cette condition essentielle, alors qu’ils pourraient facilement, dans leurs forêts clairiérées et mal venantes, rétablir en peu de temps un bon état de massif à l’aide de quelques plantations dans les vides ; après avoir procédé à un semis ou une plantation en terrain nu, ils ne devraient pas négliger, comme cela arrive trop souvent, de venir compléter en temps utile le boisement à l’aide de plantations.
Action des forêts sur le climat. — Les massifs boisés ont une action incontestable sur le climat local des points où ils croissent et sur le climat général des régions où ils sont importants. La forêt régularise la température, adoucissant les températures extrêmes, diminuant les écarts qui existent entre les saisons ; elle facilite la condensation de la vapeur
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