NI
PRATIQUE SYLVICOLE.
; Plants repiqués. — Un are renferme | 14 à 15 000 plants repiqués (espacement des plants 3 centimètres et 6 lignes par planche de 1 mètre de large), dont on retrouve 12 000 en fin d’année et 10 000 en fin de la deuxième année.
Carré n9 5 (1 are). — Jachère ou culture de légumineuse.
La surface ainsi calculée sera double ou triple s’il s’agit de plants feuillus ou résineux à employer seulement à quatre ou cinq ans.
Enfin ces surfaces doivent être augmentées des chemins et fossés nécessaires pour la desserte ainsi que pour la clôture de la pépinière.
Le premier travail consiste à délimiter un certain nombre de divisions par des chemins et sentiers qui permettront de donner aux planches de semis ou de repiquages une longueur de 10 mètres, très commode pour les calculs ; on procède dans la mesure du possible au nivellement des carrés, de façon à rendre d’une part inoffensif l’écoulement des eaux pluviales, et à permettre d’autre part l’irrigation des carrés. Dans les terrains meubles et filtrants, sous les climats chauds et secs, une très bonne disposition consiste à disposer les carrés en contre-bas, de 10 à 15 centimètres, et les chemins ou sentiers en saillie, afin de faciliter lirrigation et la répartition régulière des eaux pluviales ; mais dans ce cas la surface des carreaux doit être parfaitement horizontale.
Sur un emplacement retiré de la pépinière, on prépare des fosses à fumier ou des pourrissoirs, et on plante sur les points les plus humides, autour des bassins d’irrigation, quelques saules destinés à fournir des osiers (les meilleurs espèces sont : Salix fragilis, S. voiminalis, S. pentendra, $S. Lambertiana) et quelques touffes de joncs (Juncus glaucus ou autres) destinés à donner des liens.
Préparation de l'emplacement; défoncement, division en planches. — Le sol des carrés est défoncé à la bêche par tranches successives d’une profondeur d’au moins 0,40, en ayant soin de ne pas enfouir la meilleure terre, mais de la
Carré n° 3 (1 Sal Carré n° 4 (1 va
rapporter toujours en dessus; ce travail doit, autant que possible, être effectué avant l'hiver, afin de laisser müûrir la terre avant de s’en servir; on profite de ce travail pour enlever les pierres et les mauvaises racines.
On prépare en même temps les composts ; à cet effet, une série de trois fosses doit être préparée successivement de telle sorte que le fond de chacune d’elles, légèrement incliné, permette aux eaux de s’écouler dans un puisard où on les reprend de
Fig. 44. — Préparation d'une fosse à compost dans une pépinière.
temps à autre, surtout pendant les périodes de sécheresse, pour arroser les composts (fig. 44). On réunit dans ces fosses, par couches superposées, les herbes n'ayant pas encore fleuri, c’est-à-dire n'ayant pas de graines, les feuilles, les aiguilles et autres débris plus ou moins décomposés du sol des forêts, les boues de routes, les genêts ou ajoncs (sans graines) qu’on peut récolter à proximité et dont on supprime les parties ligneuses, en un mot tous les produits pouvant constituer un bon terreau; ces composts doivent être entretenus légèrement
222 PRATIQUE SYLVICOLE.
humides et être retournés une à deux fois par an; ils doivent être bien mûris, ce qui demande deux à trois ans ; en pratique, on prépare une fosse sur trois tous les ans, tandis que la deuxième mûrit et que la troisième est utilisée sous forme de terreau. Le terreau ainsi préparé est tamisé ; il peut être employé en mélange avec de la terre fine; il agit surtout comme amendement, en améliorant par lapport d’humus les propriétés physiques du sol; avec des engrais chimiques, il devient un précieux adjuvant. On s’en sert en couverture lors de l’exécution des semis.
Fumure du sol. — l'apport de fumier ou d’engrais est indispensable dans une pépinière permanente ; il l’est moins dans une pépinière volante où l’on se contente de deux à trois récoltes de plants. Un bon fumier bien consumé est le meilleur des engrais à la condition qu'il soit donné en quantité suffisante, car il a l'avantage d'apporter au sol de l’humus ; on peut évaluer le minimum de fumure nécessaire par are et par année de culture à un tiers de mètre cube de bon fumier, soit 450 à 200 kilogrammes de fumier. La fumure peut être donnée soit annuellement, soit en bloc pour deux ou trois ans en faisant alors suivre la fumure d’une culture dérobée de légumineuse sarclée qui enrichit le sol en azote. La première fumure d’une pépinière a lieu lors de l'établissement de celle-ci; dans les conditions ordinaires, elle peut être légère et elle peut même être remplacée par l'apport de cendres de gazon, d’humuüs récolté en forêt, etc. ; après deux on trois ans de semis ou de repiquages, une fumure plus importante devient nécessaire et cette fumure peut souvent être donnée pour deux ou trois ans, en une ou deux fois au moment du bêchage des terres. Remarquons, en ce qui concerne l'emploi du fumier, que les racines des Jeunes plants, mises en contact immédiat avec des matières fraiches, sont exposées à la moisissure ; pour éviter cet inconvénient, il est bon de faire précéder le semis d’une culture de plantes sarclées, ou mieux, de stratifier les fumiers pendant une année dans des fosses abritées contre les pluies et le soleil et où ils seront nourris.
A défaut de fumier, ou si l’on juge utile de compléter une fumure partielle, on peut se servir des engrais chimiques; les
Fig. 46. — Semis en lignes doubles dans une pépinière.
224 PRATIQUE SYLVICOLE.
éléments les plus importants à restituer au sol sont l'acide phosphorique sous forme de scories, de phosphates ou de superphosphates, —— la potasse, sous forme de kaïnite, de chlorure de potassium ou de cendre de bois, — lazote sous forme de nitrate de soude, ou de sels ammoniacaux, de sang desséché, etc.
M. Grandeau conseille pour les pépinières la fumure suivante, à mélanger au sol en le cultivant :
! 20 kilogrammes de scories à 17 p. 100 d’acide phospho- P rique, ce qui représente Ok8r,340 d’acide phosphoar are et par année le : x
20 kilogrammes de chlorure de potassium à 50 p. 100 de
potasse, ce qui représente 10 kilogrammes de potasse;
en faisant suivre au printemps d’un épandage de 20 kilogrammes de nitrate de soude à 15,5 p.100 d’azote, ce qui représente par are Okgr,310 d'azote.
La fumure en acide phosphorique et en potasse peut être donnée plus abondamment seulement tous les deux ou trois ans, en couverture ou bien enfouie au moment des façons du sol ; celle en azote doit être donnée tous les ans, au printemps, en couverture et par petites quantités à la fois.
Remarquons que dans chaque cas particulier il y a lieu d’essayer, à l’aide de petites places d’expériences, quels sont les engrais qui donnent les meilleurs résultats.
Les engrais qu’on enfouit avec les façons doivent être placés à portée du chevelu des jeunes plants, aussi convient-il de les mélanger aussi complètement que possible et régulièrement avec la terre remuée à la bêche. D’autre part, il semble devoir être pris comme règle : de donner une forte fumure tous les trois ans seulement dans les terres fortes, compactes, c’est-à-dire plus ou moins argileuses ; — de donner au contraire chaque année ou à chaque façon une fumure simple dans les terres légères.
Si le sol est pauvre en calcaire, ce qui arrive fréquemment, la croissance des plants peut rester chétive malgré de riches fumures en acide phosphorique, en potasse et en azote en raison du manque de calcaire : des amendements calcaires peuvent être très utiles ; l'emploi des scories qui renferment 50 à 70 p.100 de calcaire en dehors de leur acide phosphorique est dans ce cas très à conseiller, comme engrais par l'acide phosphorique et comme amendement par le calcaire.
Préparation du fond des racines et division de la surface. — Avant d'exécuter des semis ou des repiquages, il faut au printemps donner au sol une façon culturale à la bêche ou à la fourche à bêcher (fig. 48 et 49), sur une épaisseur de
Fig. 47. — Houyau ou piochon.
(il
Fig. 48. — Bêches parisiennes et Fig. 49. — Fourche manche à béquille. à bêécher.
g. 51. — Sarcloir.
Fig. 52. — Croc.
Fig. 56. — Plantoir et déplantoir.
226 PRATIQUE SYLVICOLE.
25 centimètres environ, pour bien nettoyer, bien ameublir le terrain ; on règle ensuite horizontalement ce terrain à laide d’un râteau en fer (fig. 50). Les figures 47 à 56 représentent les divers instruments employés pour les travaux en pépinière.
On divise ensuite au cordeau’le carré ainsi travaillé en
OR - S— LR — Fig. 53. — Serfouettes et demi-serfouettes de formes diverses.
Fig. 54. — Fourche Fig. 55. — Houe à sarcler et houe à biner. crochue.
planches de semis et planches de repiquage; ces planches peuvent avoir 4 mètre de large et être séparées par des sentiers de 0,40 de largeur ; en leur donnant 10 mètres de long, on obtient une subdivision commode pour régler la densité des semis, ainsi que les épandages d’engrais, car chaque planche représente
LE
une superficie de 10 mètres carrés ; sur les pentes où il y a à craindre les ravinements on oriente la grande longueur des planches dans le sens horizontal.
Ensemencement de la planche et couverture du sol. — Pour effectuer les semis on procède habituellement par lignes ou rigoles, procédé qui permet aux jeunes plants d’étaler librement à droite et à gauche leur feuillage dans l'atmosphère et leurs racines dans le sol ; ce procédé facilite en outre l’exécution des soins culturaux à donner aux jeunes plants.
Les lignes sont tracées suivant les cas dans le sens de la plus grande longueur de la planche, ou dans le sens de sa largeur (ce dernier procédé permet d'exécuter plus facilement les binages) ; leur écartement varie entre 14 à 20 centimètres pour les plants résineux suivant l’âge auquel on se propose d’extraire ces plants et l’on adopte pour les feuillus, chêne et hêtre, l’espacement de 20 centimètres ; leur tracé s'exécute soit au cordeau et à la binette (fig. 53), soit avec une planche à tracer (fig. 45) qu’on dépose sur le terrain et sur laquelle on appuie légèrement ; ce dernier procédé ne peut être employé qu'avec des sols sableux, légers et compressibles.
Quantité de graines à employer. — [a quantité de graines à employer Varie pour une même espèce suivant la qualité de la graine, la fertilité du sol et aussi suivant la densité du semis qu’on veut obtenir ; les semis à cet égard doivent être d'autant plus clairs que les plants sont destinés à rester plus longtemps en place ; dans tous les cas les graines doivent être régulièrement réparties.
Pour les semis en pépinière, dans les conditions que nous avons indiquées, on peut employer les quantités suivantes :
QUANTITÉS DE GRAINES A SEMER PAR MÈTRE COURANT DE LIGNE OU DE RIGOLE DANS LES PLANCHES DE PÉPINIÈRES.
Pin sylvestre
Te is Le cr ac ane 6-12 grammes, En CrOGhetS 20e Rae et 6-12 — Éd AUITICRE. 5e etats. dec 9-12 — TRE RRR e PEE ANE EE ES FAIRE RL en te das Grant 30-35 —-
Te me da ae Deer u 8-15
Gene 5.15 RER TRE CREER NE 175-200 grammes.
HBFTE PSE ARRET ROSE PSE 150-200 — Frêne - 2 PE RE re eee ce OS 30-50 -—- ÉTATIRRCONS LIMER ET 24 Le) Pl. RAT 30-50 LOT ECRTEE. 84 RAT LE AAA PR dE ARSENAL D 1245 =
Les semences fines sont mélangées avec du sable et semées en plein à la volée sur les planches de semis :
Pour l’aune on sème par are 3 à 5 kilogrammes de graine mélangée à 10 litres de sable ;
Pour le bouleau on sème par are 4 à 5 kilogrammes de graine mélangée à 10 litres de sable. fi
Couverture de la semence. —- La semence mise dans les lignes ou rigoles doit être recouverte de terre; pour les grosses semences seulement (glands, etc.) on étale au râteau les bords de la rigole ; pour les semences plus petites la rigole est faite beaucoup moins profondément, et il vaut mieux recouvrir les graines avec une terre fine plus légère ; on peut utiliser à cet effet de la terre végétale prise en forêt, ou un terreau de compost bien décomposé et mélangé s’il y a lieu avec de la terre fine. L’épaisseur de cette couverture varie de un demi à 4 centimètres ; d’une façon générale elle doit être égale à environ trois fois la grande dimension de la graine ; les semences très fines d’aune et de bouleau sont à peine recouvertes et généralement simplement battues sur le sol. Après l’enfouissement des graines, le sol doit être tassé à l’aide d’une planche pour l'empêcher de se dessécher trop rapidement et pour mettre les particules terreuses bien en contact avec les semences.
Enfin, les semences doivent être protégées contre les dégâts des animaux ; on peut les revêtir à l’avance d’une couche protectrice de minium oud’une préparation à base de goudron, mais il est plus efficace en pépinière de les faire garder par un gamin qui écarte les oiseaux ou de les protéger à l’aïde de claies grillagées ou de branchages.
Protection et soins à donner aux planches semées. — Jes jeunes plants sont, dès leur naissance, exposés à une foule de dangers, et il est nécessaire en pépinière de leur donner des soins ininterrompus et attentifs.
NS
Fig. 57. — Abri pour semis et jeunes plants. Pépinière de Royat (Puy-de-Dôme)
Fig. 58. — Abris en paille pour semis et jeunes plants. Couverture de pierres
plates. Pépinière du Riou-Bourdoux (Basses-Alpes).
230 PRATIQUE SYLVICOLE.
ABrI. — On protège les jeunes plants contre le desséchement du sol, contre les froids tardifs et ensuite contre la chaleur du soleil d’été par un abri établi plus ou moins haut audessus du sol.
Avec tout abri de ce genre les planches doivent être découvertes de temps en temps pour laisser parvenir aux jeunes plants la rosée et les faibles pluies. A l'expiration de la période des froids on enlève graduellement ces abris, autant que possible par un temps sombre ou pluvieux et on les replace au moment des grandes chaleurs, mais alors seulement pendant le
jour.
On se sert à cet effet de cadres treillagés, constitués chacun par un cadre solide ayant la largeur dela planche et une longueur de 4 à 5 mètres, cadre sur lequel on cloue en travers des lattes de plâtrier, en laissant entre elles des intervalles de 2 centimètres (fig. 57) ; les cadres sont soutenus à 10 ou 20 centimètres de hauteur au-dessus du sol par des supports, et on les place exactement au-dessus des couches de semis : on se sert encore de cadres grillagés de même forme que la planche, à la condition d’étaler sur le treillis métallique de légers branchages ; ce deuxième procédé permet de graduer l'épaisseur de l'abri suivant les besoins. Un autre procédé consiste à établir de distance en distance, le long des deux bords de la planche, des piquets en bois qu’on réunit dans le sens de la longueur par des lattes ; on place ensuite en travers de ces lattes des branches feuillées ou de la paille qui forment abri relevé au-dessus de la planche (fig. 58); on a soin d’écarter les branchages résineux et surtout ceux de l’épicéa dont les aiguilles se détachent trop facilement et nuisent aux jeunes semis ; mais, par contre, d’épaisses ramilles d’épicéa desséchées et privées de leurs aiguilles sont souvent employées et durent plusieurs années.
On protège aussi le sol contre les froids pendant lhiver, contre le desséchement par le vent ou par la chaleur à laide d’une couverture de mousse, de feuilles sèches, de paille ; ces couvertures rendent de bons services surtout en hiver et au printemps, comme abri contre le froid et les gelées ; dès que les germes sortent, toute couverture de ce genre doit être enlevée sur les lignes de semis, mais elle peut être conservée entre les lignes, à la condition d’être maintenue sur le sol nu à l’aide de petites fourches en bois et de brindilles; en été la couverture ainsi maintenue s’oppose au tassement du sol par la pluie, mais elle empêche les rosées et les pluies fines
d'humecter le terrain et souvent le résultat obtenu n’est pas très favorable.
En montagne on se sert avec succès d’une couverture de pierres plates ou de planches qu’on maintient sur le sol entre les lignes de semis (fig. 58;.
Haies D’ABri. — Les essences délicates qui ont besoin d’abri, telles que le sapin, le hêtre, sont protégées, pendant l’été, contre la chaleur solaire, à l’aide de branches piquées verticalement dans le sol et retenues par des perches fixées horizontalement à l’aide de piquets ; ces haies mortes doivent être peu épaisses ; elles constituent des abris latéraux qui procurent aux plants une ombre bienfaisante sans les priver de la rosée et de la pluie, et elles rendent de grands services.
Quant aux haies vives qui découpent parfois les pépinières importantes en grands carrés, elles sont utiles comme abri contre les vents et les intempéries ; elles doivent être peu épaisses pour épuiser le moins possible le sol; la culture des planches voisines doit être assez profonde pour permettre d’enlever toutes les racines qui proviennent de ces haies.
BINAGES ; — SARGLAGES, — Le meilleur moyen pour maintenir l'humidité nécessaire dans le sol est d'effectuer souvent des binages et des sarclages entre les lignes de plants, afin de maintenir toujours le sol meuble et d'enlever toutes les mauvaises herbes (fig, 51, 53, 55) : ces deux opérations doivent être effectuées aussi souvent que cela est nécessaire en été ; elles valent mieux que des arrosages dont on peut généralement se passer, sauf dans les climats très secs.
ARROSAGES. -— Quant aux arrosages, lorsqu'ils sont nécessaires, ils doivent être effectués à l’aide de rigoles latérales qui imbibent les planches par les côtés ; ces irrigations doivent être fréquentes et peu abondantes chaque fois ; les arrosages à l’aide d’arrosoirs tassent le sol en formant à sa surface une croûte dure et sont complètement à rejeter dans certains terr'ains.
DÉPRESSAGE. — Lorsqu'un semis en pépinière est trop serré, les plants souffrent et se développent mal ; on doit les dépresser, soit en arrachant un certain nombre de plants si le sol ’e permet sans soulever les plants voisins, soit plutôt en les ccu-
232 PRATIQUE SYLVICOLE.
pant avec des ciseaux ; on laisse de préférence les plants les plus vigoureux en les desserrant sur les côtés.
Semis en pépinière des principales espèces ligneuses.
LES SEMIS D’ÉPICÉA exécutés bien à temps au printemps réussissent très facilement ; la planche doit être ameublie de très bonne heure et maintenue très propre par des sarclages ; les plants à enracinement superficiel sont à protéger contre les gelées et la sécheresse ; les froids tardifs leur nuisent peu. Une planche de semis de 10 mètres carrés dans les conditions moyennes peut fournir 6 000 plants de deux ans à repiquer.
LES SEMIS DE SAPIN sont à protéger contre les froids tardifs de printemps et les chaleurs de l’été ; ils ont besoin d’abri latéral, de binages et de sarclages ; une planche de semis de 10 mètres carrés peut donner 4 000 plants de deux ans.
LES SEMIS DE PIN SYLVESTRE sont robustes ; ils n’ont besoin en général ni d’ombrage, ni d’abri contre les froids; ils craignent l’envahissement des herbes ; les binages, les sarclages et un desserrement suffisant s'imposent. En raison de leur enracinement profond il est bon de ne pas les laisser plus d’un an dans les planches de semis ; les jeunes plants en pépinière sont fréquemment envahis par la maladie du rouge, qui fait brunir et tomber leurs aiguilles ; on combat préventivement cette maladie par l'emploi de la bouillie bordelaise et de solutions analogues ; une planche de semis de 10 mètres carrés peut donner 5 000 plants d’un an.
LE PIN NOIR D’AUTRICHE ET LE PIN WEYMOUTH sont semés comme le pin sylvestre ; les oiseaux en sont très friands ; une planche de 10 mètres carrés peut donner 2 000 à 3 000 plants de un à deux ans.
LES SEMIS DE MÉLÈZE demandent de l’espacement, de la lumière et de grands soins contre l’envahissement des herbes ; dans les climats secs et notamment dans les Alpes françaises le mélèze a besoin d’abris puissants, pendant toute la première jeunesse, jusqu’à ce que les tigelles soient un peu lignifiées, afin de protéger les jeunes plants contre la fonte ; dans les Hautes-Alpes on se sert d’abris latéraux et de pierres ; dans les Basses-Alpes on emploie des abris très élevés placés au-dessus des planches de semis. On doit dépresser fortement les lignes de semis, si on veut les laisser une deuxième année, en place ; une planche de 10 mètres carrés peut donner 2 000 à 2 500 plants d’un an.
LE PIN CEMBRO est semé en pépinière après une préparation convenable à la germination ; la semence est à protéger contre les rongeurs ; Ja levée est plus ou moins irrégulière.
LE GLAND est mis horizontalement dans les rigoles, à intervalles de 2 à 3 centimètres ; les jeunes plants sont robustes ; des binages et des sarclages fréquents sont indispensables.
LES SEMIS DE HÊTRE Comme ceux du sapin sont à protéger contre les froids tardifs et les chaleurs d’été ; des buttages qui enfouissent en
partie la jeune tige au-dessous des cotylédons peuvent être employés contre le froid. Une planche de 10 mètres carrés peut donner 2000 plants de deux à trois ans.
LES SEMENCES D'ÉRABLE sont, autant que possible, à semer de bonne heure au printemps ; les jeunes semis sont à protéger contre les froids tardifs et les mauvaises herbes.
LES SEMENCES DE FRÊNE ont besoin le premier été, même avant leur levée, de binages contre les mauvaises herbes ; les planches de semis de 10 mètres carrés peuvent fournir 2 000 plants de deux à trois ans.
LE SEMIS D’AUNE a besoin pour réussir de précautions spéciales ; la graine très fine est semée en plein sur le sol, à peine recouverte de bonne terre fine et bien tassée ; on doit empêcher le desséchement de la surface du sol par un abri supérieur (claies treillagées) et par l'irrigation latérale ; la lente croissance de l’aune rend nécessaire des sarclages soignés.
Les semis d’aune, de bouleau et de tremble peuvent être effectués en cueillant les branches qui portent les semences un peu avant leur maturité et en les piquant sur les planches préparées pour le semis. Une planche de 10 mètres carrés peut donner 5 000 plants de un à deux ans.
Repiquage. — Le repiquage ou le rigolage est la transplantation d’un jeune plant, venu de semis, dans une terre bien meuble et bien fertile dans laquelle on le laisse jusqu’au moment où il sera utilisé ou repiqué à nouveau ; l’opération du repiquage a pour but de faire développer un chevelu de racines abondant, bien groupé près du collet de la racine, et de donner ainsi au jeune plant beaucoup de vigueur ainsi qu’une grande force de résistance aux dangers de la transplantation.
Le repiquage est toujours une pratique coûteuse, non seulement à cause de la dépense qu’entraine l’opération, mais encore à cause de la grande étendue de terrain qu’elle nécessite et dont l'entretien en bon état de production est onéreux.
C’est en faisant les semis d’une manière convenable (suffisamment clairs) et dans des carreaux bien fumés, qu’on pourra, dans certains cas, se dispenser de ces repiquages ; car le plus souvent, si les plants résineux de deux ans (pin sylvestre) ne sont pas assez forts pour être plantés à demeure, c’est parce que l’engrais ou les soins nécessaires leur ont manqué. Aussi, malgré la supériorité incontestable des plants qu’il procure, le repiquage doit-il être l'exception pour les plants résineux
25# PRATIQUE SYLVICOLE.
en basses tiges ; il est au contraire la règle pour les essences feuillues.
Cependant, même avec les plants résineux, on repiquera toutes les fois qu’on voudra obtenir des plants suffisamment élevés pour lutter contre la neige, contre l’envahissement des herbes, des morts-bois, etc. ; on repiquera aussi pour effectuer des repeuplements en épicéas et en sapins dans les forêts.
Pour qu’un repiquage soit profitable, il faut que les jeunes plants soient extraits sans détérioration des racines, qu'ils soient, dès leur arrachage et jusqu’à leur repiquage, soigneusement protégés contre le desséchement des racines, et enfin qu’ils soient repiqués avec soin à des espacements convenables ; il faut en outre que le repiquage soit effectué de très bonne heure, à un an le plus souvent ou parfois à deux ans, mais presque jamais après, sauf pour les jeunes semis à première croissance très lente.
L'arrachage des semis doit être fait avec le plus grand soin par des ouvriers intelligents et bien surveillés ; le meilleur procédé consiste à commencer l’arrachage d’un côté de la planche de semis, en creusant une rigole plus profonde que l’enracinement des plants, le long et près de la première ligne de semis ; à l’aide d’une fourche à bêcher à 3 ou 4 dents qu’on enfonce de l’autre côté de la ligne, on fait tomber dans la rigole les plants avec la terre qui les soutient : il suffit alors de briser les mottes et d’écraser la terre avec les mains, de façon à dégager les racines des jeunes plants sans briser le chevelu. On trie ensuit2 les plants à repiquer, et on les compte en même temps ; puis on les met en jauge, c’est-à-dire qu’on les aligne dans une rigole sur un emplacement ombragé, en ayant soin de recouvrir toutes leurs racines de terre fraiche et, s’il y a lieu, de les arroser copieusement ; enfin on les repique le plus tôt possible.
Avec des plants feuillus d’espèces pivotantes (chêne par exemple) les plants de un an s’arrachent déjà assez difficilement ; la taille de l’extrémité du pivot, faite obliquement avec une serpette bien tranchante s’impose afin de faciliter la transplantation ultérieure.
La saison la plus favorable aux repiquages est le printemps un peu avant le départ de la végétation, parfois Pautomne pour les plants feuillus aussitôt après l'arrêt de la végétation; la préparation du sol ainsi que celle des planches est la même que celle que nous avons indiquée pour le semis en pépinière.
L’espacement à donner aux plants doit être d'autant plus
en pépinière.
antoir
au
re
— Repiquag
Fi
236 PRATIQUE SYLVICOLE.
grand que ces plants sont destinés à rester plus longtemps en place avant d’être employés ; l’écartement des lignes de repiquage varie de 0m,15 à 0,60; l’écartement des plants sur ces lignes varie de 0M,05 à 0M,60 suivant la hauteur à obtenir.
Dans les montagnes du Doubs les jeunes épicéas sont repiqués de deux à quatre ans ; les lignes sont espacées de 0,15 et les plants dans les lignes de 0,10 ; ils sont employés après trois années de repiquage. Dans la pépinière de l’École forestière des Barres (Loiret) les pins sylvestres repiqués à un an pour être plantés à deux ans sont espacés de 3 centimètres sur les lignes et les lignes sont elles-mêmes espacées de 14 centimètres ; dans ces conditions il entre en iron 16 000 plants à l’are.
Le placement des plants dans les lignes de repiquage se fait de deux manières :
19 Au plantoir en bois, à manche recourbé, avec pointe garnie en fer (fig. 56) ; le plant est placé dans le trou fait au plantoir, de telle sorte que les racines ne soient pas relevées ; puis le trou est rempli de bonne terre à l’aide du plantoir et refermé en ouvrant avec le plantoir le trou suivant ; le plant doit être suffisamment serré latéralement pour qu’il ne puisse pas se soulever par un léger tirage ; ce procédé convient pour de petits plants, et dans des sols qui ne sont pas trop compacts (fig. 59).
20 En rigoles; on creuse à la houe un sillon assez profond pour que les racines puissent s’allonger dans leur position naturelle; on dresse un des côtés de cette rigole à peu près verticalement et on applique les plants sur le côté vertical dans leur position naturelle en étalant le mieux possible les racines ; on remplit le sillon avec de la terre et on tasse fortement avec la main; ce procédé est assez généralement employé dès que les plants doivent être enterrés de plus de 4 à 5 centimètres.
Avec ce procédé, on se sert parfois de planches à repiquer préparées spécialement pour placer en même temps, à des distances convenables, un certain nombre de plants le long des parois de la rigole, dans leur position naturelle (fig. 60).
Dans tous les cas, les plants doivent être enterrés jusqu’au collet de la racine, c’est-à-dire de façon qu'ils aient à la fin de l'opération une position identique à celle qu’ils avaient natu-
rellement en pépinière avant l’arrachage ; un enfouissement trop considérable du plant est nuisible.
Aussitôt après le repiquage, il est bon d’arroser copieusement les lignesrepiquées, surtout si on opère à une époque un peu tardive de l’année.
Les binages, les sarclages, les soins de protection et d’abri sont donnés aux lignes de repiquage, comme nous lPavons exposé pour les lignes de semis.
Enfin lorsqu'on veut élever en pépinière des demi-tiges ou des hautes tiges, c’est-à-dire des plants plus âgés, on choisit avec soin les meilleurs plants et on les repique à nouveau à des intervalles de 40 à 70 centimètres ou plus, en ayant soin de les mettre dans une partie du terrain bien fertile.
Dans le repeuplement par semis naturel, le nouveau peuplement nait de la semence qui tombe spontanément des arbres ; l’homme n'intervient pas d’une façon directe et immédiate ; toutefois il doit combiner les diverses opérations d'exploitation du vieux peuplement avec les nécessités d’assurer la régénération.
En sylviculture, on donne à ce mode de repeuplement le nom de régénération naturelle.
Observation des phénomènes naturels. — Pour qu’une graine germe, il faut qu’elle se trouve dans un milieu aéré, présentant un certain degré de chaleur et d'humidité ; ces trois éléments (air,eau, chaleur) agissant simultanément, sont nécessaires et suffisants. La lumière est utile, mais non nécessaire et lorsque la chaleur qui l'accompagne est trop forte, elle peut amener le desséchement et empêcher la germination.
Le sol n’est pas non plus nécessaire à la germination, mais il la favorise parce qu'il distribue aux graines, et ensuite aux jeunes sujets dans une proportion convenable les éléments dont ils ont besoin ; pour cela, il faut qu’il soit suffisamment meuble ; 11 faut de plus qu’il soit substantiel pour nourrir les plants après la germination.
Tant que le sol n’est pas bien couvert, que les racines sont
238 PRATIQUE SYLVICOLE.
petites et restent dans la partie de la terre végétale qui peut se dessécher, les jeunes plants ont besoin d’abri contre la chaleur; plus tard, l’insolation plus ou moins complète devient nécessaire à une bonne végétation, et elle doit être amenée progressivement.
Si l’on joint à ces faits d'observation la nécessité d’obtenir un repeuplement complet, on en déduit les conditions suivantes, relatives à la régénération naturelle et à la végétation des premières années : un sol meuble et substantiel ; — un ensemencement complet ; — un premier abri aux Jeunes plants ; — une participation successive aux influences atmosphériques selon le tempérament des jeunes plants.
Les deux premières conditions, absolument essentielles pour assurer la régénération naturelle, doivent tout d’abord être remplies ; elles se rapportent à l’état du sol et à la fertilité des porte-graines.
État du sol. — Te sol destiné à recevoir la graine est un sol forestier, c’est-à-dire un sol dans cet état spécial de terre à bois que nous avons défini; il en résulte que les conditions favorables à l'installation du jeune plant sont autrement assurées qu'en terrain nu. L’état du sol varie toutefois avec le caractère du peuplement qui le recouvre et il dépend de l’épaisseur du couvert, de l'abondance des débris végétaux, notamment des feuilles qui tombent sur le sol et de leur plus ou moins grande aptitude à se décomposer.
Certaines feuilles comme celles du hêtre ou les aiguilles d’épicéa, de consistance coriace, se décomposent très lentement et s'accumulent sur plusieurs lits superposés avant de se dissocier et de se transformer en terreau ; d’autres au contraire, celles du charme notamment, persistent peu longtemps et se décomposent rapidement ; la nature du sol, un excès d’eau ou d'humidité, l'absence de chaleur et de lumière sous un couvert épais peuvent ralentir la décomposition de ces débris végétaux et la rendre très incomplète, provoquer même la formation de combinaisons acides ; de telles situations peuvent se présenter sous des peuplements peu âgés d’essences d’ombre ; si elles ne nuisent pas, en général, à la germination, du moins constituent-elles un milieu défavorable à la conservation et au développement ultérieur d’un jeune plant pendant la phase où ses radicelles ne sont pas encore insérées dans le sol minéral.
Dans le même ordre d'idées, nous avons vu que les peuplements
d’un seul âge n’exercent pas la même influence bienfaisante sur les qualités du sol pendant toutes les phases successives de leur existence ; dans ces peuplements, il existe toujours une période plus ou moins longue pendant laquelle le sol est maintenu en bon état par le peuplement ; avant cette période et après, il présente des conditions moins favorables à la naissance d’un jeune recru. Si on est conduit à exploiter et par suite à régénérer un peuplement après cette période, en opérant alors sur des peuplements clairiérés, les couches de litière peuvent être devenues très faibles, et la reprise du jeune recru moins bien assurée.
Les nécessités qu’impose le but de l'exploitation ne permettent généralement pas à l’homme de choisir le moment le plus favorable pour provoquer le réensemencement naturel d’un peuplement ou d’une partie de peuplement. Le sol dans ce cas peut être plus ou moins apte à remplir le rôle qu’on lui assigne ; l'homme doit y veiller, et il peut être indispensable, avant de songer à provoquer le réensemencement, d'obtenir par un procédé naturel ou artificiel l'amélioration du sol en vue d’assurer la reprise des semis futurs.
Fertilité des porte-graines. — Pour qu’un peuplement soit susceptible de se régénérer naturellement, il faut qu’il renferme en nombre suffisant des arbres porte-graines, susceptibes de donner des semences en grande abondance.
Toutes les essences ne sont pas fécondes de la même manière : les unes, dites à semences légères, fournissent presque tous les ans de la graine en très grande quantité : d’autres, dites à semences lourdes. sont au contraire rarement fertiles deux années de suite.
Le degré de fertilité des essences varie suivant leurs caractères biologiques ; 1l varie aussi pour une même essence avec les conditions plus ou moins favorables de climat et de sol (1) et avec l'effet direct de la lumière et de la chaleur ; à ce point de vue deux phénomènes importants sont à noter :
1° Dans les régions méridionales, les arbres forestiers fructifient plus tôt et plus abondamment que dans les contrées du Nord froides et brumeuses.
20 Les arbres isolés ou les réserves des taillis-sous-futaie dont la cime est bien étalée au soleil, sont toujours beaucoup plus fertiles que ceux qui croissent en massif serré ; ils donnent plus tôt et en plus grande abondance des semences fertiles.
En raison de ces considérations il est difficile de fixer l’âge moyen de fructification des arbres forestiers ; on peut dire qu’en général cet
(1) Dans le bassin de l'Adour, les chènes, par exemple, donnent des semences tous les deux ou trois ans, tandis que dans les régions du centre et de l’ouest, les glandées abondantes se produisent seulement tous les quatre ou huit ans, et que dans le nord et l'est de la France, elles se font parfois attendre quinze ans et plus. De mème, la fertilité du sapin diminue sensiblement aux grandes altitudes.
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âge correspond à leur maximum de développement en hauteur ; c’est à l’âge adulte qu'ils fructifient avec autant d’abondance et de régularité que le comporte leur situation et l’espèce à laquelle ils appartiennent. Dès que l'arbre devient vieux ou très vieux, sa fécondité diminue progressivement.
Il résulte de ce qui précède que le repeuplement par semis naturel ne s’applique qu’au régime de la futaie, avec cette restriction toutefois que l’âge d’exploitation du peuplement principal aura pour minimum celui qui correspond à l’état adulte de ce peuplement.
Par suite, toutes les futaies exploitées à un âge inférieur à celui de la fructification, par exemple certaines plantations résineuses qui ne sont destinées qu’à donner des produits de faibles dimensions, devront être repeuplées artificiellement.
Remarquons enfin que les arbres de réserve des taillis composés, ainsi que les réserves sur coupe définitive,seront susceptibles de donner des semences et par suite d’enrichir, si les circonstances s’y prêtent, le peuplement inférieur.
Procédés divers de régénération naturelle. — La régénération naturelle des futaies peut être dirigée d’une façon différente, d’une part suivant l’état des peuplements qu'on met en régénération et, d'autre part, suivant le but qu'on se propose. Nous avons à distinguer :
19 La régénération par coupe unique ou par ensemencement latéral. — On exploite à blanc étoc la parcelle de la forêt à régénérer (coupe de forme indéterminée ou bande), au milieu d’un peuplement fertile ; les arbres du peuplement voisin suffisent à disséminer leurs graines sur la surface exploitée et à assurer un semis naturel ; le peuplement ainsi créé sur la surface régénérée tend à prendre le type des peuplements uniformes.
20 La régénération par coupes successives. — On réalise le vieux peuplement sur la surface à régénérer en un certain nombre de coupes successives ; le semis naturel se forme sous le couvert d’arbres porte-graines dont les semences tombent en temps utile sur la surface à régénérer ; les arbres portegraines disparaissent progressivement dans les coupes successives, au fur et à mesure que le semis est assuré, qu’il devient assez fort pour se passer d’abri, ou qu’il demande plus de lumière pour se développer.
La régénération par coupes successives peut donner naissance à des peuplements très dissemblables, suivant la manière dont on opère
pour provoquer la formation du semis et nous distinguerons, à cet égard, trois procédés :
1° On effectue la régénération par coupes successives sur des surfaces d’un seul tenant, dites quartiers en régénération, de telle sorte que lensemencement est obtenu en peu d’années et presque simultanément sur toute la surface à régénérer ; les peuplements ainsi créés prennent les allures des peuplements uniformes et nous disons dans ce cas que les coupes successives présentent un caractère uniforme sur les surfaces à régénérer ;
29 On effectue les coupes successives seulement çà et là dans les quartiers en régénération, opérant par places ou par trouées, revenant sur ces places ou trouées quand le semis est acquis pour les élargir, afin d’obtenir en un temps assez long un ensemencement complet réparti sur toute la surface à régénérer sous forme de groupes ou bouquets d’âges différents ; les peuplements ainsi créés prennent les allures des peuplements inégaux et nous disons dans ce cas que les coupes successives ont un caractère jJardinatoire ;
3° On effectue les coupes successives çà et là, non plus sur des surfaces à régénérer en un temps plus ou moins long, mais sur la superficie totale de la forêt, de telle sorte que cette forêt renferme à tout moment des arbres de tous âges confusément mêlés ; on dit qu’il y a dans ce cas jardinage ou coupes de jardinage et le peuplement est dit jardiné.
Régénéralion par coupe unique ou par ensemencement latéral. — La méthode consiste à enlever en bloc tout le matériel sur pied dans une parcelle donnée, et à confier à la nature le soin de régénérer celle-ci par l'apport des graines. provenant des peuplements voisins. Avec ce procédé, la régénération n’est obtenue d’une façon certaine et bien complète qu'aux conditions suivantes : 10 il s’agit d’essences donnant en abondance des graines légères facilement transportables par le vent, dont les jeunes plants peuvent se développer en pleine lumière et sans abri ; 20 la coupe est effectuée en bandes. longues et étroites, dont la plus grande longueur est dirigée perpendiculairement aux vents dominants et dont la largeur atteint à peine la hauteur des arbres porte-graines voisins ; 39 les coupes exploitées à blanc sont ouvertes au travers d’un vieux peuplement fertile ou orientées, par rapport à ce peuplement, à l'encontre des vents dominants ; 49 la station présente des conditions spéciales de sol, de climat et d'humidité susceptibles de permettre aux jeunes semis de se développer sans être rapidement détruits par la sécheresse, les froids, les gelées, etc., ou par l’envahissement des mauvaises herbes.
A. FRON. — Syloiculture. 14
42 PRATIQUE SYLVICOLE.
Lorsqu'on procède à la régénération par coupe unique, il existe au moment de l'exploitation à blanc étoc du peuplement supérieur une grande quantité de semences fertiles qui viennent de tomber sur le sol et sont susceptibles d’assurer déjà une régénération partielle ; il ne paraît pas impossible de provoquer un peu avant l'exploitation la fructification abondante du vieux peuplement et pour cela d’y effectuer d’avance une coupe très prudente ayant surtout pour but de dégager les cimes des arbres porte-graines et de relever le couvert ; il est important toutefos de maintenir toujours le sol en bon état pour l’ensemencement latéral et de ne pas provoquer à l’avance le desséchement ou le durcissement de ce sol, ainsi que son envahissement par la végétation herbacée.
Une fois la coupe exploitée à blanc étoc, les années de semences doivent se produire rapidement, sinon le sol complètement découvert se dessèche, se durcit ou s’enherbe et les conditions deviennent alors très défavorables à la régénération naturelle qui se trouve compromise. Sur les places où il existe des vides non garnis de régénération, on doit sans attendre compléter le semis naturel par des plantations.
En montagne la régénération peut être ainsi obtenue avec l’épicéa dont la semence légère se dissémine au loin et dont le jeune plant, en climat humide, ne craint pas un découvert total. A proximité des futiies d’épicéa on voit souvent les pâtures voisines de la forêt se boiser d’une façon naturelle et progressive par simple ensemencement latéral.
Régénération par coupes successives ; coupes préparatoires et coupes de régénération. — La méthode consiste à réaliser par fractions le matériel sur pied dans la parcelle à régénérer, de telle sorte que le nouveau peuplement s’installe sous l'ombrage des arbres porte-graines et se substitue graduellement à l’ancien ; les exploitations du vieux peuplement sont dirigées, d’une part en vue d’assurer l’ensemencement complet de toute la surface à régénérer et, d’autre part, en vue de favoriser le développement normal de la jeunesse créée. Pour réussir cette régénération, les conditions a assurer sont les suivantes : préparer un sol meuble et substantiel pour recevoir les semences ; — obtenir üun ensemencement complet sur les surfaces, grandes ou petites, où l’on provoque la formation des semis ; — donner à la jeunesse obtenue une participation progressive à la lumière et aux influences atmosphériques par la suppression des arbres portegraines au fur et à mesure des besoins.
Avec cette méthode, on prépare l’ensemencement par les coupes préparatoires ; on obtient et on dirige la régénération
par la coupe d’ensemencement, les coupes secondaïres et la coupe définitive.
COUPES PRÉPARATOIRES. —- [es coupes préparatoires effectuées dans un peuplement qu’on prépare à la régàanération sont nécessaires si le sol n’est pas dans un état favorable à lensemencement et si les arbres destinés à devenir des portegraines ne possèdent pas des cim?s suffisamment développées ; elles peuvent avoir pour but de desserrer ou simplement de relever le couvert pour accélérer la dissociation des éléments de la couverture morte et leur transformation en terreau, ou dans d’autres cas, de permettre l'installation d’un sousétage complet et bienfaisant ; elles ont toujours pour but de faire tomber, à la façon des éclaircies et sans interrompre le massif, les arbres les moins beaux de l'étage dominant dont les cimes étroites et étriquées enserrent les cimes des arbres les plus beaux.
Ces transformations du sol d’une part et des cimes des futurs porte. graines d’autre part sont lentes à effectuer et doivent être prévues à l'avance ; elles sont souvent délicates à diriger. Sous des peuplements dont le couvert s’est desserré avec l’âge et surtout s’est élevé, les couches de litière peuvent être devenues très faibles, la phase préparatoire perd son importance et peut même devenir inutile. Sur des sols riches en éléments minéraux, humides, où la décomposition de la litière s’effectue lentement, et où la couche d’humus reste épaisse et abondante, l’envahissement des herbes est à redouter dès qu’on touche à l’étage supérieur ; pour améliorer le sol en vue de la régénération tout en ne provoquant pas l’envahissement de la couverture vivante herbacée, il y a une limite de desserrement, difficilesouvent à atteindre : sur les sols calcaires, la décomposition de la litière-s’effectue rapidement, et le desserrement du massif doit être beaucoup plus prudent que sur les sols frais ou trop humides. Chaque cas différent demande donc une attention toute particulière, et l’on ne doit jamais oublier que pendant toute cette période de préparation il y a lieu de maintenir toujours le sol suffisamment abrité pour l'empêcher de se dessécher, de s’enherber ou de se dégrader et par suite de perdre sa fertilité.
Si le résultat de mise en état du sol n’est pas suffisamment acquis au moment de l’ensemencement, il peut y avoir lieu de lui donner, mais alors seulement au moment de la chute des graines, une culture préparatoire par bandes ou par sillons.
COUPE D'ENSEMENCEMENT. — La coupe d’ensemencement qui à pour but de provoquer le semis est une exploitation
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qui porte tout d’abord sur l’étage dominé, le sous-étage et tous les sous-bois qui s’étalent à la surface du sol, afin de relever le couvert et de le rendre ainsi moins nuisible à la jeune génération qui va naître ; elle porte en même temps sur l'étage dominant, afin d'isoler les cimes des arbres portegraines et de permettre, dans une certaine mesure, l'accès sur le sol de la lumière et des précipitations atmosphériques ; par suite elle interrompt le massif. A cet état de coupe d’ensemencement, les arbres qui restent debout protègent encore le sol par leur couvert ; ils abritent la jeunesse qui se forme audessous d’eux contre le froid, la chaleur, lenvahissement des mauvaises herbes. Une fois cette coupe faite, lensemencement ne doit pas se faire attendre, sinon le sol, beaucoup moins protégé que précédemment, est susceptible de se dégrader rapidement (fig. 61 et 62).
L’état du sol, les conditions de climat et de tempérament des jeunes plants conduisent à interrompre plus ou moins le massif à ce moment, et c’est ainsi qu’on distingue la coupe sombre et la coupe claire ou espacée.
Une coupe d’ensemencement est dite sombre, ou farble, si les cimes des arbres porte-graines se touchent lorsqu'elles sont agitées par le vent ; l'exploitation dans une coupe sombre ne fait tomber, indépendamment de l’étage dominé et du sous-étage, qu’un nombre relativement restreint d'arbres de l’étage supérieur, de telle sorte que le couvert du vieux peuplement reste assez épais, pour une coupe d’ensemencement, mais élevé. La coupe d’ensemencement est dite claire ou forte si les cimes des arbres du vieux peuplement, une fois la coupe faite, sont espacées les unes des autres d’environ 2 à 5 ou 6 mètres ; l'exploitation dans ce cas fait tomber, indépendamment de l’étage dominé et du sous-étage, un nombre considérable d’arbres de l’étage supérieur, de telle sorte que le couvert du vieux peuplement est fortement interrompu et clairiéré après l'opération.
Entre ces deux types de coupe existent tous les intermédiaires, et il appartient à la main qui dirige l'opération de se guider d’après les exigences des essences, la hauteur du fût des arbres porte-graines et le tempérament du jeune recru, ainsi que d’après les conditions de climat, de sol., etc., pour agir au mieux des intérêts de la forêt.
La coupe sombre est celle qu’on a le plus souvent occasion d’appliquer, quitte à revenir en coupe secondaire plus ou moins rapidement ; elle convient aux essences dont les semences lourdes s’écartent peu du pied des arbres porte-graines et dont les jeunes plants sont délicats, c’est-à-dire ont besoin d’abri pendant les premières années de leur naissance ; elle est nécessaire toutes les fois que le sol est exposé
(pendant l'exploitation).
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246 PRATIQUE SYLVICOLE.
à s’enherber facilement ou à se dessécher, si l’on opère sur les lisiéres des forêts ou dans des endroits exposés aux vents.
C’est seulement lorsque des conditions contraires sont réunies qu'on peut faire une coupe d’ensemencement plus ou moins claire ; la coupe claire convient donc aux essences dont les jeunes plants sont robustes, c’est-à-dire sont susceptibles de se passer d’abri dès la première jeunesse, Car ces jeunes plants en cas de coupe sombre disparaîtraient rapidement sous le couvert trop épais des arbres porte-graines avant que l’on n’ait eu le temps d'intervenir.
Dans la pratique des opérations, deux précautions importantes sont à prendre :
19 On doit chercher à réserver les plus beaux porte-graines, c’est-à-dire les arbres qui possèdent une cime ample fortement développée et dont le fût est en même temps très élevé : cette hauteur du fût a pour effet de diminuer l’action du couvert des cimes et de permettre à lair, à la lumière et à la chaleur, en même temps qu’à la pluie d’arriver en quantité suffisante sur le sol.
En agissant ainsi on contribue à relever le couvert, et cette opération est tellement importante qu’elle suffit dans certains cas à assurer l’ensemencement. C’est ainsi par exemple qu’en élaguant jusqu’à une certaine hauteur du fût les branches basses d’arbres peu élancés, peu serrés, mais à cime suffisamment développée pour former un massif, on arrive par cette seule opération à provoquer la naissance de semis nombreux et bien venants ; il faut évidemment qu'il s’agisse d’essences dont les jeunes plants sont susceptibles de naître et de se maintenir sous un certain couvert. L'opération d’élagage ne présente dans ce cas qu’un faible inconvénient, car les arbres qu’on mutile ainsi sont destinés à être exploités dans un avenirrelativement proche,lors des coupes secondaires et de la coupe définitive ;
20 En même temps qu’on recherche des fûts élevés ou qu'on relève le couvert par des élagages, 1! faut avoir bien soin de nettoyer le sol de La végétation basse qui peut le recouvrir : cette précaution est nécessaire d’une part pour supprimer un couvert très bas qui nuirait aux jeunes plants,et d’autre part pour éviter la moisissure des graines pendant l'hiver en même temps que pour assurer en temps utile le degré de chaleur nécessaire à la germination.
CoUPESs SECONDAIRES. —- [es coupes secondaires ont pour but de donner progressivement du jour (air, lumière, chaleur, participation aux précipitations atmosphériques) aux jeunes plants au fur et à mesure qu’ils en ont besoin ; elles comportent des exploitations qui font tomber successivement les arbres porte-graines qui se trouvent au-dessus d’une jeune génération bien constituée dès qu’ils ne sont plus indispensables au maintien de la fertilité du sol, d’une part, et d’autre part
Fig. 63. — Futaie de chène pur à l'état Ce coupe secondaire. Forêt domaniale de Bercé (Sarthe).
Fig. 64. — Futaie de chène pur à l'état de coupe définitive. Forèt domaniale de Bercé (Sarthe).
248 PRATIQUE SYLVICOLE.
dès que leur couvert commence à devenir nuisible à la croissance des jeunes plants; elles reviennent une ou plusieurs fois sur le même point et sont conduites plus ou moins rapidement suivant les exigences de la jeunesse (fig. 63). La dernière de ces coupes abat les derniers arbres du vieux peuplement et elle prend le nom de coupe définitive.
Ces coupes secondaires sont plus ou moins nombreuses et par suite plus ou moins prudentes suivant le tempérament des jeunes plants, et aussi suivant le degré d'humidité du sol, les dangers auxqueis est exposé le recru, etc. Le sylviculteur doit mettre tout son art à déterminer le degré de couvert le plus favorable à la bonne croissance du recru ; il désigne pour être abattus les arbres qui recouvrent les semis les plus complets et les plus vigoureux ; il laisse intactes les places dégarnies de plants, car pendant cette période des coupes secondaires, les porte-graines continuent à donner des semences fertiles qui viennent peu à peu compléter le repeuplement.
Dans la pratique, il peut arriver qu’à la suite d’une coupe d’ensemencement sombre, il se passe plusieurs années sans semis et que le massif se referme complètement ; il devient dès lors nécessaire de rétablir le premier état, et la coupe qu’on opère présente le caractère d’une nouvelle coupe d’ensemencement.
De même, si dans une coupe espacée les semis se Dr attendre, le sol peut être envahi par des morts-bois ou des arbustes dont la présence devient nuisible pour l'installation des semis: il est alors nécessaire de venir enlever toute cette végétation dès qu’on prévoit une année de semence.
COUPE DÉFINITIVE. — La coupe définitive est en quelque sorte la dernière des coupes secondaires ; c’est une exploitation qui fait tomber les vieux arbres qui restent dès que la jeunesse peut supporter le plein découvert et qu’elle forme fourré, c’est-à-dire qu’elle couvre à son tour le sol (fig. 64).
Il ne faut jamais se hâter de passer à la coupe définitive, parce que l'abri des réserves disséminées est le seul moyen de soustraire le jeune peuplement à l’action des gelées printanières dans les endroits qui sont exposés; — parce que tant que le fourré n’est pas bien constitué, le sol n’est pas suffisamment abrité et se détériore ; — parce qu’enfin, la production ligneuse de la surface est augmentée de tout le développement que prennent les réserves, sans que les jeunes plants aient à souffrir d’un couvert disséminé en même temps que relevé.
La régénération naturelle par coupes successives peut être dirigée de diverses manières et l’ensemencement peut être
obtenu sur la surface à régénérer d’une façon uniforme ou d’une façon très inégale en un temps plus ou moins long. Suivant la manière dont le peuplement originel est constitué, suivant l’étendue qu’on donne à la surface à régénérer par rapport à celle de la forêt et surtout suivant le temps qu’on met à obtenir une régénération complète sur cette surface, les peuplements obtenus peuvent prendre un aspect uniforme ou de même âge, inégal ou d’âges multiples, et enfin celui des futaies jardinées.
Nous avons à examiner successivement chacun de ces Cas.
Coupes successives ayant un caractère uniforme. — On agit généralement sur des peuplements uniformes et on se propose d’obtenir simultanément le semis naturel sur toute la surface du peuplement attaqué (parcelle en régénération) afin d’obtenir un nouveau peuplement dont tous les sujets auront le même âge ou à peu près le même âge.
Dans ce but, on procède par coupes s'étendant uniformément sur toute la surface à régénérer.
La phase des coupes préparatoires suit les dernières éclaircies pratiquées dans le peuplement et les continue, car les coupes préparatoires ont le même but et emploient les mêmes moyens. Il n’y a donc pas de durée spéciale à leur assigner; elles font suite naturellement et presque sans modification aux opérations d’éclaircie. D’intensité très inégale suivant les cas, elles varient suivant les peuplements ; dans certaines circonstances, un simple élagage suffit ; ailleurs il n’est possible de faire qu’une seule coupe préparatoire modérée ; ailleurs plusieurs coupes préparatoires progressives et prudentes sont nécessaires ; la durée de la phase préparatoire en dépend ; elle peut atteindre dix ans et même davantage.
Dès la coupe d’ensemencement, qui est effectuée uniformément sur toute la surface, les semis doivent se produire et se conserver ; on doit s’attacher à obtenir une égale distribution du feuillage plutôt qu’à répartir régulièrement les réserves, afin d'obtenir un semis bien uniforme sur toute la surface. En principe, la régénération doit être obtenue en bloc, c’est-à-dire en une année de semence et le semis complet doit recouvrir entièrement le sol.
Il est rare qu’un tel semis se produise en une seule année, et il faut compter au moins sur deux années à graine pour obtenir un semis complet; la période d’ensemencement dure ainsi plusieurs années, jusqu’à dix et quinze ans dans certaines régions ; toutefois, il y a lieu de remarquer qu’en attendant ainsi une nouvelle année de semence
250 PRATIQUE SYLVICOLE.
on s'expose, pour les essences à tempérament robuste, à voir les jeunes plants disparaître successivement sous le couvert et le semis rester toujours incomplet ; aussi pour ces essences faut-il le plus souvent se contenter d’un semis partiel pourvu que les jeunes plants, d’ailleurs bien répartis, soient assez nombreux pour se constituer à l’état de fourré au bout de peu d’années (dix ans par exemple). Les essences à tempérament délicat, dont les plants peuvent persister sous le couvert d’une année de semence à l’autre, permettent seules d’attendre un semis complet, c’est-à-dire réparti très uniformément et en grand nombre à la surface du sol (1).
i Aussitôt qu’on dispose de ce semis, on doit commencer le desserrement progressif des porte-graines ; t'est la phase des coupes secondaires qui s’échelonnent jusqu’à la coupe définitive. Leur durée absolue est très variable : elle dépend des essences et des stations ; ici la coupe définitive aura lieu au bout de trois à cinq ans après la chute des graines ; ailleurs elle n’aura lieu qu’au bout de dix ou quinze ans et plus.
Du fait qu’on a mis simultanément toute la surface en ensemencement, il résulte que la phase des coupes secondaires ne peut se prolonger ; si la régénération n’a été obtenue que partiellement, elle peut se compléter pendant les premières coupes secondaires, mais à partir de ce moment il ne faut plus compter sur les porte-graines disséminés pour la terminer, parce que le sol a dû se détériorer sous l’action du découvert là où le semis n’est pas assuré, et qu'il ne reste pas apte à un ensemencement naturel. Si les vides présentent une grande étendue, la régénération y est manquée ; on doit faire tomber les arbres qui les surmontent et procéder à des repeuplement artificiels.
Dans les bonnes stations, rien n'empêche de conserver assez longtemps sur la coupe définitive les plus beaux porte-graines, spécialement ceux qui sont les plus élancés, pour les faire bénéficier de la mise en lumière, et leur permettre d'atteindre des dimensions exceptionnelles. Ce cas se présente surtout pour l'essence chêne, dont les fortes pièces deviennent de plus en plus rares, et qui sont si recherchées par la consommation. Les arbres ainsi conservés doivent être rigoureusement débarrassés de leurs branches gourmandes ; si on néglige cette précaution, beaucoup de chênes, ainsi laissés en réserve, sont exposés à mourir en cime et il devient nécessaire de les exploiter.
OBSERVATIONS SUR LA MARQUE DES COUPES. — L'époque la plus
(1) On appelle semis préexistants ceux qui existent sur la surface à régénérer et qui ont pu persister, soit en raison de leur tempérament, soit pour des causes accidentelles, jusqu'à la coupe d'ensemencement. Souvent, ces semis sont susceptib'es de se raccorder avec l’ensemble des autres semis.
Avec des essences de lumière, à tempérament robuste, un ensemencement peut ètre considéré comme réussi si l’on trouve au moins un plan par mètre carré de surface.
Ce ne sont d'ailleurs pas en général les semis trop serrés qui donnent les meilleurs résultats.
favorable pour effectuer l2 martelage de ces différentes coupes est généralement le commencement de l’automne, car c’est à cette saison qu’on peut le plus facilement se rendre compte de l'influence qu’exerce le couvert des arbres sur le sol et sur le recru.
Dans la pratique les différentes coupes que nous avons définies ne sont pas toujours pratiquées successivement sur toute la surface, ou de proche en proche comme l'indique la théorie ; tout dépend de la manière dont se produit la régénération ; partout où le semis est acquis, on commence les coupes secondaires; là où existent des semis prééexistants qu’on juge utile de conserver, on fait une opération qui tient de la coupe secondaire ou de la coupe définitive, tandis qu’au contraire, là où le semis n’existe pas, l'opération tient de la coupe d’ensemencement ; en fait, on porte son action là où le besoin s’en fait sentir et dans le sens qu’indique la marche de la régénération. Toutefois les opérations sont dirigées pour que les différences d’âges qui s’accusent dans le peuplement nouveau restent relativement assez faibles et la Jeune futaie obtenue ne tarde pas en vieillissant à présenter les caractères des peuplements uniformes.
Coupes successives ayant un Caractère jardinatoire. — La régénération dirigée en vue d’obtenir des peuplements inégaux ou d’âges multiples, présente comme marche générale de grandes ressemblances avec la précédente ; on procède par coupes successives comme nous l’avons indiqué précédemment, mais avec cette différence que l’ensemencement n’est acquis sur la surface à régénérer qu’en un temps beaucoup plus long et qu’au lieu de provoquer l’ensemencement simultanément sur toute la surface, on cherche à l’obtenir successivement par groupes dispersés ou par bouquets. Sur chaque emplacement choisi, la naissance du semis est provoquée par des coupes préparatoires et par une coupe d’ensemencement ; son maintien est assuré par des coupes secondaires et par une coupe définitive ; mais en réalité la conduite des opérations varie d’une place à l’autre et d’un groupe au groupe voisin,
Dans les quartiers en voie de régénération le semis s’installe naturellement sous les trouées ou parties claires du vieux peuplement ; sa formation peut être provoquée ailleurs par des coupes d’ensemencement locales qu’on fera de préférence à l’intérieur du peuplement plutôt que sur les lisières. Rien n’empêche, si l’on opère dans un peuplement uniforme, de commencer les premières opérations de régénération par places disséminées pour arriver à ce résultat (fig. 65).
252 PRATIQUE SYLVICOLE.
Une fois le groupe de semis ou le bouquet créé et formé en massif, des coupes secondaires font tomber les arbres tout autour du bouquet de semis, afin de donner à la jeunesse obtenue plus d’air, plus de lumière et une participation plus grande aux précipitations atmosphériques ; ces coupes provoquent en même temps l’ensemencement des parties latérales du bouquet qui s’élargit ainsi de proche en proche (fig. 66) ; la coupe définitive fait ensuite table rase des vieux arbres audessus de la régénération acquise.
En même temps les exploitations attaquent d’autres parties du vieux peuplement, de telle sorte que la jeunesse se présente sous forme de taches de jeune recru entourées longtemps par le peuplement portegraines.
Peu à peu les trouées ouvertes dans le vieux peuplement se rejoignent ; le jeune peuplement, qui s’étend alors sur la surface régénérée, se compose par groupes épars d’un jeune recru à l’état de fourré et de bouquets d’arbres d’âges divers à l’état de gaulis et de perchis ; l’ensemble prend l’aspect des peuplements inégaux ou d’âges multiples. S7 on a mis un temps suffisamment long pour obtenir la régénération sur toute la surface à régénérer, les différences d’âges ainsi créées resteront apparentes fort longtemps et parfois jusqu’à la maturité de ces peuplements, et La jeune futaie obtenue présentera tous les caractères des peuplements inégaux ou d’âges multiples.
La création de peuplements inégaux d’âges multiples par la méthode des coupes successives ayant un caractère jardinatoire se rapproche beaucoup des procédés naturels auxquels elle emprunte ses multiples avantages : la transition d’une génération d’arbres à l’autre se fait lentement, d’une façon progressive,sans que la forêt ni le sol n’aient à souffrir de la période de crise qui accompagne la régénération des peuplements uniformes ; —elle assure d’autre part d’une façon constante la protection et l’abri nécessaires au jeune repeuplement ; —elle facilite le maintien d’un mélange d’essences par groupes et bouquets et permet de régler la conduite des opérations d’après les exigences de ces diverses essences ; — elle assure d’une facon permanente etsans à-coups le maintien de la fertilité du sol, et permet d’obtenir avec des sujets d'élite des résultats remarquables ; — dans un très grand nombre de cas et avec un mélange d’essences bien appropriées, elle conduit au type de forêt qui se prête mieux que tout autre (bien entendu lorsqu'il s’agit de futaie) aux exigences de la propriété privée, car la forêt ainsi constituée n’est pas soumise à des exigences déterminées et à un cadre fixe dont on ne peut s’écarter, même si les nécessités du moment l’exigent ou sides partages viennent en rompre subitement l'harmonie ; — enfin elle donne au propriétaire la faculté de ne pas jeter à la fois sur le marché un grand nombre de produits de même valeur tout en lui permettant de graduer à son gré l'intensité des opérations d’après les besoins du commerce. — Enfin suivant les cas, la durée de la période de la régénération peut être relativement courte ou plus ou moins longue, de telle sorte que les peuplements peuvent se rapprocher tantôt du