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RAJEUNISSEMENT DES PEUPLEMENTS PAR REJETS DE SOUCHE ET DRAGEONS

Lorsque les forêts sont exploitées avant l’âge de frucification du peuplement, elles ne peuvent se reproduire par voie de semis naturel. Pour les essences résineuses, la seule méthode pour obtenir la création d’un nouveau peuplement est le repeuplement artificiel.

Pour les essences feuillues, la reconstitution de la forêt se fait par voie de rejets de souche et drageons.

Rejets et drageons. — Dans les méthodes de repeuplement par voie artificielle ou par semis naturel, nous ne nous sommes pas préoccupé de la souche et des racines des arbres exploités ; ces souches sont laissées dans le sol si exploitant ne peut en tirer parti, ou bien elles sont partiellement extraites. En raison de l’âge toujours avancé de l'exploitation, elles ne sont en général plus susceptibles de donner des rejets, tout au moins des rejets utilisables ; elles n’ont plus, par suite, aucun rôle à jouer.

Il n’en est pas de même dans les exploitations de peuplements jeunes qu’on veut régénérer par rejets ou drageons. Toutes les souches et racines de l’ancien peuplement doivent rester incorporées au sol, et ce sont elles qui émettent les rejets et drageons indispensables pour la reconstitution naturelle du nouveau peuplement. Le repeuplement par voie de rejets de souches et drageons est ainsi un simple rajeunissement du peuplement initial, plutôt qu’un repeuplement proprement dit.

Dès lors, on doit admettre que les mêmes souches, après avoir fonctionné pendant de longues révolutions, pourront être qualifiées de vieilles ; à ce moment elles auront perdu peu à peu leur vitalité, et par suite leur faculté d'émettre des rejets vigoureux.

Le taillis perpétué uniquement par rajeunissement des mêmes souches d’un peuplement initial, est infailliblement voué à un dépérissement progressif s’accentuant au fur et à mesure des exploitations successives.

Perpétuité des taillis. — Dans la pratique, il n’en est

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pas ainsi et à côté du simple rajeunissement, il y a effectivement véritable création de sujets nouveaux, due aux causes suivantes :

19 Affranchissement des rejets et drageons. — Tes rejets issus des bourgeons proventifs qui existent sur le pourtour de la souche apparaissent en terre, ou au moins en contact avec elle, si la souche a été bien exploitée rez terre ; ils v trouvent d’abord un point d'appui ; puis un grand nombre d’entre eux ne tardent pas à se constituer un enracinement propre qui les rend indépendants de la souche mère. À lexploitation suivante, leurs souches jeunes et indépendantes sont susceptibles de donner des rejets vigoureux, aptes à remplacer ceux de la vieille souche qui perd sa vitalité. C’est de cette manière qu'on peut expliquer la durée pour ainsi dire indéfinie de certains taillis simples, qui n’ont aucune réserve et ne peuvent, par conséquent, se reconstituer à l’aide de brins de semence.

Dans tous les taillis on trouve fréquemment des cépées indépendantes les unes des autres, mais disposées suivant une circonférence d’un diamètre variable ; ces cépées proviennent d’une souche primitivement unique, dont la partie centrale s’est détruite et dont plusieurs rejets se sont progressivement affranchis sur le pourtour de la souche. Le cercle ainsi formé qu’on appelle quelquefois le cercle de fées, s’agrandit jusqu’à ce qu’il y ait assez d’espace à l’intérieur pour permettre aux rejets de s’étaler et de s’y affranchir à leur tour : la disposition devient alors diffuse et on a peine à la reconnaître.

Lorsque l’essence possède la faculté de drageonner, les drageons sont susceptibles de s’affranchir de la même manière.

29 Création effective de nouseaux sujets. — L'apparition de nouveaux sujets est due à la germination des semences fournies par des arbres porte-graines voisins ; les brins de semence ainsi formés, recépés avec le taïllis dont ils font partie, constituent de nouvelles souches jeunes qui viennent remplacer les vieilles souches épuisées.

Ainsi s'explique la perpétuité des peuplements sans cesse rajeunis par voie de rejets et de drageons.

Laissant de côté ces causes de véritable repeuplement, qu’il était toutefois indispensable de signaler, en raison de leur grande influence sur Pavenir de la forêt, nous nous occuperons

spécialement du rajeunissement par rejets de souche (1).

Les conditions exigées pour obtenir le meilleur résultat possible avec le repeuplement par rejets de souche, dépendent des pratiques de lexploitation. Dès lors il est nécessaire de considérer successivement l’âge d’exploitation, l’état et In vitalité des souches au moment de Pexploitation, la saison la plus favorable à l'exploitation et lopération mécanique de labatage.

Age d'exploitation, ou révolution du taillis. — S'il s’agit d’un arbre de franc pied, l'âge auquel les souches conservent la faculté de donner naissance à des rejets après abatage de l'arbre, varie suivant les essences et les stations ; en moyenne, on peut admettre que c’est pendant la période du plus grand accroissement en hauteur que la faculté de rejet atteint sa plus grande intensité ; elle persiste même plus longtemps, dans une mesure qui varie selon les essences. Dans l'intérêt d’une bonne régénération, il est désirable que la coupe se fasse À ce moment, car de fortes souches bien développées assureront la formation de cépées vigoureuses riches en fortes perches et capables de former rapidement un bon massif ; il est impossible d'obtenir le même résultat au moyen d’un nombre plus considérable de souches moins âgées (2).

Quand il s’agit de souches déjà plusieurs fois recépées, on ne peut admettre des révolutions aussi longues ; la faculté de rejeter de souche se perd plus ou moins rapidement suivant les essences et les stations ; l'expérience a nettement établi une limite supérieure générale au-dessus de laquelle on ne

(1) Les drageons jouent, chez certaines essences dites drageonnantes, un rôle prépondérant et fournissent alors au taillis une partie des tiges qui le constituent ; il ne paraît pas utile d'en faire une étude spéciale, car les souches mises dans les conditions les plus favorables à la production des rejets, sont aussi celles qui hez les essences drageonnantes donnent les meilleurs drageons.

(2) Cette remarque peut s'appliquer à la transformation en taillis d'une jeune futaie par recépage pur et simple ; elle montre en outre que dans les taillis, spécialement dans les laillis à courte révolution, il est bon, mème lorsqu'on ne fait pas de taillis-sous-futaie proprement dit, de réserver avec soin comme baliveaux tous les brins de semence qui se trouvent mélangés au taillis ; l'exploitation ultérieure de ces arbres comme baliveaux ou petits modernes, enrichit beaucoup plus le taillis en souches bien développées que ne le ferait leur exploitation immédiate avec le tailis lui-même. Inutile d'ajouter que ces arbres fructifieront, et que dès lors leur influence bienfaisaute sera double.

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peut plus être certain de la formation de rejets utiles ; 1 n’est jamais prudent de dépasser l’âge de quarante ans pour aucune essence et les taillis sont généralement exploités entre dix et trente ans, exceptionnellement jusqu’à quarante ans.

Les principales essences feuillues se comportent d’ailleurs très différemment à cet égard ; le charme et le châtaignier donnent encore des rejets vigoureux lorsqu'ils sont exploités à des âges assez avancés ; à l'inverse, les bois tendres tels que le bouleau, l’aune, le tilleul, les saules et les arbrisseaux tels que le coudrier perdent assez rapidement cette faculté avec l’âge : les principales essences ligneuses telles que le chêne, le frêne, l’érable, le robinier, le cerisier et les fruitiers la conservent plus ou moins longtemps,en moyenne jusqu’à trente-cinq à quarante ans: 11 résulte de ce fait que, dans le traitement en taillis, plus les révolutions sont longues, plus on favorise les meilleures essences (bois durs) au détriment des mauvaises, c’est-à-dire des bois tendres qui tendent à disparaître dans les taillis à longues révolutions ; inversement les taillis à courtes révolutions sont facilement envahis par les mauvaises essences, au détriment des plus précieuses qui dans ce cas sont généralement assez vite supplantées.

En sol frais, profond et fertile, la faculté de rejeter de souche se conserve plus longtemps que dans des conditions contraires ; elle varie d’ailleurs beaucoup avec les conditions de la station et les méthodes d’exploitation ; c’est ainsi que le hêtre qui rejette mal de souche ou plutôt ne donne habituellement des rejets que jusqu’à un âge peu avancé, peut dans certains cas former de beaux taillis furetés.

État et vitalité des souches. — Les souches doivent être saines pour donner de bons rejets au moins chez un grand nombre d’essences, telles que lorme, le tremble, laune ; chez le chêne et le charme, les rejets paraissent moins soufirir de la pourriture partielle de la souche. Cet état sain est plus ou moins lié d’ailleurs à la vitalité de la souche, et cette vitalité varie beaucoup avec l'essence d’abord et aussi avec la qualité de la station ; le chêne et le charme conservent longtemps, pour ainsi dire indéfiniment, la faculté de rejeter de souche après un grand nombre d’exploitations ; le frêne, le bouleau, la plupart des bois blancs et morts-bois ne la conservent guère plus de deux à trois révolutions.

Pour avoir un bon taillis, il sera préférable d’arracher à temps les souches gâtées qui tiennent inutilement une place où il vaut mieux

voir se réinstaller naturellement ou même artificiellement des semis de bonnes essences; d’autre part, un recépage fréquent (et intention-

nellement mal fait) de certaines essences non précieuses tend à provoquer la disparition des essences secondaires, et par suite à favoriser la bonne composition d’un taillis (1).

Saison la plus favorable à l'exploitation. — En principe la saison la plus favorable à exploitation du taillis est la fin de l'hiver, quelques semaines avant le gonflement des bourgeons.

La première condition pour que les rejets se produisent c’est que l’écorce soit bien adhérente au bois, vers la surface de section, car tout détachement de écorce et du bois a le double effet : 10 de briser les bourgeons proventifs susceptibles d'émettre des rejets sur le pourtour de la souche ; 20 de nuire à la formation du bourrelet cicatriciel sur lequel se devéloppent les rejets d’origine adventive. Pour conserver cette adhérence, on est conduit à ne pas exploiter avant les grands froids, car les pluies d'automne peuvent s’infiltrer dans les tissus ligneux, entre l'écorce et le bois, et provoquer un décollement de l’écorce si les gelées surviennent à ce moment ; de même on évite de couper les tiges pendant les grands froids, parce que ladhérence de lPécorce au bois est moins grande à ce moment et que l'écorce tend à se briser ou à se détacher, sous le choc de l'instrument.

On reproche, d'autre part, à l'exploitation faite en temps de sève, de donner des rejets moins nombreux, moins vigoureux, exposés aux gelées d’automne avant d’être bien lignifiés et surtout de faire perdre l'accroissement d’une année.

En tenant compte de ces conditions, il ne reste plus, pour l'exploitation, qu’un temps assez restreint, compris entre le commencement de février et la fin de mars ; en théorie, c’est l'époque la plus favorable, car la cicatrisation peut commencer immédiatement après, dès le départ de la sève, ce qui contribue à la bonne conservation de la souche ; en pratique ce délai est trop restreint ; pour de grandes coupes, il exigerait trop de main-d'œuvre en un même moment, et aurait le grand

(4) Remarquons toutefois que pour agir ainsi, il faut bien connaitre son peuple ment, les conditions de végétation et surtout le but à obtenir, car si l'on agit au hasard, des opérations de ce genre peuvent devenir très dangereuses.

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inconvénient de supprimer le travail d'hiver pour tous les ouvriers du métier qui se font bûcherons pendant le chômage des travaux. Aussi, en fait, exploite-t-on pendant toute la morte-saison et même à l’automne comme lexigent souvent les conditions de l'exploitation, sauf peut-être dans la zone parisienne où les dégradations dues à linfluence de lhumidité et de la gelée sont à redouter.

Ilest nécessaire que les bois abattus soient tous enlevés de la coupe ou tout au moins faconnés avant le départ de nouveaux rejets, et ce n’est qu’exceptionnellement, lorsqu'il s’agit de rendre possible l’écorçage, qu’on doit exploiter en temps de sève.

Abatage. —- L’abatage doit se faire rez terre, afin d’obtenir des rejets de souche susceptibles de s’affranchir et non des rejets de tige ; la section d’abatage doit être nette et bombée, ce qu’on obtient à l’aide d’instruments tranchants (hache ; — serpe pour les brins n’ayant pas cinq centimètres au moins de diamètre) ; la scie, qui donne une section rngueuse et fibreuse (1), ne doit pas être emplovée. On ravale ensuite la section afin de lui donner la forme convexe d’un verre de montre, sans esquille, ou celle d’un toit à double pente (fig. 68); en opérant ainsi, on évite d’avoir une surface mâchonnée par la scie, ou en gouttière, qui permettrait à l’eau de séjourner

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Fig. 68. — Exploitalions en talus et en gouttière.

sur la souche et d’en accélérer la décomposition. Une telle section amènerait la pourriture des rejets dans la partie de leur pied qui englobe la souche ; elle présenterait ainsi l’inconvénient d’empécher, à l’exploitation suivante, la production de nouveaux rejets, ou du moins d’altérer leur vitalité. A ce point de vue le chêne, le charme, le tilleul sont moins sen-

(1) L'emploi de la scie exige beaucoup trop de temps quand il s’agit de perches de la grosseur de celles d'un taillis. C'est seulement pour des arbres pouvant fournir du bois d'œuvre que l'emploi de la scie reprend ses avantages, parce qu'on économise tout le bois qui tomberait dans la tail e d'abatage. Mais alors il ne présente pas d’inconvénients, car on ne se propose plus d'obtenir des rejets de souche.

sibles que d’autres essences telles que le hêtre, l’érable et les bois tendres.

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