ORDRE DES EXPLOITATIONS. — ASSIETTE DE COUPES
Définitions. — On appelle coupe, toute étendue de terrain délimitée dans une forêt pour y abattre tout ou partie des bois qui garnissent cette surface ; coupe en usance, les coupes qui sont en exploitation ou en vidange; le mot exploitation est souvent employé dans le sens de coupe ou de vente ; l'assiette d’une coupe est la désignation de l’emplacement que doit occuper cette coupe ; l'opération d’asseoir une coupe consiste donc à déterminer l'endroit où celle-ci doit être faite, et souvent à en lever le plan, afin de lui donner la contenance voulue.
Ordre des exploitations. — Règles d’'assiette. — Dans une bonne exploitation, il est préjudiciable à l'intérêt du propriétaire de disséminer sans raison les exploitations au hasard dans une forêt.
Au point de vue cultural, il est indispensable de suivre un certain ordre, déterminé par les règles suivantes, dont les deux premières concernent spécialement les taillis, et les trois autres visent plus particulièrement les futaies.
Première règle. — Les coupes doivent être assises de manière à se succéder de proche en proche, et recevoir la forme la plus régulière possible. — La succession des coupes de proche en proche crée une graduation suivie entre les divers peuplements d’âges différents qui s'élèvent ensemble ; elle leur permet de se protéger mutuellement contre les vents violents, l’action de la neige, etc., et diminue les chances de chablis ; elle facilite la surveillance des coupes en usance. Quant à la régularité des coupes, elle est très commode ; elle simplifie les opérations d’assiette, celles d’abatage et de vidange des arbres de lisière, et diminue l’action nuisible du vieux peuplement restant, sur le jeune recru des bords de la coupe.
Deuxième règle. — Les coupes seront assises de telle sorte que le transport des bois d’une coupe en exploitation puisse s'effectuer sans qu'on soit obligé de traverser les coupes précédemment exploitées. — Cette règle s’explique d’elle-même, en raison du préjudice que causeraient
292 PRATIQUE SYLVICOLE.
les nombreux charrois nécessaires pour la vidange de toute une coupe en passant au travers de jeunes recrus ou de repeuplements en voie de croissance. L’inobservation de cette règle est souvent la cause de nombreux vides plus ou moins étendus qu’on est obligé de repeupler artificiellement.
Il y a donc lieu, dans l’opération d’assiette d’une coupe, de tenir compte de l’existence des laies sommières (1).
Troisième règle. — Les coupes doivent être assises à l'encontre des vents dangereux. — Dans la plus grande partie de la France, les vents dangereux sont ceux du sud et de l’ouest, en raison de leur violence et de la pluie qui les accompagne presque toujours et qui détrempe le sol. Par suite, on doit, en général, tendre à asseoir successivement les coupes en allant du nord vers le sud et de l’est vers l’ouest ; les exploitations laissent ainsi du côté exposé aux vents dangereux le massif plein ; ce massif sert d’abri et protège les arbres de réserve qui sont moins résistants contre l’effort du vent, surtout pendant les premières années de leur isolement. Pour procurer le même abri aux dernières coupes, il peut être utile, dans les situations très exposées, de laisser du côté des vents dangereux, un rideau de protection de 20 à 30 mètres d'épaisseur.
L’application de cette troisième règle devient surtout importante dans les futaies, pour les essences résineuses, à cause de leur hauteur considérable, et spécialement pour les essences à enracinement superficiel ; elle est indispensable sur les versants et les portions élevées des régions montagneuses.
Elle offre encore l’avantage, quand les essences ont des graines légères ou munies d’ailes, de faciliter le réensemencement naturel, car les semences sont emportées par les vents, des massifs non encore exploités, vers les coupes en usance.
Quatrième règle. — En montagne, les exploitations doivent étre dirigées de bas en haut. — L'effet du massif supérieur vers lequel se dirigent les exploitations est protecteur, comme dans le cas précédent, contre les vents généralement plus violents des régions élevées. On constitue d’ailleurs, en général, sur le sommet des montagnes, des zones protectrices plus importantes formées par des peuplements jardinés et l’on a soin d’y réduire à dessein les exploitations. Souvent, alors, la vidange des coupes s’effectue dans le sens de la pente, au travers des coupes récemment exploitées ; on doit, dans ce cas, chercher à réduire les dégâts dans la mesure du possible, en installant des voies de vidange bien réparties, des lançoirs ou plutôt des chemins de schlitte, des câbles aériens, etc.
Cinquième règle. — En montagne, les coupes seront autant que possible longues et étroites, et assises de manière à offrir aux vents violents leur moindre profondeur. — La coupe ainsi établie offrira moins de prise
aux vents dangereux et sera mieux protégée par le massif voisin.
(1) Lignes de division ou de séparation des coupes, assez larges pour permettre la vidange.