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TRAVAUX FORESTIERS

Nous donnons, d’après l’ Agenda du forestier, les chiffres suivants à titre d'indication :

Travaux à la journée, — Dans une journée moyenne de dix heures, un ouvrier bûcheron peut :

392 PRATIQUE SYLVICOLE.

Débroussailler, soit couper un taillis de 8 à 10 ans sur 5 à 10 ares.

Abattre un taillis moyen de 15 à 18 ans: 2. Là 8 — — — de: 25 ans..." USE > à 6 — — — de 30 ==; 3 EEE MERE 20À

Élaguer feuillus de 1 à 2 mètres detour....... de 10 à 12 arbres. — résineux de 1,40 à 2 m. de tour ........ 8à 12 — — — de 2 'à-3 métres-dertour:-.#""1%- 6 à 10 —

Abattre arbre (petit bois) de 1 m. cube........... 8 à 14 —

= (bois moyens de 2 m. c. (à 2 ou- NICE): 2e AL COR AO 8 à 14 — —— (gros bois) de 4 m. c. (à 2 ouvriers). KE à 6 —

Écorcer sapin, moyen dediom dedonP-re x. men 15402000 — — deutomii rs Lee 8 à 12 — — — ES TAMMES- RE 5 du

Équarrir — demo FR ee 40 à 12 — mr. —— de DRE TS AS EEE ELA NS =

D — de sr te ir 0: Ame 34 SU

Emonder baliveaux (0%,40 à 0,60 de tour)..... 100 à 140 tiges.

— modernes (0,60 à 1,20 de tour)..... 60 à 80 —

Traoaux à la tâche. — Prix des unités,

francs. francs.

Façon d’un stère quartier :

Abatage, sciage......... de 0,65 à 1 »

Hendage "Eur ei se. de 0,20 à 0,30 | de’ 1/3 171,59 ÉmMphage Er. see de 0,15 à 0,20 Façon d’un stère rondin :

Abatage, sciage......... de 0,65 à 9,80 :

Éinpilages ot 2 DUR de 0,15 à 0,20 CORRE Façon de 100 fagots, de 1,33 de haut sur 1 mètre de TOUT: Er EEE CRE EE ACER de 4" 372060 Façon de 100 bourrées, de 1,33 de haut. sur 4.-mêtre de HOUT SAR ER NE PRE) Lies QE AS Élagage d’un feuillu de 1 à 2 mètres de tour....... 0,50 à 1 » — d’un résineux de 1,60 à 2m,20 de tour ...... 0,80 à 1,20 — — de 22,40 à 34m" detour.-.2727. 4,90 0287

(Les élagueurs, exerçant un métier pénible et dangereux, demandent à gagner à la journée de 6 à 12 francs.)

francs.

Abatage d’un taillis de 8 à 10 ans (ou JéÉDrOUSSAIHEMENT) nn. eme see à l’hectare, de 30 à 60 Abatage d’un taillis moyen de 15 à 18 ans. — 36 à 75 Abatage d’un taillis moyen de 25 ans. == 50 à 100

+ De — de 30 ans. — 60 à 159

Abatage d’une perche de 0,40 à 0,60 de tour... 0,05 à 0,15

—— d’un arbre (petit bois) de 1 mètre cube CIVITOMSs 2h 2e Se ED ER eee date 0,60 à 1 »

— d’un arbre (bois moyen) de 2 mètres cubes CRMITOM ET EN AM eee nest ee 1:00 "202325

— d’un arbre (gros bois), 4 mètres cubes ; CHMITON 2 2 VD D er ete anses 2,90 à 3,15 EÉcorcement, sapin moyen de 1 mètre de tour...... 0,25 à 0,40 — — de 2 RE 0,60 à 1,20 = — de 3 a ON TT 13:42:50

— façon d’une botte d’écorce, de 16 à DS RNCS EE de SRE. OU he 0,50 à 0,60 — façon de 1000 kilos d’écorce.......... 30 » à 40 » Équarrissage d’un sapin moyen de 1 m. de tour..... 0,40 à 1,20 — -— — de2 NE 1:20:4225 no — —— — de 3 —— M ss 2,30 à 3,50 Emondage d’un baliveau (07,40 à 0,60 de tour)... 0,02 à 0,04 — moderne (0,60 à 1m,20 de tour)........ 0,0% à 0,05

— à l’hectare (100 baliveaux, 40 modernes CES AS EE) à à NES PE EE ETS SR A AS DE

En ce qui concerne les travaux forestiers (travaux d’amélioration et d’entretien), ils consistent en travaux de bornage (bornes, écussons, fossés, cordons, etc.) ; en travaux de clôture (murs, fossés, etc.) ; en travaux d'irrigation ou d’assainissement (fossés, rigoles, etc.) ; en travaux pour l'assiette de l'aménagement (ouverture de lignes, placement de bornes, etc.) enfin en travaux d’ouverture ou d’amélioration des voies de vidange.

Le prix de revient de ces divers travaux varie beaucoup d’une région à une autre, et il convient de les débattre avec les ouvriers du pays ; nous renvoyons à leur sujet aux indications générales mentionnées à l’ Agenda du forestier.

Les arbres et les peuplements depuis leur naissance jusqu’au terme de leur existence sont exposés, surtout dans les forêts exploitées d’une façon intensive par l’homme, à un très grand nombre de dégâts ou de dangers contre lesquels parfois il est possible de les prémunir. Une bonne gestion doit s’en préoccuper.

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Sous ce rapport la culture forestière est encore bien différente de la culture agricole en raison de la longue période d’années qu'il faut au bois pour se former et pour devenir exploitable ; la forêt constituée par des arbres en croissance et par des bois mûrs doit se développer normalement, sans à-coups, sinon le revenu peut être gâché et compromis pour un temps dont la durée dépasse parfois celle de l'existence du propriétaire ; l'instrument de production n’est plus ici seulement la terre, comme en agriculture, à laquelle, après une année mauvaise, on peut confier de nouvelles semences, mais il est constitué par une série de bois de tous âges, depuis l’extrême jeunesse jusqu’à l’âge exploitable, et cet instrument doit être protégé contre les dangers extérieurs et les accidents ; sinon la matière bois peut se dégrader progressivement dans la forèt qui en est l'entrepôt en même temps que la fabrique.

Le devoir du sylviculteur est de prévoir ces à-coups et d’y porter remède à l'avance, tout au moins de les atténuer dans la mesure du possible.

Influence atmosphérique ; vents et ouragans, coups de froid ou de chaleur, etc. — Les vents violents et les ouragans, surtout lorsqu'ils sont accompagnés de pluies qui détrempent le sol, produisent dans les forêts des dégâts qui se traduisent par des chablis (arbres complètement déracinés et renversés avec leurs racines), des volis ou des chandeliers (arbres cassés sans être déracinés) ou enfin des abatis sur de grandes surfaces (fig. 78).

Pour protéger la forêt et atténuer dans une certaine mesure les ravages de cette nature, il faut : préférer dans toutes les situations exposées, et spécialement en montagne, les peuplements inégaux d'âges multiples, surtout les peuplements jardinés, car ces formes sont généralement moins atteintes que les peuplements uniformes d’un seul âge ; — créer ou conserver des zones d’abri sur leS périmètres exposés aux vents violents ; — balicer serré, spécialement sur le pourtour des coupes, dans les taillis-sous-futaie et avoir soin d’entreméler les réserves d’âges divers afin qu'elles se protègent mutuellement ; — multiplier les coupes sur de petites surfaces plutôt que de procéder aux coupes sur de grandes étendues d’un seul tenant et se conformer

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aux règles d’assiette en ce qui concerne la marche des coupes à l'encontre des vents les plus dangereux.

Le refroidissement de la température et les gelées produisent des dégâts de forme très variable, suivant la saison et aussi suivant l’âge des arbres ou des peuplements qui y sont exposés ; les gelées tardives de printemps où précoces d'automne qui surprennent des organes jeunes (printemps) ou imparfaitement aoûtés (automne), détruisent momentanément les organes verts et sont parfois très préjudiciables aux jeunes repeuplements naturels ou artificiels, surtout si elles se reproduisent fréquemment. Ces gelées, spécialement celles du printemps, sont plus à craindre dans les dépressions, les parties humides des régions à climat rude et il est à conseiller d’éviter sur ces points de faire des plantations sans abri protecteur naturel ou de planter des espèces rustiques.

Les grands froids d'hiver sont en général moins dangereux que les transitions brusques que provoquent les coups de soleil et le passage brusque du froid au chaud pendant ou après les fortes gelées; les accidents morbides qu’ils provoquent dans le bois prennent le nom de gélioures ou de roulures, de lunures, etc., suivant la situation et la profondeur des zones de bois qui sont détruites et ils constituent des tares plus ou moins graves qu’on retrouve toujours dans le bois et qui souvent provoquent tôt ou tard son altération (1).

Pour protéger dans une certaine mesure la forêt contre ces dégâts, il est à conseiller : d’éoiter de faire des repeuplemenis artificiels à l’aide d’essences introduites au nord de leur station d'origine ; — de placer les plants à feuilles persistantes de préférence aux expositions froides pour leur épargner les passages trop brusques du froid au chaud ; — de planter des espèces rustiques, à frondaison tardive ou peu sensible dans les dépressions plus particulièrement exposées aux gelées de printemps ; — d'éviter une brusque transition de l’état de massif à l’état d’isolement pour les essences à écorce mince et privées de rhytidome, car ces essences sont les plus sensibles à l’action des gelées ; — de propager sur les sols siliceux meubles des essences rustiques

(1) Voir dans l'Encyclopédie agricole : « Maladies non parasitaires des plantes cultivées », par G. Delacroix.

au froid, car sur de tels sols les dégâts de la gelée sont plus fréquents que sur les sols argileux, argilo-siliceux ou calcaires.

Les chutes abondantes de neige, parfois à redouter dans les peuplements résineux trop uniformes, le givre et le verglas, la grêle, les coups de foudre peuvent provoquer dans certaines circonstances spéciales des dégâts en forêt, mais l’homme ne peut intervenir que pour réaliser avant laltération de leur bois les arbres cassés ou trop détériorés.

Végétaux et champignons nuisibles. — Le lierre, les clématites, le chèvrefeuille et en général les plantes sarmenteuses qui s’enroulent autour des tiges et les enlacent jusqu’à provoquer l’arrêt de leur croissance, peuvent causer dans les jeunes peuplements des dégâts considérables ; il appartient aux gardes de les faire extirper dans la mesure du possible ; armés d’une serpe ou de leur marteau, ils peuvent, lorsqu'ils passent dans des peuplements plus âgés, sectionner à la base le long des troncs, sur 10 centimètres environ dé longueur les tiges sarmenteuses, notamment les lierres dans les cantons où ils sont particulièrement abondants ; ces petites opérations de protection sont fort utiles. Le gui, souvent abondant dans certains quartiers de forêt sur un grand nombre d’essences forestières (ilest assez rare sur le chêne), ne cause des dégâts sensibles que si ses racines, véritables suçoirs qui lui permettent de vivre en semi-parasite, pénètrent dans la partie du bois propre à l’industrie, et ce fait se produit plutôt chez les arbres résineux que sur les arbres feuillus. Sa destruction est toujours à conseiller et elle ne peut se faire d’une façon effective qu’en faisant tomber, dans la mesure du possible, les tiges atteintes afin d'empêcher sa propagation par les oiseaux. En cas d’arrêté pris par les préfets en vertu de la loi du 24 décembre 1888 prescrivant sa destruction, la mesure s’applique aux forêts, mais seulement à la lisière sur une profondeur de 30 mètres ; dans ce cas l’extraction totale doit être faite, au besoin par amputation des branches envahies.

Les champignons peuvent devenir dans certains cas de redoutables ennemis pour la culture forestière, en s’attaquant aux arbres qu’ils font mourir, aux massifs qu’ils éclaircissent ou détruisent, au bois qu’ils peuvent rendre impropre à tous

358 PRATIQUE SYLVICOLE.

usages. 11 est à remarquer que leurs attaques sont beaucoup plus dangereuses dans les massifs résineux que dans les bois feuillus, dans les peuplements uniformes que dans les peuplements inégaux d’âges multiples et surtout dans les peuplements purs que dans les peuplements mélangés. Le fait s'explique de ILi-même et il indique le meilleur moyen de protection.

Dans les peuplements attaqués par les champignons on ne peut songer, comme parfois en agriculture, à employer des mesures préventives de protection ; il faut sans hésiter faire disparaître les arbres atteints, non seulement en les abattant, mais en les enlevant très rapidement de la forêt afin d’empécher la diffusion des spores ; il faut encore, pour se garer de leurs attaques, tenir la forêt toujours bien propre, en ayant soin d’enlever lors du passage des coupes les bois morts ou dépérissants, ainsi que les arbres tarés ou abîmés par les dégâts d'exploitation (1).

ANIMAUX SAUVAGES ET INSECTES NUISIBLES. — Le gibier et les animaux sauvages qui peuplent les forêts sont en France suffisamment traqués par les chasseurs pour ne pas occasionner aux peuplements des dégâts dangereux, sauf toutefois dans certaines forêts où on les multiplie au point de vue de la chasse ; dans ce dernier cas des mesures spéciales peuvent s'imposer pour protéger les peuplements, tout au moins dans les quartiers de régénération, et la plus efficace paraît être l’entreillagement. — Parmi les bêtes fauves, les cerfs et les chevreuils font le plus de mal, surtout aux jeunes régénérations ou aux plantations récentes. Parmi les rongeurs, les lapins sont les plus dangereux, surtout lorsqu'ils pullulent dans les taillis, taillis-sous-futaie ou futaies des sols sablonneux et secs ; leur abondance rend souvent la végétation sinon impossible, tout au moins très difficile. Dans certains cantons on voit apparaître pendant une année, sous forme d’une véritable invasion, de petits rongeurs, souris où campagnols qui dévorent les semences, rongent l'écorce des brins pendant l'hiver jusqu’à plusieurs mêtres de hauteur et causent ainsi des préjudices

(4) Voir dans l'Encyclopédie agricole : Maladies parasitaires des plantes cultivées, par Delacroix et Maublanc.

assez sérieux à la forêt ; le meilleur moyen de se défendre est de protéger les rapaces diurnes et nocturnes, les petits mammifères et oiseaux qui en détruisent un grand nombre (1).

Les insectes, même les plus petits, sont de tous lés animaux qui vivent en forêt ceux qui peuvent lui faire subir le plus de dommages. A l’état de larve, de chenille ou d’insecte parfait ils s’attaquent aux feuilles ou aux aiguilles, à la couche génératrice du bois ou au bois lui-même dans lequel ils creusent leurs galeries, aux racines, aux bourgeons, aux fleurs ou aux fruits (1). Leur apparition sous forme d’invasions dangereuses ne se fait généralement pas d’un seul coup, mais elle tient à des causes multiples (abondance de nourriture appropriée, absence d’ennemis, température, etc.), sur lesquelles le sylviculteur n’a que peu d’influence.

Il est à remarquer que, comme pour les champignons, leurs invasions sont beaucoup plus dangereuses dans les massifs résineux que dans les bois feuillus, dans les peuplements de même âge que dans les peuplements d’âges multiples et surtout dans certains peuplements purs (résineux, spécialement les plantations artificielles) que dans les peuplements mélangés. Le fait s’explique de lui-même et il indique l’un des meilleurs moyens de protection.

Les insectes lignivores ont besoin, pour se développer en grand nombre, de bois morts, dépérissants ou atteints de maladies ; c’est de là qu’ils partent toujours pour attaquer les bois sains ; par suite les peuplements bien dirigés, maintenus à l’état sain et toujours nettoyés des bois morts, dépérissants ou tarés sont généralement indemnes. On doit donc conseiller, pour empêcher la formation de foyers de propagation : d’entretenir les peuplements à l’état sain par des soins appropriés ; — de cultiver les essences appropriées au sol et au climat et d'adopter un traitement rationnel; — de donner la préférence aux peuplements mélangés et surtout au mélange de feurllus et de résineux ; — d'exploiter radicalement et annuellement les bois morts et dépérissants ; — d’écorcer totalement les arbres résr.

(1) Voir Aide-mémoire du Forestier, Histoire naturelle (Mammifères, oiseaux insectes), par L. Pardé, et Entomologie et parasitologie agricoles (Encyclopédie agricole), par Guénaux.

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neux dès qu'ils sont abattus et, pour rendre cette opération possible, de les couper de préférence en temps de sève ; — d'enlever les produits aussitôt après le façonnage et de ne pas laisser de bois morts gisants en forêt ; — enfin, dans le cas d’invasion ou d'extraction d'arbres attaqués, de brüler sur place au plus tôt les écorces et débris attaques.

Les insectes qui mangent les feuilles et les aiguilles préparent souvent un milieu favorable à l’invasion des insectes xylophages, mais les seuls moyens pratiques de préservation à recommander sont: l’éducation de peuplements mélangés en bon état, adaptés au climat et au sol ; — le maintien de la fertilité du sol par la conservation d’un bon état de massif et d’une épaisse couverture morte ; — enfin la protection des animaux inseclivores utiles.

Dans le cas où des arrêtés préfectoraux prescrivent certaines destructions (échenillage, hannetons, etc.), les mesures à prendre sont applicables à la lisière des bois et forêts, sur une profondeur de 30 mètres.

Le pâturage en forêt. — Aujourd’ as doit repousser absolument, comme inutile au point de vue agricole et dangereuse au point de vue forestier, l'introduction du bétail en forêt, même dans les vieux massifs, sauf en des cas très spéciaux. Même pendant les années de sécheresse, alors que la pénurie des fourrages excuse cette pratique, on doit se rendre compte que le bétail, quel qu'il soit, introduit dans les peuplements, cause souvent à la forêt des dommages presque irréparables.

Dans les pays de coteaux et de basses montagnes des zones parisienne et girondine où le climat est assez humide et la terre assez fertile, l'herbe ne se trouve que dans les jeunes peuplements (jeunes taillis de moins de dix à douze ans, coupes d’ensemencement, secondaires ou définitives et jeunes régénérations de dix à quinze ans dans les futaies) qu’on doit avec raison considérer comme non défensables (interdits au parcours) ou encore dans les vides, qui en raison même de leur existence ont besoin de repos pour se repeupler. Les seuls cantons défensables (qu’on peut ouvrir au parcours) ne permettent pas d'admettre, en raison de l’absence presque totale d’herbe sur le sol, plus d’une tête par 2 à 4 hectares, ce qui cor-

RÉ

respond à un bénéfice annuel variant de 60 centimes à 1 fr. 50 par hectare pour l’ensemble de la forêt ; dès qu’on dépasse ces chiffres, on peut être assuré que le bétail, faute d’herbe, attaquera le bois; un si mince profit est loin de compenser la perte totale des engrais et le dommage éventuel causé aux arbres.

En montagne les bénéfices deviennent plus aléatoires, et le mal causé à la forêt beaucoup plus considérable, mais le pâturage s’y présente actuellement sous une forme plus nécesraire car la question du pâturage en forêt est alors intimement liée à celle du pâturage en général. Pour rendre possibles et plus efficaces les mesures à prendre en vue de protéger la forêt de montagne, le seul moyen à employer est d'assurer au bétail une plus abondante alimentation dans les pâturages et de lux permettre, par l'amélioration des gazons, d'y séjourner plus longtemps. Les conditions économiques actuelles, et la nécessité de conserver à la montagne une terre végétale qui s’appauvrit et disparaît tous les jours, le réveil des torrents et les catastrophes qui en résultent jusque dans la plaine, ne permettent plus de laisser les forêts existantes éternellement victimes de l'épuisement des pelouses pastorales.

Dans les forèts pâturées de montagne, l’antique capital bois a été progressivement dévoré par les moutons et la surface dite boisée se présente sous l'aspect de pâtures ligneuses qui n’ont plus de forêt que le nom; il n’est pas surprenant dès lors que certains rapportent aujourd’hui en viande et en laine beaucoup plus qu’en bois ; voilà l'argument fondamental invoqué en faveur du parcours ! Encore serait-il juste, du moins en ce qui concerne les forêts communales, que chacun des habitants, qui représente une fraction du propriétaire, fût appelé à prendre sa part de profit dans cette mobilisation du patrimoine commun. Or il n’en est pas ainsi, et la manière dont s'exerce ce parcours ruineux est aussi injuste qu’anti-démocratique. Citons un exemple entre mille : la situation des forêts sur le versant méridional du mont Ventoux se présente de la façon suivante, au point de vue du parcours : 6,1 p. 100 seulement du total des chefs de famille usent de cette part de la propriété commune à tous les habitants, et parmi ces 6,1 p. 100, les plus riches, dans une proportion de 2,6 p. 100 possèdent des troupeaux nombreux et accaparent la totalité des produits (1). On comprend, dans ces conditions, avec quelle âpreté Les gros proprié-

(1) Considérations extraites de « Les Forèts », par Boppe et Jolyet. Paris, 1901, A. FROoN. — Sylviculture. 21

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taires luttent contre le reboisement ; mais ces calculs égoïstes ne pourront subsister, lorsque les populations auront un sens plus net de leurs droits et de leurs devoirs en matière sylvo-pastorale.

Si nous condamnons le pâturage en forêt, nous croyons, en revanche, que le pays en généralet ses habitants en particulier, ont un intérêt considérable à étendre la culture pastorale et forestière ; c’est ce qu’on peut faire en tirant parti des mauvaises terres dont la culture agricole s’est emparée dans les siècles précédents et qu’elle a dû abandonner dans la suite ; c’est ce qu’on doit faire en remettant en valeur par la culture pastorale ou par le reboisement les pâtures en voie de dégradation ou transformées en terres ruinées, en friches, en landes et en superficies incultes.

Si nous condamnons le pâturage en forêt, nous ne confondrons pas avec lui l’exercice du pâturage dans les près-bois ou pâturages boisés, exploitations dans lesquelles les bois et les pâturages sont définis et nettement séparés, au grand profit de la production en herbe et de la production en bois.

Produits accessoires des forêts. — La forêt telle que nous l’envisageons en sylviculture, avec ses peuplements formés en massif et son importante couverture morte sur le sol, produit lentement un matériel ligneux qu’on peut enlever au moment de l’exploitation sans appauvrir le sol forestier. Mais il n’en est plus de même si à la récolte bois se joignent des extractions abondantes et surtout périodiques d’autres produits dits accessoires qu’on trouve en forêt ou sur les sols forestiers. Nous avons assez parlé précédemment des conditions indispensables au maintien de la fertilité de la station en forêt pour ne pas être obligé d’interdire ici, par mesure de protection nécessaire à la forêt, l'enlèvement des feuilles mortes et des débris végétaux de toute nature qui constituent sous les peuplements forestiers la litière et l’humus des forêts; nous devons condamner d’une égale façon l'extraction des mortsbois, arbustes, arbrisseaux ou petits arbres sans valeur qui dans les peuplements jeunes, aussi bien qu’en dessous des peuplements plus âgés, contribuent à couvrir le sol, à augmenter le couvert, parfois même à fermer des massifs plus ou moins clairiérés, sauf dans les cas où cette extraction est commandée par des raisons d’ordre cultural ou encore par mesure de sécurité contre les incendies ; de même pour l'extraction exagérée des souches, sauf dans les cas où l’opération est prescrite pour faciliter la régénération naturelle dans les futaies, pour favo-

riser les semis naturels ou les plantations dans les taillis-sousfutaie ou encore pour enrayer des invasions d’insectes dans les forêts résineuses ; toujours au même titre de protection des forêts, nous déconseillons l'enlèvement abusif des mousses ainsi que le ramassage périodique au râteau ou au balais des semences forestières (glands et faînes) qui, s’il est exagéré, peut avoir pour effet de déplacer ou de détruire la couverture morte ; enfin nous déconseillons, en vue de la protection des jeunes plants, la récolte des herbes autrement que par arrachage à la main dans les vides, les clairières et les parcelles en régénération où souvent même, sauf à l’époque de la chute des graines, cet arrachage à la main est plutôt préjudiciable aux jeunes plants que les herbes protègent contre les ardeurs du soleil.

Certains produits accessoires des forêts sont cependant utiles aux populations riveraines, et on ne peut conseiller de les leur refuser totalement, mais leur enlèvement doit toujours être soigneusement réglementé et surveillé, et la concession peut en être faite moyennant une faible redevenance ou à charge de prestation en nature sous forme de délivrance de menus produits.

Gestion et surveillance. — Le propriétaire qui possède un domaine boisé doit toujours connaître l’état de ce domaine et s'intéresser à sa gestion ; c’est une des principales mesures de protection que nous lui conseillons. Deux méthodes de gestion peuvent s'appliquer aux domaines boisés : le faire valoir direct et la régie.

Premier cas. Faire valoir direct. — Le propriétaire dirige personnellement l’exploitation de son domaine; il peut procéder de deux façons :

19 Le propriétaire se borne à gérer ses peuplements et il vend les coupes sur pied. — La vente des bois sur pied est généralement le mode de gestion le plus simple et le plus désirable, tant pour le propriétaire qui n’a ni frais, ni risques à sa charge, que pour l’adjudicataire qui y trouve toute liberté de façonner les produits et d’en disposer comme il l'entend (1). La gérance

(1) La vente sur pied, en bloc, est généralement la plus avantageuse et la plus commode.

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est alors simple ; elle consiste à donner la direction générale, à baliver ou marteler les coupes, à faire les estimations, à récoler et à prévoir, s’il y a lieu, quelques opérations culturales ; enfin à passer un traité avec le marchand de bois pour exploiter la coupe.

Dans ce cas, le faire valoir direct est possible et toujours préférable ; il est même particulièrement facile; la gestion du domaine boisé n’exige pas lhabitation à la campagne, puisque la main-d'œuvre est étrangère à la fabrication des produits, et qu’elle n’intervient que pour leur réalisation.

20 Le propriétaire exploite lui-même, et vend ses produits, soit en grume, soit après premier façonnage. — 11 semble qu’on réalise ainsi le bénéfice que retire le marchand de bois, et nombre de propriétaires l’essaient ; mais cela n’est pas toujours vrai, car le métier de marchand de bois exige des connaissances spéciales relatives non seulement au façonnage et au débit en lui-même, mais encore à l’état d’un marché variable. En ce qui concerne l’exploitation, il est nécessaire de surveiller activement le travail des ouvriers, de dénombrer les produits fabriqués par les bûcherons, en un mot, de s’occuper personnellement et en tout temps de la gestion de son domaine boisé ; un traité peut être passé avec des bûcherons, braves gens que l’on retrouve chaque année parce qu’ils travaillent en morte-saison. Lorsqu'on à un garde dont l'utilité principale n’est pas seulement de surveiller, mais de servir d’intermédiaire entre le propriétaire et les populations riveraines de la forêt, lorsque la coupe façonnée est ouverte aux acheteurs le même jour chaque année, le public en prend vite Phabitude ; il sait qu’au même jour, le propriétaire vient luimême vendre s2s bois ; en quelques heures les marchés sont faits avec des clients accoutumés ; s’il reste quelques produits invendus, le garde peut avoir mission de les céder au prix moyen. En fait, le propriétaire exploitant n’a pas besoin d’y consacrer tout son temps.

Deuxième cas. Régie. — Le propriétaire a recours, pour la gestion de son domaine, à un régisseur. Pour que la régie présente les mêmes avantages que le faire valoir direct, il est nécessaire que le régisseur soit capable, consciencieux, et

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