RESTAURATION DES TAILLIS-SOUS-FUTAIE EN MAUVAIS ETAT
Lorsqu'une forêt, traitée en taillis composé, est en mauvais état, deux méthodes sont à la portée du propriétaire particulier pour la restaurer progressivement, et nous distinguerons : 19 la restauration proprement dite, qui a pour but de reconstituer un bon état de peuplement sans abandonner la forme du taillis composé ; 2° la conversion en futaie résineuse.
Restauration proprement dite. — La restauration proprement dite des taillis composés en mauvais état varie avec les circonstances, et, en fait, nous avons traité cette question en examinant successivement, dans le chapitre précédent, les divers types de taillis composé.
L'opération de restauration consiste à augmenter la durée de la révolution, à faire un balivage raisonné approprié à la situation et à favoriser l'installation d’un mélange d’essences justifié par les circonstances où l’on se trouve. En général, ces trois opérations sont intimement liées l’une à l’autre.
Pour remédier à des situations très défavorables, nous avons signalé l'emploi très utile qu’on peut faire du coudrier, essence très facile à planter en sous-étage, et dont les débris végétaux tendent à améliorer un terreau trop acide.
Dans les régions de plaines et de coteaux, voire même en montagne (bien qu’en montagne une véritable substitution d’essences paraisse plus justifiée), les résineux peuvent fournir une aide des plus utiles ; l'introduction par voie de plantation du pin sylvestre, si le sol est sablonneux, du pin noir, si le terrain est calcaire, est toute indiquée pour rétablir l’état de massif dans des taillis clairiérés, entrecoupés de vides, où la végétation devient languissante. Il nous paraît inutile d’insister à nouveau sur le rôle que jouent ces résineux ; lamélioration de la fertilité de la station par la reconstitution progressive de la couche d’humus, suffit à justifier leur présence, et ces arbres, par leur croissance rapide, ont vite compensé les frais de plantation. Leur introduction d’ailleurs n’est faite qu’à titre temporaire, et nous savons que sous ces essences. sur le sol amélioré par leurs aiguilles, apparaissent spontané-
ment, dès que le massif s’éclaircit, les essences feuillues de Ia région, et notamment les chênes dont les glands sont apportés par les oiseaux et les rongeurs.
Conversion en futaie résineuse. — La restauration de l’état boisé peut se proposer un autre but; s’il s’agit par exemple de mauvais taillis, incapables de donner une produc tion avantageuse, le propriétaire peut être conduit, même si la forêt ne renferme pas de vides, à recourir aux résineux pour faire une forêt plus riche et plus productive.
Il peut agir par voie de plantation artificielle ; faisant coupe rase du taillis, il plante des pins sylvestres sur les sables, des pins noirs sur les calcaires, et l’opération est en général fructueuse. Mais ce mode de procéder demande qu’on exécute un véritable reboisement ; il demande en outre que des opérations culturales viennent pendant un certain temps dégager les jeunes plantations et les protéger contre l’envahissement des rejets des essences feuillues.
Pour réduire la dépense, et procéder d’une façon progressive et plus lente, il peut suffire d’appliquer le système que préconise M. Runacher dans son mémoire présenté au Congrès international de sylviculture en 1900 : planter à chaque révolution du taillis cent épicéas ou sapins (1), même deux ou trois cents, qu’on exploitera vers l’âge de quatre-vingt-dix ans ; ces arbres finiront probablement, à la longue, par ensemencer les taillis en résineux ; ajoutons même que rien n’empêche d’utiliser par places le pin Weymouth et le mélèze qui, dans les situations qui leur conviennent, méritent de coopérer à cette œuvre de restauration.
En montagne, si la futaie résineuse doit prendre la place du taillis composé, il peut être avantageux d’opérer plus radicalement. Le but qu’on se propose alors est de créer un massif plein en résineux, à la place du taillis composé, dans le temps le plus court et avec le moins de frais possible.
(1) L'épicéa se recommande par la facilité de sa reprise ; le sapi par une aptitude à se réeusemencer naturellement au milieu des taillis. Rappelons toutefois que le sapin, tout en acceptant de vivre assez loin des montagnes, où il est spontané, exige néanmoins des stations suffisamment fraiches, accidentées ou maritimes. Le plus sage sera souvent de’planter des épicéas en majorité, avec une faible proportion de sapins destinés à servir plus tard de porte-graines (Boppe et Jolyet).
Suivant les cas, suivant les situations, plusieurs manières d’opérer peuvent être admises (1), mais le propriétaire qui veut réunir toutes les chances de réussite fera bien d’employer concurremment l’épicéa et le sapin, donnant, suivant les régions, la prédominance à l’une ou l’autre de ces essences; il devra avoir soin en outre de conserver du hêtre, et à son défaut du chêne, des divers ou des bois blancs afin d’obtenir un mélange dans cette forêt naissante, mettant ainsi en pratique le conseil suivant de M. Broilliard : les épicéas ne durent pas bien longtemps sous le couvert de leurs frères ; aussi se rencontret-il en sous-étage des sujets d’essences feuillues, hêtre, coudrier, chêne ou divers ; ils sont fort utiles, gardez-les soigneusement ; et si par hasard il se trouvait en mélange quelques feuillus en arbres, même élancés au-dessus des épicéas, ainsi des bouleaux, un cerisier, un hêtre, à moins qu'ils ne soient très nombreux, conservez-les tels ; ces feuillus sont les amis de nos amis, les oiseaux et les lombrics, si utiles et si rares dans les massifs d’épicéa.
Il résulte de ces considérations que les propriétaires particuliers ont souvent grand intérêt à se servir des résineux pour amélioration de leurs forêts, et qu’il peuvent avec profit utiliser ces essences, beaucoup plus qu’on ne l’a fait jusqu’à présent.
Peu de propriétaires particuliers possèdent des futaies d’essences feuillues, parce qu’un placement en futaie représente de longues épargnes accumulées, par suite un capital argent élevé, fonctionnant à un taux relativement faible, et parce que les essences feuillues se prêtent à d’autres méthodes d'exploitation (taillis et taillis composé) qui répondent mieux pour eux aux conditions économiques de placement qu’ils recherchent.
(1) De très utiles conseils pour les opérations de ce genre sont résumés dans les trois mémoires présentés par MM. Runacher, Rosemont et Lamiable au Congrès de la Société forestière de Franche-Comté et Belfort, tenu à Gérardmer en 1902, et publiés au bulletin de la Société. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à ces intéressants travaux.
Mais, par contre, les arbres résineux, ne rejetant pas de souche, sont tous forcément élevés en futaie, à révolution plus ou moins longue, suivant les cas et le but qu’on se propose.
L’étude des futaies feuillues ne peut toutefois être négligée, d’abord à cause des mélanges entre feuillus et résineux qui donnent très souvent d’excellents peuplements ; et ensuite parce que c’est en ne se confinant pas dans sa forêt, mais en regardant autour de soi, chez les autres, et en comprenant ce qui s’y passe, qu’on devient capable de gérer un peuplement quel qu’il soit. Nous étudierons donc, en général, les divers types de peuplements qui peuvent se présenter.