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LA FORÊT EN GÉNÉRAL ET SES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS

Tout végétal dont la durée embrasse un nombre d’années considérable, qui présente à la base une tige ligneuse, nue et simple, portant à une hauteur plus ou moins grande une couronne formée ou d’un faisceau de feuilles, ou d’un grand nombre de branches subdivisées en rameaux sur lesquels les feuilles sont fixées, est un arbre.

Un arbre, dans nos climats, est un végétal phanérogame, c’est-à-dire un étre vivant, du règne végétal, pourvu de racines, d’une tige, de feuilles, et qui donne naissance à des organes apparents qu’on désigne sous le nom de fleurs.

La fleur, dont les parties essentielles sont les étamines (organe mâle) et le pistil (organe femelle) donne après fécondation le fruit et la graine. Le végétal arbre, parvenu à l’âge adulte, dissémine ses graines tout autour de lui, dans un rayon plus ou moins grand suivant que la semence est lourde (gland, faîne, etc.), légère (bouleau, etc.), ailée (arbres résineux), ou munie d'organes accessoires facilitant son transport à distance (peuplier, orme, érable, etc.).

De la graine, placée dans des conditions favorables à la germination, naît un nouvel individu, semblable à ses parents

Germination. — Lorsqu'on place une graine d’arbre, par exemple un gland (semence du chêne), dans un sol meuble, c’est-à-dire perméable à l'air, humide et abrité par des feuilles contre la vive lumière du soleil, on voit au bout de quelques

Fig. 1. — Jeune plant de chêne (germination hypogée).

c, collet de la racine.

jours, si la température est suffisamment élevée, ce gland se gonfler et son enveloppe écailleuse se fendre; l'embryon contenu dans cette graine passe de l’état de vie ralentie à l’état de vie active, et développe d’abord sa radicule en une petite racine qui se dirige de haut en bas dans le sol ; puis les deux cotylédons, en s’écartant, laissent sortir la gemmule qui se dirige vers le ciel.

Dans le chêne, la germination est hypogée ; la tigelle ne s’accroît que faiblement, et les cotylédons restent emprisonnés dans le sol (fig. 1). Pendant cette première période de son existence, le jeune chêne, encore attaché au gland d’où il est sorti, se nourrit des éléments de réserve contenus dans les cotylédons ; bientôt la radicelle s'implante dans le sol, la jeune pousse donne naissance à des feuilles normales qui s’étalent au-dessus du sol ; les cotylédons épuisés,

flétris, devenus inutiles, se détachentet le petit chêne vit de sa vie propre. Ilest, à la vérité, à l’état d’ébauche, mais ilest complet. Son accroissement ultérieur s’opérera par la multiplication et la différenciation progressive des organes dont il est

pourvu à ce moment.

Une faîne (semence de hêtre) germe dans des conditions analogues ; toutefois la tigelle, en se développant, porte à l'extérieur du sol les deux cotylédons contenus dans la graine, qui s’épanoulissent en feuilles cotylédonaires ; on dit dans ce cas que la germination est épigée (fig. 2).

Chez le sapin, la germination est épigée et le jeune plant possède cinq à sept feuilles cotylédonaires.

Toutes les graines qui tombent sur lesolne germent pas: beaucoup servent de nourriture aux animaux: il s’en perd un grand nombre, faute d’avoir trouvé, sur le point où elles sont tombées, les conditions nécessaires à leur germination : dans un terrain trop humide, elles pourrissent ; elles se dessèchent au contraire, si l’eau fait défaut. Le froid arrête la germination, une chaleur modérée l’accélère, mais la vive lumière lui est défavorable.

Demême,toutesles graines qui ont commencé à germer

ne réussissent pas ; pour

que la jeune racine puisse 7

pénétrer dans le sol et s’y /

développer, il faut,non seule- Fig. 2. — Jeune plant de hêtre ment que ce sol soit meuble (germination épigée).

et humide, mais encore que la graine en germination ne soit pas séparée du sol par un obstacle, tel qu’une couche trop épaisse de feuilles mortes ; Si le sol est dur, tassé, la radicelle trop tendre ne peut percer la couche

C, feuilles cotylédonaires. — c, collet.

superficielle ; elle se dessèche et la plante meurt. Elle meurt aussi quand le sol est trop aqueux, trop compact et par suite insuffisamment aéré.

Un jeune plant (jeune arbre issu directement d’une graine), pendant toute cette première phase de la végétation, est constitué par des tissus pleins de liquide et par suite très tendres ; il ne présente pas la même vigueur et la même force de résistance contre les excès du froid, de la chaleur et de la sécheresse, que l’arbre fait ; un hâle de quelques heures, un coup de soleil suffisent pour le flétrir ; aussi, dans les premières années de leur existence, beaucoup de jeunes semis ont-ils besoin d’abri.

En général, la nature a pris soin de leur assurer elle-même cette protection, d’abord par les feuilles mortes qui couvrent le sol, puis par le feuillage des arbres porte-graines ; plus les jeunes plants sont sensibles, plus ces abris naturels sont puissants, et on voit presque toujours les arbres à feuillage touffu, à semences lourdes, produire de jeunes plants délicats (c’est-à-dire ayant besoin d’abri pendant leur toute jeunesse), tandis que les arbres à feuillage léger donnent naissance à des plants robustes (c’est-à-dire susceptibles de se passer d’abri dès leur jeune âge, tout au moins dans les circonstances climatériques qui leur sont appropriées).

Enracinement. — La racine se développe en profondeur dans le sol, de telle manière que l'extrémité de la racine principale aille verticalement vers le centre de la terre. Elle est constituée en principe par un axe conique allongé qui présente une région de poils absorbants et dont le sommet (extrémité tournée vers le bas) est recouvert par un tissu de protection, la coiffe. De bonne heure cet axe principal émet latéralement des ramifications de premier ordre, ayant la même constitution que la racine principale ; ces ramifications émettent elles-mêmes des ramifications de second ordre, qui deviennent de plus en plus grêles et constituent ce qu’on appelle le chevelu.

Dans le genre chêne, l’axe principal ou pivot s’enfonce, sauf obstacle, profondément dans le sol, continuant à s’accroitre aussi verticalement que possible, et il conserve toujours une prédominance marquée sur les racines latérales dont les principales ont une tendance à s’enfoncer plus ou moins verticalement, surtout si le pivot vient à être oblitéré de bonne heure. L’enracinement est dit pivotant, ou plutôt profond.

Dans le genre épicéa au contraire, la vitalité se maintient peu active sur le pivot et se reporte de bonne heure sur les ramifications latérales qui ont une tendance à s’écarter horizontalement ; l’'enracinement est dit traçant, ou plutôt superficiel.

Dans le genre châtaignier, l’enracinement se compose de quelques racines à peu près de même force pénétrant obliquement dans le sol à une assez grande profondeur ; il est dit oblique.

On trouve d’ailleurs dans les enracinements des arbres forestiers, tous les termes intermédiaires ou mixtes.

Il est à remarquer que, dans leur jeune âge, la plupart des essences ont des racines pivotantes, et ce n’est que peu à peu que se caractérise l’enracinement.

L’axe du pivot est dans le prolongement de l’axe de la tige ;: on appelle collet de la racine la région de partage entre la racine et la tige, région qui se trouve normalement au niveau du sol.

Chez un grand nombre d’arbres forestiers on trouve des racines associées à des filaments délicats qui sont un mycélium de champignon ; par l'intermédiaire de cet organe mixte, auquel on donne le nom de mycorhize, l'arbre et le champignon harmonisent leurs fonctions pour le plus grand profit de la communauté, et les mycorhizes semblent être, dans certains cas, un organe d’absorption de l'humus par les plantes supérieures.

Tige feuillée, ramification. — Le petit chêne dont nous avons suivi l’évolution jusqu’au moment où il a commencé à vivre de sa vie propre, est composé de parties bien distinctes, la tige, la racine, les feuilles qui s’étalent à l’extrémité de la tige, le bourgeon terminal, sommet extrême de la tige et les bourgeons axillaires nés à l’aisselle des feuilles, c’està-dire à l’angle d’insertion de celles-ci sur la tige.

La ramification est due à l'épanouissement des bourgeons axillaires qui donnent, en se développant, des rameaux ou branches attachés sur les flancs de l'axe principal.

Ces rameaux se couvrent, comme la tige, de feuilles et de bourgeons, et ils peuvent fournir de nouvelles ramifications ; Parbre peut ainsi porter des axes de deux, de trois, de quatre ordres, etc., d'autant plus âgés qu'ils sont plus éloignés du sommet.

La tige et ses ramifications ne s’allongent, d’année en année, que par le développement de nouvelles pousses, issues du bourgeon terminal des pousses de l’année précédente ; la hauteur totale d’un arbre est dès lors égale à la somme des pousses annuelles de sa tige principale.

Chez le chêne, le hêtre, etc., les branches ne tardent pas à l’empor-

ter en croissance sur la tige principale, dont l'importance diminue progressivement ; à un moment donné le bourgeon terminal de cet

axe principal s’étiole, la tige principale ne continue plus à s’accroître, et la croissance en hauteur de l'arbre est terminée ; la tête de l’arbre se présente sous la forme d’une cime plus ou moins étalée ; d’autre part, les rameaux se développent à l’aisselle des feuilles, en des points quelconques de la pousse; la ramification est plus ou moins irrégulière ou diffuse (fig. 3).

Chez le Sapin, l'Épicéa, etc., la croissance de la tige principale conserve toujours une avance sur Celle des branches ; de même la croissance des axes de premier ordre conserve une avance sur les ramifications de second ordre, et ainsi de suite : l’ensemble @e la tige et de ses ramifications prend la forme générale d’une pyramide plus ou moins élancée. En outre, les bourgeons axillaires de la tige se développent seulement à l'extrémité de chaque pousse annuelle, presque immédiatement au-dessous du bourgeon terminal de même âge qu'eux ; leur base est tellement rapprochée qu’elle semble disposée dans un même plan horizontal ; la ramification de l’axe principal prend l’aspect d’une forme dite verticillée.

Les nombreuses différences qui existent dans la ramification des arbres donnent aux diverses essences un aspect souvent caractéristique (fig. #4).

Feuilles caduques ; feuilles persistantes. — En sylviculture, on distingue : les essences à feuilles caduques, chez lesquelles les feuilles nées au printemps tombent avant l'hiver de la même année, ou tout au moins avant la pousse du printemps suivant, et les essences à feuilles

ersistantes, Chez lesquelles les feuilles restent sur l’arbre pendant plusieurs années, de sorte que celui-ci n’est jamais dépouillé de feuilles pendant l'hiver. Si les feuilles persistent à l’état desséché sur l'arbre pendant l’automne et une partie de l'hiver pour tomber avant le printemps suivant, on les dit marcescentes.

ÉLAGAGE NATUREL. — On appelle tronc ou füt la tige principale proprement dite, jusqu’à la naissance des plus grosses branches ; le restant de l’arbre forme la tête de l'arbre, qu’on désigne aussi sous le nom de cime ou de houppier.

A l’état isolé, le fût de l'arbre, du chêne, par exemple, s’allonge peu, les branches principales, spécialement les branches basses, prennent un développement considérable ; la cime s’étale et prend une forme plus ou moins arrondie. Mais un phénomène important vient, suivant les essences, faire varier cette forme théorique, c’est l’élagage naturel.

Durant toute la période de croissance en hauteur de l’arbre, les branches basses, de plus en plus dominées et privées de nourriture par les ramifications qui se forment et se développent dans la partie supérieure de la cime, cessent rapidement de s’accroitre, puis dépérissent lentement, se dessèchent et finissent par tomber, laissant sur le tronc de l'arbre une cicatrice peu importante quise ferme d’ellemême, sans causer de dommage sensible au fût; cet élagage naturel a pour effet d'élever la cime-au-dessus au sol et par suite d'augmenter la hauteur du fût. Un moment vient toutefois où la croissance en

hauteur se ralentit beaucoup, et dès lors les rameaux des régions basses mieux nourris ont leur existence assurée ; ils s’affirment,

Fig. 3. — Chêne (forme spécifique).

Quercus heterephylla Michx. (Arboretum national des Barres.)

s’allongent, grossissent et se constituent en branches principales.

D'une importance relativement faible, lorsque l'arbre, croissant à Pétat isolé, est frappé de tous côtés par la lumière, l’élagage naturel prend une importance capitale dans un massif.

Port de l'arbre. — L'ensemble du fût et de la cime constitue un facies spécial auquel on donne le nom de port de l'arbre. Le port d’un arbre dépend beaucoup de sa ramification ; il varie d’abord avec l'espèce (fig. 5), et, dans une même espèce, il varie suivant l’âge du sujet, et aussi suivant les conditions de fertilité du sol, de végétation et de climat.Ce facies de l'arbre isolé est fortement modifié quand larbre croît en massif ; tous les sujets tendent à y prendre une forme, dite forme forestière, toute spéciale (fig. 11).

Couvert et ombrage. — Le port d’un arbre, sa ramification plus ou moins serrée, son feuillage plus ou moins abondant et régulier, permettent de concevoir une notion nouvelle, très importante en sylviculture, celle du couvert d’un arbre. Par couvert il faut entendre l’abri exercé par la masse de feuillage sur l’espace situé au-dessous de lui, abri qui se traduit par une diminution dans l'intensité et dans l’action des radiations solaires (chaleur et lumière) et par une diminution des précipitations atmosphériques sur les plants qui croissent au-dessous de lui; le couvert, qui empêche aussi la formation de la rosée, exerce son influence sur la projection horizontale de la tête de l'arbre, c’està-dire sur la surface qui est immédiatement dominée par la cime et les branches.

Suivant les cas, l2 couvert est dit épais, léger ou très léger ; le couvert des arbres, utile en certains cas, est en général nuisible à la végétation sous-jacente ; son effet dépend de l’âge et de l’essence des arbres dominés et dominants. Toutes choses égales d’ailleurs, il varie : 19 avec la fertilité du sol, le climat et l'exposition ; 2° avec la hauteur de la cime au-dessus du sol, car plus les branches sont près de la terre, plus le même couvert est écrasant et nuisible.

Le couvert ne doit pas être confondu avec l’ombrage, ombre portée par un arbre, frappé obliquement par les rayons solaires ; lombrage diminue simplement l’ardeur du soleil, empêche la trop grande dessiccation du sol, sans toutefois soustraire les végétaux à l’action utile et nécessaire de la lumière, de la chaleur, de la pluie et de la rosée.

Les essences à couvert épais ont généralement des jeunes plants à tempérament délicat ; dès lors elles sont susceptibles de se maintenir et de continuer à vivre, sinon à s’accroître, pendant un certain temps, sous le couvert d’arbres plus âgés ; en sylviculture, on leur donne la dénomination d’essences d'ombre.

Par opposition, on appelle essences de lumière celles qui ne peuvent pas persister sous un certain couvert, et que l’absence de lumière fait disparaître promptement ; généralement, les essences de lumière ont le couvert léger, et le jeune plant issu de leurs graines a le tempérament robuste.

Remarquons toutefois que cette aptitude spéciale de vivre ou de disparaître sous l'influence d’un couvert prolongé, varie non seulement avec l’essence, mais souvent, pour une même essence, avec l’âge, la station et aussi, dans une grande mesure, avec le degré de fertilité du sol.

Lindi.

Fig. 4. — Sapins. Abies Numidica De Lannoy. — Abies Concolor

(Arboreltum national des Barres.)

Croissance en hauteur, longévité, dimensions. — Dans la première partie de son existence, le jeune plant croît en général très lentement ; il pousse des branches et des feuilles, mais l’effort de la végétation se porte principalement sur le développement des racines, et la tige s’élève peu. Dans des conditions normales, elle s’élève par exemple de 5 à 6 centimètres par an pour le sapin et l’épicéa ; de 8 à 12 centimètres par an pour le chêne, le hêtre, le pin sylvestre, etc. Dès l'âge de six à dix ans, la croissance en hauteur s’accentue, les jeunes plants prennent leur essor, les pousses annuelles mesurent 10 à 20 centimètres, parfois 30 centimètres et plus ; en même temps l’arbre croît en grosseur et cet accroissement se traduit à l’extérieur par une augmentation du diamètre, et de la circonférence ou tour de larbre.

En général, les arbres qui ont une croissance très rapide atteignent plus tôt que les arbres à croissance lente le terme de leur développement et même de leur existence. Les essences forestières présentent à ce point de vue de très grandes diffé-

rences.

La vie d’un arbre se compose de trois périodes, dont la durée est variable, suivant les essences et les conditions locales : la première, celle de La jeunesse, se manifeste à l'extérieur par la tendance de la tige à s'élever; pendant cette période, le feuillage est abondant, l'écorce est lisse et saine, les jeunes pousses sont longues et droites. La deuxième période est celle de la maturité ; pendant sa durée, l’arbre cesse peu à peu de croître en hauteur, mais son accroissement en grosseur ne subit pas de ralentissement : les branches prennent un grand développement, le feuillage reste vigoureux, l'écorce est encore saine, mais elle devient rugueuse ; l'arbre prend une cime plus ou moins arrondie, plus ou moins relevée. A cette période succède celle de retour ou de la décrépitude qui se manifeste d’abord par le desséchement lent et progressif des branches du sommet de la cime ; celles-ci meurent les unes après les autres, et finissent par tomber, en laissant après la tige des chicots qui se décomposent et deviennent spongieux. Dès lors, la décomposition de l’arbre commence au centre et à la base du tronc, et s’étend progressivement ; l’arbre continue à vivre par ses couches superficielles jusqu’à la fin de cette phase qui se traduit par la mort ou la chute de l'arbre.

Floraison, fructification. — L'arbre, pendant le cours de son existence, se met à fleurir et à fructifier ; en général, les

du Risoux (Jura).

re, forêt

ai

sa column

picé

et Jo

(Boppe

fleurs de nos arbres forestiers sont petites ou peu apparentes et, à ce point de vue, ces végétaux phanérogames sont dits monoïques, dioïques, hermaphrodites ou polygames (1).

Les fruits de nos arbres forestiers ont des formes très variables suivant les essences ; il en est de même des graines. En sylviculture, on donne le nom de semence tantôt à des fruits, tantôt à de simples graines, et on distingue au point de vue de la dissémination : les semences lourdes (gland, faîne, etc.) qui tombent, en raison de leur poids, au pied des arbres porte-graines ; les semences légères ou graines légères, généralement ailées ou munies d’organes spéciaux qui facilitent leur transport à de Re DÉTUIEE au moment de la dissémination. #}æk| #12 [#4 41 1.

Pour la formation de la graine, nous savons qu’il est nécessaire que l’arbre ait accumulé dans ses tissus une certaine réserve d'éléments nutritifs ; la qualité de cette réserve dépend de l’âge du végétal, de la station, de la lumière, de l’essence, du climat, de l’année, des conditions de végétation, etc. ; l’âge auquel commence une fructification normale et abondante est dès lors assez indéterminé pour nos arbres forestiers. Toutefois, on peut dire que l’âge de la plus forte production de graine est, en général, celui qui suit la période du plus grand accroissement en hauteur, celui où la cime commence à se développer et où la production du bois de tige se ralentit ; cette période se prolonge souvent jusqu’à un âge avancé.

Les graines contiennent beaucoup d’éléments minéraux ; une grande accumulation et une grande assimilation de principes nutritifs sont nécessaires à leur formation abondante ; aussi les terrains frais et riches donnent-ils toujours une fructification plus abondante et des graines plus fertiles que les terrains maigres ; mais, en outre, les graines demandent pour arriver à maturité une somme d’énergie vitale (chaleur et lumière) plus considérable que celle dont a besoin le bois pour se former ; de là l'importance, au point de vue de la fruc-

(1) Monoïque : l'arbre porte sur le mème pied, mais sur des rameaux ou à des places différentes, des fleurs mâles et des fleurs femelles (chène, sapin) ; — Dioïque : l'arbre n'a que des fleurs mâles (pied mâle) ou des fleurs femelles (pied femelle) (saule) ; — Hermaphrodite : L'arbre porte des fleurs munies chacune d’étamines et de pistil (tilleul, érable) ; — Polygame : l'arbre porte à la fois des fleurs mâles, des fleurs femelles, et des fleurs hermaphrodites (frène).

tification des arbres, de la station, du climat et, en particulier, de la latitude et de l'altitude ; de là l'importance d’une assimilation abondante, et par suite d’un feuillage développé, bien exposé à l'accès de la lumière. Il est un fait reconnu depuis longtemps, c’est que seuls, les arbres dont la cime est bien développée et baignée de lumière ont une abondante fructification, tandis que ceux qui en sont privés pour une raison quelconque, ne portent point de fruits.

Selon l’essence, le climat et les conditions de végétation, un arbre parvenu à l’âge adulte, fructifie d’une façon abondante, soit régulierement toutes les années, soit trrégulièrement, et dans ce dernier cas les années à graines ne se reproduisent que périodiquement à des intervalles plus ou moins éloignés.

Croissance en diamètre, bois. — Un jeune bourgeon terminal présente dans la région en voie de croissance une structure très simple, très peu différenciée. Une jeune pousse, qui n’a pas encore terminé son accroissement en longueur, présente sous l’épiderme une ou plusieurs assises corticales, entourant un cylindre central de structure primaire. Un axe, dont la croissance en longueur est terminée, continue à s’accroître en diamètre ; cet accroissement est dû au fonctionnement de deux assises de cellules génératrices, l’une interne, le cambium, située entre le liber primaire et le bois primaire, formant un anneau complet dans le cylindre central ; l’autre externe, située à des profondeurs variables dans le parenchyme cortical. L’accroissement en diamètre se produit d’une façon inégale suivant les circonstances, mais il dure pendant toute l'existence de larbre.

C’est à la multiplication des cellules dans la zone génératrice interne, multiplication qui ne s’effectue dans nos climats que pendant la durée de la saison de végétation, qu’est due la formation lente et progressive du bois secondaire ou bois proprement dit. Cette multiplication se fait, chez les essences indigènes du moins, de l’intérieur vers l'extérieur dans le sens du rayon sur une section transversale du fût, de telle sorte que la masse de bois fabriqué est formée d’une série de couches annuelles, dont les plus anciennes sont au centre de l’arbre et les plus jeunes vers le cambium. HN

Il est, en général, facile sur la tranche dune te Ar de distinguer les différentes couches ligneuses. Tantôt, en

A. FRON. — Sylriculture. 2

effet, d’après MM. Boppe et Jolyet (1), le bois fabriqué au début de la saison de végétation, dit bois de printemps, est franchement distinct du bois d’été qui se forme plus tard ; et comme, dans ce cas, la caractéristique du bois de printemps est d’être constitué par des éléments à parois minces et à grosses cavités intérieures, il apparaît toujours sous l’aspect d’un tissu tendre et blanchâtre, par opposition au tissu plus dur et plus coloré du bois d’été (chêne, sapin, etc.). Tantôt, au contraire, le bois de printemps et le bois d’été se ressemblent ; mais alors les derniers éléments de celui-ci, ceux qui bordent la couche vers l'extérieur, sont très minces et souvent colorés en brun, ce qui rend encore les formes annuelles distinctes Pune de l’autre, avec plus de difficulté toutefois (hêtre, bouleau, charme, fruitiers).

Dans le premier cas, le bois est dit non homogène ; il est beaucoup plus homogène dans le second cas. La plupart de nos essences feuillues et toutes nos essences résineuses ont un bois non homogène, dans lequel la zone de printemps est moins dense et de qualité inférieure à celle de la zone d’été.

La couche annuelle, produit de l’activité du végétal pendant une saison de végétation, a une épaisseur qui varie avec cette activité. Dans les mêmes lieux et pour une même essence, si la croissance est rapide, la couche annuelle est plus épaisse ; si l’inverse se produit, la couche annuelle est moins épaisse, et dès lors l’activité de la végétation est susceptible d’influer sur la qualité du bois. Chez les essences feuillues à bois homogène ou sensiblement homogène, les qualités du bois paraissent indépendantes de l’épaisseur de la couche annuelle ; chez le chêne, et généralement chez tous les arbres feuillus à bois non homogène, l'épaisseur de la formation de printemps reste sensiblement la même ; une croissance rapide, des conditions de végétation très favorables tendent à accroître dans chaque couche annuelle la proportion de bois d’été, et comme la différence entre la qualité du bois de printemps et celle du bois d’été est prononcée, le bois tend à devenir plus dur, plus résistant, plus nerveux, en un mot mieux lignifié.

Mais pour que cette loi soit exacte, il ne faut comparer que des arbres soumis aux mêmes conditions de climat ; le climat et l’exposition ont, en effet, une influence analogue sur la proportion de bois

(1) Boppe et Jolyet, Les Foréts. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1901.

d’été et de printemps dans la couche annuelle. C’est ainsi que le chêne, même à Croissance rapide, a un bois moins dense, moins dur s’il provient de régions septentrionales de son aire d'habitation.

Chez le sapin, au contraire, et généralement chez tous les arbres résineux, C’est l’épaisseur de la formation d’été qui semble rester sensiblement constante ; une végétation active tend à augmenter la proportion de bois de printemps ; par suite la densité et les qualités du bois sont inversement proportionnelles à la rapidité et à la vigueur de la végétation, et par conséquent à l’épaisseur des couches annuelles (1).

AUBIER, BOIS PARFAIT. — Chez la plupart de nos grandes essences on distingue ordinairement, dans le bois d’un arbre, deux régions, l’aubier et le bois parfait.

L’aubier est le bois jeune, périphérique, que recouvre immédiatement l'écorce ; sa couleur est légèrement jaunâtre ou blanchâtre, ce qui permet de le distinguer du bois parfait, plus coloré; gorgé de sève ou, en hiver, de réserves nutritives, il est par suite sujet à la pourriture et à la vermoulure quand il est mis en œuvre.

Le bois parfait est formé par les couches les plus internes, c’est-à-dire les plus anciennement formées du bois, couches qui, en vieillissant, se sont modifiées physiquement et chimiquement ; leur couleur devient plus foncée, leur densité, leur dureté augmentent ; les cellules qu’elles renferment se vident de leur protoplasme, perdent une partie de leur eau, épaississent leurs membranes qui s’incrustent de substances nouvelles, très riches en carbone et en hydrogène; leurs tissus cessent de laisser circuler la sève, et le bois parfait ainsi constitué d’éléments morts n’est plus susceptible de se modifier ultérieurement, sinon par altération, puis par décomposition et destruction des tissus. Ce bois est plus dur, plus dense que Paubier, peu sujet aux fermentations ; il est de meilleure qualité et moins exposé aux ravages des insectes (2).

(1) Comme conséquence, chez la plupart des arbres feuillus, le bois de branches, qui pousse plus lentement, est inférieur au bois des axes principaux; il est plus poreux, plus léger, moins dense, par suite inférieur comme combustible. Chez les arbres résineux le bois des branches, parce qu’il pousse plus lentement, est plus dense et de beaucoup supérieur comme combustible à celui du tronc.

(2) Les arbres très âgés présentent souvent dans le cœur du bois parfait une coloration plus foncée, variable avec les essences et qui, sur une section transver- Sale'de la tige, apparaît en tache à contours irréguliers, dont le périmètre ne suit

En sylviculture on classe les principales essences, par rapport à leur bois (bois parfait), sous les dénominations de :

Bois durs : Chênes, Châtaignier, Hêtre, Charme, Frêne, Érables, Ormes, Micocoulier, Fruitiers.

Bois demi-durs : Bouleau, Aune.

Bois tendres, improprement dits blancs : Tilleuls, Peupliers, Saules.

Bois résineux : Sapin, Épicéa, Mélèze, Pins.

Chez certaines essences, l’aubier est de très mauvaise qualité et doit être rejeté ; chez les autres, il est moins mauvais, et il s'emploie concurremment avec le bois parfait dont il diffère peu.

En général, les bois parfaits les meilleurs au point d&e vue de la dureté et de la résistance à la décomposition sont accompagnés du plus mauvais aubier (chênes et pins), tandis que ceux de qualité inférieure offrent un aubier passable (peupliers, sapins, épicéas).

Enfin, certaines essences ont beaucoup d’aubier (pins) ; d’autres passablement (chênes) ; il en est qui en présentent fort peu (châtaignier, mélèze) ; autrement dit, l’âge auquel l’aubier passe à lPétat de bois parfait est variable chez les diverses essences : de plus de quarante ans chez le frêne et chez certains arbres où le bois demeure indéfiniment en apparence à l’état initial, il est de quinze à vingt ans en moyenne chez le chêne, et seulement de quatre à cinq ans chez, le châtaignier, le robinier. Ces chiffres ne sont que des moyennes, car le climat, la nature du sol, le mode de culture et l’âge des arbres influent sur l’épaisseur de l’aubier.

Il résulte des faits constatés que, toutes choses égales d’ailleurs, la proportion qui existe entre l’aubier et le bois parfait diminue avec l’âge, fait intéressant à noter pour les arbres à bois précieux qu’il y a, à ce point de vue, intérêt à conserver sur pied aussi longtemps que possible.

Bourgeons. — A l'extrémité des pousses des arbres, et généralement à la base des feuilles, on observe des corps de forme assez variable, d’où doivent sortir les pousses nouvelles et les fleurs ; ces corps sont les bourgeons, dits bourgeons normaux.

Ces bourgeons sont soit terminaux, et alors ils concourent à l’allongement de l’axe qu’ils terminent, soit axillaires, et alors ils concourent à la formation de la ramification de l'arbre.

pas les limites des couches annuelles; c'est un commencement d'altération, et la disorganisation lente des tissus finit par constituer dans l'axe de la tige et tout d'abord à lä base du tronc, des régions creuses où le bois se dissocie peu à peu.

H La -

Les bourgeons axillaires occupent sur l’axe qui les porte une place déterminée par l’arrangement des feuilles sur la tige et sur les rameaux, arrangement soumis à des lois dont la rigueur rappelle celle des lois mathématiques ; suivant les cas, on les dit alternes, opposés ou verticillés (1).

Le bourgeon normal, formé ou plutôt simplement ébauché à l’aisselle de la feuille d’une année, ne se développe en principe que l’année qui suit celle de sa formation ; toutefois il arrive que pour des causes accidentelles, certains bourgeons se développent dans la saison même où ils s2 sont formés, ce qui leur a valu la dénomination de prompts bourgeons. Par opposition, on appelle bourgeons dormants ceux qui, une fois formés, passent au moins un hiver sans se développer.

Tous les bourgeons dormants ne se développent pas forcément l’année qui suit leur formation; un certain nombre peuvent avorter complètement ; beaucoup d’entre eux, privés de nourriture par leurs voisins plus robustes ou privés de la lumière nécessaire à leur développement, peuvent être susceptibles de rester à l’état de vie latente ; ils suivent lentement la croissance de la tige à laquelle ils appartiennent, sans se développer à l'extérieur et constituent ce qu’on appelle des bourgeons proventifs.

Indépendamment de ces bourgeons normaux, dont la position est définie sur le végétal par une règle commune à lespèce, il peut s’en produire d’autres dits bourgeons adventifs qui n’ont pas de situation déterminée sur le végétal ; on les voit apparaître sur les organes les plus divers, déjà même avancés en âge : racines, tiges, branches, etc., peuvent émettre des bourgeons adventifs et les causes les plus diverses favorisent le développement de ces bourgeons spéciaux ; une des

(1) Alternes ;: on n’observe qu'une feuille ou un bourgeon à un niveau donné, et cette disposition présente un grand nombre de variations, suivant l'indice d'insertion dont les plus communs sont 1/2 (disposition distique), 1/3, 2/5, 3/8, etc.

Opposés : les feuilles ou bourgeons s'attachent sur l'axe dans un même plan horizontal, aux deux extrémités d’un même diamètre ; les diamètres passant par les points d'insertion de deux paires voisines sont perpendiculaires l’un à lautre.

Verticillés : si au lieu de deux feuilles ou bourgeons au même niveau, il en existe trois, quatre, cinq ou davantage; dans tous les cas, les points d'insertion d'un même verlicille sont toujours également espacés et alternent (en projection) avec ceux du verticille inférieur ou supérieur.

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plus déterminantes est une blessure voulue ou accidentelle assez profonde pour atteindre la couche génératrice ou cambium ; les cellules de ce tissu tendent à fermer la plaie en formant un bourrelet cicatriciel ; le bourgeon adventif naît d’un bourgeonnement de ce tissu cicatriciel auquel il appartient ; à la différence du bourgeon proventif, il n’est pas, au moment de son développement, intimement lié comme ce dernier à l'axe même à la surface duquel il apparaît.

Les essences feuillues offrent à cet égard de très grandes différences ; suivant l'essence, le nombre des bourgeons proventifs est très variable et leur vitalité, à cet état de vie ralentie, se conserve plus ou moins longtemps. ‘Tant que dure cette vitalité, le bourgeon proventif est susceptible de se réveiller et de reprendre un développement normal, si les causes qui l’ont arrêté dans sa croissance viennent à cesser. Ainsi un fût de chêne, mis en pleine lumière après avoir été longtemps abrité, se couvre de branches gourmandes, dont la formation est due au brusque réveil des bourgeons proventifs, et c’est pour la même cause que certains arbres feuillus, le chêne par exemple, réparent facilement les accidents survenus dans leur cime, et sont susceptibles de remplacer par des rameaux jeunes et vigoureux, les quelques branches dont les vents, le givre, la gelée, etc., ont pu déterminer la mort.

Rejets de souche. Drageons. — Certains arbres possèdent la faculté d'émettre des rejets de souche et des drageons. Ces rejets et drageons ont une grande importance forestière ; c’est sir leur production qu'est basé le traitement en taillis.

REJETS DE SOUCHE. — On appelle rejets de souche les jeunes pousses feuillées qui se forment sur la section d’abatage d’un arbre. Pour exploiter l'arbre rez terre, on a dû faire à la cognée une section nette du tronc ; la zone génératrice ou cambium, alimentée par les réserves nutritives contenues dans la souche, forme cireulairement sur le pourtour de la section un bourrelet cicatriciel ; chez les arbres susceptibles de rejeter de souche, on voit se produire sur ce bourrelet un plus ou moins grand nombre de bourgeons adventifs ; ces bourgeons entrent immédiatement en évolution, et donnent naissance à une première série de rejets de souche, insérés sur la section même de la souche, entre l'écorce et le bois. Ces rejets sont relativement grêles et assez fragiles, en raison de leur faible adhérence à la souche elle-même,

En outre, la partie de la tige comprise au-dessous de la section développe sous l'influence de l’afflux de nourriture et de lumière qui se produit alors, un certain nombre de bourgeons proventifs; ces bourgeons donnent naissance à de nouveaux rejets, gé- | néralement plus nombreux et plus vigoureux que les précédents, et surtout mieux assis,en raison de leur origine antérieure qui les relie intimement avec le corps de la souche. Ces rejets d’origine proventive sont insérés latéralement sur le pourtour de la souche

(fig. 6).

Fig. 6. — Rejets de souch:.

La faculté que pos- a, d'origine adventive ; p, d'origine proventive. sède un arbre de rejeter de souche, varie d’abord avec l’essence ; elle varie aussi avecl’âge dusujetexploité: disons plus exactement que les bourgeons proventifs dont nous avons besoin pour obtenir de bons rejets de souche, ont une vitalité qui ne dure pas indéfiniment ; cette vitalité, longue chez le chêne, puisqu'elle persiste parfois au delà de cent ans, ne dure en moyenne chez toutes les essences susceptibles de rejeter de souche, qu'environ une quarantaine d’années ; passé cet âge, la vitalité du bourgeon proventif disparaît ou tend à disparaître, et celui-ci n’est plus susceptible de donner une pousse feuillée.

Le rejet proventif, inséré latéralement autour de la souche, se trouve de bonne heure en contact avec le sol ; il est dès lors dans d’excellentes conditions pour se constituer rapidement un enracinement propre ; très fréquemment, il s’isole ainsi de la souche pour vivre d’une vie indépendante ; nourri d’abord abondamment par les réserves accumulées dans la souche, il présente une végétation vigoureuse, supérieure à celle d’un semis de même âge ; mais issu d’un bourgeon resté longtemps en souffrance, il ne conserve pas cette vigueur. Le rejet adventif s’affranchit plus difficilement ; inséré sur une souche qui ne

tarde pas à périr et à se décomposer, il est dans des conditions moins favorables, et se ressent toute sa vie de cette tare originelle.

Dans tous les cas les rejets de souche possèdent, toutes choses égales d’ailleurs, une longévité moins grande que les arbres de franc pied.

En sylviculture, on donne le nom de cépée aux divers rejets issus d’une même souche.

Sur certains terrains, on voit apparaître de véritables rejets de souche à la base d’arbres (de chênes, notamment) trop âgés pour le sol qui les porte ; la maturité de ces arbres est arrivée, et elle se traduit en même temps par l'apparition de branches mortes dans la cime. La nature donne dans ce cas au propriétaire des arbres une leçon de sylviculture.

DRAGEONs. — On donne le nom de drageons aux pousses feuillées produites par les bourgeons adventifs qui naissent sur les racines. Le développement de ces bourgeons est dû à une mutilation soit de la tige, soit de la racine ; il se produit quelquefois quand les arbres sont trop vieux, observation à rapprocher de la même remarque faite au sujet des rejets de souche.

Les drageons prennent rapidement un enracinement propre à leur base, puis ils s’isolent du pied mère et constituent des pieds indépendants.

Les essences forestières présentent à ce point de vue de très grandes différences ; celles qui sont susceptibles d'émettre un grand nombre de drageons sont dites drageonnantes.

Composition et alimentation de l'arbre. — [L'analyse chimique des divers arbres y fait retrouver constamment les éléments suivants : carbone, oxygène, hydrogène, azote ; soufre, phosphore, silicium, chlore, potassium, sodium, calcium, magnésium, manganèse, fer, etc.

Les quatre premiers sont des éléments organiques; les composés ternaires (formés de carbone, d’oxygène et d’hydrogène) tels que la cellulose, la cutine, la lignine, l’amidon, les sucres et les composés quaternaires (formés de carbone, hydrogène, oxygène et azote) — matières albuminoïdes par exemple — qui résultent de leur combinaison, ne se rencontrent que dans les corps organisés. Ces principes organiques constituent essentiellement la trame du végétal, et des divers composés qui se forment en lui sous l'influence de la vie;

soumis à la combustion, ils disparaissent à l’état de gaz ou de vapeurs, et c’est à ce titre qu’on les appelle des corps volails ; 90 à 95 p. 100 de la substance des arbres sont fournis par eux. |

Les autres éléments sont dits inorganiques ou minéraux ; ils se retrouvent dans les cendres après la combustion et existent en proportion variable, mais toujours très faible dans les arbres ; on les appelle principes fixes.

Tous ces corps se combinent entre eux de façons très diverses, pour former des composés dont la nature varie avec les différentes essences, et dans chaque arbre avec les différents organes qui le constituent.

Le bois est en grande partie composé de carbone (50 p. 100 environ de son poids), élément puisé en très grande partie par le végétal dans Patmosphère ; il renferme peu d’azote (en moyenne moins de 1 p. 100) et très peu d’éléments minéraux, principes fixes qu’on retrouve dans les cendres (0,9 à 1,3 p. 100). L’analyse chimique a démontré que la bois constitué de tout échantillon ayant dépassé les dimensions de branchettes et de brindilles, renferme en quantité très faible les matériaux rares et précieux qui proviennent du sol, comme l'azote, l’acide phosphorique, la potasse, et qu’il en est de même pour les autres principes minéraux ; elle a constaté que les feuilles et les aiguilles sont de beaucoup ls parties les plus riches du végétal, car, à poids égal, elles renferment trois fois plus de matières minérales que le bois ; que l'écorce est plus riche encore en principes minéraux que les brindilles et les jeunes branches, et qu’enfin les parties les moins riches en éléments minéraux puisés dans le sol sont les branches les plus grosses et le tronc des arbres. Il en est de même dans la racine où les parties les plus jeunes sont les plus riches. Enfin le végétal accumule dans la graine d’abondantes réserves alimentaires qui la rendent riche en principes utiles, notamment en azote.

L'arbre vivant, qu’il soit issu de l'embryon contenu dans la graine ou du développement d’un simple bourgeon, demande tous ces principes aux milieux extérieurs sous forme d'aliments ; il puis? ces aliments dans l'atmosphère et dans le sol, sous l’action de deux fonctions primordiales qui caractérisent un végétal supérieur : la respiration et la fonction chlorophyllienne.

RESPIRATION, — Dans tout être vivant, végétal ou animal, le protoplasme est le siège exclusif de la vie, et cette dernière s’y mani-

feste toujours par les mêmes phénomènes essentiels ; partout le protoplasme absorbe de l'oxygène, rejette de l'acide carbonique, et cet échange qu’on appelle respiration est le résultat d’une oxydation, d’une combustion lente de la matière organique.

Cette oxydation s'accompagne de la mise en liberté d’une certaine quantité de force vive, susceptible d’être transformée en un travail interne.

La respiration de l'arbre se traduit par l'absorption de l'oxygène de l'air, et le rejet dans l’atmosphère de l'acide carbonique.

Cet échange gazeux avec l'atmosphère s’effectue aussi bien le jour que la nuit et l’activité seule du protoplasme contenu dans les cellules vivantes y suflit.

FONCTION CHLOROPHYLLIENNE, — Grâce à la vitalité du protoplasme et sous l'influence de certaines radiations solaires, il se développe dans l’intérieur des tissus de la feuille et des jeunes pousses, un composé spécial, la chlorophylle ; c’est la présence des grains de chlorophylle dans les cellules qui donne leur couleur aux organes verts de l'arbre.

Le grain de chlorophylle, sous l'influence de la lumière du jour, absorbe certaines radiations solaires, et accumule ainsi une force ou calorique qu’il est susceptible de dépenser en phénomènes chimiques très importants qui se traduisent par :

1° L’assimilation chlorophyllienne. — 1’acide carbonique de l’atmosphère interne des organes verts, en contact du grain de chlorophylle et sous l’action des radiations solaires est décomposé en oxygène qui est mis en liberté au moins partiellement, et en carbone. Ce carbone à l’état naissant, se fixe aux éléments de l’eau, peut-être aussi à l’hydrogène et à l'oxygène d’autres composés, pour former des hydrates de carbone, tout d’abord du glucose ; pour se transformer ensuite en d’autres composés ternaires, en amidon par exemple qui est le produit presque immédiat et le plus apparent de l'assimilation du carbone par les feuilles, pour se combiner à l’azote des nitrates ou à d’autres éléments, l’action de la chlorophylle et de la lumière n’est plus nécessaire, l’activité du protoplasme suffit.

Quant à l’acide carbonique décomposé, il est remplacé par une quantité équivalente d’acide carbonique que l’organe vert prend à l'atmosphère en vertu des lois générales d’équilibre et de diffusion des gaz, de même qu'en vertu des mêmes lois, l'oxygène mis en liberté se dégage à l'extérieur.

Ainsi l'arbre, sous l’action de la chlorophylle et de la lumière, prend à l’air extérieur de l'acide carbonique et rejette dans l’atmosphère de loxygène. Ce phénomène d’assimilation ne cesse que pendant la nuit, car la chlorophylle ne se développe et n’agit que sous l’influence des radiations lumineuses (lumière et certaine quantité de chaleur).

29 La chlorovaporisation. — De même, et grâce au fonctionnement

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