CHAPITRE V
L’Isophénolisation des pédieules utérins et utéro-0variens.
L'action de l’isophénol a été également expérimentée chez la femme, Depuis quelques années les interventions sur le sympathique pelvien ten-dent à remplacer pour la cure des névralgies pelviennes, chez les femmes, la castration dont on a usé à tort naguère à leur endroit. Leriche pratique la sympathectomie chirurgicale sur l’hypogastrique, l'iliaque primitive et quelquefois sur l’ovarienne, Mais cet auteur remarque avec raison qu’en cette matière on en est encore à l’empirisme: des algies apparemment semblables ont été guéries par des sections nerveuses fort diverses. Les travaux de Latarget et Rochet ont contribué à éclaircir l’anatomie du système sympathique pelvien, L'orientation chirurgicale actuelle paraît être de localiser la section nerveuse à un tronc où à un groupe restreint de filets nerveux facilement répérables.
Cotte préconise la résection du nerf présacré.
Condamin considère comme plus économique la
section des ligaments utéro-sacrés sur la région
postérieure et latérale de l'utérus, ce qui aurait l'avantage de ne toucher qu'aux filets utérins. Il précise d’ailleurs que les douleurs provenant des zones pré-utérines et ovariennes contre-indiquent cette opération. Grâce à des travaux anatomiques fort précis dus à Havelaque et à R. Dupont, ce dernier a pu pratiquer l’énervation de l'ovaire qui a donné dans quinze cas des résultats intéressants. Doppler ici encore voulut substituer à la sympathectomie chirurgicale, la sympathectomie chimique plus facile à réaliser. Chez la femme comme chez l’homme il étendit la méthode et voulut obtenir une
‘reviviscence des glandes après isophénolisation.
Technique.
Le procédé varie suivant les auteurs.
Certains comme Doppler, Simon de Strasbourg, après une incision de Pfannenstiel, se contentent de badigeonner fortement avec des tampons imbibés de la solution les faces antérieure et postérieure, le bord supérieur des ligaments larges jusqu’à ce qu'ils prennent une coloration rosée.
D’autres comme Desplas de- Paris, après laparotomie, incisent le faîte du ligament large en évitant de léser les vaisseaux. Les lèvres de la plaie péritonéale sont répérées ; le pédicule étalé est badigeonné depuis le détroit supérieur jusqu’au voisinage du bord utérin. À ce moment les- vaisseaux blanchissent et se dilatent d’une façon très nette.
Quinze à vingt centimètres cubes de la solution suffisent généralement pour obtenir ce résultat. Le péritoine est alors refermé. Lorsqu'une petite veine est lésée par le badigeonnage et qu'une hémorragie même minime se produit, il faut faire l’hémostase avant de continuer la phénolisation.
On peut également avec la pointe du bistouri pratiquer de fines scarifications des ovaires que l’on badigeonne ensuite fortement.
Victor Pauchet après une isophénolisation vit survenir chez une malade dans les jours qui suivirent des phénomènes de péritonisme : ballonnement de l’abdomen, constipation, vomissements, qui l’alarmèrent à juste titre et lui firent pratiquer une laparotomie. Il constata alors l'existence de nombreuses adhérences molles, de véritables couennes qu'il détruisit. Des cultures les révélèrent d’ailleurs aseptiques.
Aussi cet auteur, qui pratique toujours dans ces cas une laparotomie médiane, attache-t-il une grande importance à la protection des organes voisins.
Des champs abdominaux protègent les anses intestinales, l’épiploon, ne laissant à découvert que la région pédiculaire. Il injecte alors à la seringue environ cinq centimètres cubes de la solution sans ouvrir les feuillets ligamentaires. Au point de ponction une pince est immédiatement placée et une ligature en fil de lin est aussitôt pratiquée après l'injection. Une boule d'œdème s’est formée qu'un
léger massage diffuse le long du pédicule. Cette
AD
facon de procéder n’a jamais entraîné aucun accident.
V. Pauchet et de Butler d'Ormond associent dans certains cas à l’isophénolisation l'opération de Cotte,
résection du nerf présacré.
Indications.
Les principales indications de l’isophénolisation chez la femme sont :
1° Les algies pelviennes sinombreuses, soit qu'elles accompagnent une rétroversion — et dans ce Cas, bien entendu, la méthode ne dispense pas de la ligamentopexie — soit qu’elles accompagnent une ovarite scléro-kystiqe avec aménorrhée, soit qu'il s'agisse de névralgies pelviennes inexpliquées pour lesquelles la résection du nerf présacré est indiquée. Il semble que l'opération de Cotte agisse surtout dans les douleurs d’origine utérine et que l'isophénolisation ait une action sur les douleurs d’origine ovarienne. Ces deux causes étant souvent associées ét leur discrémination étant dans bien des cas impossible, les deux méthodes peuvent être souvent employées simultanément.
Il. La frigidité génitale s'accompagnant de déficience glandulaire, ovarienne, thyroïdienne, surrénale ou autre, simple ou connexe et qu'accompagnent d'ordinaire la frilosité, la paresse physique, les troubles du caractère, l'obésité, la neurasthénie sexuelle, la stérilité,
Résultats.
Le nombre des cas traités jusqu'ici par l’isophénolisation est encore trop limité, en France du moins, pour que l’on puisse se prononcer d’une façon formelle. Les résultats paraissent cependant jusqu'ici des plus encourageants.
Nous relatons plus loin neuf observations. Parmi elles, l’une (obs. XV) est encore trop récente pour. que l'on puisse conclure : le temps est en effet le meilleur critérium de la méthode. Parmi les huit autres qui ont toutes trait à des femmes présentant des algies pelviennes avec souvent rétroversion, dysménorrhée et parfois insuffisance glandulaire, nous trouvons :
Deux échecs (obs. VIII et XII) : l'intervention n’a amené aucune amélioration ;
Six succès (obs. VIT, IX, X, XI, XII, XIV): dis-. parition des douleurs, de la dysménorrhée, :amé: lioration de l’état général et dans un cas (abs. X) augmentation nette des règles en abondance et en durée. £
Parmi ces malades, deux étaient stériles (obs. X et XI) et le sont restées : l’isophénolisation n’a donné à ce point de vue aucun résultat.
Victor Pauchet a constaté de même chez ses opé-rées la disparition des douleurs, une amélioration. nette de l’état général, un relèvement appréciable du tonus. Desplas a traité par la phénolisation des