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DE LA LASSITUDE

La lassitude, lassitudo , languor , dedolatio , est le sentiment de fatigue ou d’impuissance musculaire, tel que l’exercice et le travail le font naître même à l’état de santé.

(1) E. II. Weber, De pulsu, resorplione , audilu et tactu . Lipsiæ, 1831, p. 81.

II siège exclusivement dans les muscles, mais le plus souvent, dans les extenseurs du dos, de la tête et des membres inférieurs. Sous son influence, le dos est voûté, la tête est penchée, les genoux ploient, l’individu éprouve le besoin de se coucher.

Quand la lassitude est très-grande, elle devient douloureuse et porte le nom de courbature (lassitudo dolorosa ). A ses degrés extrêmes, elle peut déterminer la défaillance. La douleur de la courbature n égalé cependant jamais celle de la myodynie proprement dite, e’est-à-dire quelle n’est pas viye et qu’elle ne s’accompagne pas de raideur.

Il est de nombreuses circonstances qui , dans l’état de santé absolue ou relative, hâtent ou favorisent la lassitude. Nous signalerons la grande chaleur et le grand froid, l’air du printemps , l’inaction ou la paresse, la faim et la trop grande réplétion de l’estomac, les veilles et le sommeil prolongé, la croissance rapide, la grossesse, la complexion flasque et faible, la pléthore.

La lassitude que nous devons, à proprement parler, considérer comme morbide {lassitudo spontanea ) ne se rattache pas à la fatigue ; elle se fait sentir indépendamment de tout travail musculaire; puis, elle fait naître constamment un malaise que le repos ne parvient pas à dissiper, tandis que la satisfaction accordée à la lassitude physiologique développe un sentiment d’euphorie, de volupté même.

Pathogénie . — Ainsi que nous l’avons déjà dit , la cause prochaine de la lassitude doit être recherchée dans certaines altérations de l’état électrique, nutritif et chimique, ou respiratoire de la substance musculaire. La qualité du sang qui parcourt ses capillaires, sa privation d’oxygène, l’abaissement de l’acte respiratoire et, peut-être, l’accumulation des produits de l’oxydation, tels que la kréatine, la kréatinine, l’acide inosinique , l’acide lactique, etc., doivent particulièrement être pris en considération. A l’état de santé, les perturbations chimiques s’effacent promptement sous l’influence du repos et de l’afflux constant d’un sang frais, tandis que dans les maladies c’est précisément la qualité du liquide nourricier qui détruit l’équilibre nutritif et respiratoire.

L’état contraire, à savoir la vigueur musculaire et le sentiment de force et de bien-être qu’elle donne, sont toujours proportionnés à l’énergie de la respiration et de la récorporation organique.

1° Lassitude asthénique.

La lassitude est l’accident pathognomonique de tous les états de faiblesse, d’asthénie, d’adynamie; seulement, elle est ressentie davantage

quand le système nerveux n’est pas déprimé en même temps que les muscles. Nous citerons spécialement l’inanition, la convalescence, les hémorrhagies , les pertes d’humeur en général , les suites de l’onanie et des autres excès vénériens.

2° Lassitude dyspeptique.

L’estomac exerce une grande influence sur l’état des muscles. De même qu’une bonne digestion augmente la vigueur des mouvements et procure un sentiment de bien-être, de même la faim , la gastralgie, la gastrite, la dyspepsie, la colique, la gastropneumatose , la nausée, créent de la faiblesse, du malaise et de l’abattement pouvant aller jusqu’à la courbature et la défaillance.

3° Lassitude fébrile.

L’invasion de la plupart des maladies fébriles, mais plus particulièrement celle des maladies virulentes et miasmatiques, des exanthèmes et des diverses espèces de typhus, est précédée d’une grande lassitude et d’une véritable courbature forçant le malade au repos. 11 semblerait que le sentiment de la fatigue est en raison de la quantité du virus absorbé, du moins peut-on pressentir d’après lui la gravité de la fièvre qui se prépare.

Quand la lassitude persiste dans le cours de ces fièvres, elle est le signe d’un grand danger, quelquefois la reprise du symptôme correspond à l’imminence d’hémorrhagies ou de crises.

Il est une maladie dans laquelle une lassitude et une courbature extrêmes sont le symptôme le plus constant et pour ainsi dire pathognomonique : la grippe épidémique ( influenza :). Il s’y joint de la jactation, des douleurs articulaires et de la myodynie.

4° Lassitude spinale.

La lassitude est extrême dans certaines maladies chroniques de la moelle épinière , notamment dans l’atrophie et la sclérose. Elle est grande aussi et s’annonce sous la forme d’une paresse invincible, dans Y irritation spinale ou l’hyperesthésie névralgique décrite sous ce nom. Les malades de cette espèce répugnent atout déplacement, parce qu’ils croient sincèrement netre pas en état de faire deux pas. 11 en est qui, par paresse, gardent le lit pendant des années et pourtant l’exercice musculaire serait utile à leur guérison.

Combien de cures merveilleuses n’a-t-on pas vu s’opérer rien qu’en secouant de force cette paresse, et en détruisant ainsi l’idée fixe qui s’y rattache à la longue! Nous avons vu s’enfuir de son lit, pendant un incendie, et demeurer ensuite parfaitement guéri, un individu qui, depuis deux années, avait trompé ses médecins en se donnant, de bonne foi à ce qu’il paraît, comme paraplégique. Un autre malade, à notre connaissance, a été guéri par la menace souvent réitérée de coups de fouet que lui faisait son frère d’après nos conseils.

5° Lassitude dyshémique.

Parmi les altérations du sang, les plus hostiles aux muscles sont celles qui se manifestent par une diminution du cruor et de la fibrine, ou par une augmentation du principe aqueux. Tout le monde connaît la lassitude, la courbature , les douleurs musculaires vagues dont les femmes chlorotiques sont accablées. Les hydropisies dyshémiques, le scorbut, l’anhématosie, la cyanose et la respiration de gaz méphitiques ou impurs, les états dits putrides et, en général, les cachexies agissent dans le même sens.

6° Lassitude nerveuse.

En dernier lieu nous avons à signaler les états de dépression de l’activité cérébrale et nerveuse. La lassitude accompagne la somnolence; elle est un des symptômes de la compression du cerveau, et succède aux fortes émotions, aux fortes douleurs, aux convulsions, et spécialement aux attaques hystériques et épileptiques.

ARTICLE IL

DE LA PANDICULATION.

C’est un mouvement instinctif ou, si l’on aime mieux, un mouvement volontaire irrésistible, déterminé par une sensation musculaire et consistant dans l’extension lente, graduelle et complète des membres et du dos ; — artuum et quandoque tolius trunci successiva , coacta et fugax extensio, dit Sauvages.

La sensation qui provoque ce mouvement est un malaise semblable à celui de la lassitude ; en y cédant on le change en une espèce de volupté.

La pandiculation a beaucoup de rapports avec le bâillement; elle se

produit dans les mêmes circonstances, et, à proprement parler, elle est aux muscles locomoteurs exactement ce que le bâillement est aux muscles de la mâchoire et de la respiration.

A l’état de santé, la pandiculation est un effet de l’ennui, de la paresse, de la lassitude, de l’engourdissement. De même que le bâillement, elle annonce le besoin de dormir, et se présente de nouveau au réveil.

Il est facile de comprendre pourquoi le besoin d’un pareil mouvement existe seulement dans les muscles extenseurs. Les fléchisseurs, ayant en général plus de puissance que les extenseurs, se fatiguent et s’engourdissent moins vite ; ceux-ci, au contraire, ont plus souvent besoin de se dégourdir ; ils font plus souvent des efforts instinctifs pour rétablir l’équilibre. C’est, ainsi qu’on éprouve le besoin de s’étendre quand on a été pendant quelque temps accroupi, incliné en avant, ou en général dans une attitude où les muscles fléchisseurs prédominaient. C’est ainsi que s’expliquent les pandiculations de l’enfant qu'on démaillote.

Sauf les deux cas que nous aurons à spécifier, la pandiculation passe pour un signe favorable chez les malades, les convalescents et particulièrement chez les enfants. Elle est l’indice du retour de la sensibilité musculaire et du réveil des centres nerveux. On aime surtout à voir apparaître ce symptôme dans la syncope et les convulsions.

4° Pandiculation fébrile.

Elle précède et accompagne fréquemment le premier stade des fièvres intermittentes et coïncide avec l’exacerbation des fièvres rémittentes. Elle est parfois le masque, la larve , d’une fièvre intermittente.

2° Pandiculation nerveuse.

Sydenham a décrit la pandiculation hystérique. Mais d’autres maladies convulsives : les attaques épileptiques, éclamptiques, tétaniques ainsi que les paroxysmes de la manie furieuse, s’annoncent d’avance par ce symptôme qui reparaît ensuite vers la fin des attaques, en même temps que le bâillement. Budge signale une sensation musculaire spéciale qu’il a observée chez une fille nerveuse, en compagnie de pandiculations et de bâillements , c’est l’allongement des doigts du pied. Il l’attribue à l’extension excessive de ce dernier (I).

(1) Allgem. Pathologie. Bonn, 1845, p. 545.

ARTICLE III

DE LA JACTATION.

On appelle ainsi cette agitation continuelle qui, dans beaucoup de maladies, oblige le patient à changer sans cesse de position dans son lit.

Elle a sa source dans un malaise ou état légèrement douloureux des muscles. C’est à proprement parler une hyperesthésie jointe à une extrême lassitude. On dirait qu’il s’agit d’épuiser ou d’amortir un excès d’excitabilité qui tourmente les muscles et les nerfs moteurs. Le malade ne se trouve bien dans aucune position ; il se roule d’un côté sur l’autre, se place pour quelques instants sur le dos, puis sur le ventre , fléchit alternativement et étend le tronc pour revenir à la position première, sans parvenir à adoucir les sensations désagréables qui reprennent incontinent ; il étend les jambes et les bras en les portant hors du lit, car il lui semble que la chaleur de la couverture augmente le malaise.

Peut-être la vraie cause de la jactation est-elle dans un trouble circulatoire, dans une hypérémie passive des muscles, entretenant le besoin de mouvement qui pourtant manque d’énergie.

La jactation accompagne l’ardeur fébrile; elle est propre au stade de chaleur des fièvres intermittentes, à la période d’invasion et aux exacerbations des fièvres rémittentes. Elle est particulièrement prononcée dans la fièvre catarrhale et dans la grippe épidémique.

De plus, elle est un des symptômes de l’excitation des centres nerveux, ainsi que de l’hypérémie de la moelle épinière et de la base de l’encéphale. Plusieurs poisons narcotiques la provoquent à un degré remarquable, entre autres les datura et la belladone.

Elle appartient au caractère nerveux des maladies aiguës , et accompagne cet état d’anxiété et de malaise général qui éclate souvent dans le cours des affections longues et douloureuses. Enfin, elle succède aux hémorrhagies et en général aux grandes pertes d’humeur.

L'inquiétude des jambes.

Vanxietas tibiarum d’Astruc est la jactation bornée aux membres inférieurs. C’est un symptôme très-fréquent, même à l’état de santé relative.

Un malaise sourd empêche le patient de maintenir ses jambes dans

une position quelconque ; il les étend successivement, les fléchit, les croise et retourne dans tous les sens , pour chercher du soulagement qui néanmoins ne dure qu’un instant.

Cet état se manifeste de préférence le soir quand le sommeil approche ; il survient aussi pendant la nuit en interrompant le sommeil. Il est fréquent chez les femmes hystériques et chlorotiques. On le signale parmi les symptômes de la myélite chronique. Souvent il a pour cause une affection prurigineuse de la peau des jambes.

A son plus haut degré d’intensité, il est accompagné de véritables tiraillements musculaires, de soubresauts des tendons, d’élancements et de picotements.

ARTICLE IV

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