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DE L’ANESTHÉSIE MUSCULAIRE

La sensibilité musculaire, dans ses différentes manifestations, peut être affaiblie ou même abolie entièrement.

S’il est vrai que, dans l’immense majorité des cas, l’accident se joint à l’anesthésie cutanée et à la paralysie des mouvements, il n’en est pas moins certain pour nous qu’il peut, dans des cas rares, exister seul.

La cause de l’anesthésie musculaire réside dans la moelle épinière, mais elle peut occuper aussi le cerveau et même les organes périphériques, suivant M. Duchenne, de Boulogne, c’est-à-dire quelle peut être de nature rhumatismale. L’hystérie, en outre, est une de ses causes fréquentes; on a pu enfoncer profondément des aiguilles dans les muscles de femmes hystériques sans provoquer la moindre douleur.

Un simple affaiblissement du sens musculaire crée la maladresse. Le malade, ne se rendant plus exactement compte ni de la quantité, ni de la direction des mouvements qu’il exécute, leur but, ou n’est pas atteint ou est dépassé. A un degré supérieur, la maladresse devient une véritable ataxie dont nous aurons à nous occuper dans un des chapitres suivants (1).

(1) Dans sa publication la plus récente ( Physiologie des mouvements. Paris, I8C7, p. 775), M. Duchenne affirme que les malades qui ont seulement perdu la sensibilité musculaire n’éprouvent aucun désordre fonctionnel apparent dans leur motilité, alors même qu’ils se trouvent hors d’état de voir. Il pense que les symptômes attribués communément à la paralysie de la sensibilité musculaire n’apparais- jj sent que lorsque les articulations des membres sont elles-mêmes insensibles aux mouvements qui leur sont imprimés.

Souvent l’anesthésie musculaire fait perdre au malade la notion de la position des membres : alors , il ne peut plus indiquer la situation réciproque de ses jambes , et ses mains laissent tomber les objets quelles tiennent dès quelles ne sont plus commandées par le regard.

Toutefois la notion de la position n’est complètement perdue que dans le moment où les membres sont soulevés ou suspendus, ou dans le cas où la sensibilité cutanée est abolie en même temps. Quand les téguments du membre sont en contact,, soit avec le plan du lit, soit avec une autre partie du corps , les impressions tactiles suppléent au sens musculaire.

Le sentiment de fatigue ne se manifeste plus dans l’anesthésie musculaire; le malade peut maintenir ses membres dans l’extension droite, par exemple, beaucoup plus longtemps qu’il ne le faisait dans les conditions normales.

ARTICLE V

DE LA MYODYNIE.

A l’état normal, les muscles sont peu sensibles à la douleur, soit qu’ils se contractent, soit qu’on les excite mécaniquement, chimiquement ou par l’électricité. Aussi, plusieurs physiologistes, Schiff entre autres (1), tiennent pour probable que les douleurs qu’on appelle musculaires ne siègent pas dans le tissu spécial, mais dans les enveloppes cellulaires qui sont pourvues de nerfs, ou dans les troncs des nerfs cutanés qui longent les muscles avant de se ramifier.

Cependant, le phénomène de la courbature, la douleur qui accompagne l’inflammation aiguë des muscles, certaines douleurs rhumatismales qui correspondent parfois exactement au trajet et à l’étendue d’un muscle spécial, enGn,le phénomène de la crampe, nous semblent être des arguments suffisants pour conserver l’ancienne doctrine des pathologistes. Il est probable qu’à l’exemple des os, des ligaments et des aponévroses, le tissu musculaire est susceptible d’être mis, par des influences morbides , dans un état d’hyperesthésie où il devient très-sensible à la douleur, alors qu’à l’état normal ce mode de sensibilité lui est presqu’inconnu.

Nous disons myodynie , de yuOç, muscle, et éèwy , douleur. D’autres préfèrent myosalgie ou algésie musculaire .

(i) Physiologie , t. I, p. 158.

1° Myodynie inflammatoire .

Quand une inflammation, traumatique ou autre, envahit un muscle, il y a picotement, tiraillement, déchirement. A chaque essai que le malade fait de mettre le muscle en contraction, de même que lorsqu'on exerce une pression sur lui, ces formes de sensation font place à un sentiment de blessure profonde.

A la suite de la rupture fibrillaire , ou déchirure d’un certain nombre de fibres, pendant un effort violent ou mal combiné, la douleur est vive, circonscrite dans un point, mais ne se montre que dans les essais de contraction.

2° Myodynie rhumatismale .

Le rhumatisme musculaire crée une douleur sourde, interrompue seulement de temps en temps par des élancements; cependant la douleur devient vive, insupportable, au moindre essai de mouvement. Quand les muscles affectés sont dans un état de tension ou de contraction moyenne, les élancements se répètent à peu près de minute en minute. Aussi, le malade n’est plus occupé à autre chose qu’à donner une position convenable au membre rhumalisé. Quand il veut exécuter un mouvement , celui-ci est interrompu brusquement par la violence de la douleur. Un caractère qui aide à distinguer cette espèce de myodynie, est sa mobilité, c’est-à-dire la facilité avec laquelle elle quitte un muscle pour en envahir un autre.

5° Myodynie fébrile.

La fièvre catarrhale, mais surtout la grippe épidémique, est accompagnée, à sa première période, de douleurs musculaires tantôt sourdes, tantôt brûlantes ou déchirantes , répandues sur tout le corps ou limitées à certains muscles. Une pression extérieure n’augmente pas ces douleurs qui occupent de préférence les membres inférieurs, les mollets, le creux du jarret, le tibia, mais fréquemment aussi l’épine du dos, les reins et le sacrum. Quelquefois les muscles endoloris sont frappés en même temps de raideur et d’immobilité.

4° Myodynie dyscrasique.

La syphilis constitutionnelle ou, si l’on aime mieux, ses accidents secondaires, sont caractérisés à leur début par des douleurs siégeant de préférence dans les masses musculaires et au voisinage des articulations, laissant parfois à leur suite des troubles delà motilité, tels que

faiblesse, engourdissement, raideur ou contracture. Elles constituent ce que MM. Gros et Lancereau ont appelé la rhumatalgie syphilitique. Leur intensité n’est pas grande, leur siège esttantôtsuperficiel, tantôt profond; loin d’avoir la fixité des douleurs ostéocopes, le malade ne peut les soumettre à une délimitation précise. Elles subissent des exacerbations, mais ces exacerbations sont indépendantes de l’époque de la journée, c’est-à-dire qu’elles se présentent aussi bien le jour que la nuit. Elles ne sont pas réveillées par des pressions exercées dans l’intervalle des accès, mais excitées par les contractions musculaires.

M. Ricord les attribue à ce qu’il appelle la chlorose syphilitique. Pour ce qui nous concerne, nous sommes de l’avis de notre jeune collègue, M. Vanlair, qui y voit une manifestation directe de l’action du liquide sanguin infecté sur les muscles (1).

5° Myodynie toxique.

L’intoxication chronique par des métaux, notamment par le mercure et le plomb, détermine des douleurs rhumatoïdes non-seulement dans les articulations, mais encore dans les muscles de différentes régions du corps, le plus souvent cependant dans ceux des membres inférieurs. Leur forme et leur marche sont très-variables. Comme elles finissent par aboutir à l’analgésie, on doit les considérer comme le phénomène initial de l’altération chimique de la substance musculaire.

6° Myodynie hystérique.

M. Briquet (2) place dans les muscles la plus grande partie des sensations douloureuses qu’éprouvent les femmes hystériques. Sur quatre cent et trente malades observées par lui, une vingtaine au plus lui semblaient exemptes d’endolorissement des masses musculaires. Les caractères de cette myodynie seraient : d’occuper de préférence les muscles superficiels des cavités splanchniques et d’être provoquée par conséquent par une pression même légère, d’apparaître et de disparaître brusquement, de s’exaspérer à la plus légère excitation électrique et de changer facilement de place. Lorsqu’elle est spontanée, la douleur musculaire des hystériques affecterait une forme aiguë, lancinante ou pulsative.

On se rappelle que les anciens médecins plaçaient dans les viscères

(1) Journ. des Sciences méd. et nat. de Bruxelles. Vol. 45, p. 40.

(2) Traité de l’Hystcrie. Paris, 1 859, p, 206.

sous-jacents le siège des douleurs hystériques, et que MM. Bassereau et Valleix les considéraient comme des douleurs névralgiques.

7° Myodynie convulsive .

Toutes les convulsions, tant cérébrales que spinales, sont accompagnées de douleurs, à moins que la maladie qui les produit n’exerce en même temps une action paralysante sur la conscience et les centres sensoriels. Les douleurs sont particulièrement violentes dans les convulsions provoquées par les grandes pertes de sang.

Après les accès convulsifs, il reste dans les muscles affectés un sentiment de lassitude et de douleur sourde qui est jusqu’à un certain point indépendant de la fatigue réelle et de l’épuisement des forces.

8° Myodynie tétanique.

La douleur du tétanos a également son siège dans les muscles. Elle ressemble à la douleur convulsive.

Dans le tétanos partiel ou spasme tonique de muscles isolés, il est remarquable que la douleur se fait souvent sentir dans un point plus ou moins éloigné. C’est ce que Stromeyer a appelé la douleur réflexe. Nous y reviendrons à l’article douleur.

La ténotomie fait disparaître la douleur qui dépend d’un raccourcissement persistant de certains muscles des membres, absolument comme certaine douleur vive du rectum disparaît après la section du sphincter de l’anus.

Quand on fait des tentatives pour vaincre une contracture organique, quand on essaye de fléchir ou d’étendre un membre qui se trouve dans une attitude forcée, on occasionne une douleur qui arrache des cris au malade. Le même fait s’observe à l’égard de muscles qui ne se prêtent plus à lelongation parce qu’ils ont été soumis à un repos trop prolongé.

ARTICLE VI

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