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SYMPTOMES DE SENSIBILITÉ MUSCULAIRE

S’il existe encore des physiologistes qui dénient toute sensibilité aux muscles, la plupart leur attribuent, au contraire, trois espèces de sensations : la douleur, la sensibilité générale et un sens spécial qu’on pourrait désigner comme sentiment d 'effort ou de mesure.

C’est grâce à ce dernier que les muscles apprécient, avec une précision admirable, la quantité et la direction du mouvement, et qu’ils deviennent des auxiliaires indispensables des sens spéciaux. En effet, c’est avec leur concours que l’œil se rend compte delà grandeur, de la distance, de la position relative et du mouvement des objets, et que, dans l’exercice du toucher, il se forme la connaissance du poids, du volume et de la forme des corps , sans parler de l’extrême précision avec laquelle sont mesurées, par exemple, les contractions des muscles du larynx dans l’exercice de la parole et du chant.

Charles Bell qui, le premier, a analysé cette faculté,, l’a proclamée le sixième sens, sous le nom de sens musculaire. Gerdyl’a appelée le sentiment d'activité musculaire. M. Duchenne, de Boulogne , après avoir proposé autrefois (1) de l’appeler conscience musculaire , a démontré, depuis (2), qu’elle est identique avec la sensibilité électro-musculaire.

Sans suivre plus loin les manifestations physiologiques de ce sens ou de cette faculté, nous dirons, toutefois, que c’est avec son aide que l’aveugle s’aperçoit s’il monte ou descend un plan incliné, s’il balance son bras horizontalement ou verticalement. Nous rappellerons que c’est l’impression éprouvée, non-seulement par la peau, mais aussi par

(1) De V électrisation localisée; 2e édit. Paris, 1861, p. 589.

(2) Physiologie des mouvements. Paris, 1867, p. 772.

les muscles de la plante du pied, qui nous met à même de juger si le sol que nous foulons est mobile ou fixé (1).

C’est le sens musculaire , si extraordinairement développé chez les aveugles, qui sert aussi à expliquer la délicatesse merveilleuse du toucher qui se manifeste dans certains états pathologiques connus sous les noms de somnambulisme, de magnétisme et d’hypnotisme. Enfin, c’est le sens musculaire qui nous rend compte, à chaque instant, de la position de notre corps dans son ensemble et de la position relative des membres , du tronc et de la tête. Chaque fois que nous changeons d’attitude nous recevons une somme de sensations dont les effets sont de la plus haute importance pour la station et la marche. Elles sont d’autant plus précises que les muscles sont moins fortement contractés. Elles nous procurent ce qu’on appellera utilement le sentiment de l'équilibre .

Les altérations et les troubles du sens musculaire seront examinés dans les chapitres qui traitent des symptômes ataxiques et astasiques.

La sensibilité générale ou coenesthésie musculaire ne se rapporte pas à l’état actif, mais à l’état de repos des muscles. Ses impressions sont déterminées par des modificalions qui surviennent dans la nutrition, dans l’état électrique et chimique du tissu musculaire, et plus particulièrement, à ce que nous croyons, dans l’acte que Gustave Liebig a appelé la respiration des muscles .

Quand ces actes s’accomplissent dans les meilleures conditions, il y a euphorie ou sentiment de bien-être : on se sent vigoureux , bien disposé aux mouvements ; on se sent léger. Quand, au contraire, ces actes sont gênés ou altérés, il y a de la lourdeur, de la pesanteur , de la paresse. C’est ce qui arrive dans la plupart des maladies. A un degré supérieur la pesanteur devient lassitude , et la lassitude extrême devient douleur : elle s’appelle courbature. Pour ce qui concerne la douleur musculaire ordinaire, nous renvoyons à l’article qui lui est spécialement consacré.

ARTICLE PREMIER

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