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DE LA CRAMPE

On définit communément la crampe, crampus, une contraction douloureuse des muscles. Cette définition, certainement insuffisante, a le tort grave d’affirmer ce qui est en question.

En effet, on cherche encore à savoir, à l’heure qu’il est, lequel des deux éléments est le principal, de la contraction spasmodique ou de la

douleur. Nous ferons voir que , si pendant les accès les muscles sont raides et durs, ils ne sont pas pour cela, dans un état de contraction forcée et excessive, ainsi qu’on l’a cru à la suite d’un examen superficiel. La douleur violente, qui est le phénomène caractéristique de la crampe, ne dépend donc pas de la contraction des fibres musculaires ; elle n’est même nullement en raison de celle-ci.

En attendant que la physiologie ait tranché la question, il nous paraît plus convenable de dire que la crampe est une douleur musculaire paroxystique accompagnée de raideur et d’immobilité de la partie affectée .

Description. — Le mal occupe le plus souvent des muscles isolés : ceux du mollet, ou les muscles qui se rendent au gros orteil , plus rarement le plantaire grêle, en donnant lieu alors à ce qu’on appelle vulgairement le coup de fouet . Il peut aussi occuper les muscles de la nuque, le paucier du cou, le génio-hyoïdien, le carré des lombes. Parmi les accidents désignés comme tour de reins il en est certainement qui ne sont autre chose que des crampes du carré des lombes ou de la masse commune du sacro-lombaire (1). Sous l’influence de causes générales, telles que certaines intoxications et altérations du sang, la crampe peut s’étendre successivement à tous les muscles du corps.

La douleur éclate subitement, sous l’influence d’un mouvement ou d’une contraction imperceptible ; elle est d’une violence extrême, mais exactement bornée au muscle affecté. Toute tentative d’étendre ou de déplacer le membre l’exaspère. L’accès ne dure que peu de temps, deux minutes environ, mais se répète parfois à de courts intervalles.

Les muscles, siège de la crampe, sont raides et durs comme pierre. Cependant leur état ne correspond pas exactement à celui de la plus forte contraction. Ils sont tuméfiés et déformés ; on dirait que le trouble n’atteint que quelques faisceaux isolés et non pas le muscle dans sa totalité.

La portion du membre sur laquelle les muscles affectés s’insèrent , est à l’état d’immobilité parfaite, sans prendre franchement la position qui correspondrait à une contraction énergique normale. C’est ainsi que, dans la crampe du mollet, le talon n’est pas relevé aussi fortement que quand les extenseurs du pied se contractent normalement.

(1) Voyez Hasse dans Virchow Jlandbuch , t. IV, P. 1. p. 153.

Après que la crampe a cessé, le muscle reste encore endolori sourdement pendant un jour ou deux ; la douleur reparaît plus vive à chaque contraction et sous une pression extérieure. Les phénomènes de sensibilité sont d’autant plus intenses et persistants que la masse des muscles affectés est plus considérable.

Il peut arriver, par suite de la crampe, que des fibres musculaires ou de petits vaisseaux soient déchirés et que des ecchymoses se forment. Dans ce cas, l’accident est suivi d’impuissance musculaire pendant un temps plus ou moins long.

Pathogénie. — Ainsi que nous l’avons dit, l’opinion générale ne voit dans la crampe que l’effet d’une contraction musculaire excessive ou d’un tétanos partiel. Cependant, il faut bien qu’il y ait autre chose, en même temps ou absolument, puisque les contractions forcées sont loin d’être toujours douloureuses, et qu’en fait, l’état des muscles n’est pas celui d’une contraction excessive.

Il est des physiologistes (1) qui cherchent la cause de la douleur et du spasme dans un trouble des organes centraux du système nerveux. Cette hypothèse, très-peu probable du reste, ne nous semble qu’augmenter l’obscurité qui couvre encore le phénomène.

D’autres admettent une compression des troncs nerveux correspondants, par exemple, du nerf grand sciatique dans le cas de crampe du mollet. Sans vouloir nier absolument que cette cause puisse exister parfois, elle est certainement inapplicable au plus grand nombre des cas.

Si l’on considère que l’accident saisit des muscles isolés et même des portions de muscle seulement, que la douleur est nettement circonscrite dans ces muscles, et que ces organes se tuméfient et se raidissent sans produire toutefois les mouvements qui correspondraient à leur contraction, il ne peut guère rester des doutes sur le siège de la cause. Elle réside dans les muscles mêmes.

Ce point décidé , reste la question relative à la nature du trouble. Dans l’état actuel de nos connaissances, trois choses seulement nous paraissent possibles : 1° Une altération nutritive des fibres musculaires ; 2° un trouble de la sensibilité; 3° un trouble de la circulation.

Pour ce qui concerne la première cause, la promptitude de l’invasion et de la cessation de l’accident suffisent pour l’écarter.

(4) Voyez, entre autres, Valentin, Versuch cincr physiolog. Pathologie der Ncrven. T II, p. 24, § 021.

La deuxième a été affirmée par Graefe et Langenbeck dans une discussion devant la Société de Médecine de Berlin (1). Ils la cherchaient dans un état d’hyperesthésie des muscles, en ce sens que la douleur serait le phénomène initial et que la rigidité spasmodique des fibres musculaires ne s’y joindrait que comme phénomène réflexe . Cependant nous demanderons comment il se fait que l’hyperesthésie et la douleur musculaire ne provoquent la crampe qu’exceptionnellement?

Nous inclinons donc en faveur d’un trouble de la circulation; c’està-dire que nous considérons la crampe comme le résultat d’une ischémie passagère , ischémie nécessairement accompagnée d'intoxication carbonique et d’altération de la substance musculaire.

Ce qui surtout nous semble donner de la probabilité à cette opinion, c’est ce qui se passe dans le choléra dont les crampes n’ont certainement pas d’autre origine. Les crampes partielles ordinaires se laissent également rattacher, pour la plupart, à des obstacles à la circulation. Ainsi, on remarque quelles sont particulièrement fréquentes chez les individus affectés de varices aux jambes , puis chez ceux dont les veines sont comprimées par des tumeurs du bassin, enfin dans certaines positions des membres. C’est ainsi qu’on s’explique aussi pourquoi en général la crampe est beaucoup plus fréquente aux membres inférieurs que partout ailleurs. Enfin, l’action bienfaisante des frictions et des applications chaudes pourrait aussi être citée subsidiairement.

1° Crampe traumatique .

Nous comprenons sous cette dénomination non-seulement les crampes excitées par des froissements mécaniques et des tiraillements répétés, mais aussi celles qu’on attribue communément à l’effort et à la fatigue. Ces deux causes mettent les muscles dans un état d’hypérémie et d’hyperesthésie où ils sont particulièrement disposés à se contracter douloureusement. L’accident se déclare surtout quand on se livre à des exercices inaccoutumés et fatigants , par exemple , en montant une montagne, en dansant, en allant à cheval. Il survient aussi quand on force les mouvements ou quand on les exécute trop rapidement dans une position gênée. C’est ainsi que la crampe saisit les muscles extenseurs du pied et des orteils dans la natation et que le muscle géniohyoïdien se crispe douloureusement à la suite d’un bâillement forcé.

(I) Séance du 5 décembre 1862. — Cette opinion a été émise aussi par Basse, loe. cit.

On remarque qu’une fois provoquée accidentellement, la crampe laisse après elle une prédisposition dans le muscle affecté.

2° Crampe phlcbostalique .

D'après l’opinion que nous avons exposée au sujet de la cause prochaine, nous ne pouvons admettre avec les auteurs que les troncs nerveux soient intéressés dans les crampes dépendant d’une compression ou d’une fausse position des membres. Nous croyons, au contraire , qu’ici l’accident est uniquement dû à la compression des veines ou à un obstacle quelconque s’opposant au reflux du sang.

On sait que la crampe aux mollets est fréquente même à l’état de santé. Elle se produit pendant le sommeil, moins souvent à l’état de veille, par suite d’une fausse position donnée au membre correspondant. La chaleur du lit semble concourir à faire naître la prédisposition, de même que l’état de relaxation prolongée où les muscles extenseurs se trouvent pendant le sommeil (1).

La crampe aux mollets tourmente particulièrement les femmes grosses et celles atteintes de tumeurs à l’utérus ou aux ovaires. Il n’est guère douteux que ce soit à cause de la compression exercée sur les troncs veineux du bassin. Cette cause est d’autant plus probable que nous voyons aussi l’accident survenir spécialement chez les personnes affectées de varices aux jambes et à la suite de l’application de certains bandages.

3° Crampe dyshèmique .

Les fièvres catarrhales intenses, mais surtout la grippe épidémique, s’accompagnent de crampes aux mollets, à la plante des pieds et aux orteils. Le même accident survient à la suite de diarrhées profuses et précipitées dont l’effet est d’amener promptement l’inspissation du sang. Quand la diarrhée prend les proportions du choléra, et dans le choléra asiatique, les crampes deviennent générales; elles se répandent sur tout le corps, successivement, en sautant d’un muscle à un autre, en saisissant des membres entiers, et en variant à l'infini.

(1) Pour la part qui revient à la position horizontale des jambes, voyez les observations faites sur lui-même par le docteur Bardsley, de Manchester, reproduites, d’après le London med. Gazette, dans le Journal des conîiaissances médico-chirurgicales, 4847, mars.

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