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DE LA DI APLÉGIE

Nous proposons le mot Diaplêgie, de <5Và, impliquant l'idée de ce qui est disséminé, général, complet, et nfyyvi, coup, paralysie, comme équivalent des termes paralysie générale, paralysie générale progressive, paralysie diffuse. .

Le symptôme consiste dans un affaiblissement général et progressif du système musculaire, s’accompagnant dès le début de troubles de l’intelligence et de la parole. Sa marche ordinaire est la suivante :

Après quelques indices plus ou moins manifestes d’affaiblissement et de perversion de l’intelligence, après un tremblement habituel des lèvres, de la langue ou des membres et certains défauts de coordination des mouvements, le malade est pris d’un embarras de la parole et de la mémoire. Il articule difficilement les syllabes, s’embrouille aisément; certains mots lui manquent ou sont constamment appliqués mal à propos. La faiblesse de la mémoire se borne parfois à des faits, des noms, des circonstances déterminées, tandis qu’elle ne semble pas exister pour d’autres. Puis les jambes deviennent faibles et tremblantes; les genoux fléchissent; la marche est de plus en plus difficile, vacillante, mal assurée; les pieds traînent sur le sol; les faux pas sont communs, les chutes faciles.

A une époque plus avancée, il y a déviation de la langue, des commissures et des traits du visage; la parole devient inintelligible. Le malade ne peut plus se tenir debout, et les membres supérieurs prennent part à la paralysie.

Encore plus tard, l’affection envahit les muscles de la déglutition,

(i) Virchow, Specielle Pathol . u. Thérapie, t. IV, p, f, p. 528,

ceux du rectum et de la vessie. Le malade s’engoue à tout inslant et est exposé à mourir d'asphyxie déterminée par l’accumulation des aliments dans le pharynx ; il y a tantôt incontinence, tantôt rétention des matières fécales et des urines.

La diaplégie atteint toujours les deux côtés à la fois. Elle mérite plutôt le nom de parésie que celui de paralysie; c’est-à-dire quelle n’est ordinairement pas parfaite. Même alors que le malade ne peut plus quitter le lit, il remue encore assez bien les membres. Il est rare que la sensibilité soit atteinte au même degré que la motilité; l’irritabilité électro-musculaire reste normale. Dans la grande majorité des cas, la marche de l’affection est extrêmement lente, présentant des rémissions de plusieurs mois et une durée totale de un à trois, même de cinq à six ans. Son issue est fatalement mortelle.

Pathogénie. — La lésion à laquelle le symptôme correspond, a son siège à la surface des hémisphères du grand cerveau, et spécialement dans les circonvolutions de la base. Elle consiste dans l’infiltration séreuse, dans le ramollissement ou dans l’atrophie de ces parties ou de la substance médullaire qui les avoisine. Selon Schrœder van der Kolk et son école, la periencéphalite ne donnerait lieu à la paralysie générale que quand le processus inflammatoire de la pie-mère s’étend jusque dans les ventricules et aux corps striés.

1° Diaplégie aiguë.

La paralysie générale ne suit que très-exceptionnellement une marche aiguë. C’est le cas de certaines méningites et encéphalites diffuses superficielles. C’est aussi le cas de la paralysie qui survient dans la période ultime de la manie. Enfin nous croyons pouvoir ranger ici l’affection que Landry (1) a décrite sous le nom de paralysie ascendante aiguë. Elle consiste en une faiblesse générale, avec relâchement des membres, sans tremblement, sans convulsion ni excitabilité réflexe ; la paralysie se propage des pieds aux autres parties des membres inférieurs, puis aux supérieurs, au tronc, aux muscles respiratoires, à la langue. Le malade meurt asphyxié sans que l’intelligence s’altère un instant; la sensibilité cutanée s’éteint en même temps. La mort arrive deux à trois septénaires après le début du mal.

2° Diaplégie atrophique.

L’atrophie de la substance blanche du cerveau, surtout celle qui

(1) Note sur la paralysie ascendante aiguë, dans la Gazette hebdomadaire, 1858.

succède à l’encéphalite, donne lieu à des accidents paralytiques qui progressent lentement et envahissent successivement les muscles de la langue, les muscles de la face, les pieds, les jambes, les mains, etc. L’intelligence s’affaiblit par les progrès de la maladie, mais les troubles qui la concernent sont loin d’avoir la même importance que dans la diaplégie périencéphalitique .

C’est sur l’absence de la folie et de toute autre forme d’aliénation mentale que Rodrigues (4), Baillarger (2), Prus, Sandras, Lunier et d’autres ont fondé la distinction entre la paralysie générale progressive ordinaire et la paralysie des aliénés. Ils disent, à la vérité, n’avoir pas trouvé de lésion matérielle à l’autopsie, mais les signes de l’atropbie échappent plus facilement que ceux de la periencéphalite.

Les accidents paralytiques peuvent varier considérablement d’étendue, d’intensité, et l’ordre dans lequel ils se succèdent peut différer selon les points de l’encéphale qui sont principalement atteints d’atrophie, mais le trouble qui ne manque peut-être jamais, c’est la laloplégie.

3° Diaplégie hydrocéphalique .

L’hydrocéphalie et la méningite chronique sont des causes fréquentes de paralysie générale, débutant par de la faiblesse musculaire et progressant insensiblement. Cependant la marche de l’affection varie selon l’étendue de l’exsudât déposé entre les méninges. Elle est tantôt franchement progressive, tantôt inégale, récurrente, rémittente, quelquefois même alternante , mais toujours accompagnée de démence. La paresse des membres semble dépendre d’une faiblesse générale ou d’une absence de volonté plutôt que d’une paralysie véritable. Tel est aussi l’effet de Yhémorrhagie intr a- arachnoïdienne qu’on rencontre fréquemment chez les sujets avancés en âge.

4° Diaplégie vésanique.

C’est la forme la plus universellement connue, grâce surtout aux travaux d’Esquirol, de Calmeil (3), Bayle, Baillarger, Lunier, etc. Elle porte communément le nom de Paralysie générale des aliénés .

Plus constamment encore que les autres formes, la diaplégie vésa-

(1) Traité de la 'paralysie générale chronique. Anvers, 1847.

(2) Recherches sur la paralysie générale progressive. Paris, 1849.

(5) De la paralysie considérée chez les aliénés. Paris, 1826 ; Traité des maladies inflammatoires du cerveau. Paris, 1859, 2 vol.

nique débute par de la laloplégie et de l’anamnésie progressives; par un affaiblissement graduel de l'intelligence, une difficulté de fixer l’attention, un manque d’énergie morale; enfin par le développement d'idées maniaques, notamment d'idées de grandeur et d’ambition. Sa marche est lente, rémittente d’abord, et interrompue plus ou moins souvent par des accès de folie furieuse; plus tard elle devient continue, régulièrement envahissante et s’accompagne de démence seulement. La faiblesse des muscles de la nuque est particulièrement remarquable ; les malades de cette espèce ont la tête penchée en avant. Les sphincters sont paralysés de bonne heure.

A l’autopsie, on trouve les couches superficielles de la substance grise du cerveau ramollies, et la pie-mère adhérente à la pulpe cérébrale, c’est-à-dire les suites de la périencéphalite diffuse.

Il est très-remarquable que la paralysie générale des aliénés, de même que le tabes dorsualis , se rencontrent presque exclusivement dans le sexe masculin, et dans l’âge de 50 à 50 ans.

5° Diaplégie alcoolique.

L’alcoolisme chronique et les excès alcooliques en général agissent sur le cerveau directement, en affaiblissant l’influence du sensorium sur les organes du mouvement, ou indirectement, en déterminant des lésions matérielles : l’hypérémie et le ramollissement des couches superficielles de la substance grise, l’atrophie, l’œdème ou la sclérose des mêmes parties.

La paralysie générale des ivrognes ressemble à celle des aliénés. Elle se développe tantôt insensiblement et graduellement, comme une suite du tremblement alcoolique, tandis que d’autres fois elle se présente subitement, comme la conséquence d’un accès de delirium tremens. Elle est accompagnée d’anesthésie et d’affaiblissement graduel des sens et de l’intelligence (t).

6° Diaplégie syphilitique.

M. Lancereaux (2) a rassemblé des observations qui démontrent que,

(1) La meilleure description est celle de Magnus Huss, Chronische Alkohols- Krankheit ; trad. allcm. par G. von dem Buscli. Stockholm et Leipzig, 4852, p. 510 et 578.

(2) Traité de la syphilis. Paris, 4866, p. 452. Voyez aussi Westphal, Ueber Syphilis des Gehirns in Allyem. Zeitschrift fur Psychiatrie. 1865, t. XX, nos 5 et 6, p. 481.

sous l’influence de l’infection syphilitique, le cerveau peut devenir le siège d’une altération qui, suivant son acuité ou sa durée plus ou moins ancienne, se traduit tantôt par une induration, tantôt par un ramollissement, se généralisant parfois à la périphérie de l’encéphale, comme hyperplasie conjonctive diffuse. Il se présente alors des désordres de l’intelligence, de l’embarras de la parole, de l’hébétude, de l’anamnésie générale et de la démence paralytique.

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