SYMPTOMES D OSCILLATION MUSCULAIRE
Galien avait créé la classe des Tremores. Après lui, on a rangé les troubles qui la composaient, les uns, parmi les paralysies, les autres, parmi les convulsions. Cependant cette manière de voir n’a pu se faire accepter définitivement, puisque un même symptôme, tel que le tremblement proprement dit, a été reconnu tantôt comme paralytique, tantôt comme convulsif, et que très-souvent sa nature est même restée douteuse. C’est ce qui nous engage à en revenir à la méthode de Galien.
Du reste, dans l’interprétation des symptômes qui composent ce chapitre, le choix ne pourra rester circonscrit entre la paralysie et la convulsion. La physiologie moderne a ouvert des horizons nouveaux dans le domaine de l’innervation motrice, en formulant les principes de l’action kinèsodique et de l’action empêchante.
Tout en reconnaissant qu’il serait prématuré de fonder dès à présent des théories pathologiques sur ces innovations, on 11e pourra néanmoins se dispenser d’en tenir compte dans ce qui regarde non-seulement les convulsions et les ataxies , mais aussi les tremblements et les troubles de la stabilité.
Sans vouloir rappeler spécialement l’influence empêchante que la volonté exerce sur les mouvements réflexes, et que Marshall-Hall avait mise en évidence dans ses expériences de décapitation et d’intoxication cérébrale, nous sommes portés à accorder une grande influence aux recherches de Setchenow relatives à l’existence d’un centre empêchant j dans les corps quadrijumaux et les couches optiques de la grenouille.
Si, comme on ne peut guère en douter, une organisation analogue venait à être démontrée chez l’homme, elle donnerait sans aucun doute la clef pour l’interprétation de la plupart des symptômes con-
vulsifs choréiques et oscillatoires. Suivant Makiewicz, on peut, dès aujourd’hui, considérer comme dépendant d’une paralysie des centres empêchants réflexes, les phénomènes convulsifs qui accompagnent l’intoxication par la strychnine, l’opium et l’alcool, puisqu’il est démontré, selon lui, que l’action propre de ces substances est essentiellement déprimante ou paralysante.
ARTICLE PREMIER
de l’oscillation fibrillaire.
On désigne ainsi, en pathologie, la contraction partielle et réitérée des fibres musculaires, contraction visible à travers les membranes transparentes, palpable à travers la peau, mais pas assez intense pour produire le déplacement des points auxquels le muscle s’insère.
Le phénomène est passager ou permanent, plus ou moins intense, plus ou moins régulier ; il s’étend sur la totalité du muscle ou sur une partie seulement; il peut occuper tous les muscles d’une région, d’un appareil et même l’ensemble du système.
L’oscillation peut envahir les faisceaux ou les fibrilles proprement dites. Dans le second cas, qui est le plus intéressant, elle se propage de fibrille à fibrille en revenant à la première au bout d’un certain temps, ce qui fait que la substance du muscle entier se trouve dans un état d’agitation, de trépidation, de palpitation continuelle, ne cessant ni jour ni nuit, et persistant même pendant le sommeil. Les soubresauts fibrillaires sont tellement petits, qu’en regardant la surface du muscle dénudé, ou recouvert seulement d'une membrane transparente, on croirait avoir affaire au mouvement ciliaire.
Alors même que les oscillations sont exécutées par des groupes de fibrilles ou des faisceaux musculaires, elles n’opèrent encore ni le raccourcissement du muscle dans sa totalité, ni le déplacement des parties auxquelles il s’attache. Cette absence de tout effet extérieur vient de ce que, à tout moment, le plus grand nombre des fibres se trouvent dans l’état de relâchement et ajoutent ainsi à la résistance que les fibres actives avaient déjà à vaincre. Aussi, l’effet extérieur se produit-il réellement dans les muscles qui ne sont composés que de un, deux ou trois faisceaux. Schiff (I) a démontré le fait sur les mous-
(1) Lchrbuch der Physiologie, Lahr, 18o9, t. I, p. 176.
lâches des animaux : lapin, cabiai, chat, chien. Après avoir pratiqué la section du nerf facial, il a vu que ces moustaches oscillaient constamment, durant des mois, jour et nuit, pendant le sommeil comme à l’état de veille.
Dans certains cas, les oscillations se propagent régulièrement selon les rapports de continuité, de façon à rappeler le mouvement péristaltique des intestins. C’est le phénomène que IIuss a signalé chez les buveurs sous le nom de tremblement vermiculaire. La forme ordinaire de l’oscillation a été désignée par quelques pathologistes anciens comme palpitation ou comme spasme des chairs.
Pathogénie. — L’oscillation fibrillaire est un symptôme de décomposition physiologique du muscle. Elle indique qu’une partie des fibres ou fibrilles est excitée séparément, à l’exclusion des autres, ou que le lien organique qui constitue l’unité fonctionnelle du muscle est détruit.
Les fibres peuvent être excitées séparément :
1° par des causes extérieures accidentelles agissant sur des muscles blessés par contusion, écrasement, fracture des os, ou mis à nu à la suite de plaies ou d’opérations chirurgicales;
2° par l’affaiblissement subit ou le renversement des courants électro-musculaires propres, sous l’influence de changements brusques de l’état électrique de i’atmospère. Selon Friedberg (1), l’affaiblissement subit du courant dans une fibre agirait par induction sur les fibres voisines, à la manière des contractions induites de Matteucci ;
5° à la suite de troubles de la nutrition, quand une partie des fibres est altérée ou dégénérée, alors que les autres continuent d’obéir à l’impulsion des nerfs.
Dans ces trois cas l’oscillation n’a lieu que passagèrement, sous l’influence d’une cause accidentelle, tandis qu’elle est spontanée et permanente, une manifestation du pouvoir idio-musculaire , selon Schiff, dans le cas où l’unité fonctionnelle est détruite. Ceci a lieu :
1° quand cet organe cesse d’être sous l’influence du système nerveux, c’est-à-dire quand il y a neuroparalysie ou paralysie centrale ;
2° quand la circulation dans les capillaires et par conséquent la respiration musculaire est affaiblie, empêchée ou troublée ;
(I) Pathologie und Thérapie der Muskcllaehmung. Weimar, 1858, p. 161.
3° quand des poisons, des virus ou des altérations dyshémiques portent leur action déprimante dans la substance du muscle.
i° Oscillation my apathique.
La myosite, quelle soit traumatique ou dyscrasique, amène dans la période du déclin la paralysie et la dégénérescence d’un nombre plus ou moins considérable de fibres musculaires. Aussi l’oscillation fibril laire est-elle signalée comme l’accident le plus prompt et le plus constant au début de la myoparalysie et de la mya.trophie (1). Friedberg l’attribue à la dégénérescence partielle, point par point, des fibres musculaires, telle quelle existe au début. Quand elle est devenue totale il y a, naturellement, paralysie parfaite.
2° Oscillation hypéresthésique .
L’excitation, même la plus légère, telle que la produisent l’attouchement, la pression des vêtements, l’application du froid, le passage d’un courant d’air, et même l’émission un peu forte de l’haleine, provoque des oscillations fibrillaires dans les muscles hypéresthésiés par traumatisme ou par rhumatisme. L’action s’exerce en premier lieu sur les nerfs cutanés, il est vrai, et se réfléchit de là sur les nerfs moteurs ; on aurait tort, néanmoins, de ne voir dans ces oscillations que de simples mouvements réflexes. C’est l’état particulier dans lequel se trouve la substance du muscle qui seul peut rendre compte du fait que les contractions réflexes sont fibrillaires, ici, au lieu d’être générales, comme de coutume.
Les oscillations spontanées qu’on observe dans les membres fracturés et dans les moignons amputés, dans les premiers jours de l’opération surtout, paraissent s’expliquer en partie seulement par l’hypéresthésie, et pour le reste, par le trouble apporté dans la circulation capillaire. Ces oscillations se constatent bien, par exemple, dans le diaphragme des animaux fraîchement tués.
3° Oscillation ischémique.
On sait jusqu a quel point la contractilité musculaire dépend, d’une part, de la pression latérale sous laquelle se trouvent les vaisseaux, et d’autre part, de la quantité d’oxygène qui est amenée constamment par
(1) Voyez Friedberg, loc. cit., p. 160; Wachsrnuth, U eber progressive Muskelatrophie , in Henle et Pfeufer, Zeitschrift für rationnelle Medizin, t. VII, 1855,
le sang. Dans l'ischémie capillaire, c’est-à-dire l'état où les vaisseaux nourriciers du muscle reçoivent trop peu de sang, ainsi que dans celui où ce liquide est inégalement réparti, il se manifeste des oscillations qui sont plus énergiques et séparées par des pauses plus nettes et plus longues que celles qui succèdent à la paralysie du nerf moteur correspondant (1).
Friedberg (2) les appelle fausses contractions fibr Maires, pour les distinguer des oscillations paralytiques. Il a tort, selon nous, de les attribuer exclusivement aux différences mécaniques résultant des variations de pression de la colonne sanguine. Ainsi que nous l'avons dit, les fluctoaticns de la respiration musculaire et de l’excitation nutritive y interviennent pour une part considérable.
4° Oscillation dyshémique.
Senac (3) et Hernandez (4) ont déjà signalé ce phénomène parmi les accidents des fièvres graves. On l’observe dans la fièvre typhoïde, la fièvre puerpérale, la pyémie, la septicémie et généralement dans toutes les maladies à caractère adynamique.
Magendie (5) l’a donné comme une forme spéciale de réaction dans le choléra asiatique. Cette forme, qu’il désigne sous le nom de réaction fibrillaire ou palpitante, est constituée, selon lui, par une contraction, une palpitation continuelle, non pas de chaque faisceau, mais, pour ainsi dire, de chaque fibrille musculaire. Si l’on examine la surface d’un muscle, on y voit une agitation, un trouble, une contraction qui semblent venir de chacune des fibres, et cela, dans tous les muscles du corps, dans ceux du visage,, des joues, des jambes, etc. Le phénomène ne cesse ni nuit ni jour, il persiste même pendant le sommeil. Ce mode particulier de réaction est accompagné du retour de la circulation capillaire, avec réapparition de la chaleur, du sang rouge dans les artères, du sang noir dans les veines, caractères qui annoncent généralement la guérison.
Dans toutes les maladies aiguës, l’oscillation Gbrillaire peut apparaître à l’approche de la mort (6).
(1) Voyez Schifï, toc. cit ., p. 170.
(2) Loc. cit. } p. 165.
(5) De recondila febrium natura, Amstclodami, 1759.
(4) Essai sur le typhus, Paris, 1816.
(5) Leçons sur le choléra, Paris, 1855.
(6) Voyez Bourgogne père dans le Journ. des sciences mcd. et natur . de Bruxelles , 1864, déc., p. 520.
5° Oscillation toxique.
Plusieurs poisons portent leur action spécialement sur les muscles, en troublant l’harmonie des fibres et la régularité de l’innervation. Ce sont : la vératrine (Koelliker), la strychnine, la coniïne (Stannius), la nicotine et l’acide prussique (Stannius et Koelliker).
Mais il est une intoxication infiniment plus commune et plus intéressante au point de vue clinique ; nous voulons parler de l’intoxication chronique par Y alcool. Les buveurs émérites sentent les oscillations fibrillaires, le tremblement vermiculaire selon Huss (4), surtout le soir, dans les muscles du mollet et dans les fléchisseurs du pied. Celte sensation devient promptement douloureuse et ressemble parfois à des secousses électriques ; elle empêche le sommeil de venir ou l’interrompt quand il est déjà venu. Avec les progrès du mal, de semblables oscillations s’établissent aussi dans les muscles lombaires et dans ceux du bras. On les sent bien en appliquant la main à la région; une légère pression du doigt semble même en augmenter l’énergie. Pendant le jour, les oscillations se présentent également quand le malade est assis ou couché : elles cessent chaque fois qu’il change de position.
6° Oscillation paralytique.
Cette espèce, la plus intéressante de toutes, a été étudiée expérimentalement par Schiff (2) et Brown-Séquard (5). Il résulte des travaux du premier de ces physiologistes, que des oscillations fibrillaires surviennent chaque fois qu’on met le nerf moteur correspondant hors de communication avec le système nerveux central ; qu’elles ne surviennent cependant pas immédiatement après la section du nerf, mais au bout de quelques jours seulement ; quelles atteignent peu à peu au maximum de leur intensité et persistent ensuite pendant des mois et même au delà d’une année.
On observe ce phénomène chez l’homme dans le cours de l’atrophie musculaire progressive et dans le début des paralysies neuropathiques et centrales chroniques. Valentin le considère comme l’analogue du fourmillement qui naît dans les fibres sensibles quand elles sont iné-
(4) Alcoholismus chronicus, Stockholm et Leipzig, 1852, p. 512.
(2) Lehrbuch } etc., p. 176.
(5) Experimental Researches applied to Physiology and Pathology, New-York, 1853, p. 101 ; et Mém . de la Société de Biologie, t. I, p. 159.
gaiement excitées par moments. L’oscillation, selon lui (1), est à la convulsion ce que le fourmillement est à la douleur.
ARTICLE IL