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DU TRESSAILLEMENT

C’est un mouvement convulsif parcourant instantanément tout le corps. On pourrait l’appeler un soubresaut général.

On tressaille de joie, de peur, de surprise, mais aussi sous l’influence

brusque du froid, et à la suite d’impressions vives ou imprévues de

l'ouïe ou de sensations internes dont souvent on ne parvient pas à se rendre compte.

Le symptôme, ou plutôt la prédisposition qui le favorise, appartient au tempérament et à la diathèse nerveuse. Il est particulièrement fréquent chez les personnes a imagination déréglée, chez les hypochondriaques, les hystériques, les mélancoliques, les épileptiques, les onanistes, les buveurs.

Dans les maladies aiguës, il indique en général que les méninges et l'encéphale sont hyperémies ; il est cependant de peu de valeur comme signé.

Ce n’est que dans la pratique des enfants qu’on peut lui accorder de l’importance. On considère surtout le tressaillement de l’enfant endormi ou assoupi comme un signe d’excitation sympathique ou congestive du cerveau, et, par conséquent, comme un précurseur de l’éclampsie. On doit se rappeler, toutefois, que des mouvements semblables se produisent aussi par action réflexe, par réaction instinctive contre une position incommode, ainsi que sous l’influence des rêves.

ARTICLE IV

DU TREIBLEM E1N T.

A l’état normal, l’innervation semble se faire dans les muscles par courants continus, et chaque mouvement qu’ils exécutent ne paraît être que le résultat d’une augmentation ou d’une diminution directe de la force qui les anime à l’état de repos. Dans le tremblement ( tremor ), l’innervation semble se faire par courants interrompus.

11 y a deux cas à distinguer : dans l’un, le tremblement ne survient que lors des mouvements actifs; dans le second, il est constant et correspond à ce degré de contraction moyenne qu’on appelle le tonus musculaire. On aurait tort de considérer celui-ci comme le degré supérieur de celui-là. Tel qui tremble à l’état de repos, soutient très-bien les mouvements les plus délicats, ou cesse en général de trembler, quand il se met en mouvement. Tel autre ne tremble que lorsqu’il porte son attention ou sa volonté sur les muscles. On pourrait désigner l’un comme tremblement spontané, et l’autre comme tremblement choréique.

A. Tremblement spontané. — Il a lieu spontanément, à l’état de repos ou mieux, ainsi qu’il vient d’être dit, à l’état d’équilibre tonique des muscles. Les oscillations sont régulières, successives, à peu près

égales entre elles; elles occupent le plus communément les mains, les avant-bras et la tête. Elles cessent quand le membre ou la tête sont appuyés ou maintenus de force, et presque toujours pendant le sommeil. L’attention et la volonté, loin de renforcer ce tremblement, parviennent, au contraire, à le maîtriser le plus ordinairement, quoique pour quelques instants seulement. On remarque aussi qu’il cesse lorsque l’âme est excitée à un certain point ou distraite, et qu’au contraire il augmente dans l’état de dépression ou relâchement du moral .

L’exécution de mouvements volontaires le fait cesser, parce que l’énergie de la contraction est supérieure à celle que les muscles déploient en tremblant. De grands efforts continuent de pouvoir s’effectuer dans cet état des muscles, mais le tremblement augmente par la fatigue; il devient excessif, par exemple, après que le malade a soulevé un poids, ou tenu pendant quelque temps un objet dans la main. Il est néanmoins de principe que dans le tremblement spontané, les muscles vont en s’affaiblissant et que le moment arrive tôt ou tard où la volonté ne parvient plus à maîtriser l’accident.

Quant à la précision des mouvements, on est étonné de voir à quel degré l’exercice et l’attention peuvent contrebalancer les mauvais effets du tremblement. On rencontre des trembleurs qui se rasent, enfilent des aiguilles, portent des liquides à la bouche sans en perdre une goutte, s’occupent de peinture, jouent au billard, etc.

B. Tremblement choréique . — Nous appelons ainsi le tremblement qui ne survient qu’au moment où le malade exécute un mouvement volontaire, notamment un mouvement qui exige de la précision, comme ceux de se raser, de dessiner, d’écrire, d’enfiler une aiguille, etc. L’action du muscle, au lieu de se développer franchement, et, pour ainsi dire, en ligne directe, est incertaine, oscillatoire ou saccadée, et dévie à droite et à gauche.

Contrairement à ce qui a lieu dans le tremblement spontané, cette forme augmente quand le malade dirige son attention sur le membre affecté, ou quand il s’efforce de le maintenir immobile.

Les mouvements réflexes se comportent différemment sous ce rapport. Continus par moments, ils sont d’autres fois oscillatoires dans les membres qui tremblent sous l’influence de la volonté. Les mouvements automatiques, par exemple ceux de la respiration, ne sont presque jamais troublés de cette manière.

Enfin, il est des malades chez qui le tremblement ne se manifeste

que comme mouvement associé. Ainsi on en voit qui tremblent de la tête en exécutant avec les mains des mouvements non tremblants; par exemple : beaucoup de femmes en tricotant.

Étendue et durée. — Le tremblement est 'partiel ou général.

Dans le premier cas, il peut se circonscrire dans une lèvre, une paupière, à la langue, la mâchoire, la tête, à une main ou un bras. Dans le second, il s’étend sur la généralité des muscles volontaires, tout en restant plus prononcé à la tête et aux membres supérieurs qu’au tronc et aux membres inférieurs.

Le tremblement est passager ou habituel.

Dans le premier cas, il est sous l’influence de causes accidentelles, telles que le froid ou une émotion morale, ou bien il suit la marche de certaines maladies. Dans le second, il dépend de causes constitutionnelles ou organiques permanentes, et ne disparaît jamais. Il peut rester égal ou varier d’intensité selon les circonstances ; parfois il existe sans apparence de maladie.

Le tremblement qui se présente sous la forme d 'accès ou d'attaques porte le nom de frisson. Nous lui consacrerons spécialement l’article suivant.

Enfin, il est un tremblement progressif qui conduit promptement à la paralysie. Tel est celui de la périencéphalite ou paralysie générale des aliénés.

Prédisposition. — L’enfance n’est pas prédisposée. A cet âge, on ne tremble que passagèrement. Par contre, le symptôme est l’attribut ordinaire de la vieillesse. La prédisposition est plus grande dans le sexe féminin que dans le sexe masculin ; elle l’est surtout à la période menstruelle et pendant l’allaitement. Elle est propre aussi aux tempéraments nerveux et cholérique ainsi qu’à la diathèse nerveuse, puis à la fatigue, à la dépression psychique, à l’anémie et à la convalescence.

Palhogénie. — Rien n’est obscur comme la théorie du tremblement. Tandis que la plupart des pathologistes n’y voient qu’un symptôme de faiblesse ou de paralysie, d’autres le considèrent en général comme un effet convulsif, et d’autres encore le rattachent à la chorée ou à l’ataxie. Tandis que les uns placent son siège dans les nerfs et les muscles directement affectés, les autres l’attribuent aux muscles antagonistes.

11 sera utile de rappeler spécialement quelques opinions émises dans ces derniers temps.

Rombergvoitdans le tremblement une hyperkinésie, une se'rie de con vulsions dépendant d’impulsions inégales et constamment interrompues ; Spiess, une succession rapide de petites contractions involontaires, variant entre les muscles antagonistes ;Friedberg et Cohn(l), l’effet d’une interruption et d’une reconstitution continuelle de l’équilibre entre les antagonistes. Valentin (2) le considère comme la conséquence d’un état de faiblesse des éléments du système nerveux dans lequel les variations (pulsatives?) ordinaires, dépendant directement ou indirectement de la circulation, produiraient des spasmes oscillatoires. Leubuscher (3) et plusieurs autres pathologistes partent de l’hypothèse physiologique, d’après laquelle tout mouvement persistant et régulier serait normalement produit, non par un courant d’innervation continu, mais par des courants interrompus, se succédant avec une telle rapidité que les intervalles cesseraient d’être sensibles. Le tremblement, selon eux, ne serait autre chose que le ralentissement de l’innervation ou, si l’on aime mieux, l’augmentation de la durée des intervalles qui séparent l’émission successive des courants nerveux, ou leur transmission le long des nerfs moteurs. Volkmann (4) l’a imité expérimentalement en appliquant à la moelle épinière un courant faible de l’appareil à rotation et en tournant lentement la roue.

En poursuivant plus loin cette revue , nous ne rencontrerions que d’autres hypothèses qui, toutes, attendent leur confirmation de la physiologie expérimentale. Nous croyons, pour notre part, conformément à ce qui a été dit en tête de ce chapitre, que le système des nerfs empêchants est destiné à jouer un grand rôle dans la théorie future du tremblement. Nous croyons aussi que ce qu’en médecine pratique on désigne sous ce nom, comprend, si l’on fait de la science exacte, plusieurs états différents et que, par conséquent, une même théorie ne serait pas applicable à tous.

Contentons-nous, pour le moment, d’affirmer que le tremblement, considéré en pathologie, est essentiellement un accident paralytique; qu’il l’est, même dans les cas où il se présente comme précurseur d’accidents convulsifs; que sa cause réside dans le système nerveux et

(t) Wiener medicin. Wochenschrift, 1860, n° 18.

(2) Versuch einer physiol. Pathol, der Nerven , t. II, § 650.

(3) Handbuch der medicin. Klinïk, t. II, p. 131.

(4) Art. Nervenphysiologie dans H. Wagners Handwœrterbuch der Physiologie, t. II, p. 488.

non dans les muscles ; enfin, qu elle résidé selon les circonstances, dans les nerfs moteurs, dans la moelle épinière, ou dans les organes moteurs de la base de l’encéphale : protubérance annulaire, moelle allongée, pédoncules cérébraux, pédoncules cérébelleux.

1° Tremblement adynamique.

Prenant le mot adynamie comme synonyme de ce que les médecins appellent la dépression et l’épuisement des nerfs, nous avons à ranger sous ce chef non-seulement le tremblement qui appartient à l’état adynamique proprement dit, mais encore celui qui résulte de dépressions passagères de l’innervation.

Les typhisés tremblent quand leurs membres cessent d’être appuyés; ils tremblent fortement quand on les fait asseoir ou se tenir debout, et les oscillations musculaires s’accompagnent alors d’une sorte de rigidité des membres.

Tout le monde connaît le tremblement des convalescents , des individus épuisés par des excès vénériens, surtout la spermatorrhée ou la masturbation, ou parvenus au dernier terme d’une maladie organique, ayant affecté les nerfs et la moelle épinière , ainsi que celui des gens débilités à la suite d’hémorrhagies habituelles, de suppurations prolongées ou de toute autre manière. Le typhus, la fiè\re intermittente, et d’autres maladies aiguës, laissent parfois à leur suite un tremblement pour le reste de la vie.

L’accident est passager à là suite de fatigue ou d’efforts excessifs, de douleurs violentes et de convulsions. Il survient promptement, au moindre effort des muscles, chez les convalescents et les vieillards, alors même qu’ils ne sont pas affectés de tremblement habituel.

2° Tremblement ischémique .

Les anciens médecins ont signalé le tremblement comme un des accidents secondaires de la cyanose et de i’anhématosie. Nous y ajouterons la stase veineuse locale rendant difficile la circulation capillaire dans les nerfs et les muscles de la région correspondante, ainsi qu’il arrive dans les membres qu’on comprime ou qu’on laisse pendre au delà d’un certain temps. C’est aussi par la compression des veines et non par la fatigue, que nous expliquons le tremblement qui survient après des efforts ou des contractions ordinaires trop longtemps soutenues. Les cuisses se mettent à trembler quand on s’est

trop longtemps tenu debout, les bras, quand on a serré trop fortement un objet de la main ou supporté trop longtemps un poids ; tout le corps, quand on a retenu de force les excréments ou les urines.

3° Tremblement sénile.

Le tremblement des vieillards annonce la décrépitude, le marasme. Il dépend spécialement de l’atrophie et du dessèchement des nerfs. Plus prononcé aux membres inférieurs et supérieurs, il finit par gagner la tête, et même les muscles extenseurs du tronc. Il est parfois intense au point de ressembler à la paralysie agitante. On a remarqué qu’il est plus fréquent chez les vieilles femmes que chez les hommes âgés.

4° Tremblement encéphalopathique.

La périencéphalite chronique et l’encéphalite sont accompagnées de tremblement lorsqu’elles suivent une marche lente et intéressent la base du cerveau. C’est pourquoi ce symptôme figure parmi les précurseurs de la paralysie générale des aliénés et de l’attaque d’apoplexie. Il présente de la gravité chaque fois qu’il s’y joint un autre symptôme cérébral quelconque et qu’on ne parvient pas à lui reconnaître une des causes qui agissent sur l’organisme en général.

L’hémorrhagie cérébrale et les tumeurs ne produisent le tremblement que quand elles sont suivies de ramollissement rendant difficile la transmission de l’influx nerveux sans l’abolir entièrement.

Les lésions qu’on a rencontrées chez les trembleurs chroniques , sont : l’atrophie et la sclérose partielle de la protubérance annulaire, de la moelle allongée ou de la portion cervicale de la moelle épinière.

L’étendue de la lésion détermine celle du symptôme. Ainsi le tremblement est général dans la périencéphalite et l’encéphalite diffuses. Il est plus marqué dans l’un des côtés du corps ou franchement unilatéral, dans le ramollissement et l’induration partielles; dans cette dernière lésion, il peut même se circonscrire dans une main, dans un côté de la nuque ou dans une région quelconque.

Comme la paralysie et les convulsions se rattachent communément à des lésions organiques de l’encéphale, on peut approuver le langage des praticiens quand ils disent que le tremblement est le précurseur de ces autres symptômes. La forme de ce tremblement est choréique ; la volonté ne parvient à donner son impulsion que par secousses ou avec des interruptions.

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5° Tremblement toxique.

Le tremblement alcoolique , tremblement des buveurs , débute aux doigts et aux mains; il ne se présente dans les premiers temps, que le matin, quand le malade est à jeun, et disparaît dès que celui-ci a pris quelque chose d’excitant : du café, du genièvre, de l’absinthe.

Plus tard il gagne les bras, la langue et les lèvres, et dure toute la matinée. Quant à sa cause prochaine, il n’y a pas de doute quelle ne siège dans le cerveau et consiste dans une altération chimique de la pulpe nerveuse.

Le tremblement des fumeurs d'opium disparaît, comme celui des buveurs, devant chaque nouvelle excitation du même genre, qui, par conséquent, devient un besoin et parfois le salut du malade.

L’usage immodéré du thé et du café doit également être signalé parmi les causes du tremblement. Le thé vert agit plus fortement dans ce sens que les autres espèces.

Le tremblement saturnin précède souvent de longtemps la paralysie du même nom. Plusieurs auteurs l’attribuent exclusivement à une paralysie inégale des fibres musculaires, ce qui le rangerait plutôt parmi les oscillations fibrillaires. Cependant, l’intégrité du système nerveux nous semble encore avoir besoin d’être démontrée dans ce cas.

Le trémor mercuriel , tremblement des doreurs , des étameurs, des ouvriers employés dans les mines de mercure, est plus prononcé que le précédent. Il débute aux bras, gagne plus tard les jambes, et à la fin la langue. Souvent il prend les proportions de la paralysie agitante, ou même de l’ataxie locomotrice; les malades finissent par ne plus pouvoir introduire des aliments dans la bouche (1). Il est digne de remarque que le tremblement mercuriel n’est pour ainsi dire jamais accompagné de salivation, et qu'il ne se montre pas quand l’intoxication dépend de l’usage interne des préparations mercurielles.

Le tremblement arsenical est signalé par un grand nombre d’observateurs comme le précurseur de la paralysie (2). Il est plus souvent général que partiel, et affecte de préférence, dans ce dernier cas, les membres inférieurs.

Enfin, le tremblement est un des symptômes prédominants de

(1) Mcrat, Traite de la colique métallique. Paris, 1812, p. 273.

(2) Ilipp. Barclla, De l'emploi thérapeutique de Tarsenic. Bruxelles, 18GG, p. 341.

{Ergotisme, ou de l’intoxication à laquelle on avait, par erreur, donné autrefois le nom de Raphanie (1).

6° Tremblement nerveux.

Nous conservons cette qualification pour les différentes formes de tremblement sans altération matérielle des nerfs.

Tout le monde est exposé à trembler .de froid ou d émotion : de joie, de colère, de peur. Tout le monde aussi peut être pris d’un tremblement violent à la suite d’une douleur, d’une secousse nerveuse ou morale. Mais l’accident est particulièrement fréquent, intense, persistant, chez les personnes dites nerveuses , et chez celles qui souffrent de névroses. 11 revient, chez elles, à la moindre émotion, à la moindre surprise ou contrariété, et cesse, au contraire, sous l’influence de la volonté ou d’une excitation joyeuse.

ARTICLE V

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