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DU FRISSON

Le frisson est un accès de tremblement général, accompagné d’une sensation de froid, de contraction de la peau et de cyanose.

Il se présente à des degrés variables, depuis le grésillement et la crispation jusqu a la raideur presque tétanique. Les anciens médecins en ont établi trois degrés, en leur consacrant les noms suivants : 1° horripilalio , 2° horror , 3° rigor. La description d’un accès complet tel qu’il constitue, par exemple, le premier stade de la fièvre intermittente, fera saisir les différences.

Description . — - L’accès débute par un trouble de la circulation périphérique. La face devient pâle; les ongles bleuissent; le nez, les oreilles, les mains et les pieds deviennent froids au toucher. La peau, en général, est chagrinée, c'est-à-dire se présente à l’état qu’on appelle chair de poide.

En même temps les artères se resserrent et le cœur se trouble. Le pouls radial devient fréquent, petit, dur et bref; la présystole ou

(1) Linné avait attribué cette maladie au radis sauvage ( Raphanus raphanistrwn) qui croit abondamment dans les moissons; Camerarius, à l’ivraie ( Lolium temulentum). La description des épidémies de Raphanie, donnée par Rothmann dans IcS Amœnilaics academicae de Linné (t. VI, 1763, art. 123) conserve encore de l’intérêt. Il paraît cependant que toutes doivent être réduites à des intoxications par l’ergot du seigle.

dilatation active des ventricules s'affaiblit; le ton présystolique est absent ou souillant; le rhythme du cœur devient irrégulier.

Les urines sont abondantes et très-aqueuses, comme dans tout autre spasme. Une soif vive tourmente le malade.

Ces phénomènes s'accompagnent d'un sentiment de faiblesse ou de lassitude, de courbature, de malaise et de froid. Le froid se fait sentir d'abord au dos et s’étend de là à tout le corps; il augmente rapidement, au point que le malade tremble de tous ses membres et fait claquer les dents. Le tremblement est irrésistible et tellement fort qu’il communique parfois des secousses violentes au lit sur lequel le corps repose.

L’obstacle que le sang rencontre à la surface du corps et aux extrémités, fait qu’il s’accumule au centre. Tous les viscères sont congestionnés : la rate, le foie, les poumons, les reins, l'encéphale et la moelle épinière. Il y a de l’oppression et de l’anhélation, de la céphalalgie et du vertige ; — dans les cas les plus intenses, l'hypérémic de la moelle épinière amène de la raideur des muscles, et celle du cerveau, des accidents apoplectiques et comateux.

La durée de l’accès varie depuis quelques minutes jusqu’à deux heures; elle excède rarement ce dernier terme.

Pathogénie. — Personne ne doute plus, à l’heure qu’il est, que le frisson ne soit une attaque nerveuse , une sorte de convulsion générale. Mais la question se présente toujours de savoir quelle est sa nature, son siège, son mécanisme? quelle est sa cause prochaine ?

Nous croyons pouvoir considérer comme phénomènes fondamentaux : la crispation de la peau, le resserrement des artères, l’énergie de la résorption, le sentiment de froid, le tremblement.

1° La crispation de la peau est due à la contraction des fibres musculaires lisses ou plates que cette enveloppe renferme en grand nombre. Une partie des fibres entourant spécialement les follicules sébacés les font saillir au dehors; de là le phénomène dit chair de poide. Par le resserrement des mailles dn derme, les vaisseaux capillaires et les nerfs sont comprimés, les liquides interstitiels sont refoulés ; la peau devient plus dense, plus compacte, pale et sèche.

2° Le resserrement des petites artères met tout le système dans un état de tension ischémique. Le sang s’écoulant difficilement vers la périphérie, pèse comme un fardeau sur le cœur et le système des vaisseaux cardio-pulmonaires. Les ventricules ne se vidant plus com-

plétement dans la diastole, la présystole devient incomplète et troublée ; la stase sanguine s’étend dans tout le système veineux ; en d’autres termes, il y a phlébostase , cyanose et engorgement des viscères.

5° La résorption reçoit une impulsion énergique visible dans les organes où elle est naturellement plus active, à savoir : la peau, les muqueuses, les séreuses et le tissu cellulaire. Ainsi naissent la soif et la sécheresse de la peau ; ainsi se produit un excès des parties aqueuses dans le sang, par conséquent des urines abondantes; ainsi les parties molles se rétractent et le frisson devient un danger chaque fois qu’il existe, sur un point quelconque de l’économie, des matières dont le mélange avec le sang est à craindre : poisons, virus, miasmes, pus, sanie. C’est par le frisson dit initial que s’annoncent Centrée des virus dans le sang et la généralisation des maladies auparavant locales ; ce n’est qu’à partir du frisson, que dans les maladies aiguës, la composition du sang est visiblement altérée. C’est le frisson qui annonce la résorption du pus. C’est à l’occasion du frisson qu’on voit disparaître de vastes épanchements dans les cavités séreuses.

4° Les auteurs modernes considèrent généralement le froid du frisson fébrile comme subjectif , attendu, disent-ils, que les expériences thermométriques ont démontré que la température du sang, loin d’être abaissée dans le stade dit du froid, est au contraire augmentée de un à deux degrés. Cela est vrai; et néanmoins on a tort, selon nous, de considérer le froid de la fièvre comme une illusion. Qu’il nous soit permis de rappeler que la peau seule possède le sens de la température et quelle est réellement refroidie de plusieurs degrés dans le frisson, pendant que le sang se retire d’elle. Ce liquide a beau être plus chaud qu’à l’ordinaire, sa chaleur n’est pas sentie là où il se trouve. Aussi voyons-nous qu’en réchauffant artificiellement la peau, par des couvertures ou des bassins d’eau chaude, on diminue ce que le frisson a de pénible, et on parvient souvent à l’abréger. A part cela, on pourrait se demander si la compression à laquelle les nerfs thermométriques de la peau, comme les nerfs tactiles, sont soumis pendant le frisson, ne contribue pas à son tour, à faire naître et à augmenter le sentiment du froid.

5° Le tremblement dépend d’une participation des nerfs moteurs cérébro-spinaux. Est-il convulsif ou paralytique? D’après ce qui a été dit à 1' article précédent, il ne saurait être que paralytique. On a l’habi-

lude de considérer comme réflexe le tremblement du froid. Sans vouloir examiner ici ce que cette qualification renferme de choses différentes et parfois contradictoires dans le langage usuel des médecins, nous croyons pouvoir l’adopter en même temps que celle de paralytique, puisque dans notre manière de voir le tremblement est le résultat de la paralysie, non pas des nerfs périphériques, mais des nerfs empêchants de l'encéphale.

Maintenant, après nous être expliqué sur chacun des phénomènes fondamentaux, nous nous demanderons si, parmi eux, il en est un qui domine les autres et si, dans l’état actuel de nos connaissances, il serait possible d’arriver à une véritable théorie du frisson? L’observation nous apprend que, selon les circonstances, le symptôme peut avoir son point de départ dans chacun des éléments divers dont il se compose, mais que son phénomène caractéristique ou constitutif est le spasme des artères de la peau et peut-être du système musculaire organique entier . Toutefois, dans le frisson fébrile, qui est l’espèce la plus importante, le spasme artériel, ainsi qu’il a été dit à l’article Fièvre , se rattache intimement à un autre phénomène que beaucoup considèrent comme le principal ; nous voulons parler de l’altération du sang consistant en une sorte de fermentation et dépendant de la résorption de principes morbides.

Sommes-nous en état d’interpréter le rapport qui intervient entre le spasme artériel et cet acte de résorption? de faire admettre que celuici est un effet de celui-là? Nous allons l’essayer.

Nous nous représentons le système artériel comme une pompe foulante à orifices moins que microscopiques et répandus, en nombre infini, sur tous les points de l’organisme. La pression du cœur, transmise régulièrement à la colonne sanguine, a incontestablement pour effet d’activer et d’entretenir la transsudation par ces orifices. Quand cette pression fait défaut, c’est comme si dans une pompe on retirait le piston ; au lieu de courants qui s’échappent, il y a des courants qui rentrent, les liquides rebroussent chemin et remplissent les capillaires, parce que la pression extérieure est devenue supérieure à la pression interne ; au lieu de l’exosmose, c’est l’endosmose qui l’emporte; au lieu de transsudation il y a aspiration des liquides. Et voilà comment le spasme des al tères peut par lui-même devenir la cause de la résorption du pus, de la sérosité, des virus et généralement de toutes les matières en contact avec les surfaces ou déposées

dans les interstices des tissus. C’est, d’une façon analogue, c’est-à-dire en diminuant la pression sous laquelle le sang se trouve dans les artères, que la saignée, l’abstinence des aliments, les sels neutres, favorisent la résorption. C’est en invoquant le fait contraire, l’augmentation de la pression sanguine, que nous nous expliquons l’efficacité du précepte pratique, de manger abondamment et de faire usage d’excitants vasculaires, de cordiaux, pour se préserver de l’absorption des miasmes.

Dans le cas qui nous occupe, le resserrement spasmodique des arlères est accompagné d’une contraction des fibres musculaires plates de la peau ; la pression extérieure est ainsi augmentée, l’aspiration est favorisée dans cette importante surface de rapport. Bref, après avoir défini le frisson un spasme général des nerfs vaso-moteurs et de tout le système musculaire organique, nous pourrions l’appeler un acte convulsif de succion interstitielle ou de résorption.

La physiologie moderne admet que les nerfs vaso-moteurs, et peutêtre tous les nerfs de la vie organique, procèdent d’un point qui est situé dans la moelle allongée, au niveau du calamus scriptorius. C’est donc sur ce point que l’irritation se porte dans le frisson. Elle s’y porte tantôt par action réflexe, tantôt sous l’influence d’un trouble central de l’innervation, tantôt enfin, et c’est le cas dans la fièvre, par l'altération du sang qui traverse ses capillaires.

Quand des matières corrompues ou positivement morbides séjournent dans le tissus ou les cavités , quand des poisons, des miasmes, des virus sont en contact avec les surfaces de rapport, l’acte d’osmose ordinaire les fait rentrer peu à peu dans le sang. Selon leur nature, ces matières déterminent l’un ou l’autre de ces deux faits : ou elles sont tolérées en ne provoquant qu’une faible réaction, ou agissent à la manière des ferments en déterminant la décomposition d'une partie des principes constituants normaux. Dans le premier cas, le frisson ne se déclare que lorsque leur quantité dépasse le maximum de la tolérance, dans le second, lorsque la fermentation est établie. Le temps qui s’écoule depuis le commencement de leur résorption et le frisson constitue ce qu’en pathologie on appelle la période d'incubation.

Mais alors encore la résorption est plus active pendant le frisson. Si l’on parvient à empêcher ce symptôme, dans les suppurations internes, on évite le développement de la pyémie.

4° Frisson fébrile.

Ainsi que nous venons de le dire, ce symptôme caractérisé l'invasion des fièvres continues et des maladies aiguës en général; il constitue le premier stade de l’accès de fièvre intermittente.

Il est propre aussi aux suppurations internes, à la résorption purulente et à l’embolie.

De légers frissons continuels accompagnent la fièvre hectique; ils se montrent de préférence dans les exacerbations quotidiennes, vers la fin des matinées, ou de bonne heure les après-midi, et sont dus à la résorption toujours renouvelée de petites quantités de pus et de matières en voie de décomposition.

Quand le frisson survient au déclin des fièvres exanthématiques et adynamiques, il est souvent la manifestation d’une de ces modifications qu’on appelle métastases et crises. Dans la pleurésie et la péritonite, il indique que l’épanchement est fait.

Nous ne mentionnerons qu’en passant le frisson léger de la fièvre de digestion qui s’observe particulièrement chez les dyspeptiques.

Le frisson fébrile se distingue des autres en ce que la température du sang y va en augmentant. Dans la fièvre intermittente elle atteint son maximum à la fin de ce stade.

2° Frisson réflexe.

C’est celui qui succède à l’agacement des nerfs de la peau, particulièrement des fibres thermométriques contenues dans ces nerfs. Le froid ordinaire fait trembler; mais quand toute la surface du corps est refroidie fortement, il se développe un frisson qu’au simple aspect on ne saurait distinguer de celui de la fièvre. Qu’on se représente, comme exemple, une personne qui, en hiver, serait tombée dans l’eau, ou sur laquelle on aurait brusquement versé un grand volume d’eau glacée.

On s’est assuré à l’aide du thermomètre que la température du sang ne monte ni pendant cette variété de frisson, ni après.

En dehors du froid, toute autre excitation des nerfs thermométriques de la peau semble pouvoir provoquer le frisson. On l’observe parfois chez les personnes qui séjournent dans un milieu trop chaud, et lors des plaies superficielles de la peau, avant que la fièvre n’ait eu le temps de se déclarer.

3° Frisson sympathique

Le frisson est souvent déterminé par l’irritation violente qu’on fait éprouver au canal de l'urèthre en pratiquant le cathétérisme ou en y introduisant des bougies. Chez les hémorrhoïdaires il survient parfois après qu’on leur a appliqué un clystère. Enfin, il peut répondre au passage d’un calcul rénal à travers l’urétère, ou d’un calcul biliaire à travers les conduits cystique et cholédoque.

4° Frisson nerveux.

Les attaques de grandes convulsions et de douleurs sont parfois suivies de frisson.

Ensuite il se présente parfois chez les épileptiques et les femmes hystériques de légères attaques convulsives, sans perte de connaissance, attaques accompagnées de cyanose de la face, de claquement des dents et ressemblant, à sy méprendre, au frisson de la fièvre, sans que, toutefois, il y ait augmentation de la chaleur. « Neque omnis horripilalio, dit Sénac (1), semper a febre proficiscitur . Ici norunt vel ipsae mulierculae hystericaef quas frequens , sine febre} horripilatio spaslica corripit. »

ARTICLE VI

DU BALLISME.

Le mot ballismus , ficcÀXnT/xoç, a été employé par Athenaeus dans le sens de tripudiatio; il vient de /taAAtÇ», tripudio , pedibus plaudo, je marche sur la pointe des pieds. Plusieurs auteurs modernes le donnent comme synonyme du tremblement. Il convient bien, nous semblet-il, pour désigne]* le trouble oscillatoire qu’on appelle communément, mais improprement, Paralysie agitante , le shaking palsy de Parkinson (2).

Le ballisme consiste dans des mouvements oscillatoires violents, spontanés et irrésistibles des membres et de la tête, accompagnés d’une tendance à courir en avant ou à reculer, mouvements occasionnés manifestement par une lésion du centre cérébro-spinal, affectant une marche progressive et se terminant fatalement par la paralysie et la mort.

(1) De frigore febrili. Loc. cit.

(2) Essay on the shaking palsy. London, 1817.

Description. — Depuis Parkinson, beaucoup de pathologistes se sont occupés de ce symptôme; mais, ainsi qu’il n’arrive que trop souvent, plusieurs autres affections, appartenant au tremblement simple ou à des troubles choréiques, ont été confondus avec lui, et de nombreuses erreurs se sont ainsi glissées dans les ouvrages classiques. Cela nous engage à nous en tenir strictement à la description de Parkinson (1).

Le mal débute insensiblement ; il n’y a d’abord qu’un peu de faiblesse avec tremblement des mains, des bras, quelquefois de la tête. Ces accidents augmentent peu à peu jusqu’à ce que, au bout d’un temps assez long, douze mois par exemple, on remarque que le patient se courbe en avant lorsqu’il marche. Bientôt après, la faiblesse gagne les jambes qui tremblent également.

Avec les progrès du mal, les membres perdent de plus en plus la faculté d’exécuter avec précision les ordres de la volonté ; le tremblement devient plus fort et ne cesse que momentanément; quand on l’empêche de se produire dans un membre, par exemple, en changeant de position, il apparaît de suite dans un autre. Le malade qui jusquelà avait une prédilection particulière pour la marche, sera privé dorénavant de cette distraction. S’il essaye de marcher, il appuie sans le vouloir sur la pointe des pieds et est ainsi forcé d’accélérer le pas, au risque de tomber sur la face. Quand il se tient debout, les genoux s’entrechoquent.

A une période encore plus avancée du mal, le tremblement des membres devient vraiment violent et persiste même pendant le sommeil, en l’interrompant parfois par des accès d’excitation et d’anxiété. Le malade ne parvient plus à porter les aliments à la bouche, sa main porte constamment à faux; il ne peut plus s'habiller lui-même; la mastication et la déglutition deviennent difficiles; la salive s’écoule de la bouche; le tronc reste constamment courbé en avant, tous les muscles manquent de force. L’atonie de l’intestin devient la cause d’une constipation invincible.

Les oscillations, de plus en plus étendues, finissent par devenir tellement énergiques que, quand le malade, épuisé de fatigue, se jette sur un lit, des secousses ébranlent tout son corps et se transmettent aux objets qu’il touche. Le menton est abaissé, presque immobile sur le

(1) Loc. cit. — Voyez aussi Todd, Cyclopacilia of practical mcdicinc. Art. Paralysis, t. III, p. 259.

sternum. La langue elle-même devient tremblante, et le pouvoir d’articuler les sons se perd ; les urines et les excréments s'échappent involontairement ; l’assoupissement et le délire terminent la scène.

Remarques complémentaires. — 1° Le mal est général, en ce sens qu’il occupe indifféremment Tun ou l’autre côté du corps ou les deux côtés à la fois. Toujours, cependant, il est plus fort aux bras qu’aux jambes. Très-souvent il se déplace, soit spontanément, soit à la suite de changements de position, et va successivement d’un bras à l’autre, d’un bras à une jambe, de là à la tête, pour revenir au point de départ.

2° Très-souvent cependant, nous dirions même le plus souvent, si nous voulions nous en tenir à notre observation personnelle, la paralysie agitante est hémiplégique. Elle n’occupe d’abord qu’un bras, ensuite les membres d’un même côté et la moitié correspondante des muscles qui s'insèrent à la tête. Quand, plus tard, le mal s’étend sur les deux côtés, il conserve toujours une certaine prééminence dans celui qu’il avait envahi dans le principe.

3° Dans les premières périodes du mal, le tremblement n’est pas constant; il reprend de temps à autre, inopinément parfois, lorsque le patient se prépare à exécuter un mouvement. Il est suspendu sous l'influence de la volonté et n’empêche pas tous les mouvements d’être encore exécutés, même ceux qui exigent ou beaucoup de précision ou beaucoup de force. Plus tard, rien ne l’interrompt plus et il trouble la marche, la station, la préhension, tous les mouvements.

4° Sauf la période de déclin, où la désorganisation commenceà envahir la substance des muscles , ces organes réagissent normalement contre les courants électriques.

5° Dans les premiers temps, le sommeil apporte encore du repos; plus tard il devient de plus en plus court, de plus en plus troublé ; à la fin il est nul ou accompagné d’un tremblement continuel.

6° La violence et la persislance du mouvement oscillatoire peuvent donner lieu à des excoriations très-douloureuses dans les parties exposées au frottement ; et malgré cela le malade ne peut se retenir.

7° Quand on les arrête de force pendant quelque temps, les secousses reprennent ensuite avec une énergie qui est en raison du temps écoulé ; on dirait que la quantité de force nerveuse à dépenser dans un temps donné est mesurée d’avance.

8° Dans plusieurs cas les malades ont une tendance irrésistible à

courir enavant ou en arrière. Au début ils parviennent à maîtriser cette

tendance; plus tard ils trottinent; à la fin ils ne savent plus marcha sans appui.

0° Selon le siège de la lésion dont il dépend, le ballisme finit par se compliquer ou de contracture ou de paralysie. Dans un assez grand nombre de cas observés, nous n’avons personnellement rencontré que la première de ces complications. La contracture maintenait les doigts dans un état de flexion douloureuse et invincible, et faisait incliner la tète sur l’épaule.

10° Au fur et à mesure que la faiblesse générale augmente, il se développe de la sensibilité douloureuse dans tout le corps. L’intelligence et les sens supérieurs, après être restés pendant longtemps intacts, finissent par s’émousser, et l’assoupissement final est souvent précédé d’un état de démence.

Pathocjènie. — Les auteurs qui ont le plus récemment écrit sur celte affection, sont assez bien d’accord pour protester contre la qualification de paralysie. En effet, malgré le tremblement, tous les mouvements, même les plus délicats, comme les plus énergiques, sont possibles^ et si à la longue l’immobilité s’empare des membres, elle dépend, ainsi que nous venons de le dire, d’un état de contracture plus souvent que d’un état de paralysie. Il suffirait du reste de citer le fait que les muscles atteints de ballisme réagissent normalement contre les courants électriques.

Blasius ne voit dans la paralysie agitante qu’un degré supérieur du tremblement. Elle est à ce dernier, dit-il (1), ce que les ondes sont à une eau dont la surface est simplement agitée par le vent. Nous nous contentons de dire que comparaison n’est pas raison.

Convaincus que nous sommes, que le système des nerfs empêchants joue ici un rôle encore plus décisif que dans le tremblement, nous nous abstenons néanmoins de tout développement de cette idée. L’attention une fois appelée sur elle, ce sera à des recherches positives et non pas à des conjectures qu’il appartiendra de lui donner un corps.

Quant aux causes prédisposantes et occasionnelles, on n’en sait pas grand’chosc. Le mal n’atteint presque exclusivement que des personnes qui se trouvent au déclin de la vie, et quand il éclate, on l’attribue communément soit à un refroidissement, soit à une émotion morale.

(1) Vierorill’s Archiv für physiolog. iïcilkundc , 1851, |> 225.

Nous n’avons pas besoin d’insister sur la banalité de ces deux causes dont Tintervention nous paraît d’autant moins probable que la soidisant paralysie agitante a des commencements lents et insensibles.

Si l’on écarte les observations, trop nombreuses il est vrai, où le diagnostic est contestable, on conviendra aisément que la forme et la marche du symptôme démontrent suffisamment que sa cause prochaine doit être cherchée dans une lésion organique circonscrite du mésencéphale et peut-être de la portion cervicale de la moelle épinière. Et cette assertion se confirme par le résultat des autopsies.

Bonet (1) déjà a donné pour siège à la cause un point circonscrit de l’encéphale. Parkinson a rencontré une induration à la face antérieure de la portion cervicale de la moelle épinière remontant de là vers la moelle allongée et la protubérance annulaire. Dans un cas décrit par Leubuscher, une tumeur fibroïde avait traversé toute l’épaisseur de la protubérance; et dans un autre, observé dans la clinique d’OppoIzer à Vienne (2), il y avait, comme dans celui de Parkinson, une induration du pont de Va rôle et de la portion cervicale de la moelle épinière.

Ceci ne pourrait-il pas engager les physiologistes, en vue de l’étude du système empêchant des muscles du tronc et des membres, à porter leur attention spécialement sur ces parties du centre cérébro-spinal, en y comprenant peut-être les corps quadrijumeaux?

ARTICLE VII

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