DE LA PROPULSION
Dans le tournis des moutons la tête est parfois penchée, et ranimai tombe en avant quand il essaie de marcher. Le même phénomène s’observe chez l’homme sous deux formes différentes : 1° comme tendance à tomber; 2° comme impulsion insolite et irrésistible à se porter en avant. Dans la seconde forme le malade court comme effrayé, mais tombe après avoir fait une centaine de pas.
Les anciens pathologistes ont donné à ce symptôme le nom de Chorée propulsive, chorea propulsoria . Inutile de dire que le mot Chorée n’est pas applicable ici.
On rencontre ce trouble au début de certaines lésions cérébrales
(1) Loc. cit p. 548.
(2) Gazette hebdomadaire, 2nie série, 186o, t. II, n° 4L
aiguës. M. Trousseau, entre autres, a publié une observation ou I accident s’était déclaré subitement et avait été suivi d’hémiplégie (4).
On l’observe fréquemment chez les ivrognes comme trouble passager. Il semblerait même qu’il y ait des espèces de bières fortes qui le produisent plus souvent que d’autres (2).
Pathogénie. — Tout le monde se rappelle encore la singulière théorie que Magendie avait conçue au sujet des pouvoirs dont dépendraient les mouvements de recul et de progression. Le corps strié, selon lui, aurait pour fonction de donner l’impulsion centrale au premier de ces mouvements et le cervelet, au second. L’animal ne resterait en place que quand l’organe rétrograde et l’organe progressif se trouveraient en équilibre, etc’est la destruction des corps striés qui donnerait ainsi lieu à un besoin irrésistible de courir en avant.
M. Longet (3) et plus récemment SehifT (4) ont démontré que le célèbre physiologiste du collège de France s’était trompé, et que les corps striés étaient absolument étrangers au phénomène en question.
A vrai dire, on ignore encore le point de l’encéphale dont l’excitation ou la paralysie font courir et tomber en avant. Il est probable cependant que ce point est compris dans la protubérance annulaire. C’est là, en effet, que dans quelques autopsies, on a rencontré la lésion, et Schiff affirme que lorsqu’on pratique sur un animal la section des fibres longitudinales de cette protubérance, l’inflexion horizontale du corps est plus grande qu’à la suite de la lésion d’aucune autre partie ; elle est telle, selon lui, que l’extrémité de la tête touche à l’extrémité de la queue, ou se cache profondément sous le membre postérieur (3).
Cependant on possède aussi des observations où une lésion a été trouvée dans les couches optiques.
Pseudo-chorée procursive. — Les auteurs confondent généralement avec ce qu’ils appellent la chorée propulsive l’affection que Sauvages avait signalée sous le nom de scelolyrbe festinans , et d’autres patholo-
(1) Clinique médicale , t. II, p. 105.
(2) Quelques-uns prétendent que le mot Bock, bouc, qu’on donne à certaine espèce de bière de Bavière, tend à désigner la propriété qu’elle a de faire tomber en avant ceux qui en boivent trop.
(5) Anat. et Physiol. dusyst. nerveux , t. I, p. 518.
(4) Lchrbuch der Physiologie des Mcnschcn, t. I, p. 559.
(5) Loc. cil., p. 550.
gistes sous ceux de Chorea festinans, Chorea prociirsoria, Epilepsia procursoria. Ici, l’individu est pris d’un besoin irrésistible de courir en avant, de trottiner, de sautiller, de danser sans pouvoir toujours éviter les obstacles qui se rencontrent sur son chemin, mais en manifestant une adresse et une agilité qu’il n’a pas à l’état de santé. Le mal se déclare par accès spontanés, ou provoqués par des causes occasionnelles qui ne laissent pas à leur suite de la lassitude et se prolongent bien au delà du temps pendant lequel l’individu pourrait soutenir une course volontaire.
Gaub a vu un homme qui pouvait courir, mais non pas marcher, et Trousseau (1) en cite un autre qui éprouvait le besoin de trottiner chaque fois qu’il se mettait en marche, mais parvenait ensuite à dominer cette impulsion morbide.
Wichmann a reproduit de nombreux exemples consignés dans les anciens auteurs (2), sans toutefois réussir toujours à bien distinguer l’affection de certaines formes de dansomanie, de tournis et de convulsions saltatoires. Romberg (3) a essayé de généraliser ce trouble et d’autres analogues sous le nom de convulsions coordonnées que nous n’avons pu adopter, d’abord, parce qu’il renferme deux idées contradictoires, ensuite^ parce qu’évidemment, la course, le saut et la danse ne sauraient être considérés comme des convulsions.
L’intelligence est rarement troublée dans les attaques de pseudochorée procursive, et le malade en conserve un souvenir parfait; souvent cependant il s’y joint des phénomènes d’extase.
On a remarqué que le mal atteint plus souvent les hommes que les femmes, particulièrement les hommes jeunes et ceux de l’âge moyen.
ARTICLE V