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DE LA RÉTROGRADATION

Une tendance irrésistible au recul se manifeste tantôt comme simple renversement de la tête en arrière avec perte de l’équilibre, tantôt comme marche rétrograde forcée aboutissant également à la chute.

Elle est continue , paroxystique ou occasionnelle. Dans la première forme le malade est poussé en arrière, même quand il est couché dans

(1) Clin, méd., t. II, p. 163.

(2) Ideen zur Diagnostikj 5e édit. Hannover, 1827, t. I, p. 378.

(3) Lehrbuch der Nervenkrankheiten, t. I, p. 535.

son lit; dans la deuxième, la rétrogradation prend la forme d’accès revenant spontanément de temps à autre ; la troisième forme se manifeste seulement quand le malade se met à marcher ou à se redresser : il place le pied en arrière en voulant le poser en avant, ou tombe à la renverse chaque fois qu’il essaie de redresser la tête.

Nous avons donné pendant quelque temps des soins à une dame qui n’était affectée de rétrogradation que quand elle montait ou descendait un escalier ; mais immanquablement alors le renversement de la tête et du corps se faisait brusquement et avec une violence extrême ; les muscles du cou restaient ensuite raides pendant quelque temps au point de simuler un opislhotonos.

Du reste, les exemples de ce singulier accident ne sont pas trèsfréquents. Romberg (1) a réuni et analysé ceux qui avaient été publiés avant lui ; il y a ajouté une observation qui lui est propre.

L’accident dépendait souvent d’un simple trouble dynamique ou circulatoire ; mais toutes les fois qu’il était causé par une lésion matérielle, celle-ci avait son siège dans le cervelet. C était tantôt une balle qui avait louché cet organe, tantôt une hémorrhagie qui l’avait déchiré ou comprimé, tantôt un néoplasme qui l’avait irrité ou partiellement détruit. Il est des pathologistes qui donnent même la rétrogradation comme le signe pathognomonique de l’apoplexie du cervelet. Ceux qui se sont occupés du tournis des moutons affirment que quand ces animaux ont la tête et le cou fléchis en arrière, c’est un signe que le cœnure siège au voisinage du cervelet ou de la moelle allongée.

Du reste, la pathologie expérimentale est d’accord avec cela. C’est après des lésions pratiquées sur le cervelet que Fodera, Flourens, Magendie, Bouillaud et d’autres ont observé la tendance au recul. Si le phénomène n’est pas constant, cela prouve qu’il ne dépend pas de l’ensemble du cervelet, mais d’une portion déterminée de cet organe qu’il nous reste encore à définir.

M. Longet et Schiff sont portés à chercher la cause du recul dans un désordre accidentel des mouvements du cou et des membres, provenant d’une lésion du mésencéphale plutôt que du cervelet, et ayant pour effet de rejeter en arrière le centre de gravité (2)

(1) Lchrbuch der Ncrvcnkranliheilen , t. I, p. 540.

(2) Voyez pour le mécanisme de ce mouvement et pour les preuves : Scliilï, Lchrbuch, p. 55G.

ARTICLE VI

DE LA SALTATION.

Les anciens pathologistes signalaient la chorea sallatoria parmi les formes ordinaires de la chorée. Il est évident cependant qu’ils confondaient sous cette dénomination trois accidents bien différents, à savoir : d° La forme de chorée proprement dite qui trouble la station; 2° la dansomanie, et 3° l’affection qui doit nous occuper ici, et que Bamberger a désignée sous le nom de convulsion saltatoire.

Elle consiste en une impulsion morbide contraignant le malade à sauter à plusieurs pieds.de hauteur chaque fois qu’il appuie sur le sol, ou à se lever brusquement et comme par un mouvement de ressort, quand il est assis, ou, enfin, à s’élancer en avant.

Elle est très -rare ; nous l’avons cependant rencontrée deux fois dans notre pratique. La littérature médicale moderne n’en possède, à ce que nous sachions, que quatre observations, dont deux de Bamberger, une de Hermann Beigel et une de Paul Guttmann. Nous allons les analyser brièvement :

I. Jeune homme convalescent d’une pneumonie. Au moment où ses pieds touchent le sol pour marcher, les muscles des jambes et des cuisses sont pris d’un état de raideur tétanique accompagnée de secousses d’une extrême violence qui lancent tout le corps en l’air. A peine le patient est-il retombé lourdement sur ses pieds que la même scène se renouvelle et continue avec la même véhémence, aussi longtemps qu’il reste debout. Dans l’attitude assise ou couchée on n’observe rien d’anormal.

II. Demoiselle de 30 ans, chlorotique et dysménorrhoïque. Au moment où les pieds touchent le sol, il se présente la même forme de mouvements que chez le malade précédent. Presque tous les muscles y participent, et quand on recouche la malade, il reste encore pendant un quart d’heure et plus une raideur tétanique de tout le corps, avec vibration de quelques groupes de muscles (1).

III. Jeune homme ayant fait des excès de marche sur des chemins humides. Journellement un ou plusieurs accès d’une durée de quinze minutes jusqu’à une heure. Après quelques symptômes prodromiques,

(1) Bamberger, Wiener medicin. Wochenschrift , 1859, t. IX, nos 4 et 5. Presse médicale belge, 1861, p. 9.

tels que lassitude, courbature, bâillement ou faim canine, le patient, debout sur ses pieds, est lancé en l’air par des efforts rythmiques se succédant d’abord lentement au bout de quelques secondes, puis déplus en plus vite. Les bras prennent part à l’affection; les mains se heurtent violemment devant le corps ou derrière. Le malade est en état de se déplacer pendant l’accès et de se diriger à volonté. Ainsi il recherche son lit en dansant, en sautant. L’accès ne le saisit que debout ou assis, jamais quand il est couché (I).

IV. Menuisier, âgé de 46 ans, mélancolique, encéphalopathique. Dès qu’il met les pieds à terre, sans être fortement soutenu, son corps est lancé à un pied de hauteur, et cet accident se réitère aussi souvent que les pieds louchent de nouveau le sol, jusqu’à ce que le malade parvienne à saisir un appui solide, ou qu’il tombe épuisé. L’élancement se fait avec une violence extrême, ordinairement en ligne verticale, quelquefois obliquement à droite. En même temps la tête et le dos sont recourbés en arrière. Les accès se déclarent le matin ; les aprèsmidi et le soir le malade peut marcher même sans canne. Jamais le mal ne survient dans l’attitude couchée ou assise, pas même quand le malade pousse fortement la plante des pieds contre le bois de lit. Il y a des jours libres. Les émotions et les préoccupations morales exercent une grande influence sur le retour du mal qui peut toujours être évité quand le malade s’assied dès qu’il sent venir les prodromes (2).

Pathogénie. — On ne sait encore rien de positif au sujet de cette affection singulière. Bamberger y voit une convulsion réflexe. Mais dans le cas de Guttmann, observé sous la direction de Griesinger, on a constaté positivement que la sensibilité cutanée n’était nullement exaltée, pas même à la plante des pieds, et qu’il n’existait de foyers douloureux sur le trajet d’aucun nerf. Par contre, plusieurs apophyses épineuses étaient sensibles à la pression, notamment la 7e cervicale et les 4e, 5e et 6e dorsales. On parvenait même parfois, en pressant ces dernières, à provoquer les mouvements de saltation, le malade étant assis.

La forme paroxystique du mal est également contraire à l’idée de spasmes réflexes; elle rend probable l’existence de troubles de la circulation capillaire dans un point circonscrit de la substance grise de la

(1) Ilcrm. Beigel, traduction allcm. de Russel Reynold’s Epilepsie } Eriangen, 1805, p. 119.

(2) Paul Guttmann, in Bcrliner klin. Wochenschrift , 1807, t. IV, n" 13.

moelle e'pinière, point donnant l’impulsion aux nerfs qui se rendent aux muscles extenseurs du pied et situé probablement au niveau des 4e, 5e et 6e vertèbres dorsales.

ARTICLE VII

DU GRIMPEMENT.

D’autres mouvements sont centralisés dans le cerveau et la moelle épinière, et quand leur mécanisme central est touché, ils s’exécutent brusquement, violemment, sous forme de convulsions. Ainsi on voit des malades contraints de grimper brusquement et comme lancés par un ressort distendu, sur un meuble, sur un arbre, sur une personne.

Plusieurs médecins de Liège se rappellent encore avoir vu, il y a une vingtaine d’années, dans un faubourg de la ville, un garçon d’environ neuf ans qui, en jouant avec des pétards, s’était fait une ouverture au sommet du crâne. Pendant sa convalescence, quand on appliquait le doigt sur la cicatrice et comprimait ainsi la partie correspondante du cerveau, l'enfant, à l’instant et irrésistiblement, se trouvait sur les épaules de la personne qui faisait l’expérience, ou sur un meuble placé dans le voisinage. Romberg (1) cite aussi le cas d’un garçon de six ans qui éprouvait par accès le besoin irrésistible de grimper, et résistait alors à tous les obstacles.

(1) Lehrbuch der Nervenkrankheiten , t. ï, p. 558.

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