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DE L’ANESTHÉSIE DE LA BOUCHE

C’est de l’anesthésie tactile qu’il s’agit ici; il sera parlé, dans une autre partie de cet ouvrage, de l’ageustie ou anesthésie gustative.

On reconnaît l’anesthésie tactile aux signes suivants : Le malade ne perçoit plus le contact des aliments ; lorsqu’ils se logent entre les arcades dentaires et les joues, ils y restent inaperçus ; le contact des doigts ni la piqûre d’une épingle ne sont pas sentis non plus. Le mal est plus manifeste aux lèvres et à la langue. Aux lèvres il donne lieu à cette illusion connue qui fait que le malade croit ébréché le verre qu’il y porte.

La mastication se fait mal, parce quelle n’est plus réglée par les sensations, ni stimulée par le plaisir. Presque toujours le goût est affaibli en même temps ; c’est pourquoi le malade n’a plus grand plaisir à manger ; dans la plupart des cas il y a aussi paralysie des lèvres et de la langue; enfin, toutes ces circonstances réunies portent également le trouble dans la déglutition.

L’anesthésie buccale est souvent partielle ou n’occupe exactement qu’une moitié latérale des lèvres, de la langue, du voile du palais et la joue correspondante.

Lorsqu’elle n’est pas due à une cause générale, l’anesthésie tactile de la bouche dépend d’une lésion de la cinquième paire : compression par des tumeurs ou traumatisme, par exemple, à l’occasion de l’opération de la résection de la mâchoire; ou bien elle a sa cause dans une lésion cérébrale : hémorrhagie circonscrite, ramollissement ou tumeur.

Lorsqu’elle est cérébrale, elle est toujours accompagnée d’accidents paralytiques.

L’anesthésie hystérique de la bouche est également presque toujours unilatérale, mais elle occupe, dans l’immense majorité des cas, le côté gauche et se combine avec l’abolition de la sensibilité gustative.

ARTICLE IX

DE LA STOMATALGIE.

La douleur et l’hyperesthésie de la bouche est de nature irritative, névropathique ou hystérique, et diffère considérablement selon les cas.

La douleur irritative consiste en une sensation de chaleur, de brûlure même de la muqueuse, qui augmente par la mastication et la déglutition et est soulagée momentanément par le froid. Elle s’accompagne d’abord de sécheresse, plus tard de la sécrétion d’un mucus épais et spumeux, à la fin, d’un certain degré de salivation. Elle est le symptôme du catarrhe aigu de la bouche, du muguet, des aphthes et de la gîossite ; elle est provoquée en outre par l’action locale de condiments, de médicaments et de poisons âcres et caustiques.

Un prurit très-vif de la bouche précède le développement de certains exanthèmes.

Par douleur névropathique nous entendons la névralgie qui dépend d’une lésion du nerf trijumeau. Elle occupe une moitié de la bouche, et s’accompagne de salivation; sa forme est brûlante ou piquante. La douleur est plus prononcée à la langue et aux gencives ; elle alterne souvent avec un mal de dents.

La névralgie buccale, indépendante parfois, fait cependant la plupart du temps partie de la prosopalgie ou tic douloureux de la face. Il est même peu de cas de prosopalgie qui n’aient pour compagnons, dans l’une ou l’autre de leurs phases, des douleurs buccales.

La stomatalgie hystérique est assez fréquente; elle est circonscrite et siège de préférence à la langue.

ARTICLE X

DE L’ODONTALGIE .

Le mal de dents procède des nerfs dentaires, du périoste des alvéoles ou des gencives; il constitue une souffrance aiguë, très-commune surtout dans le jeune âge.

Sa nature est organopathique, rhumatismale, sympathique ou nerveuse.

1° Odontalgie organopathique.

L’irritation, l’hyperémie et l’inflammation de la pulpe dentaire ou de la membrane qui tapisse l’alvéole sont provoquées et entretenues communément par la dénudation et par la carie des dents.

A part les renseignements que donne l’inspection de la bouche, on conclut à cette cause lorsque la douleur est sensiblement limitée à une ou à plusieurs dents; lorsqu’elle est provoquée ou exaspérée par le contact de corps très-froids ou très-chauds, par la mastication ou par la succion à l’aide de la langue; et lorsqu’elle s’apaise au repos et par l’éloignement des causes qui l’ont provoqué.

L’odontalgie qui a sa cause dans une hyperémie ou inflammation des alvéoles et des gencives est plus étendue, d’abord obtuse, et accompagnée d’une sensation d’allongement des dents, ensuite pulsatile et continue avec rougeur et hyperesthésie des gencives et avec sensation de brûlure dans la bouche ; elle se termine habituellement par une fluxion de la joue correspondante et par un abcès des gencives.

2° Odontalgie rhumatismale.

Ici, la douleur est très-étendue, rémittente et même intermittente; elle occupe souvent tout un côté de la mâchoire ou voyage d’un point à un autre ; sa forme est lancinante et mordicante ; elle s’exaspère le soir et la nuit, sous l’influence du froid; elle est soulagée au contraire par la chaleur et par l’application des excitants diffusibles ; les gencives se trouvent à l’état d’hyperémie.

3° Odontalgie sympathique.

Elle dépend de la grossesse ou de troubles utéro-ovariques, de lésions gastriques ou intestinales ou de névralgies voisines. Quand elle procède du système utérin, elle se déclare subitement sans cause locale appréciable, et prend la forme d’accès irréguliers et d’une durée souvent très-prolongée.

Quand elle procède de l’estomac, il existe l’un ou l’autre signe de catarrhe de la bouche et des gencives ; le mai est très-tenace, et peut même devenir habituel ; la douleur est obtuse et se déclare de préférence le matin et à jeun.

Les névralgies voisines qui retentissent dans les dents sont : la né-

vralgie faciale, la névralgie mastoïdienne et la migraine. Mais, d'un autre côté, ces névralgies sont souvent la suite d’une rage de dents. 11 n’est pas aisé dans tous les cas de déterminer le point de départ.

4° Odontalgie nerveuse.

Les sujets nerveux, hypochondriaques, et surtout les femmes hystériques, sont fréquemment tourmentés par des maux de dents se déclarant brusquement et disparaissant de même, reprenant périodiquement sous forme d’accès plus ou moins réguliers, et sans qu’il y ait trace de lésions matérielles ni aux dents ni aux gencives.

Dans l’hystérie on constate que les troubles caractéristiques sont parfois remplacés par des douleurs dentaires et, qu’à leur tour, cellesci peuvent disparaître pour être remplacées par d’autres symptômes.

L’intoxication paludéenne donne lieu à une odontalgie qu’il est permis peut-être de placer à la suite de l’odontalgie nerveuse proprement dite. Elle se présente sous la forme d’accès réguliers, quotidiens, tierces ou quarts, se terminant chaque fois par une sudation abondante et elle est dépourvue de toute lésion locale.

ARTICLE XI

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