DE LA FÉTIDITÉ DE LA BOUCHE
L’odeur fétide de la bouche, le stomatodysodia des auteurs latins, a sa source dans les organes buccaux mêmes, dans l’estomac, ou dans les voies respiratoires.
Celle qui procède de la bouche même n’est souvent qu’un signe de malpropreté ou de négligence à se nettoyer les dents; elle est due à la décomposition du mucus ou de particules d’aliments engagés entre les dents ou dans l’excavation de dents cariées. Outre cette cause banale, la fétidité des liquides buccaux est un accident de la stomatite simple et de la stomatite mercurielle, de la gingivite, des aphthes, du scorbut, de la gangrène de la bouche et des ulcérations du pharynx.
La stomatodysodie stomacale appartient au jeûne et à la dyspepsie. 11 se développe dans ces deux cas des gaz fétides dans l’estomac même; la fétidité devient excessive chez ceux qui meurent de faim.
La mauvaise haleine proprement dite ou stomatodysodie respira-
toirc dénote la présence d’ulcérations du larynx, de cavernes pulmonaires spacieuses, de bronchiectasie, de bronchite putride ou de gangrène des poumons.
ARTICLE XII
DE LA STOMATORRHAGIE.
C’est l’hémorrhagie de la bouche. Le sang s’échappe tantôt de veinules ou d’artérioles blessées, corrodées ou déchirées, tantôt de vaisseaux capillaires ramollis ou dilatés. Dans le second cas, l’inspection fait découvrir des plaques hyperémiées, des ecchymoses ou infarctus hémorrhagiques aux gencives, à la muqueuse des joues ou des lèvres, aux amygdales ou au voile du palais.
Le sang qui s’écoule de la bouche est ordinairement mêlé à une grande quantité de salive et de mucus buccal; il est donc écumeux; sa couleur est brunâtre ou noirâtre, sauf le cas d’hémorrhagie traumatique; il est liquide; rarement il forme des caillots.
Sa quantité est parfois énorme, et dans ce cas la stomatorrhagie pourrait être confondue avec l’hémoptysie ou l’hématémèse. Pour assurer le diagnostic on fait attention, dans les cas douteux, si le sang s’écoule sans toux et sans vomiturition quand le malade incline la tête en avant, ou même chaque fois qu’il ouvre la bouche ; on fait bien rincer et nettoyer la bouche pour être à même de découvrir la source de l’hémorrhagie; enfin on procède à l’exploration méthodique des organes respiratoires et de l’estomac.
Au degré ordinaire de l’hémorrhagie buccale, le malade éprouve une saveur fade et douceâtre, précédée souvent d’un sentiment de tension ou de chaleur dans la bouche; il est sollicité à crachoter. Quand le sang s’écoule vers le larynx et dans l’œsophage, il y provoque des accès de toux plus ou moins violents et des vomiturilions. Quand il est avalé ou s’écoule par l’œsophage pendant le sommeil, il donne lieu à des nausées, à de la pression épigastrique, à des vomissements et à des troubles de digestion. La partie du sang qui n’est pas rejetée par le haut se mêle aux excréments et les teint en noir; de là parfois de nouvelles difficultés pour le diagnostic.
Après une hémorrhagie abondante la muqueuse de la bouche, surtout celle qui recouvre la voûte palatine, devient remarquablement pâle; elle prend une couleur de cire. On rencontre des cas où la stomatorrhagie devient même mortelle.
1° Stomatorrhagie traumatique et organopathique.
Les lésions traumatiques les plus ordinaires sont les piqûres, les coupures et les déchirures opérées par des instruments introduits dans la bouche, par des arêtes de poissons ou des éclats dos contenus dans les aliments. Des causes fréquentes de stomatorrhagie sont aussi les morsures de la langue occasionnées par les attaques épileptiques, et ia rupture des artères dentaires lors de l’extraction des dents. Il est plus rare de rencontrer la lésion d’un rameau de l’artère faciale, la déchirure d’une dilatation anévrysmatique de l’artère alvéolaire inférieure, ou celle de varices des lèvres, des joues ou du pharynx.
Ces derniers cas forment le passage à la stomatorrhagie organopathique proprement dite, c’est-à-dire à l’érosion d’artérioles et de veinules par des ulcères, aux ulcères saignants et aux néoplasmes, notamment aux carcinomes de la langue et aux polypes du nez faisant saillie dans le pharynx.
2° Stomatorrhagie dyshémique .
Le saignement de la bouche, et spécialement des gencives, est un des symptômes les plus constants et même caractéristiques du scorbut et de la maladie de Werlhof. Il est propre aussi à l’hémophilie ou diathèse hémorrhagique dans laquelle il se déclare soit spontanément, soit à la suite de causes insignifiantes.
Certaines maladies du foie et de la rate créent un état du sang semblable à celui du scorbut, et tout le monde connaît la stomatorrhagie propre au typhus et à la fièvre jaune.
Copland a aussi observé la stomatorrhagie dans l’intoxication par l’aconit.
5° Stomatorrhagie supplémentaire et hystérique.
Nous sommes à même d’affirmer, d’après nos propres observations, qu’il existe réellement des hémorrhagies buccales remplaçant le flux menstruel et le flux hémorrhoïdaire, quoique ces exemples soient plus rares que ne l’affirment certains pathologistes anciens.
Au contraire, rien n’est fréquent comme la stomatorrhagie des femmes hystériques dont cependant peu d’auteurs font mention. On la confond ordinairement avec l’hémoptysie et les malades elles-mêmes, par cette singulière tendance à la simulation qui est un des caractères fondamentaux de l’hystérie, favorisent l’erreur. Dans une série de cas, où
il y avait crachement de sang prolongé pendant des semaines et des mois, sans toux et sans aucun signe physique de lésion pulmonaire, nous avons fini par découvrir des infarctus hémorrhagiques aux gencives, aux joues ou aux piliers du voile du palais. Nous ajouterons que chez d’autres femmes hystériques la simulation était absolue.
ARTICLE XIII