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G0 Chorée névrosique.
Des mouvements choréiques entrent fréquemment comme éléments clans la composition des grandes névroses, notamment de l’extase, de ce qu’on a appelé Chorea magna , de l’épilepsie et de l’hystérie. Ils alternent avec des convulsions, des contractures, des mouvements contraints et le martellement.
La chorée hystérique simple est rare ; elle se combine avec l’aphonie, le pharyngisme, la boulimie, etc. Enfin, pour être complets, nous mentionnerons encore la chorée occasionnée par le chagrin, les écarts de l’ascétisme et les violents accès de colère ou de frayeur.
ARTICLE IV
DE LA MOGIGRAPHIE.
Le mot mogigraphie , de ftoytç, péniblement, et ypâôsrj, écrire, a été créé par Hirsch pour désigner ce qu’on appelle communément la crampe des écrivains. D’autres préfèrent dysgraphie. M. Duchenne de Boulogne, dans un but de généralisation, a proposé de dire spas?ne fonctionnel , et M. Woillez, contracture par abus fonctionnel.
Il faudrait en effet un terme plus général que celui de mogigraphie, mais en attendant qu’on soit bien fixé sur la nature du symptôme, nous préférons ne rien préjuger en mettant en avant, comme représentant du genre, la soi-disant crampe des écrivains, qui est de beaucoup la plus commune et a été décrite la première (1).
La définition commune la plus exacte serait : ataxie ou asynergie de certains mouvements automatiques acquis , avec conservation régulière des mouvements automatiques natifs et des mouvements volontaires simples.
Description. — La mogigraphie ou crampe des écrivains consiste donc dans l’asynergie des muscles dont le concours est nécessaire pour écrire.
Le trouble ne se déclare, exclusivement, qu’au moment où le sujet tient une plume ou un crayon entre les doigts, ou quand il place simplement les doigts comme pour écrire. Tout autre mouvement de la main et des doigts, même le plus délicat, tout autre mouvement volontaire ou automatique acquis , s’exécute comme à l’ordinaire.
(i) Par Brück, 1851, dans Casper’s Kritisches Rcpert., t. XXX, livr. II, p. 1.
Le phénomène dépend de certains muscles en particulier, le plus souvent de ceux de l’éminence the'nar et du pouce, parfois des fléchisseurs ou extenseurs de l’index et du médius; mais il peut aussi être produit par le concours des muscles de l’avant-bras en général et même de ceux du bras. Sa forme diffère en conséquence.
Tantôt le pouce se fléchit avec force et reste fléchi aussi longtemps que le malade conserve l’intention d’écrire ; tantôt l’index s’étend comme par un mouvement de ressorte! se raidit ; tantôt la mains’ouvre brusquement, la plume tombe ou est lancée dans des directions variables.
Dans les cas légers, le trouble ne survient que lorsqu’on est déjà en train d’écrire ; l’écriture est alors interrompue par des jambages ou par un griffonage irrégulier. Quelquefois il est borné à une flexion modérée des doigts avec tremblement envahissant successivement toute la main, l’avant-bras et le bras jusqu’à l’épaule.
Canstatt distingue plus particulièrement les deux formes suivantes :
1° La contraction des extenseurs, où les doigts s’ouvrent, se raidissent et laissent tomber la plume ;
2° La contraction des fléchisseurs des trois premiers doigts ou de l’un d’entre eux, où la plume dévie subitement, mais est retenue avec force dans une fausse direction.
Mais, à tous ses degrés et dans toutes ses formes, la mogigraphie augmente d’intensité et d’étendue en raison des efforts et de la persistance que le malade emploie pour la vaincre, et, dans toutes les circonstances, l’attention qu’il y prête, ainsi que l’appréhension qu’il éprouve, favorisent son développement. Par contre, la soi-disant crampe cesse à l’instant même où le malade renonce à l’idée d’écrire.
Le mal est sans douleur. Quand il est intense, il occasionne seulement du malaise, un sentiment de tension, de fatigue ou de pression dans les muscles affectés, ou une sensation de froid dans le bras ; il est rare d’observer un tiraillement douloureux sur le trajet des nerfs. Les cas où une douleur véritable précède la mogigraphie, ou l’accompagne dès le début, sont ou des crampes véritables ou de simples coïncidences.
La mogigraphie peut se montrer sous l’influence de causes passagères et disparaître de même. Le plus ordinairement cependant, elle est sous l’action de causes prédisposantes ou de causes occasionnelles persistantes ; c’est-à-dire qu’elle devient habituelle et la plupart du
temps, incurable. On ne constate que de faibles alternatives d’amélioration et d'aggravation. Son dernier terme est la faiblesse paralytique.
Diagnostic. — Plusieurs auteurs confondent avec la crampe des écrivains des affections de nature différente. Il importe donc de fixer le diagnostic différentiel.
Les muscles de l’avant-bras et de la main peuvent être le siège d’une crampe véritable , du genre de celle qui saisit si communément les muscles du mollet. Cette crampe est essentiellement douloureuse et passagère ; l attention et la volonté n’exercent sur elle aucune influence.
Les mêmes muscles peuvent être affectés de rhumatisme , se manifestant soit comme spasme, soit comme paralysie. On distinguera ces accidents en ce qu’ils portent le désordre non-seulement dans l’action d écrire, mais dans tous les autres mouvements.
La même circonstance aidera à distinguer la mogigraphie proprement dite de Ja difficulté d’écrire provenant du tremblement ou de la paralysie agitante.
Au début des maladies organiques du cerveau ou de la moelle épinière, l’incoordination se manifeste dans les mouvements délicats tels qu’ils sont exigés, par exemple pour se raser, pour enfiler une aiguille, etc., avant même de paraître dans l’écriture ; elle progresse fatalement vers la paralysie complèle.
Enfin, il faut se garder de confondre la crampe des écrivains avec l’impossibilité d écrire qui provient de l’absence d’idées ou de mots, dans la démence , Yanamnèsie et Y aphasie.
Étiologie. — On signale généralement comme cause de la mogigraphie Yabus fonctionnel ou la fatigue produite par l’excès et l’uniformité du travail auquel sont soumis les muscles de la main et de l’avant-bras dans l’action d’écrire. Le mal atteint en effet presqu’exclusivement les copistes, les buralistes, les hommes de lettres, les commerçants. Il est très-rare chez les femmes, et ne s’observe chez les hommes, pour ainsi dire, qu’à l âge de 50 à 50 ans, où l’abus signalé est le plus commun.
Certaines positions incommodes de la main ou de l’avant-bras, leur compression par des manches de chemise ou d’habit trop étroites, et l’usage de plumes trop dures sont signalés comme favorisant la production de l’accident. Cependant si Niemeyer appuie sur le fait qu’il n’est question de la crampe des écrivains que depuis l’introduction des
plumes d’acier, nous nous permettrons de lui rappeler un passage de Suétone duquel il résulte que l’empereur Auguste s’était déjà servi d’un anneau de corne pour pouvoir signer son nom (1).
Quoi qu’il en soit, l’abus fonctionnel et les circonstances qui l’accompagnent, n’agissent que comme causes occasionnelles. Il faut avant tout que l’individu soit prédisposé aux troubles de l’innervation. La mogigraphie est fréquemment accompagnée de strabisme, de bégaiement, de chorée, de tics, de pharyngisme et d’autres désordres nerveux (2). Ceux qui, par suite du désordre de la main droite, apprennent à écrire de la main gauche, sont promptement atteints du même mal de ce côté.
Nous connaissons un mathématicien qui, par périodes, ne parvient pas à signer son nom; il a été cependant toute sa vie paresseux pour écrire. Nous donnons aussi nos soins à un homme du monde chez qui la maladie s’est développée à l’âge de 45 ans, alors que depuis vingt ans il n’avait pris une plume en main que tous les huit jours environ pour signer son nom ou pour écrire un billet. Actuellement la main lui tourne chaque fois comme s’il y avait spasme des pronateurs.
Dans quelques cas bien observés on a signalé comme causes, ou une lésion traumatique, ou une affection rhumatismale.
Palhogénie. — La cause prochaine de la mogigraphie est encore inconnue ; on peut néanmoins admettre comme certain quelle siège dans les organes périphériques et non dans un centre nerveux quelconque.
Communément on parle d’une excitabilité 'particulière qui se développerait, soit dans les muscles, soit dans les nerfs périphériques dont on aurait fait abus pendant longtemps; cette excitabilité qui, en tout cas, aurait besoin d’être mieux définie, donnerait lieu à une espèce de contraction spasmodique, contracture ou crampe, chaque fois que les muscles seraient de nouveau mis en activité. Cependant, comment expliquer alors que le trouble ne se rattache qu’à une forme déterminée de mouvements, tandis que les autres, quelque délicats qu’ils soient, continuent de s’exécuter avec une précision parfaite?
Friedberg pense que, dans beaucoup de cas, l’accident dépend des
(d) Peu de nos lecteurs se douteront peut-être de l’antiquité de l’appareil dit de Charrière. Voyez Salomon Reiselius dans Ephemerid. Natur. curiosor. Decas III. Ann. III, p. 281.
(2) Voyez Fritz in Oesterreich. Jalirbücher dcr Medicin. 1841, mars et avril.
conséquences d une myosite, même d une atrophie musculaire progressive. Quand la nutrition est troublée, dit-il (1), dans les muscles qui servent à écrire ou à faire tenir des objets délicats, les muscles auxiliaires et coopérateurs se contractent seuls et le mouvement devient incertain. Quand, dans ces circonstances, une impulsion extraordinairement forte est donnée sous l'influence de l’attention concentrée ou de l’impatience, alors d’autres muscles encore sont appelés en activité, en dehors des auxiliaires ordinaires ; des contractions excessives non coordonnées ressemblant aux contractions spasmodiques peuvent s’étendre sur tout le membre, et les muscles directs ordinaires étant impuissants à leur faire équilibre, l’objet qu’ils servaient à tenir tombe ou est lancé au loin.
L’argument que nous avons fait valoir contre l’hypothèse de l’excitabilité morbide des muscles, conserve sa valeur contre l’opinion de Friedberg. Comment les autres mouvements composés pourraient-ils s’exécuter librement et intégralement si les muscles servant directement à l’action d’écrire étaient paralysés ou atrophiés? Comment pourrait-on, sans recourir à une affection des nerfs, expliquer l’extension du spasme à d’autres groupes musculaires?
Quelques pathologistes font intervenir une action réflexe, procédant, selon les uns, des nerfs cutanés, selon les autres, des nerfs musculaires sensibles. Mais ce n’est jamais le contact de la plume ou du papier qui provoque le désordre ; il se manifeste, au contraire, quand on met la main et les doigts dans la position pour écrire, même sans tenir une plume. L’intervention des nerfs tactiles n’est donc pas admissible.
Une part d’influence a été revendiquée pour les nerfs sensibles musculaires par Fritz et par Romberg. Le premier se contente de dire que la crampe des écrivains est une névrose réflexe dans laquelle l’excitation procède des nerfs sensibles des muscles. Le second pense que « la position particulière des doigts agit comme excitant réflexe en provoquant une contraction spasmodique qui détruit la coordination des nerfs et l’association normale des muscles. » Tout cela est un peu vague, on en conviendra, et a besoin d’être démontré.
Un dernier groupe de pathologistes insiste sur les analogies qui existent, selon eux, entre ce symptôme et la chorée, y compris le
(1) Pathologie und Thérapie der Muskcllaehmung. Weimar, 1858, p. 157.
bégaiement. Il est vrai que, par sa forme, la mogigraphie fait penser à un de'faut d’isolation des courants nerveux, à leur épanchement, s’il est permis de s’exprimer ainsi, au delà des nerfs directement excités, et quelle ressemble sous ce rapport à la chorée, avec laquelle elle a encore ceci de commun quelle ne se manifeste que sous l’impulsion de la volonté et s’aggrave par l’attention et l’émotion. L’analogie avec le bégaiement ressort également de l’influence que l’innervation psychique exerce sur elle, puis de cette considération, que le trouble est borné à une espèce particulière de mouvement , alors que tous les autres s’exécutent bien.
Ne perdons cependant pas de vue que la chorée est une affection propre aux enfants, et plus commune dans le sexe féminin, tandis que la crampe des écrivains ne s’observe presqu’exclusivement qu’à l’âge moyen et de préférence dans le sexe masculin; que la première est promptement curable, tandis que la seconde ne guérit pour ainsi dire jamais; que dans la chorée le trouble est provoqué par une intention motrice quelconque, tandis que dans la mogigraphie il est lié à un mouvement déterminé; enfin, que le trouble choréique a de la tendance à se répandre surtout le corps et à provoquer des mouvements associés étendus, tandis que celui dont nous nous occupons ici reste borné à la main, à l’avant-bras et, en tout cas, au bras du côté correspondant.
Quant au bégaiement, il s’éloigne de la mogigraphie en ce qu’il est propre au jeune âge, ne provient pas de fatigue ou d’abus fonctionnel, s’améliore et guérit par l’attention et l’exercice (1).
Troubles analogues. — Depuis que l’attention a été fixée sur la crampe des écrivains, on a signalé des troubles du même genre à l’occasion de presque tous les autres mouvements automatiques acquis.
On connaît : la crampe des tailleurs et des couturières , occupant le muscle sous-scapulaire et consistant dans un mouvement de rotation du bras en dedans, se répétant chaque fois que le malade a fait quelques points.
La crampe des maîtres d’armes chez lesquels l’humérus est porté dans la rotation en dedans aussitôt qu’ils se mettent en garde.
La crampe des tourneurs, opérant la flexion forcée du pied sur la jambe.
La crampe des cordonniers (Clemens), à laquelle , outre le bras, l’un des membres inférieurs participe.
(I) Voyez pour ces différences, Hasse, Krankheitcn des Nervenapparals ; p. 147
Basedow a observé une « crampe » semblable aux doigts et au bras chez une fille employée à traire les vaches.
Langenbeck parle d’un officier de cavalerie qui a dû quitter le service parce qu’il était pris d’une crampe des muscles adducteurs à l une des cuisses, chaque fois qu’il montait à cheval.
Le même chirurgien raconte l’histoire d’un forgeron dont le bras se raidissait douloureusement chaque fois qu’il essayait de soulever le marteau pour frapper le fer; et celle d’un peintre décorateur dont la main se raidissait quand il voulait faire mouvoir le pinceau.
D’autres signalent le crampe des tricotteases , des typographes , des pianistes , des violonistes (Leubuscher).
Nous connaissons une dame qui a du renoncer au piano qu’elle avait cultivé avec passion et grand succès; elle a conservé néanmoins une très-belle écriture, et se sert sans embarras de ses mains pour coudre et pour faire des ouvrages de broderie.
ARTICLE V
DE l’ataxie LOCOMOTRICE.
Ataxie, âTcc^tcc, veut dire désordre . Le mot s’appliquerait donc naturellement à tous les troubles quelconques,, y compris les convulsions. Mais on est convenu de le restreindre à ceux delà coordination motrice, à ce que Bouillaud a appelé ï incoordination musculaire . L’usage le réserve même presqu’exclusivement à l’incoordination des mouvements automatiques natifs, notamment de ceux de la locomotion et de la préhension.
Description . — Au lieu de donner une description détaillée qui n’aurait guère d’utilité, nous résumerons d’après M. Duehenne (I) les phénomènes principaux de l’ataxie locomotrice :
1° Pendant la station debout, le corps est agité par des oscillations, petites d'abord et qui deviennent progressivement plus grandes, jusqu’à rendre la station impossible. Ces oscillations sont causées par la désharmonie des muscles antagonistes moteurs du tronc et des membres inférieurs. Elles consistent dans des contractions musculaires irrégulières, correspondant à des efforts que fait le malade pour se maintenir dans la ligne de gravité.
(1) Physiologie des mouvements . Paris, 18G7, p. 770.
2° Pendant la marche, le pas n est plus mesuré ; le membre dévie en dehors et en dedans, et, dépassant le but, retombe lourdement et avec bruit sur le sol.
5° Aux membres supérieurs, surtout à la main, la désharmonie des antagonistes occasionne les mouvements les plus désordonnés, et abolit rapidement l’habilité et l’usage manuels.
4° Le tronc lui-même perd l’harmonie de ses antagonistes, et à un moment donné la station assise et sans appui devient impossible. Alors le tronc est agité par des contractions brusques irrégulières, provoquées par des efforts d’équilibration.
5° Dans une période plus avancée, la station et la marche deviennent absolument impossibles, quoique le sujet possède la force normale de ses mouvements partiels et les moins composés, lorsqu’on les lui fait exécuter dans le décubitus horizontal.
Diagnostic. — A l’article titubation nous avons signalé la confusion qu’on fait généralement de ce symptôme avec l’ataxie locomotrice. Elle est devenue telle que la plupart des auteurs proposent comme type de cette dernière la titubation anesthésique , c’est-à-dire le symptôme de la sidérose des cordons postérieurs de la moelle. L’ataxie peut survenir dans les périodes avancées de cette maladie, il est vrai, la titubation peut dégénérer en ataxie, mais celle-ci diffère essentiellement de celle-là. Il importe donc de bien fixer le diagnostic.
Rappelons d’abord que la titubation se rattache au vertige, c’est-àdire à la perte du sentiment de l’équilibre. Le malade hésite en marchant, il tâtonne, chancelle, tombe même, non pas parce que ses mouvements sont partiellement disproportionnés ou irréguliers, mais parce qu'ils manquent d'assurance ; et ils manquent d’assurance, tantôt parce que le malade cesse d’être guidé par les sensations musculaires, tactiles ou visuelles, tantôt parce que sa tête est plus ou moins entreprise, tantôt enfin, parce que des idées ou des impressions illusoires dominent son esprit.
Dans l 'ataxie, au contraire, il n’y a pas de vertige, ni de sensations ou idées illusoires, et si le sens musculaire, le tact ou la vue sont altérés parfois, ce n’est jamais que par coïncidence, ou parce que la cause morbide affecte les nerfs de ces sens en même temps que les nerfs locomoteurs; en aucun cas l’affection des premiers ne devient la cause de l’ataxie. Ajoutons que la démarche, ici, n’est pas seulement mal assurèe y mais positivement désordonnée , c’est-à-dire composée de mouve-
ments partiels asynergiques, manquant en outre de mesure et de direction.
Dans la titubation le malade domine et apprécie la quantité de mouvement; il y porte meme une attention exagérée, craintive. Dans l’ataxie il y a disparate entre l’acte spinal et l’acte cérébral, entre le mécanisme et la volonté : « l’harmonie préétablie des irradiations spinales est altérée ; les éléments nerveux qui reçoivent l’incitation motrice n’ont plus l’excitabilité uniforme de l’état normal ; exagérée pour quelques-uns, elle est diminuée ou nulle pour d’autres, et la réaction spinale qui produit le mouvement, au lieu d'être régulièrement subordonnée, quant à sa force et à son étendue, à l’impulsion de la volonté, la dépasse d’une quantité proportionnelle à l'accroissement anomal de l’excitabilité (1). »
Pratiquement, le diagnostic pourra se guider d’après les différences suivantes :
a. Dans l’ attitude couchée , le malade affecté de titubation exécute les mouvements de la jambe avec régularité et mesure, tandis que dans l 'ataxie, si on lui demande de la soulever, il la lance avec une brusquerie violente au delà du but voulu, et peut-être dans une direction imprévue.
b. Dans la station debout , le malade titubant éprouve de la crainte, une sensation vertigineuse ; il se fatigue vite et a de la peine à se maintenir. Le malade ataxique chancelle, sans éprouver de l’anxiété ni aucune sensation vertigineuse ; les muscles fléchisseurs , surtout les fléchisseurs du pied sur la jambe, sont pris de contractions involontaires, de sorte que l’avant-pied est soulevé et que le corps oscille.
c. La démarche est hésitante, gênée, maladroite dans la titubation ; elle n’est point irrégulière ; c’est l’avant-pied qui atteint d’abord le sol, après quoi le talon y retombe doucement. Dans l 'ataxie la démarche est inégale, saccadée, désordonnée; le pied arrive au contact du sol par le talon, vivement et avec bruit ; le malade marche en trépignant .
On pourrait aussi confondre l’ataxie avec la paraplégie. Pour éviter cette erreur on fera attention, suivant le conseil de M. Jaccoud, que le paraplégique traîne ses pieds à terre, qu’il les porte en avant en ligne droite, que les mouvements de la marche sont lents, hésitants, mais non désordonnés, et que l’avant-pied touche le sol avant le talon,
(1) Jaccoud, Les paraplégies et Vataxie du 'mouvement . Paris, 1864, p. 644.
tandis que V ataxique lance les jambes en avant, brusquement et en lignes courbes inégales; le mouvement total est interrompu par des contractions partielles irrégulières, et le pied appuie d’abord sur le talon.
1° Ataxie spinale.
Depuis la rectification proposée en ce qui concerne le tabes dorsualis ou la sclérose spinale postérieure, nous conservons par devers nous des matériaux sur lesquels la critique ne s’est pas encore suffisamment exercée. Force nous est donc de nous en tenir à une affirmation générale.
Il est incontestable que l’ataxie locomotrice proprement dite doit être comprise parmi les symptômes des maladies de la moelle épinière, bien quelle soit beaucoup plus rare qu’on ne le dit communément. Mais quelles sont ces maladies? quel est leur siège spécial? dans quelle période l’ataxie se joint-elle aux autres symptômes? Ce sont là précisément les questions auxquelles nous ne saurions répondre qu’en nous appuyant sur des observations dont les unes sont incomplètes, et les autres encore trop isolées pour être suffisamment probantes.
Nous nous contenterons donc de dire que l’ataxie est plus particulièrement le symptôme des lésions du système spinal antérieur , qu’elle semble dépendre de la substance kinésodique plutôt que des fibres motrices des cordons antérieurs, mais qu’en fait, elle est presque toujours accompagnée de paraplégie, puisque rarement la lésion reste circonscrite au système kinésodique.
2° Ataxie mésocéphalique.
On ignore encore quelle partie de l’encéphale récèle l’organe central de la locomotion et de la préhension, l’organe qui règle souverainement le mécanisme de ces actes à la sollicitation de la volonté ou de la sensibilité. Il y a grande probabilité cependant, que son siège est dans les corps striés et les couches optiques. C’est dans ces parties qu’on rencontre en effet souvent la lésion dans les cas d’ataxie proprement dite.
Mais la cause du désordre des mouvements peut aussi siéger plus en arrière, dans le mésocéphale. On sait que la protubérance annulaire et la moelle allongée forment comme des points de réunion ou de concentration pour les fibres nerveuses qui se rendent aux muscles du tronc et des membres. L’observation démontre que leur lésion est une cause fréquente d’ataxie des mouvements.
Les lésions du cervelet, ainsi que nous 1 avons fait voir plus haut, produisent la titubation. Si on leur a attribué souvent l’incoordination des mouvements, c'est à la suite de préoccupations théoriques. Des phénomènes positifs d’ataxie s’ajoutent à la titubation caractéristique seulement dans les cas ou la lésion du cervelet affecte en même temps les organes du mésocéphale, que ce soit par extension, par irritation ou par compression (1). Nous les avons constatés dans l’hémorrhagie du cervelet, quand le sang s’était épanché dans le quatrième ventricule, et avait ainsi comprimé la moelle allongée.
5° Ataxie cérébrale.
Bouillaud a démontré, le premier, que les désordres de la motilité qui signalent la première période de la périencéphalite chronique ou paralysie générale des aliénés, ne constituent point une paralysie dans le sens rigoureux du mot, mais un trouble de coordination qui atteint , simultanément ou successivement, les organes de la parole et ceux de la locomotion et de la préhension. Cette manière de voir a été confirmée ensuite par Skae, Forbes Winslow, Salomon et M. Jaccoud.
« Les membres ne sont pas traînés, dit Skae (2), comme dans l’hémiplégie, la force musculaire n’est pas diminuée, et en somme, il n’y a aucune paralysie, dans le sens ordinaire du mot. Ce qui existe, c’est un (rouble dans le pouvoir de diriger les mouvements des membres, c’est une impuissance à contrôler leur action cordonnée. Le résultat de tout cela, c’est que l’individu chancelle en marchant, il élargit sa base de sustentation, et oscille d’un côté à l’autre comme un homme ivre » .
Ce n’est que dans les périodes ultérieures de la maladie, lorsque les lésions encéphaliques ont progressé, que la force musculaire diminue en même temps que la transmission volontaire, qu’une paralysie véritable remplace l’ataxie du début, paralysie progressive, finissant par immobiliser le malade dans son lit comme une masse inerte.
On ne sait pas encore, ainsi que M. Jaccoud le fait remarquer, si cette espèce d’ataxie dépend directement de la lésion des couches grises des hémisphères, ou d’une altération concomitante ou secondaire de
(d) Ce fait a été particulièrement mis en lumière par Brown-Séquard. Voyez Jaccoud, loc. cit., p. 627.
(2) D’après la citation de M. Jaccoud, loc. cit., p. 620.
certains points de l’encéphale. On a des autopsies qui parlent en faveur de cette dernière opinion (1).
L’on a aussi des observations de tabes dorsualis où la titubation anesthésique a été suivie d’ataxie véritable et celle-ci de démence paralytique (2). Il y avait là, dans le principe, lésion des cordons postérieurs de la moelle, plus tard, altération de la moelle allongée, du plancher du quatrième ventricule et des couches optiques, à la fin, périencéphalite.
4° Ataxie dyshémique et toxique.
M. Jaccoud, que nous suivons ici de préférence, a établi que la soidisant paraplégie diphthérique n’est parfois qu’une ataxie (3).
On signale aussi ce symptôme parmi ceux du typhus et de l’état adynamique.
Enfin, l’alcoolisme chronique y donne lieu dans des cas très-rares, ainsi qu’il conste de deux observations de Bourdon et de Marcé (4). Personne ne confondra l’ataxie alcoolique qui précède immédiatement la paralysie, avec la titubation de l’ivresse.
3° Ataxie hystérique .
On a signalé, parmi les accidents hystériques, une forme d’ataxie résultant, à ce qu’il paraît, de troubles survenus dans le sens musculaire et dans le sens tactile (5).
M. Jaccoud admet une seconde forme d’ataxie hystérique, consistant, suivant lui, en une suractivité anormale dans l’excitabilité réflexe de la moelle (6). Il nous semble que c’est là plutôt un accident asta sique, un trouble devant trouver sa place dans Particle saltation (spasme saltatoire).
(1) Par exemple, l’observation de Schroeder van der Kolk, citée par Jaccoud, loc. cit., p. 623.
(2) Ce sont celles de Horn et de Westphal, citées également par Jaccoud, loc . cit ., p. 625.
(3) Loc. cit. 7 p. 631 .
(4) Voyez Jaccoud, loc. cit ., p. 630.
(5) Lasègue, De V anesthésie et de V ataxie hystériques , in Arch. yen. de Méd., 1864.
(6) Loc. cit., p. 637,