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DE LA CONTRACTURE

Cette dénomination désigne différents états de raideur et de raccourcissement plus ou moins persistant des muscles, états que, dans l’avenir, on décrira sans doute comme des accidents distincts. Pour le

moment, la question n’est pas mûre; il faudra même encore des efforts, nous le craignons, pour faire reconnaître dans tous les cas la contracture comme telle, et spécialement pour la faire distinguer de la paralysie.

Quoi qu’il en soit, il importe d’éviter, dès à présent, l’exemple donné par quelques pathologistes qui étendent le mot contracture jusqu’aux crampes, témoins la tétanie ou contracture idiopathique des extrémités et la contracture par abus fonctionnel , de M. Woillez. Il importe de bien distinguer des accidents que les praticiens distinguent sans embarras, et qui n’ont rien de commun entre eux, si ce n’est un mécanisme hypothétique.

Pour qu’une contraction puisse être considérée comme persistante , il fautqu’elle ne soit pas provoquée par une impulsion nerveuse passagère, comme les convulsions. Le tétanos ne doit pas s’appeler contracture, mais bien convulsion tonique.

La contracture persiste , c’est-à-dire n’est pas sous l’influence des fluctuations ordinaires de l’innervation. S’il fallait un critérium pratique, nous dirions que la contracture persiste pendant quelques heures au moins, et qu’elle est réellement continue , non interrompue par des convulsions ni par des exacerbations brusques. La plupart du temps elle est même permanente , c’est-à-dire quelle ne cesse qu’avec la vie ou avec la désorganisation des muscles affectés.

Signes. — On reconnaît la contracture à la raideur, la dureté et la tuméfaction apparente des muscles, à la tension et au relief des tendons, à l’immobilité et à la position forcée des os. Quand elle a existé un certain temps, elle occasionne en outre des déviations et des déformations.

La saillie ou tuméfaction des muscles contracturés en impose souvent pour une hypertrophie, dans l’examen des déviations de la colonne vertébrale et des membres. Pour s’y reconnaître, on peut avoir recours à l’électricité. La fausse hypertrophie disparaît lorsqu’on force ainsi la contraction des muscles antagonistes plus ou moins paralysés. Dans les muscles contracturés même , aussi longtemps qu’ils ne sont pas altérés dans leur texture, on obtient encore un degré de contraction de plus, par l’excitation électrique, mécanique ou réflexe.

Quant à l’ extensibilité des muscles contracturés, on observe les trois cas suivants :

1° L’extensibilité est nulle, quand la substance musculaire est altérée,

comme dans la contracture nutritive et dans toutes les contractures anciennes ;

2° Les muscles résistent à la volonté, mais se relâchent ou s’allongent au repos ou pendant le sommeil ; c’est le signe que leur substance n’est pas altérée, mais que la cause consiste en une excitation permanente des nerfs moteurs ;

3° La contracture ne cède pas pendant le sommeil, mais bien ça et là sous l’influence de la volonté ; c’est l’indice que la cause est réflexe. Dans les deux derniers cas, la contracture disparaît dans la narcose chloroformique complète.

La contracture idio-musculaire se fait reconnaître à line ligne en relief, soulevant la peau, qui se forme quand on fait passer transversalement un courant électrique à travers le muscle, ou quand on le pince entre deux doigts dans la même direction.

La contracture ne crée ni lassitude ni épuisement, durât-elle pendant des semaines et des mois. C’est un des caractères par lesquels elle se distingue du spasme tonique. 11 s’explique sans doute par l’altération que subissent les actes nutritifs et respiratoires dans les muscles et les nerfs.

La contracture occupe plus souvent les muscles fléchisseurs que les extenseurs, d’abord, parce que ces derniers sont plus que les autres sujets à la paralysie, ensuite, parce que normalement déjà la puissance des fléchisseurs l’emporte sur celle des extenseurs qui, en toute circonstance, se fatiguent plus vite etontunpoidsplusconsidérable à soutenir. Les poignets sont fléchis à demi, les doigts rapprochés en pointe, le pouce est collé à l’annulaire. Dans les fortes contractures on voit les ongles s’enfoncer dans la paume de la main. Aux pieds cependant l’extension est plus fréquente que la flexion, tandis que les orteils sont toujours fortement incurvés et que le talon peut se coller aux fesses.

Effets et conséquences . — Que le mal procède primitivement du muscle ou qu’il vienne des nerfs, toujours est-il qu’il se confirme et se consolide par la nutrition. Le muscle contracturé devient définitivement plus gros et plus court; le raccourcissement, de dynamique qu'il était, devient organique.

La traction constante dans un sens donné détermine des démâtions ou rétractions permanentes, et cet effet est plus prompt et plus prononcé quand, ainsi qu’il arrive très-souvent, les muscles antagonistes sont en même temps paralysés. Telle est la cause ordinaire du strabisme,

du torticolis, du pied bot, des déviations de la colonne vertébrale et du bassin.

Quand une forte contracture affecte pendant longtemps un membre, elle peut occasionner la luxation dite spontanée des os respectifs, accident sur lequel Friedberg (1) a le mérite d’avoir appelé l’attention.

Quand la contracture est compliquée de rachitisme ou d’ostéomalacie, complication très-fréquente en effet, elle détermine l’incurvation des os longs,- l’affaissement oblique des vertèbres et la courbure définitive de la colonne.

Enfin, les articulations immobilisées et maintenues dans un état de pression abnorme, s’irritent, s’enflamment et se désorganisent; leurs cartilages s’atrophient, les ligaments s’allongent ou se raccourcissent selon le cas, de sorte que, alors même qu a la fin, les muscles contracturés sont à leur tour atrophiés ou dégénérés, les membres ne reprennent plus jamais leur direction première.

i° Contracture myopathique.

L’excitation ou irritation permanente maintient la fibre musculaire à l’état de raccourcissement; témoin l’espèce de contracture qu’on provoque en pratiquant l’électrisation localisée des muscles.

La contracture myopathique est un accident de l’inflammation de la substance musculaire et des gaines qui l’entourent. Elle s’observe donc à la suite de Y effort et comme compagne du rhumatisme. Elle se produit au voisinage des phlegmons et des articulations enflammées.

Quand un muscle a été maintenu trop longtemps immobile, il a de la peine à retourner à son état moléculaire primitif, c’est-à-dire qu’il persiste d’abord dans un état intermédiaire entre le raccourcissement et 1 allongement. C’est comme une difficulté accommodation.

Nous voyons aussi les membres devenir raides à la suite de positions incommodes conservées pendant un certain temps, et leur mouvement manquer de force, parce que l’influence du mouvement précédent ne s’efface pas assez rapidement. C’est le même phénomène que la raideur par défaut d’exercice. Il se présente dans un haut degré lors de la guérison des fractures et des luxations, quand le membre a été longtemps maintenu immobile par des bandages et appareils.

2° Contracture neuropathique.

Les lésions des nerfs périphériques sont rarement suivies de con-

(1) Pathologie und Thérapie der Muskellaehmung . Weimar, 1 858, p. 196.

fracture. On connaît cependant des exemples, où leur compression et irritation par des tumeurs ou par l’utérus enceinty a donné lieu.

Les contusions ou commotions violentes occasionnent parfois des contractures partielles ; mais on ne sait pas si c’est en agissant sur les nerfs ou sur les muscles.

3° Contracture antagonislique .

Elle joue un grand rôle en chirurgie orthopédique. Toutes les parties du corps n’étant maintenues en position que par l’action diagonale de muscles antagonistes, elles doivent nécessairement dévier vers le côté sain, quand ceux du côté opposé sont paralysés.

On a vu plus haut l’exemple fourni par l’hémiplégie faciale. Ici, nous citerons plus spécialement : les déviations de la colonne vertébrale occasionnées par inaction ou paralysie musculaire, certaines incurvations des membres et l’inflexion des doigts dans la paralysie saturnine.

Bichat avait vu dans ce genre de contracture un effet de ce qu’il nommait la contractilité par défaut d'extension (1). Au début et à ses degrés inférieurs, la contracture antagonistique n’est en réalité souvent qu’un effet de ce qu’on nomme aujourd’hui X élasticité musculaire. Mais en y regardant de près, on se convainc aisément que dans le plus grand nombre des cas le degré de raccourcissement excède les limites de l’élasticité, et que, par conséquent, il est actif ou, si l’on aime mieux, un effet de l’innervation.

Plus tard, lorsque la contracture a persisté un certain temps, les effets de la nutrition s’en mêlent : de physique et dynamique quelle était dans le principe, la contracture devient nutritive ou organique.

Les orthopédistes distinguent avec soin ces deux périodes. Pendant la période de raccourcissement dynamique les muscles contracturés sont encore extensibles , c’est-à-dire qu’on peut, sans grand effort, ramener à sa position normale le membre dévié. Quand le raccourcissement est devenu nutritif , la déviation résiste à toute tentative d’extension ou de redressement, les muscles étant devenus réellement trop courts.

La contracture antagonistique est occasionnée par tout affaiblissent) Friedberg ( Pathologie und Thérapie der M uskcllaehniuny . Weimar, 18b8, p. 1G8), quia étudié cette contracture avec un soin tout particulier, l’a appelée contracture myopalhique. Cette dénomination ne nous semble pas devoir être acceptée, puisque l’accident qu’elle désigne a précisément son siège dans ceux des muscles antagonistes qui ne sont pas malades.

ment permanent, ainsi que par la paralysie et l'inaction d’une catégorie de muscles. Elle est la conséquence de certaines attitudes vicieuses, de l’immobilisation des membres, des ankylosés et maladies articulaires en général, de la mise hors d’usage de certains muscles, de l’atrophie graisseuse progressive et de l’atrophie cicatricielle ou transformation des muscles en tissu ceilulo-fibreux. Elle produit l’incurvation de la colonne vertébrale à la suite de l’empyème.Elle est un accident consécutif de la paralysie périphérique ou centrale des nerfs moteurs. Chez les hémiplégiques, spécialement, il se développe à la longue une contracture des fléchisseurs de la main, avec ou sans contracture des fléchisseurs des doigts. Enfin, la contracture antagonistique figure parmi les causes qui retardent souvent la guérison des plaies musculaires et déterminent des déformations, par exemple, dans le moignon des amputés.

i° Contracture réflexe .

Brodie (J) avait déjà reconnu que le raccourcissement du membre qu’on constate dans certaines affections douloureuses de la hanche, est dû à cette circonstance que les nerfs sensibles communiquent aux nerfs moteurs leur état de surexcitation. Le même mécanisme se fait remarquer dans les affections douloureuses des muscles, dans les luxations et les fractures. Selon Blasius, la dislocation des bouts fracturés des os dépend uniquement de l’irritation qu’ils entretiennent dans les chairs, et cette manière de voir est confirmée par cette considération que le déplacement des fragments augmente en raison de la douleur, tandis que dans l’arthrite et l’arthralgie le malade donne instinctivement au membre la position propre à éviter la douleur. C’est ainsi que se justifie la distinction entre la contracture réflexe et la contracture instinctive qu’on confond généralement l’une avec l’autre.

L’irritation d’un muscle provoque souvent la contracture des muscles voisins ou des muscles antagonistes. D’autres fois, l’excitation réflexe procède de la peau, ainsi qu’on le constate en grand dans l’action du froid. Selon Benedikt, l’excitation de points circonscrits de la peau détermine parfois des contractions partielles, c’est-à-dire la contraction de quelques faisceaux musculaires isolés, ou la formation de nœuds ou de saillies transversales dans les muscles correspondants. La contracture réflexe s’affaiblit ou cesse même entièrement lors du repos absolu du

(t) Lectures illustrative of certain local nervous affections. London, 1857, p. 59.

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corps ou de la partie douloureuse, mais reparaît à chaque mouvement, même à chaque intention de mouvement. C’est pour cela qu’on a recours à l’immobilisation, par la position ou à l’aide de bandages, des articulations enflammées ou des fragments d’os fracturés.

On explique aussi, par ce fait, que certaines contractures sont variables, quelles disparaissent et ne reparaissent que dans certaines circonstances. Stromeyer et Dieflenbach ont fait connaître des cas où le pied-bot et d’autres difformités ne se montraient que quand le malade touchait le sol avec le pied ou quand le poids du corps pesait sur le membre, tandis qu’ils disparaissaient chaque fois dans la position horizontale.

Généralement toutes les contractures augmentent quand la volonté agit sur la partie malade ou quand l’attention s’y porte, à moins qu’il y ait déjà dégénérescence des muscles ou paralysie complète des antagonistes. La difformité devient plus apparente lorsqu’on demande au malade de se tenir droit ou de se soumettre à l’inspection. Hasse a rappelé à cette occasion certains phénomènes de la chorée et de la crampe des écrivains.

5° Contracture instinctive.

Lorsque la douleur sévit dans une articulation, le malade met instinctivement le membre dans la position qui convient pour l’éviter. C’est d’ordinaire la position intermédiaire entre h flexion et l’extension, entre l’adduction et l’abduction, entre la rotation en dedans et la rotation en dehors.

D’instinct aussi, il cherche à assurer cette position et à éviter toute secousse, ainsi que le déplacement des surfaces articulaires. Dans ce but, il presse ces surfaces l’une contre l’autre, et immobilise l'articulation par la contraction permanente de tous les muscles qui l’environnent.

C’est ainsi que se produit, entre autres, la contracture qui joue un si giand rôle dans l’histoire de la coxalgie. Elle est certainement instinctive ; mais à certaines périodes du mal et dans certaines circonstances, il se joint à la cause instinctive, une cause réflexe (1), c’est-àdire qu’à l’action indirecte de la douleur s’ajoute son action directe;

(1) Friedberg (toc. cil., p. 180) cherche la cause de cette contracture dans une congestion des muscles, ou mieux, dans l’augmentation de la pression sous laquelle se trouve leur sang par suite de l’arthrite.

du moins observe-t-on qu’au moindre mouvement le raccourcissement et la raideur des muscles augmentent.

Quand, dans une maladie articulaire, un doute existe sur la nature de la contracture qui l’accompagne, on fera attention si le raccourcissement du membre et la raideur musculaire se montrent et augmentent à la suite des mouvements du membre, ou spontanément et au repos parfait. Dans le premier cas on pourra la considérer comme réflexe , dans le second comme instinctive .

La différence avec la contracture antagonistique s’établira d’après les deux signes suivants : 1° tous les muscles sont raccourcis quand la contracture est instinctive, et non pas seulement les fléchisseurs ou les extenseurs; 2° il y a, du moins au début, immobilisation, et non pas déviation du membre.

Toutefois, quand la contracture, même instinctive, a duré un certain temps, il survient des altérations matérielles comme dans les autres espèces, c’est-à-dire que le raccourcissement devient nutritif et qu’il se développe en outre des adhérences et des brides fibro-cellulaires dans la substance des muscles. Alors, la flexion du membre l'emporte peu à peu sur l’extension, indépendamment des complications qui naissent de la maladie articulaire proprement dite.

6° Contracture cérébrale.

Les affections aiguës et snb-aiguës des centres nerveux s’accompagnent de contractures auxquelles les auteurs imposent plus particulièrement le nom de contractures symptomatiques. Ils les appellent aussi paralytiques en opposition aux contractures qu’ils désignent comme spasmodiques; mais il y a ici une erreur en ce sens que les premières, tout en accompagnant des états paralytiques ou apoplectiques, n’en constituent pas moins des phénomènes d’excitation.

On observe la contracture dans l’irritation, l’hypérémie ou inflammation circonscrite, dans les foyers inflammatoires des organes situés à la base de l’encéphale, spécialement des corps striéset des couchesopliques; et comme l’irritation circonscrite appartient presqu’exclusivement au ramollissement jaune, à certaines tumeurs et à l’hémorrhagie, la contracture intéresse particulièrement le diagnostic de ces trois lésions.

Elle est toujours précédée, accompagnée ou suivie de paralysie, symptôme qui, à première vue, semblerait devoir l’exclure. C’est que, en règle générale, l’irritation envahit les couches de l’encéphale qui avoi-

sinent immédiatement les portions déchirées, ramollies ou atrophiées; elle peut même envahir, par extension, des fibres antérieurement privées de Tinflux cérébral normal (i); en tout cas, lorsqu’elle persiste, elle détermine la désorganisation des éléments encéphaliques et, par conséquent, la paralysie. Mais toujours, et nonobstant les apparences, elle est un symptôme d’excitation, tandis que la paralysie demeure exclusivement un symptôme de dépression.

Ainsi, il est de règle que dans les foyers inflammatoires et dans le ramollissement jaune du cerveau, la rigidité des membres s’ajoute aux phénomènes paralytiques. Elle est passagère ou permanente, bornée à quelques muscles, ou étendue sur un grand nombre. On sait du reste que les alternatives d’amélioration, d’état stationnaire et d’aggravation sont pour ainsi dire caractéristiques dans ces lésions.

La tuberculose du cerveau se manifeste souvent dès le début par des contractures partielles, de même que le ramollissement chronique de l’encéphale. Puis, la plupart des lésions traumatiques , telles que commotions, fractures, plaies pénétrantes, luxations des os du crâne, entraînent à leur suite la rigidité des membres.

Mais la lésion, dans laquelle la présence ou l’absence du symptôme est pratiquement la plus intéressante, c’est Vhémorrhagie cérébrale. Deux sortes de contractures sont à distinguer chez les apoplectiques : la contracture initiale et la contracture terminale.

La première s’établit au même moment que la paralysie ou peu de temps après celle-ci. Elle se prononce davantage dans la période de réaction et sert de guide au praticien dans la distinction, si importante pour lui, de l’état d’excitation d’avec l’état de dépression. Elle cesse avec la réaction et les accidents paralytiques persistent alors seuls.

La forme sous laquelle la contracture hémiplégique se manifeste d’ordinaire est celle d’une flexion rigide des doigts , de la main et même de l’avant-bras et du bras, accompagnée d’une extension forcée des orteils et du pied. Elle est toujours plus énergique et plus étendue au membre thoracique qu’au membre pelvien. Inutile de rappeler quelle n’occupe qu’un côté du corps. Dans des cas rares il y a contracture d’un côté, et paralysie de l’autre.

(1 ) M. Corail a rencontre l’intégrité des fibres nerveuses dans sept cas d'hémiplégie suivie de contracture tardive et permanente des membres. Voyez Métn . de ta Société de Biologie. Paris, année 1803.

Selon Durand-Fardel (1) il n’y aurait contracture (initiale) que dans les cas où le sang épanché pénètre dans les ventricules ou à la surface du cerveau. Le fait est vrai en ce sens qu’ alors les corps striés et les couches optiques sont affectés, mais, comme ils ne le sont pas dans ce cas seulement, cette assertion n’a qu’une valeur relative.

La contracture terminale , chez les apoplectiques, survient plus tard, après la période de dépression pure, et souvent après un temps assez long. Elle se développe lentement, insensiblement, de préférence dans les muscles fléchisseurs, et n’est jamais aussi prononcée ni aussi étendue que la contracture initiale (2). Sa cause est dans l’irritation inflammatoire qui s’établit autour du sang épanché ou de la lésion primitive. On pourrait donc la considérer comme un symptôme de cicatrisation ou de guérison.

Dans la méningite et la périencéphalile on observe la contracture lorsqu’elles siègent à la base de l’encéphale et surtout lorsqu’elles y donnent lieu à des épanchements séreux ou albumineux. Des contractures étendues sont aussi le symptôme de Y hémorrhagie ou apoplexie méningée.

Enfin, nous mentionnerons les contractures persistantes dont l’origine remonte à la vie fœtale. Le pied-bot varus et valgus ainsi que la main-bot de naissance, quand ils ne dépendent pas d’une maladie de la moelle épinière, sont des conséquences de l’hydrocéphale ou de déformations graves du cerveau, telles que l’hémicéphalie et i’encéphalocèle.

En général, la contracture cérébrale se fait reconnaître à ce signe qu’elle est presque toujours unilatérale ou hémiplégique. Comme la paralysie cérébrale, elle suit la loi de l’entrecroisement, et affecte de préférence les membres supérieurs.

A part celle qui se rapporte à la période de guérison des foyers apoplectiques et au ramollissement cérébral chronique, son invasion est brusque, c’est-à-dire qu’elle atteint dans un même moment toute une main, tout un avant-bras, tout un bras. Elle est presque toujours

(1) Traité du ramollissement du cerveau. Paris J 845, p. 195.

(2) On trouvera une bonne étude comparative de la eontracture et de la paralysie, en ce qui concerne les apoplectiques, dans R. B. Todd, Clinical lectures on para lysis, disease of the brain and othcr affections of the nervous System. London, 1854, On consultera aussi avec fruit l’ouvrage plus ancien de Dietl, Anatomisclie Klinik der Gchirnkrankheiten, Wien, 1846, p+ 152 et suiv.

accompagnée de douleurs. Il est des cas où elle ne dure que quelques heures ou quelques jours : c’est quand l’hypérémie dont elle est le symptôme disparaît au bout de ce temps. D’autres fois cependant elle persiste pendant toute la vie ou ne se termine qu'avec la désorganisation des nerfs et des muscles.

On a remarqué chez les hémiplégiques que les muscles contracturés s'atrophient plus vile que les muscles paralysés.

7° Contracture spinale.

A l’époque où l’on faisait dépendre le tonus musculaire de la moelle épinière exclusivement, on n’envisageait la plupart des contractures que comme des symptômes spinaux. Dans l’opinion de Marshall Hall (1), adoptée par Henle (2) et par plusieurs autres pathologistes, les muscles se mettraient en l’état de tonus exagéré, chaque fois que l’influx cérébral serait aboli avec conservation de l’influx spinal. Mais aujourd'hui qu’on ne doute plus de l’existence de la contracture cérébrale , et qu’on distingue bien l’exagération du tonus de la contraction permanente des muscles, on n’a plus besoin de réfuter ces conceptions théoriques.

Affirmons que la contracture spinale est l’effet direct et caractéristique de l’irritation des fibres motrices de la moelle, comme la contracture cérébrale est l’effet de l’irritation des fibres motrices de l'encéphale.

La méningite spinale aiguë se manifeste plus souvent sous la forme du tétanos que sous celle de la contracture; cependant, la raideur et le raccourcissement des muscles de la nuque constituent le signe ordinaire de l’inflammation des enveloppes de la moelle cervicale et caractérisent souvent la méningite cérébro-spinale.

Plusieurs maladies de la colonne vertébrale ainsi que les exsudats et les produits accidentels déposés à la face antérieure de la moelle, occasionnent des contractures persistantes dans les muscles correspondants au niveau lésé. Cruveilhier (3), Mayo, Marshall-Hall, entre autres, ont publié des observations remarquables de compression et de désorganisation partielle des cordons antérieurs avec flexion perma-

(1) Müllcr’s Archiv /’. Physiologie. 1857, p. 200.

(2) Rationellc Pathologie. T. I, p. 255.

(5) Anal, pathol. Paris, 1855-45, t. II, livr. 25 et 28.

nente des membres inférieurs, allant jusqu’à maintenir les talons en contact avec les fesses.

Cependant, plusieurs observateurs ont éprouvé une déception après avoir diagnostiqué ce siège dans des cas semblables , la lésion ayant occupé les cordons postérieurs exclusivement. Au premier abord cela a paru contrarier les données de la physiologie, et c’est ce qui a engagé Schiff à soumettre la question à un nouvel examen, duquel est résulté la proposition que voici : « Chaque fois, dit-il (1), que la contracture des membres inférieurs coïncide avec une lésion évidente des portions dorsale ou cervicale de la moelle épinière, elle dépend d’une affection des cordons 'postérieurs ou des racines nerveuses qui les traversent; c’est-à-dire que l’action sur les fibres motrices est réflexe. »

Dans les cas, poursuit-il, où la contracture est provoquée par une compression légère des cordons antérieurs , elle est en quelque sorte anlagonistique , c’est-à-dire une suite de la paralysie des extenseurs. Elle disparait pendant le sommeil et quand, à l’état de veille, le malade repose très-tranquillement dans une position horizontale; elle disparait aussi dans la narcose chloroformique légère, tandis que la contracture qui dépend de l’excitation des cordons postérieurs ne cède qu’aux degrés supérieurs de cette narcose.

En tout cas, on se gardera, d’après le conseil de Schiff, d’attribuer à une lésion circonscrite des cordons antéro-latéraux les contractures constatées dans le domaine des nerfs qui naissent en dessous de la lésion, puisqu’il n’y a pas de fibres motrices proprement dites qui parcourent la moelle dans le sens de sa longueur.

La doctrine des contractures par action réflexe intra-médullaire nous éclaire aussi sur ce fait qui avait embarrassé les meilleurs physiologistes, à savoir qu’une lésion des cordons postérieurs peut provoquer la contracture dans des parties qui reçoivent leurs nerfs d’un niveau supérieur. On a vu la flexion rigide et permanente des membres supérieurs survenir à la suite d’une lésion de la partie inférieure de la moelle dorsale (2). Dans une observation de Magendie (3),

(1) Physiologie, p. 294.

(2) Nasse, Untersuchungen zur Physiologie und Pathologie , Bonn, 1836, t. I, p. 246. — Bieger, Diss. de regionibus medullœ spinalis. Bonnae, 4854. — Schiff, Physiologie , p. 295.

(5) Journal de physiologie, t. IV.

les bras étaient serrés contre le thorax, les avant-bras fortement fléchis et les doigts incurvés au point que les ongles s’enfonçaient dans la paume de la main ; à l’autopsie on trouva une désorganisation de la partie postérieure et externe de la moelle.

La contracture permanente des muscles extenseurs est en général plus rare que celle des fléchisseurs, ce qui est d’autant plus étonnant que dans le tétanos et les autres espèces de spasme tonique passager le contraire a lieu. 11 y a cependant des irritations ou inflammations circonscrites delà moelle qui s’annoncent par la contracture des extenseurs.

8° Contracture sympathique.

Plusieurs médecins signalent des contractions persistantes dont ils rapportent la cause à l’organe utérin. Un remarquable exemple de contracture dysménorrhoïque a été publié par M. Briquet (4). Il est probable que ces cas doivent s’expliquer par un état congestif de la moelle épinière.

9° Contracture rhumatismale.

Le Béribéri de la côte de Malabar a pour symptôme principal la contracture des membres, surtout des membres inférieurs, et sa cause semble consister dans un trouble profond apporté dans les fonctions de la peau par des influences atmosphériques. Dans nos climats aussi, la contracture succède souvent au brusque refroidissement de la peau.

Notre ancien chef de clinique, le docteur Gofl'art, a publié une observation très-intéressante (2) de cet accident.

40° Contracture dyshémique.

La contracture qu’on observe parfois à la suite des fièvres graves semble être de nature plutôt paralytique ou antagonistiquc qu’irritative.

Les muscles se trouvent dans un état de décomposition chimique et organique. Ils sont raides, le malade ne peut conserver l’attitude qu’on lui donne ; quand il est assis, il ne peut ni fléchir ni redresser le tronc, ses avant-bras se maintiennent dans un état de demi-flexion et de demi-pronation.

(1) Traité de l’hystérie. Paris, 1859, p. 457.

(2) Des paralysies appelées dynamiques, Diss. inaug. Liège, 4862, p. 39.

11° Contracture toxique.

Celle qu’on a le plus souvent l’occasion d’observer, c’est la contracture saturnine. Elle dépend probablement, dans tous les cas, d’une altération nutritive des organes centraux du système nerveux, altération dont la nature n’est cependant pas connue. liasse pense qu’on ne pourrait pas opposer à cette manière de voir que la contracture n’occupe ordinairement que les fléchisseurs. Elle n’est pas tout à fait partielle, dit-il; puis, il ne coûte rien d’admettre que l’altération nutritive s’étend en même temps à certains nerfs périphériques.

12° Contracture névrosique.

Les contractions permanentes qu’on observe dans le cours ou à la suite de la chorée, de l’épilepsie et d’autres grandes névroses, sontdiiïiciles à expliquer. Peut-être dépendent-elles toujours d’une lésion organique soit du cerveau, soit de la moelle épinière, lésion non étrangère à la maladie principale.

M. Briquet (4) a consacré un article spécial à la contracture survenant chez les femmes hystériques. La névrose, selon lui, ne crée que la prédisposition, tandis que les causes déterminantes sont variées. La forme et le siège de cette contracture varient également à l’infini.

ARTICLE II

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