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DE LA CATALEPSIE

La catalepsie, KccTaX^iq, appelée aussi catochus chez les anciens, de y.txroxoç, saisi, ravi, inspiré, consiste dans un saisissement subit, pendant lequel tous les mouvements de locomotion et de phonation sont arrêtés, le tronc et les membres conservant leur position initiale ainsi que toutes celles qu’on veut leur donner.

Cet accident étant presque toujours accompagné d’une suspension de l’activité intellectuelle et sensorielle, d’une sorte d’hypnotisme ou sommeil léthargique, il est arrivé que beaucoup d’auteurs ont fait de ce dernier trouble la base de leur définition, en n’accordant qu’une valeur accessoire au trouble musculaire. Il est pourtant caractéristique et constant, tandis que la perte de connaissance et l’anesthésie se

(1) Loc. cit.} p. 435.

présentent à des degrés variables, et peuvent même manquer entièrement.

L’immobilité n’est nullement paralytique. Les membres se trouvent, au contraire, à l’état de tension ; ils conservent exactement le degré de contraction qu’ils avaient au moment de l’attaque.

D’un autre côté, elle n’a rien de convulsif, et diffère même essentiellement de la contracture, puisque les membres sont flexibles comme de la cire (flexibilitas cerea) ; ils se laissent fléchir, étendre, contournera volonté. On peut ainsi imposer au corps les postures les plus bizarres, contraires même aux lois de la gravitation; il s’y maintient pendant quelque temps, au point de ressembler à un de ces mannequins articulés qu’on fabrique à l’usage des artistes.

Le caractère propre de l’immobilité cataleptique ne consiste donc pas plus dans un excès, que dans une faiblesse de contraction; il se trouve^ à proprement parler, dans X absence du relâchement des muscles contractés.

La soudaineté de l’invasion entre ensuite comme second élément dans la définition, quoiqu’il y ait des cas où l’immobilité est précédée d’un engourdissement, mais rapidement progressif, de l’intelligence et des sens (I).

Bourdin, dans son excellente Monographie (2), a établi une distinction entre la catalepsie complète ( catalepsia vera ) et la catalepsie incomplète qui correspond à la fausse catalepsie ( catalepsia spuria) des auteurs allemands. La troisième espèce, la catalepsie compliquée , ne mérite pas d’être conservée.

Catalepsie complète. — L’affection éclate subitement sous forme d’accès ou attaques nettement limités et susceptibles de reparaître. Au milieu d’un discours ou d’une action quelconque le malade est saisi d’une raideur générale : il s’arrête , la bouche ouverte, les bras étendus ou levés au ciel, un pied détaché du sol, selon les circonstances, mais toujours immobile comme une statue et conservant les postures les plus bizarres et les plus incommodes dans lesquelles l’attaque l’a surpris.

(1) Voici la définition de Blanchard : Catalepsis est, quando is qui corripitur , subito corripitur, et in quo situ posilus crat, immobilis manet, sive steterit, sive sederit, sive aliter flexus fuerit , rcspirationc salvd, salvo pulsu , apertis oculis, sine motu, loquela, aut sensu. Lexicon medicum; edit. Lovanii, 1754. T. I, p. 192.

(2) Traité de la catalepsie. Paris, 1841.

Exceptionnellement il y a des prodromes (1) consistant en un malaise et une inquiétude générales avec humeur irritable et capricieuse, en des pandiculations et bâillements avec tiraillements musculaires, tintement dans les oreilles, pesanteur des paupières, céphalalgie et vertiges.

La raideur se déclare dans tous les muscles à la fois; il est rare de la voir s’étendre successivement d’une région à d’autres, et plus rare encore de la voir rester circonscrite dans certains membres ou dans un côté du corps.

Au début de l’accès, les membres résistent plus ou moins fortement à toute tentative d’extension ou de flexion ; ce n’est qu’après un certain temps qu’ils deviennent flexibles comme de la cire , de façon à conserver toutes les poses qu’on leur communique, et à les conserver pendant un temps manifestement plus long qu’il ne leur serait possible à l’état de santé. Cependant les exemples parfaits de ce genre de flexibilité sont rares (2).

La raideur cataleptique, à peu d’exceptions près, est proportionnelle à la profondeur du sommeil léthargique. Sur le même individu, elle est en rapport avec le volume des muscles à l’état de tension. Ainsi, l’articulation de la cuisse a plus de rigidité que celle du poignet, et celle du coude plus que les articulations des phalanges. On a remarqué , en outre , que les membres supérieurs sont généralement plus affectés que les inférieurs.

Aucun mouvement volontaire n’est plus possible; mais il est des malades qui continuent automatiquement les mouvements dont ils ont reçu l’impulsion; qui font, par exemple, quelques pas en avant quand on les pousse.

Les mouvements réflexes sont également supprimés ; ils ne succèdent à aucune impression des sens, ni à aucune douleur. Par contre, la contractilité électrique est conservée.

Dans les cas parfaits il y a anesthésie complète avec perte de connaissance ; l’œil, notamment, devient insensible à la lumière et au contact, et le malade ne garde absolument aucun souvenir des impressions reçues. Dans les cas ordinaires les expériences pénibles auxquelles on a pu le soumettre, lui laissent un souvenir confus, sans qu’il sache exactement ce qu’on lui a fait. Exceptionnellement l’ouïe, la vue et le toucher

(1) Selon Bourdin, au contraire, il yen aurait toujours.

(2) Leubuscher, Uandbuch der medicin. Klinik. Leipzig, 1861. T. II, p. 2bo,

semblent rester intacts ; pendant toute la duree de l’accès le malade est conscient de ce qui se passe autour de lui, mais incapable de réagir, de prononcer aucune parole, de faire aucun geste, de changer l’expression de la face, et cette impuissance lui crée une anxiété extrême. On possède des observations authentiques d’individus ensevelis vivants dans un accès de catalepsie.

La raideur cataleptique n’atteint que les muscles de la vie animale. La déglutition se fait sans difficulté pourvu qu’on pousse le bol profondément dans le pharynx. Les mouvements péristaltiques de l’intestin persistent; mais les urines sont retenues dans la vessie, et les fèces dans le rectum, alors même que l’accès se prolonge extraordinairement. Très-peu d’observateurs ont constaté l’évacuation involontaire de ces matières.

Les mouvements respiratoires, ceux du cœur et le pouls artériel, deviennent si faibles que parfois on a de la peine à les reconnaître. Toutes les sécrétions sont diminuées ; la température est basse aux extrémités.

La durée de l’accès n’est souvent que de quelques minutes, d’autres fois de quelques heures ou de deux ou trois jours. Exceptionnellement, mais d’après des relations qui permettent encore le doute, on l'a vu se prolonger pendant deux et trois semaines avec de courtes interruptions.

Le retour est presque toujours brusque; le malade respire profondément, gémit, bâille, et se comporte comme quelqu’un qui se réveille d’un sommeil profond troublé par des rêves pénibles. Il étend ensuite les membres en se livrant à des pandiculations et reprend sans embarras ses occupations. Rarement il reste ému ou abattu, se plaint de chaleur à la tête, de céphalalgie, de vertiges, de brisement des membres, et conserve un peu de stupeur ou de somnolence. Nous avons dit plus haut que dans les cas les plus graves, et quand l’intelligence a été voilée entièrement, il ne conserve aucun souvenir de ce qui s’est passé en lui et autour de lui.

Catalepsie incomplète. — Ici les phénomènes se succèdent moins régulièrement; la rigidité n’est pas générale; la flexibilité des membres manque souvent, et les troubles de la sensibilité sont moins complets.

On a cité des cas dans lesquels un seul membre était frappé de catalepsie ; d’autres où la raideur occupait un côté du corps ; d’autres

encore où il suffisait d’un ordre donné pour faire cesser l’immobilité. Quant à la faculté de perception et à la conscience, abolies dans les cas parfaits, elles peuvent être conservées à des degrés très-variables, ainsi qu’il a été dit plus haut.

Marche. — D’ordinaire, le nombre des attaques est considérable ; mais leur retour est déterminé plutôt par des causes occasionnelles, consistant presque toujours dans des émotions morales, que par des influences pathogéniques régulières. Dans les cas simples, le mal peut se borner à une, deux ou trois attaques.

Dans les intervalles le malade est exempt de tout phénomène morbide, abstraction faite, toutefois, des complications et des symptômes de la maladie fondamentale.

Ainsi les accidents cataleptiques peuvent alterner avec des convulsions hystériques; ou se présenter au début, pendant ou sur la fin de l’hystérospasme. Ils peuvent se combiner avec l’épilepsie, la monomanie, la mélancolie, avec des accidents extatiques, des hallucinations, visions, délires. Cependant, dans ce dernier cas, les attaques sont presque toujours incomplètes et variables; c’est tantôt la conscience, tantôt la sensibilité qui est conservée, et la volonté maintient son influence sur certains groupes musculaires.

Suivant Bourdin (1) le prognostic n’est défavorable que dans lage avancé et en raison de la maladie fondamentale, ou de ce qu’il appelle les complications. La durée du mal peut être très-longue. Une émotion vive ou un accès de passion peuvent le faire cesser. Les excitations douloureuses sont ordinairement impuissantes; elles semblent, au contraire, provoquer parfois une résistance qu’on dirait volontaire. La guérison s’effectue souvent sans laisser des traces ; dans les cas défavorables l’affection se transforme en d’autres névroses : hystérie, épilepsie, convulsions diverses.

Diagnostic. — Le caractère essentiel de la catalepsie doit être cherché, non dans la flexibilité des membres (flexibilitas cerea), mais dans leur immobilitésoudaine avec tension des muscles. Pareille immobilité existe aussi dans l’eætasequiest souvent compliquée de catalepsie, dans la mélancholia altonita où elle est plus ou moins volontaire, dans le tétanos où elle est interrompue par des secousses, et dans l 'hyslcrospasme où elle est précédée ou suivie de convulsions cloniques.

(1) Loc. eit.} p. 157,

On a comparé aussi l’état cataleptique avec celui où se trouvent les personnes foudroyées et les personnes congelées, dont l’aspect rappelle en effet souvent celui d’une statue.

Enfin, on pourrait parfois hésiter entre la catalepsie et le sommeil normal ou pathologique, y compris le narcotisme déterminé par l’éther ou le chloroforme. Qu’on se rappelle pourtant que, dans la première, les muscles offrent à la pression une résistance qu’ils ne présentent jamais durant le sommeil, et que les membres qu’on essaye de fléchir transmettent manifestement l’impression de l’élasticité.

Ainsi que M. Lasègue (4) l’a dit : dans la catalepsie, il y a tension durable, permanente des muscles, se produisant indépendamment de la volonté, n’entrainant pas la sensation de lassitude, ne déterminant pas davantage une fatigue qui se traduirait par le relâchement musculaire.

Prédisposition. — Les accidents cataleptiques, rares à toutes les époques de la vie, s’observent cependant le plus souvent dans le jeune âge. On cite des exemples chez des enfants de cinq ans. La puberté, la menstruation et la grossesse y prédisposent particulièrement.

Le sexe féminin en fournit un nombre de cas notablement plus grand que le sexe masculin. La différence lie dépendrait cependant, au dire de Bourdin, que du contingent fourni par l’hystérie, état morbide auquel M. Lasègue a eu le tort de rattacher presqu’exclusivement la catalepsie.

L’état d’épuisement où le système nerveux se trouve chez les convalescents, chez certaines femmes chlorotiques, chez les hommes qui font des excès de veilles, et chez les onanistes des deux sexes, semble à son tour constituer une prédisposition particulière, et dans d'autres cas il est impossible de ne pas admettre l’influence de l'hérédité, dont Bourdin a cité spécialement quelques exemples.

Mais les cas les plus remarquables de catalepsie complète se développent chez des sujets dont l’âme a été égarée par une éducation dans laquelle la contrainte morale et les terreurs religieuses ont joué un rôle prédominant, ou dans laquelle la vie de sentiment et certain égoïsme béat ont été favorisés outre mesure, ainsi que chez des personnes dont l’âme est habituellement plongée dans les abîmes de la vie contemplative ou agitée par un ascétisme mal entendu. C’est à ce

(i) Archiv. gcn. de médecine. 1 8(55, l. VI, p. 586.

même litre que certains états hypnotiques et onéirotiques, que l’extase, la grande chorée ( cliorea germanorum) et la mélancolie donnent lieu aux accidents cataleptiques.

Enfin, Bourdin range certaines passions, et en particulier l’amour, parmi les causes prédisposantes ou efficientes.

Causes occasionnelles . — Quand la prédisposition existe, les accès sont le plus souvent provoqués par une émotion morale : colère, •frayeur, surprise, chagrin d’amour, contrariété, blessures d’amourpropre, déceptions.

Le ravissement de lame, la méditation profonde, l’absorption de l’esprit, le narcotismeet le trouble cérébral qui accompagne les grandes névroses agissent dans le même sens.

D’après les expériences de M. Lasègue l’occlusion passive des yeux rappelle invariablement l’accès chez les sujets prédisposés, et cela, chose remarquable, même chez les aveugles.

Enfin, on cite le refroidissement et, d’après Medicus et Eisenmann, l’influence du miasme paludéen.

Pathogénie. — Après avoir essayé inutilement d’expliquer les phénomènes cataleptiques par un trouble de l’innervation périphérique sensible ou motrice, on s’est mis généralement d’accord pour attribuer leur cause à un défaut d’impulsion cérébrale.

Il est démontré, en effet, qu’ils ne dépendent ni de la perte du sens musculaire, ni de l’aneslhésie cutanée. Ils cessent à l’instant même ou le malade revient à lui, et ne sont suivis d’aucun sentiment de fatigue. Les muscles ne sont ni relâchés ni contracturés ; ils se trouvent à l'état de contraction naturelle, semblable à celle qui, à l’état normal, leur est imposée par la volonté, et pourtant cette dernière faculté est entièrement abolie.

Niemeyer (4) pense que dans la catalepsie la totalité des nerfs moteurs se trouve dans un état d’excitation moyenne et que c’est ainsi que tous les muscles du corps seraient contractés juste au degré où ils résistent à la pesanteur des membres. La flexibilitas cerea s’expliquerait, selon lui, par la circonstance que les antagonistes seraient parfaitement équilibrés.

Enfin, avec la plupart des pathologistes modernes, il admet comme probable que l’excitation moyenne dont il s’agit dépend de la moelle

(1) Lehrbuch der speciellen Pathologie u. Thérapie. 6e édition, t. II, p. 569.

épinière, cl que la catalepsie devrait être définie, par conséquent, une augmentation du tonus musculaire avec abolition de l'innervation cérébrale.

K. E. liasse (I) objecte à cela que dans l’accès cataleptique ce n’est ni la sensibilité, ni l’intelligence dont l’exercice est suspendu, mais bien le pouvoir d’exciter les nerfs moteurs à la suite des sensations et des idées. Il rappelle que souvent la conscience n’est troublée en aucune façon, que le malade continue de disposer de sa volonté, mais que celle-ci ne réussit pas à mettre en jeu l’innervation motrice correspondante. Enfin, il fait remarquer, avec raison, que la persistance de certaines contractions musculaires est un fait essentiellement différent de celui qu’on appelle tonus, et qu’au surplus la catalepsie ne se caractérise pas précisément par ses contractions, mais par l’impossibilité de faire cesser l’activité motrice involontaire et non consciente.

Cherchant à son tour à se rendre compte du phénomène, Hasse s’adresse à ce que nous avons appelé ailleurs les mouvements automatiques acquis. Il arrive souvent, dit-il, que sous l’impulsion d’un acte de volonté habituel , nous continuons machinalement d’exécuter des mouvements très-compliqués et fatigants, ou que nous nous maintenons pendant un temps plus ou moins long dans une attitude déterminée, alors que notre attention en est détournée et fixée sur des sujets tout différents. Ainsi, en nous promenant, nous permettons à notre esprit d’errer à l’aventure ou de s’absorber dans des méditations profondes, et si, au bout d’un certain temps, nous reprenons la conscience de notre situation corporelle, nous sommes parfois étonués de la longueur du chemin parcouru, des obstacles évités et des rencontres faites sans nous en apercevoir. Il y a évidemment ici, poursuit-il, continuation régulière de l’innervation motrice sans intervention nouvelle de la volonté. De la même manière, nous acceptons dans le sommeil, dans l’état de ravissement ou de méditation profonde, les poses qui nous sont communiquées par une main étrangère. Or, dans la catalepsie, le malade persiste d’une manière analogue dans l’attitude que sa propre volonté a choisie ou qu’une volonté étrangère lui a communiquée.

Nous acceptons les observations de liasse comme rapprochant entre

(1) Virchow7 s Handbuch, t. IV, p. 245.

eux des faits analogues, mais nullement comme en donnant une raison suffisante. Il y a d’ailleurs cette différence entre les deux ordres de faits, que dans les mouvements automatiques acquis la volonté conserve intégralement son pouvoir sur les organes moteurs, que seulement elle n’en use pas, tandis que dans les accès de catalepsie, avec maintien de l’intelligence, le malade sent, s’émotionne et veut , mais ne peut pas. liasse dit lui-même expressément (1) : « Ce qui est aboli dans la catalepsie,. ce n’est ni la conductibilité des fibres sensibles, ni même la faculté de percevoir et d élaborer les impressions, en d'autres termes, la transformation des sensations en notions conscientes . mais bien la faculté de transmettre aux nerfs moteurs l’état d’excitation des nerfs sensibles. »

Par la définition que nous avons donnée en tête de cet article, nous croyons avoir placé la question sur une base nouvelle. Nous y avons établi que l’immobilité cataleptique ne consiste pas essentiellement dans une suppression des contractions volontaires, mais dans un défaut de relâchement des muscles contractés.

Parmi ceux qui sont au courant des découvertes les plus récentes de la physiologie du système nerveux, nous sommes sûrs de ne rencontrer aucune opposition sérieuse en affirmant que toute contraction musculaire exige deux impulsions partant du centre nerveux correspondant : l’une, pour la faire naître, l’autre pour la faire cesser. Le relâchement est donc un acte positif presque au même titre que la contraction., et il l’est d’autant plus certainement qu’en fait il n’est jamais aussi absolu que l’abstraction théorique tend à se le figurer. Jamais, en dehors des conditions morbides, un muscle ne retourne à l’état de repos absolu; toute position active d’un membre ou d’une partie du tronc est suivie d’une autre position également active ; l’innervation ne s’arrête pas, elle se porte seulement d’un groupe de muscles à un autre.

Or, nous le demandons, un corps qui conserve la pose qu’il avait au début de l’accès et accepte toutes celles qu’une volonté étrangère lui imprime, n’est-il pas, en premier lieu, un corps dont les muscles ne se relâchent pas, et en second lieu seulement un corps soustrait à l’action de la volonté propre ?

Les mêmes travaux physiologiques que nous invoquions, il y a un instant, ont mis en évidence une vérité que l’analyse rationnelle avait

(1) Loc. cit.

établie depuis longtemps, à savoir qu’entre la volonté libre et le mécanisme, ou si l’on aime mieux, entre l'idée du mouvement et l’innervation motrice, s’interpose un acte cérébral destiné à réaliser l’acte idéal. Ils ont fait voir qu’entre les couches de l’organe cérébral qui servent aux fonctions psychiques et les foyers qui règlent l’innervation périphérique, c’est-à-dire dans le cas qui nous occupe, entre le siège de la volonté et le centre du mouvement, il existe une substance conductrice qui, excitée artificiellement, ne provoque le mouvement d’aucun muscle, mais bien l'activité des foyers ou centres moteurs. C’est dans cette substance, que nous appelons kinésodique avec Schiff, de klu^<tiç, mouvement, et oàôq, chemin, que nous cherchons le siège et la véritable cause des phénomènes cataleptiques. Tout l’appareil moteur est intact; l’appareil psychique l’est souvent également, mais l’obstacle existe dans la substance kinésodique, chargée du transmettre l’idée du mouvement et par conséquent aussi l’ordre du relâchement musculaire. L’appareil locomoteur, soustrait à la direction du moi, obéit machinalement à toutes les impulsions extérieures.

Pour rendre en quelque sorte démonstrative cette théorie pathogénétique, qu’il nous soit permis de rappeler, d’après Schiff (i), les phénomènes que présentent les mammifères et les reptiles après l’abolition complète de l’activité des hémisphères cérébraux.

Quand on enlève les lobes cérébraux à un lapin, de façon à mettre à nu les corps striés, et qu’on rase ensuite ceux-ci couche par couche avec une grande légèreté, afin de ne touchera aucune branche nerveuse sensible et de n’exciter aucune douleur, l’animal reste accroupi tranquillement, comme si rien ne lui était arrivé. Il se tient très-bien en équilibre.

Quand on tire doucement l’une des pattes de derrière pour l’étendre, l’animal la laisse dans cette position sans l'attirer à lui. 11 laisse étendre l’autre patte de la même manière, de façon que le ventre touche le sol. On peut ensuite tirer de côté les deux pattes de devant; la poitrine s’abaisse à son tour, les pattes restent dans la position où on les a mises, qu’elle soit symétrique ou non.

Maintenant, qu’on imprime successivement aux pattes des directions variables en les fléchissant, même des directions non naturelles qui entraîneraient infailliblement la chute de l’animal si ses membres étaient paralysés, il persiste immobile dans la position debout. Bref,

(1) Lehrbuch der Physiologie. Lahr, 1859, t. ï, p. 339.

toutes les articulations sont flexibles, toutes conservent les positions les plus bizarres dans les limites extrêmes de l’équilibre. Si ce n’était cette dernière circonstance, à savoir que l’animal tombe quand les conditions de l'équilibre sont dépassées, on dirait qu’il est devenu cataleptique.

Mais le fait que la faculté du mouvement n’est détruite en rien se démontre quand on pince l’animal sur un point quelconque du corps . Il se relève alors soudain, étend la tête, dresse les oreilles et saute régulièrement en avant.

En somme son état se résume dans ces trois caractères : 1° flexibilité passive parfaite de tous les membres ; 2° conservation de toutes les attitudes non douloureuses ; 3° abolition de toute impulsion motrice propre .

1° Catalepsie organopathique.

On observe parfois la raideur et la flexibilité cataleptique dans la méningite tuberculeuse, dans le ramollissement chronique et dans les hypérémies circonscrites du cerveau.

C’est par la présence de cette dernière lésion que nous sommes porté à expliquer les accès de catalepsie qu’on a vu apparaître dans certaines maladies aiguës, notamment dans la fièvre typhoïde et la fièvre intermittente à forme apoplectique.

Nous avons eu personnellement l’occasion de voir un exemple remarquable de catalepsie complète au déclin d’un typhus grave chez un adolescent. L’accès dura pendant trois jours, avec de faibles rémissions ; il fut suivi immédiatement de la convalescence.

M. Ch. Lasègue (1) a publié l’observation d’un homme jeune, vigoureux, sujet à des accès de syncope. Après une syncope réelle, d’une assez longue durée, il se présentait une douleur en dessous de la poitrine gauche, douleur très-intense, et augmentée par les mouvements. En examinant de plus près, on constata une hyperesthésie de tout le côté gauche du corps, depuis la tête aux pieds, avec affaiblissement musculaire; tandis que le côté droit était analgésique, mais normalement et volontairement mobile. Le sentiment des mouvements actifs et passifs était parfaitement conservé à droite. Quand on lui fermait les yeux, le patient tombait incontinent dans un sommeil profond, et le côté anesthésié devenait complètement cataleptique. La guérison eut lieu au bout de quelques semaines, à la suite d’une saignée.

(4) Archives générales , toc. cit.

2Ü Catalepsie phrénopathique.

Une sorte de catalepsie passagère survient meme à l’état de santé à la suite d’une émotion profonde. On voit des personnes saisies subitement de terreur ou d’horreur, s’arrêter immobiles comme une statue, raides et privées de sentiment, les bras levés ou étendus dans des poses expressives. Rien d’étonnant donc que ce symptôme existe dans divers genres de folie ou de manie.

Les mélancoliques, mais plus particulièrement ceux qui présentent la forme apathique , sont souvent saisis subitement d’une immobilité (jui diffère de l’immobilité cataleptique en ce que les membres, loin d’être flexibles, se raidissent davantage au moindre essai de les faire changer de position ( melancliolia attonita). Mais indépendamment de cet accident on observe parfois chez la même catégorie d’aliénés des accès de catalepsie véritable, développés spontanément ou provoqués à volonté par l’occlusion des yeux.

Parmi les exemples assez nombreux relatés par les auteurs, nous citerons les deux suivants publiés avec plus de détails dans le mémoire de M. Ch. Lasègue :

Le premier est celui d’un homme de 50 ans, apathique, mort dans le marasme , après avoir présenté une remarquable torpeur de l’intelligence et des nerfs. Dès qu’on fermait ses paupières, il était pris de rigidité cataleptique, avec conservation des postures les plus fatigantes où l’on mettait ses membres.

Le second cas a été observé chez un homme âgé de 40 ans, mélancolique, apathique, tuberculeux. L’occlusion des yeux déterminait chez lui un accès de somnolence sans sommeil proprement dit, tandis que la catalepsie musculaire s’élevait à des proportions extrêmes. La rigidité était absolue ; on pouvait placer sur le bassin son corps plié en forme de V.

5° Catalepsie extatique.

La forme la plus remarquable de l’immobilité cataleptique est propre à l’extase et à cette espèce de somnambulisme que les auteurs modernes décrivent parfois sous les noms de grande chorée ou Chorea germa norum.

Lorsque l ame est ravie et entièrement transportée dans le domaine du surnaturel, lorsqu’elle est séduite par des hallucinations brillantes ou dominée par certaines idées ou certains sentiments au point d’y faire

converger toute l’activité nerveuse, la vie ne circule pour ainsi dire plus dans les nerfs périphériques : le corps devient insensible et persévère dans l’attitude qu’il avait au commencement de l’exlase. Quand celle-ci est religieuse, l’attitude est celle delà prière ou de la béatitude.

Dans la grande chorée, les phénomènes cataleptiques alternent sans ordre avec l’extase , le somnambulisme et les convulsions ; on les trouve mentionnés dans l’histoire des convulsionnaires de Saint-Médard, des Camp-Meetings des méthodistes, des Jumpers du pays de Galles, et des Prêcheurs de Suède.

4° Catalepsie hypnotique.

Si l’on tient compte de ce qui se passe dans le sommeil naturel quand il est très-profond , on ne sera pas étonné de rencontrer la flexibilité cataleptique dans divers états hypnotiques et onéirotiques morbides, spécialement dans le somnambulisme. Orme sera pas étonné non plus de voir ce phénomène figurer parmi les accidents de l’intoxication par certains narcotiques.

Du reste, on peut s’assurer dans l’inhalation d’éther et de choroforme que des phénomènes cataleptiques partiels se montrent passagèrement avant que la narcose ne soit complète.

5° Catalepsie hystérique.

L’attaque hystérique affecte assez souvent la forme de la catalepsie ordinaire, ou celle d’une extase ou éclipse intellectuelle avec accidents cataleptiques incomplets. M. Lasègue (1) a observé que la prédisposition n’existe que dans cette classe d’hystériques qui sont à demi torpides , réagissent peu et sont plus disposées à pleurer qu’à s’exciter, c’est-à-dire dans les hystériques calmes, somnolentes et apathiques. Si l’on applique la main sur les yeux de ces malades, dit-il, ou si l’on ferme leurs paupières, elles ressentent une somnolence particulière, passant peu à peu dans un sommeil profond, pendant lequel elles ne réagissent plus contre les stimulus, et leurs membres sont flexibles comme de la cire.

C’est chez les hystériques aussi que la catalepsie simulée s’observe le plus souvent, comme suite de cette tendance, souvent irrésistible, quelles ont d’exciter la sympathie ou l’intérêt.

(J) Archives générales de médecine. 1865, t. VI, p. 586=

Enfin, c est dans la même classe de malades que le mal se développe le plus souvent par imitation ou à la suite de lectures ascétiques.

6° Catalepsie héréditaire.

Plusieurs auteurs signalent des cas héréditaires dans les familles. La prédisposition à la catalepsie se transmet de génération en génération comme la prédisposition à l’épilepsie, à la chorée, à la manie.

C’est l’hérédité qui, sans doute, nous donne la raison de la catalepsie endémique décrite par le docteur Vogt (1) comme propre à un village des environs de Würzbourg, village habité par des familles de fermiers aisés, se mariant entre elles.

Les malades tombent inopinément dans un état de raideur parfaite, en conservant la position qu’ils occupaient. Ils ont l’apparence de la mort : pâleur du visage, fixité du regard, convergence des axes visuels, bouche contractée, doigts incurvés, à demi fléchis, léger tremblement des mains et du globe oculaire. De temps à autre, quelques sons brefs, entrecoupés, inintelligibles s’échappent de leurs lèvres. Le système musculaire est seul enchaîné; l’intelligence et les sens sont normaux. L’accès dure de une à cinq minutes ; il débute par un picotement dans les membres, sans aucune douleur.

Le docteur Vogt dit positivement que cette forme de catalepsie est héréditaire dans les familles, mais saute souvent une génération. Il a aussi remarqué quelle devenait plus intense lorsque deux cataleptiques se mariaient entre eux. La moitié des habitants du village en sont atteints. Toute la population est petite de taille et arriérée dans son développement ; quant à l’intelligence, elle n’est pas inférieure à celle des habitants des villages voisins.

ARTICLE III

DU CARPO-PODALISME.

Ce symptôme, communément désigné sous le nom de contraction c arpo-pédale et consistant dans une contraction tonique des mains et des pieds, se présente comme élément de certaines grandes affections convulsives qu’il sert à caractériser; nous voulons parler de l’éclampsie, de l’épilepsie et du laryngisme. Dans des cas rares, cependant, il existe aussi seul, et dépend alors d’une irritation de la portion lombaire de la moelle épinière. Sa présence dans une maladie de la moelle passe

(4) Würzburgcr medicin, Zeitschrift. 4863, t. IV, p. 463

même pour un signe, certain du siège de la lésion au niveau de la portion lombaire.

Chez l’enfant il se présente souvent seul au début de l'éclampsie, ce qui doit le faire recommander à l’attention toute particulière du praticien. Il se développe et grandit insensiblement, en ne constituant d’abord que des contractions passagères, qu’on remarque surtout le matin, quand l’enfant se réveille.

Dans les mains, la contraction débute au pouce qui est fléchi, porté en dedans, et appliqué à la paume sans que les autres doigts soient atteints; plus tard et dans les degrés supérieurs du carpo-podalisme, les doigts recouvrent le pouce rentré , tandis que le poignet est luimême à l’état de flexion forcée.

Dans les pieds on ne remarque d’abord , quand le carpo-poda îisme est incomplet, que l’abduction et l’extension du gros orteil ; plus tard tous les orteils sont écartés et étendus, et quand le symptôme atteint son plus haut degré, le pied lui-même est fortement étendu dans l’articulation tibio-tarsienne, et sa surface plantaire est dirigée en dedans.

L’affection des mains précède celle des pieds, et celle-ci n’existe jamais sans l’autre. Souvent on peut ouvrir la main et redresser les doigts sans provoquer de la douleur; mais ils s’infléchissent et la main se referme dès qu’on les lâche. La face dorsale des mains et des pieds est ordinairement gonflée, tendue et livide, par suite de la compression qu’éprouvent les veines de la face palmaire et de la face plantaire.

ARTICLE IV

DE LA TÉTANIE.

Sous les noms de spasme intermittent des extrémités , tétanos intermittent (Dance), convulsion externe tétanique, contracture des extrémités (Woillez), contracture idiopathique (\ alleix), spasme musculaire idiopathique (Delpech), contracture rhumatismale intermittente (Trousseau), tétanille et tétanie (Lucien Corvisart, Trousseau (4)), les patho-

(1) La conférence clinique que Trousseau a consacrée à cette affection ( Clinique medicale de V Hôtel-Dieu. Paris, 1802, t. II, p. 107) pourra être consultée pour tout ce qui regarde spécialement l’historique et la bibliographie du symptôme. La bibliographie donnée par Hasse (Virchow Spcciclle Pathol, und Thérapie , t. IV, p. 148) est encore plus complète. Les anciennes observations ont aussi été rappelées dans un travail récent et très-bien fait, de M. Desguin ( Annales de la Société de médecine d'Anvers , 1867, nov., p. 349).

logisles français ont décrit une affection qu’il y aurait peut-être lieu de ranger comme espèce dans le genre carpo-podalisme.

Elle consiste dans des accès, d’une durée plus ou moins longue, de contraction tonique des muscles des membres, principalement de ceux de l’avant-bras, contraction douloureuse, précédée de troubles de la sensibilité et susceptible de rémissions promptes, de récidives réitérées et de mutation du siège.

Trousseau distingue les trois degrés suivants :

1° Forme bénigne. L’accès débute par une sensation de fourmillement dans les mains et les pieds accompagnée d’hésitation dans les mouvements des doigts et des orteils; puis les doigts deviennent raides, se rapprochent les uns des autres, et se serrent énergiquement de façon à donner à toute la main la forme d’un cône. Le mal cesse et reparaît bientôt; il est peu douloureux, peu grave ; il n’y a pas d’accU dents généraux.

2° Forme moyenne . Mêmes symptômes locaux, mais accompagnés de mouvement fébrile léger, de diminution de l’appétit et de malaise. Les contractures causent plus de souffrance et se montrent plus souvent ; elles envahissent les muscles de la face, les muscles du globe oculaire et du pharynx, quelquefois ceux de la langue.

5° Forme grave. Les douleurs sont vives, comparables à des crampes. L’engourdissement, le fourmillement et la crampe sont les premiers phénomènes caractéristiques de l’accès qui n’arrive à son summum d’intensité qu’au bout de dix minutes ou d’un quart d’heure.

Particularités. — I. La sensibilité paraît être atteinte au même degré que la motilité ; elle l’est presque toujours avant celle-ci. Le malade accuse de l’engourdissement, du fourmillement, de la pesanteur, un sentiment de froid ou de chaud dans les membres. Ces sensations font place à des douleurs vives, lancinantes et déchirantes, suivant le trajet des nerfs et s’exaspérant sous la pression.

II. La contracture est précédée de tiraillements de la main et de l’avant-bras, ainsi que de contractions passagères des doigts et d’une difficulté de les étendre.

III. Le mal envahit de préférence, souvent exclusivement, les membres supérieurs; ordinairement cependant les extrémités inférieures y participent, tandis qu’il est très-rare que celles-ci souffrent seules. Il occupe les deux côtés ou l’un d’eux seulement. Quelquefois on observe en même temps de la prosopotonie ou contraction tonique de

la face, du strabisme, de la raideur de la langue, de la contracture des muscles du dos.

IV. La position qu’affectent les doigts suffit quelquefois pour reconnaître la maladie. Ils sont fléchis, rapprochés en cône; le pouce est rentré, la main creusée et fléchie; la flexion peut aussi atteindre le coude.

Dans les jambes, au contraire, la contraction envahit presque toujours les extenseurs; le genou est étendu en ligne droite, le talon relevé, la pointe du pied dirigée en dedans, avec les orteils redressés. Les muscles affectés sont raides et durs au toucher.

V. Suivant la remarque de Niemeyer, les articulations sont ordinairement gonflées par un léger œdème de la peau. La fièvre est rare et modérée quand elle existe.

VI. En comprimant l’origine des nerfs qui se rendent aux membres malades, on détermine le retour de la contracture, ce qui fournit un moyen diagnostique important, découvert par Trousseau. Une pression exercée sur le trajet des nerfs ou sur la peau, par exemple en appliquant une bande à saignée, rappelle également le spasme et laugmente quand il existe déjà.

Vil. A part cette cause accidentelle, l’intention ou la préparation d’un mouvement fait revenir l’accès qui, du reste, est spontané la plupart du temps et irrégulier; on n’a que de rares exemples de paroxysmes intermittents réguliers.

La durée des accès varie depuis quelques minutes jusqu’à plusieurs heures et même au delà d’un jour.

VIII. Dans les intervalles, le malade accuse souvent de la faiblesse ou de la raideur dans les muscles affectés. La raideur augmente quand il essaie de mouvoir le membre, et devient ainsi un obstacle à toute occupation. Plus souvent encore il existe de l’anesthésie cutanée et musculaire ; les objets échappent des mains quand le malade ferme les yeux.

IX. La guérison est la règle. La durée de la maladie varie de huit à dix jours, jusqu’à deux ou trois mois. Mais il reste toujours une tendance aux récidives.

Causes. — La tétanie est rare. Toutefois il y a des époques où on lobserve plus souvent que dans d’autres. Les enfants, pendant la première dentition, et les individus jeunes, depuis la puberté jusqu a l’âge de 50 ans, y sont particulièrement prédisposés. En général les époques de déve-

loppement et de bouleversement de l’économie : outre la dentition et la puberté, la menstruation, la grossesse, l’accouchement, l’état postpuerpéral, l'allaitement et le sevrage ont une influence certaine.

Autrefois, on croyait, à tort, que l’accident était exclusivement propre au sexe féminin, et plus particulièrement dû à l’influence de la lactation. C’est pour cela que Trousseau l’avait appelé contracture rhumatismale des nourrices ; plus tard, il a insisté davantage sur le refroidissement. Il est vrai que le plus grand nombre des cas ont été observés pendant la saison d’hiver et que dans plusieurs (Delpech, Steinheim , Eisenmann , Krukenberg) la cause rhumatismale a paru évidente. On a été cependant trop loin en proclamant cette cause comme la seule ou la principale.

Aran, de la Berge et Lasègue lui ont reconnu des rapports étiologiques avec la diarrhée , et surtout avec cette diarrhée violente qui règne en temps de choléra.

D’autres observateurs ont signalé la tétanie parmi les accidents de la convalescence du typhus, de l’infection paludéenne, de l’albuminurie (Delpech) et d’autres dyshémies. Nous même l’avons rencontrée récemment chez un homme qui, après avoir longtemps souffert de la fièvre au Brésil, venait de faire une traversée pénible.

Quelques-uns l’ont aussi attribuée aux vers intestinaux. Enfin, Delpech (I) accorde une influence aux causes morales, puisqu’il l’a vue survenir chez des nourrices à la suite de la mort de l’enfaut.

Pathogénie. — La cause prochaine n’est pas encore bien connue.

Hoffmann, Morgagni, Tonnelé (2), Billard et d’aulresr l’ont cherchée dans une affection des centres rachidien ou cérébral, tandis que la plupart des auteurs contemporains se prononcent en faveur de lésions peu considérables et passagères des nerfs périphériques ou de leur enveloppe : hypérémieet œdème du névrilemme, ou trouble intime de nutrition de la pulpe nerveuse.

Quand on considère la variabilité du symptôme, son intermittence, l’absence d’accidents centraux concomitants, le défaut de synergie physiologique, et, par-dessus tout, cette circonstance que les accès sont provoqués et exaspérés par une compression locale, on se sent en effet entraîné vers cette seconde manière de voir. Néanmoins, dans les cas rares où le mal s’était terminé par la mort, et où l’autopsie a pu être

(1) Mém. sur les spasmes musculaires idiopathiques. Paris, 1816.

(2) Gazette médicale de Paris. 1852.

faite, on a rencontré des plaques hypérémiées ou des points ramollis (Grisolle, Trousseau) dans diverses régions de la moelle épinière ou des méninges spinales.

Delpech a cru pouvoir résoudre la difficulté en admettant que. dans l’origine, la tétanie simple dépend toujours d’une hypérémie rhumatismale du névrilemme, mais que cette hypérémie, à la longue, peut s’étendre par propagation aux membranes de la moelle.

M. V. Desguin (1), qui attribue l’accident au refroidissement, dit que le froid peut agir localement, mais aussi sur les enveloppes de la moelle épinière où il produirait l’hypérémie et la congestion séreuse.

En tout cas, on est tenté de comparer la tétanie à la névralgie. Les intermittences font penser à une altération passagère du sang ou à l’affection de l’une ou l’autre glande sanguine. Peut-être aussi des troubles circulatoires y jouent-ils un certain rôle. A ceux qui ne voudraient y voir qu’une sorte de tétanos incomplet, nous rappellerons que le tétanos ne débute jamais aux extrémités, mais à la tête et à la nuque.

ARTICLE V

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