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SYMPTOMES DU COU, DU DOS ET DES LOMBES

ARTICLE PREMIER

DE LA CERVICODYNIE.

Valleix a désigné ainsi la douleur cervicale postérieure, la douleur de la nuque. Avant lui, on disait quelquefois trachélialgie. Si cet autre nom est plus correct au point de vue de l’étymologie, il a contre lui de n’être pas aussi facilement compris par la généralité des médecins.

La cervicodynie siège dans les muscles, dans les branches postérieures des quatre premiers nerfs cervicaux, plus spécialement dans le grand occipital, puis, exceptionnellement, dans les vertèbres cervicales, la moelle allongée ou le cervelet.

Elle est aiguë ou obtuse, paroxystique ou continue, unilatérale ou bilatérale. Dans sa plus grande intensité, elle s’irradie, en avant, vers la mâchoire, en haut, vers l’occiput, latéralement, de l’apophyse mastoïde et de la partie postérieure de l’oreille jusqu’au sommet delà tête, quelquefois en bas, sur l’épaule. Le cou s’immobilise plus ou moins, les muscles deviennent raides et parfois le siège de tiraillements qui peuvent même s’étendre à la face.

1° Cervicodynie myopathique.

La douleur est rémittente et mobile. Elle s’exaspère chaque fois que le malade essaie de tourner la tête ou de l’incliner en arrière, tandis qu’elle reste sourde dans la flexion en avant où les muscles de la nuque ne sont soumis qu a une tension passive.

Le muscle occipito-frontal prend fréquemment part à l’affection, et la douleur se fait sentir ainsi jusqu’à la partie supérieure et antérieure de la tête.

Le mal est accompagné d’un sentiment de vague et de tension dans

la fête, ainsi que d Alourdissements qui s’expliquent, soit par des obstacles opposés à la circulation veineuse, soit par la participation des nerfs de la région.

La cause est rhumatismale, goutteuse, dyshémique ou toxique. Dans le premier cas, qui constitue la cervieodynie rhumatismale de Valleix, elle est particulièrement tenace. La marche de l’affection présente des périodes d’aggravation et de rémission.

2° Cervieodynie congestive.

Cette sorte de douleurs dépend de la congestion ou de l’engorgement des veines profondes du cou et des plexus intrarachidiens.

Elle consiste en un sentiment variable de pression dans la nuque, sentiment qui, loin de passer à l’état de douleur vive, est soulagé quand le malade exécute des mouvements du cou. L’engorgement est visible dans les veines superficielles; les artères battent avec force, et la douleur est accompagnée de malaise, d’un vague des idées et d’étourdissements.

On observe la cervieodynie congestive comme symptôme des hémorrhoïdes, des troubles menstruels et des engorgements abdominaux. Elle est particulièrement prononcée à l’approche des flux hémorrhoïdaux, des hémorrhagies utérines et de certains vomissements de sang.

5° Cervieodynie encéphalopathique.

Rattachée en général aux affections de la moelle cervicale, du cervelet et de la base de l’encéphale, elle est le symptôme précurseur, chez l’enfant, de la méningite et de l’hydrocéphalie; chez l’adulte, des fièvres catarrhales, du typhus et de l’hémorrhagie cérébrale.

Elle est surtout vive et continue au début des fièvres typhiques et typhoïdes à localisation cérébrale, ainsi que pendant toute la première période de la méningite cérébro-spinale épidémique. Dans cette dernière maladie, où elle peut aussi être sourde dans des cas exceptionnels, elle est accompagnée de raideur des muscles de la nuque et d’hypéresthésie locale à un haut degré.

La cervieodynie dépend aussi de certaines lésions chroniques circonscrites du cervelet et de la base de l’encéphale; elle est notamment le symptôme le plus constant de la tuberculose cérébrale. Dans l’athéromasie des artères vertébrales, où elle existe fréquemment, elle est due,

sans doute, à l'irritation du nerf sous-occipital et des nerfs cervicaux

ne

supérieurs avec lesquels ces artères sont en rapport. Quand cette irritation est forte, le mal affecte la forme paroxystique.

4° Cervicodynie ostéopathique.

La douleur est fixe, continue, tantôt brûlante, térébrante, tantôt sourde. Sa nature se fait reconnaître aux signes de la spondylarthrocace.

5° Cervicodynie neuropathique .

C’est la Névralgie cervico-occipitale de Valleix (1). Elle occupe les branches postérieures des quatre premiers nerfs cervicaux, et spécialement le grand nerf occipital d’Arnold qui envoie des filets à l’oreille et à la peau de l’occiput, jusqu’au sommet de la tête.

Elle consiste en une douleur continue, sourde, circonscrite dans certains points, et interrompue de temps à autre par des accès de douleurs très-vives, lancinantes, irradiant dans diverses directions. C’est parfois comme si la tête était serrée par un bandeau, ou comme si un corps étranger était engagé dans l’occiput. La peau qui recouvre la région est hypéresthésiée.

Valleix a signalé les cinq points névralgiques suivants, qui sont cependant loin de se manifester toujours :

1° Le point occipital , entre l’apophyse mastoïde et les vertèbres cervicales; — il est particulièrement fréquent;

2° Le point cervical superficiel, au lieu d’émergence des nerfs cervicaux ;

3° Le point pariétal , qui est commun à cette affection et à la névralgie faciale; — il correspond au point où le nerf occipital se divise ;

4° Le point mastoïdien, sur l’apophyse mastoïde ;

5° Le point auriculaire , sur la conque de l’oreille.

Les accès sont plus ou moins rapprochés, spontanés, ou provoqués par des causes insignifiantes : le plus ordinairement par les mouvements de la tête, par le rire, l’articulation des paroles ou la mastication. La douleur, quoique violente alors, atteint cependant rarement l’intensité de celle du tic douloureux.

Elle affecte la forme d’élancements, de piqûres et de déchirements partant presque toujours du point dit occipital, occupant souvent les

(1) Guide du médecin-praticien. Paris, 1855, t. IV, p. 542.

deux côte's de la nuque et irradiant sur l’occiput jusqu’au sommet de la tête et parfois aussi sur le conduit auditif. Elle se complique souvent de prosopalgie et de névralgie brachiale, et peut s’étendre alors, d’un côté, jusqu’au front et aux sourcils, et de l’autre, à l’épaule, au bras et aux espaces intercostaux. Ce n’est que très-rarement qu’on a observé des troubles de nutrition concomitants.

Les accès sont d’une durée et d’une résistance peu considérables, mais constituent des périodes de plusieurs jours ou de semaines pendant lesquelles ils sont très-fréquents. Ces périodes, qui correspondent souvent aux temps froids et humides, sont séparées ensuite par des intervalles plus ou moins longs.

La cause la plus commune de la cervicodynie neuropathique est le refroidissement occasionné par des courants d’air humide. Néanmoins on évitera de la confondre avec la cervicodynie myopathique, en considérant sa marche paroxystique, son siège ordinairement unilatéral, la présence des points névralgiques, et l’irradiation de la douleur à l’oreille, au sommet de la tête et même aux espaces intercostaux.

L’hystérie et la chlorose semblent favoriser particulièrement ce mal, qui peut aussi dépendre de la compression ou de l’irritation des nerfs cervicaux, à la sortie du canal rachidien, par des engorgements glandulaires, par des dilatations anévrysmatiques des artères vertébrales, par la périostite syphilitique, ou par la tuméfaction des vertèbres cervicales.

ARTICLE II

DE LA TRACHÉLODYNIE.

Le mot trachélodynie , de Tpâ%yXoq, cou, et o5wy, douleur, désignait autrefois la douleur du cou en général. Nous pensons qu’il n’y a aucun inconvénient à en restreindre le sens à la douleur cervicale antérieure , c’est-à-dire à celle qui occupe les régions antérieure et latérale du cou.

Cette douleur doit toujours attirer l’attention sur les organes situés profondément.

Quand elle siège aux côtés du larynx ou de la trachée-artère, elle peut révéler une lymphangite ou une lésion de l’œsophage. Elle précède parfois, pendant des années, le développement d’un anévrysme de la carotide.

Quand elle occupe le creux jugulaire ou sus-sternal, sa cause sc découvrira dans le larynx ou dans la trachée-artère.

Au niveau du larynx même, elle accuse suffisamment son origine quand elle est accompagnée d’aphonie, de toux et de dysphagie. Mais quand ces autres symptômes manquent, alors que la douleur est extraordinairement vive, et surtout quand il y a en même temps expuition de pus, on pensera à une affection des cornes de l’os hyoïde.

Dans la carie des vertèbres cervicales et l’abcès rétropharyngien, la douleur est rhumatoïde, pongitive, lancinante et compressive; elle s'exaspère lors de la déglutition et des actes d’inspiration profonde; elle s’étend du larynx à la nuque, à l’occiput et même aux omoplates.

Des douleurs cervicales antérieures accompagnent aussi certaines lésions du cœur ou de l’aorte thoracique.

Dans les fièvres, une vive douleur cervicale peut être le précurseur, soit de l’éruption de la scarlatine ou de la variole, soit du délire ou des convulsions.

ARTICLE III

DE LA CERYICOTONIE.

La contraction tonique des muscles de la nuque est le symptôme pathognomonique de la méningite cervicale, de la méningite cérébrospinale, de la méningite tuberculeuse et de l’hydrocéphalie quand elle s’étend au quatrième ventricule (I). Elle se présente à des degrés différents depuis la simple raideur musculaire jusqu’à la rétroflexion tétanique du genre de celle qui fait partie de l’opisthotonos.

La cervicotonie, à qui l’on donne parfois le nom de tétanos cervical , est permanente ou rémittente. Dans le second cas elle reprend à chaque tentative de mouvement de la tête ou du tronc. De vives douleurs l’accompagnent d’habitude.

La simple immobilité passagère du cou, surtout quand elle est accompagnée de cervicodynie, est souvent un accident de la pharyngite, de l’œsophagite, de l’ostéite ou périostite cervicales, de la spondylarthrocace, de la lymphadénite ou du rhumatisme du cou; elle précède, en outre, la gangrène de la bouche, le trismus, l'apoplexie et l’éruption de la scarlatine ou d’autres exanthèmes aigus.

(1) Voyez deux observations intéressantes de Romberg, toc. cit.; t. I, p. ko'i.

L'immobilité permanente peut dépendre de tumeurs du cou, d'engorgements glandulaires, d exulcérations profondes, du cancer des vertèbres, mais aussi de cicatrices rétractiles du genre de celles qui restent après les brûlures profondes, enfin de la contracture ou paralysie de certains muscles.

ARTICLE IV

DU TRACHÉLISME.

Marsball-Hall (1) a désigné ainsi la contraction tonique ou clonique des muscles antérieurs du cou. Il a pensé que cette contraction s’opérait déjà à un faible degré pendant le sommeil normal, et chaque fois que, à l’état de veille, l’attention est affaiblie ou distraite.

Dans les maladies elle se produit, selon lui, par antagonisme , quand les muscles de la nuque sont affaiblis ou paralysés, et par action directe , quand les muscles antérieurs sont pris de spasme ( Trachélisme spasmodique) .

Le trachélisme a des effets comparables à ceux que produirait un lien serré autour du cou. Les veines et les veinules de cette région sont comprimées, et, par suite, la face et l’encéphale sont congestionnés ; de là de l’assoupissement, des étourdissements, des pertes d’équilibre et de l’apoplexie. Marshall-Hall croit que l’accident en question joue un rôle pathogénétique considérable dans cette dernière affection ainsi que dans l’épilepsie.

Les autres pathologistes se sont encore très-peu occupés du trachélisme.

ARTICLE V

DU TRACIIÉLOSPASME.

Nous imposons ce nom au spasme clonique du nerf spinal, se manifestant par la convulsion des muscles sterno-mastoïdien et trapèze d’un seul côté. Les auteurs modernes décrivent cet accident sous les noms de spasme unilatéral du nerf accessoire de Willis ou convulsion cervicale unilatérale (2).

(1) Aperçu du système spinal y etc. Paris, 1855, p. 127.

(2) On peut consulter les ouvrages suivants : Charles Bell, Recherches physiologiques et pathologiques sur le système nerveux, p. 54; Slromeyer, Beilraege zur operativen Orthopacdie. Hannover, 1858, p. 128; Bright, Medical cases ; t. II, p. 500; Romberg, Lehrbuch cler Nervcn-krankhciten, 5e édit., p. 589; Ebert in A nnalcn des Charité - Kr ankenhausen zu Berlin, 1850, fasc. 4, p, 752.

Ce symptôme est rare, mais d une ténacité remarquable. On ne l'observe que chez l’adulte.

Il forme des accès dont la durée n’est que de quelques secondes, et dont les intervalles sont plus ou moins longs.

Par des contractions réitérées, saccadées, violentes, du sterno-mastoïdien et du trapèze, la tête est attirée obliquement vers l’épaule, de façon que l’occiput se rapproche de l’épine de l’omoplate, l’oreille de la clavicule, et que le menton se dirige en haut et vers le côté opposé. L’épaule est relevée en même temps par les contractions du trapèze. Le spasme s’accompagne parfois de douleurs à la nuque, à l’occiput et aux attaches des muscles convulsés; d’autres fois la sensibilité reste intacte. Les muscles affectés se dessinent en relief comme des cordons durs.

La convulsion est susceptible de s’étendre aux autres muscles du cou et de l’épaule, à ceux de la face, de la mâchoire, et même à certains muscles éloignés du tronc. Ainsi le trachélospasme est parfois accom pagné de grimacements, de trismus, de contorsions ou rotations de la tête, de laryngisme et de pharyngisme, de tremblement, jactation et tiraillements du bras du même côté, ou ces accidents alternent avec lui. Lorsque les scalènes y participent, il peut se développer de l’engourdissement, de l’anesthésie et de l’œdème aux bras, comme suite de la compression essuyée par le plexus brachial et par les troncs veineux.

Au commencement, les accès sont rares et modérés; le malade parvient encore à les prévenir ou à les arrêter, soit en Axant solidement la tête et le cou, soit par le seul effet d’une volonté énergique; le sommeil les fait toujours cesser. Mais avec le temps ils deviennent de plus en plus intenses et nombreux, et Anissent par être un vrai martyre. Alors la tête est tiraillée jusqu’à trente fois et plus par minute; aucun mouvement naturel n’est plus permis, ni le manger ni le boire, ni le parler; le sommeil devient impossible. Après avoir duré très-longtemps, le trachélospasme peut déterminer l’hypertrophie des muscles, l’obliquité permanente de la face, et même, suivant Dieffenbach, le déplacement des os de cette région.

Dans les cas ordinaires le mal progresse très-lentement, ou reste stationnaire pour le reste de la vie, sans constituer aucun danger véritable. Brodie l’a vu alterner avec des accès de manie. La guérison est très-rare.

Le côté droit est plus fréquemment affecté que le côté gauche.

Les causes du trachélospasme ne sont pas encore bien connues. On a accusé l’effort musculaire fait pour soulever un poids, ou celui du travail de l’accouchement, le refroidissement local (Bright), les émotions violentes (Wepfer), puis certaines lésions cérébrales circonscrites, les maladies des vertèbres cervicales et les épanchements méningés de la base. On est bien forcé d’admettre l’une ou l’autre de ces dernières lésions dans les cas où les convulsions se généralisent ou dégénèrent en paralysie. Quant à la cause prochaine, il est inutile d’affirmer expressément quelle consiste dans une surexcitation morbide du nerf spinal.

ARTICLE VI

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