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DU LUMBAGO

D’habitude on ne comprend sous ee nom que le rhumatisme de la région des lombes, tout au plus aussi la douleur qui succède à la fatigue et celle qu’on attribue à l’effort, le tour des reins. Il est cependant rationnel de l’étendre jusqu’aux douleurs névropathiques et sympathiques, et de le prendre tout bonnement pour synonyme de douleur lombaire , mal de reins.

1° Lumbago courbature.

La courbature ou fatigue des reins survient chez les personnes qui restent trop longtemps debout, chez les ouvriers qui travaillent assis, le torse courbé en avant, chez les jardiniers à force de se baisser à terre, chez les cavaliers à la suite des secousses communiquées par le mouvement du cheval.

La douleur est sourde, continue ou rémittente, fixe ou mobile; elle ressemble à celle du rhumatisme chronique, et s’accompagne souvent d’un peu de fièvre et d’anorexie. Loin de s’aggraver sous la pression,

elle en est soulagée ; par contre elle s’exaspère et devient réellement aiguë quand le malade se redresse ou étend ses membres. Elle ne dure que quelques heures, rarement deux ou trois jours.

2° Lumbago traumatique.

C’est le tour des reins proprement dit. II consiste en une douleur très-vive, survenue subitement, pendant un effort fait pour soulever un fardeau, ou au moment même d’un tiraillement violent des muscles qui composent la masse sacro-lombaire, tiraillement éprouvé en redressant brusquement le tronc, en se retournant ou de toute autre manière.

Elle est unilatérale, bornée aux lombes, et ne s’irradie pas dans les parois abdominales. La pression ne l’exaspère guère, tandis qu’elle reparaît chaque fois que le malade essaie d’exécuter un mouvement du tronc, surtout la flexion et le redressement. Son intensité est telle que tout mouvement en est forcément arrêté et que le malade n’ose plus abandonner le décubitus dorsal. Du reste elle n’est accompagnée ni de fièvre ni d’aucun autre symptôme général.

On n’est pas encore suffisamment éclairé sur la nature du mal. Tandis que les uns n’y voient qu’un simple rhumatisme musculaire, d’autres l’appellent crampe. Valleix le considère comme une névralgie lombaire, et plusieurs autres pathologistes supposent la rupture de quelques fibres musculaires ou aponévrotiques. Ce qui nous paraît certain, c’est qu’il siège dans les muscles. Y aurait-il myosite partielle ou hémorrhagie interstitielle ?

5° Lumbago rhumatismal.

Le rhumatisme se loge très-fréquemment dans les masses charnues si considérables de la région lombaire. Lorsqu’il est aigu, la douleur est excessive, et reparaît au moindre essai de mouvement. Dans le rhumatisme chronique elle est moins vive, mais sujette à des exacerbations, et toujours accompagnée de raideur et d’immobilité.

Les articulations des vertèbres lombaires sont rarement atteintes de cette affection. Quand cela est, on distingue plus ou moins nettement de l’engorgement aux environs immédiats des apophyses épineuses, sans parler de la douleur qui est éveillée par la pression et par les mouvements.

Le rhumatisme de la symphyse sacro-iliaque , qui est très-fréquent, se reconnaît sûrement à la palpation.

4° Lumbago neuropathique.

Les médecins confondent souvent cette espèce avec la précédente. Les caractères différentiels ont été bien décrits parValleix(I), dont nous nous écarterons néanmoins un peu en n ’y comprenant pas toute la névralgie lombo-abdominale , mais la névralgie lombaire seulement.

Sa fréquence est assez grande, plus chez la femme cependant que chez l'homme. Elle siège dans les branches postérieures des premières paires lombaires, le plus souvent dans la première, au dire de Valleix.

La douleur spontanée est lancinante, unilatérale, paroxystique; elle s’irradie vers les flancs et l’hypogastre. Les grands mouvements exercent peu d’influence sur elle; cependant les efforts de la toux, ceux de la défécation et les grands mouvements du corps l’augmentent jusqu a un certain degré, ou la réveillent quand elle est apaisée.

La pression digitale provoque la douleur au voisinage des apophyses épineuses, dans le flanc et vers l’hypogastre. Valleix a défini ainsi qu’il suit les points névralgiques :

Le point lombaire se trouve un peu en dehors des premières vertèbres de ce nom ;

Le point iliaque , un peu au-dessus du milieu de la crête de l’os des îles;

Le point hypogastrique, au-dessus de l’anneau inguinal et en dehors de la ligne blanche.

Il mentionne, en outre, un point inguinal, un point scrotal ou de la grande lèvre, et un point situé sur un des côtés du col de l’utérus. Nous reviendrons sur ces derniers en traitant des troubles sexuels.

Le diagnostic différentiel, en vue du lumbago musculaire ou rhumatismal ordinaire, a été formulé, par Valleix, de la manière suivante :

Dans le lumbago musculaire la douleur existe des deux côtés ; elle occupe la masse des sacro-lombaires ainsi que le long dorsal, et ne s’étend pas au delà. Elle est principalement exaspérée par les mouvements de flexion et de redressement du tronc. Elle est faible ou nulle dans l’immobilité, à moins que la maladie ne soit très-aiguë. La pression est douloureuse à un faible degré sur les masses musculaires, mais dans une étendue plus large que dans la névralgie lombaire. Les élancements spontanés, moins vifs que ceux de cette autre affection, restent fixés dans la région lombaire.

(1) Traite des névralgies. Paris, 1841, p. 451

5° Lumbago congestif.

Les plexus veineux lombaires et ceux qui entourent la queue de cheval s’engorgent dans les divers états dits hémorrhoïdaux ou de vénosité abdominale et hypogastrique augmentée, ainsi que dans tous les troubles menstruels. Un lumbago sourd est donc le prodrome et le compagnon des molimina hémorrhoïdaux et menstruels, ainsi que des autres espèces d’hémorrhagie active de l’utérus et de diverses affections du rectum et de la prostate. Il est, chez l’homme, une suite fréquente des excès vénériens, et accompagne la constipation dans les deux sexes.

Cotte espèce de lumbago est augmentée par la chaleur du lit, les repas échauffants, les boissons excitantes, la lenteur des selles. Elle est soulagée par les évacuations alvines, les boissons et les lavements rafraîchissants, ainsi que par les flux sanguins.

6° Lumbago rénal.

La douleur de la néphrite retentit dans la région lombaire. Elle est fixe, obtuse, gravative et a une tendance à s’irradier vers les cuisses. La pression la provoque et l’augmente. Son diagnostic s’établit d’après l’examen des urines.

Dans la pyèlite , la douleur est tantôt brûlante, pongitive, tantôt compressive, obtuse; elle suit le trajet des urétères jusqu’au col de la vessie. Le malade la ressent plus vivement au périnée qu’aux lombes.

Dans la pèrinèphrite et Yabcès des lombes , la douleur se concentre dans les régions supérieures, sous les fausses côtes. Elle est augmentée par la pression et les mouvements, même par les mouvements respiratoires, et ne s’irradie point dans la direction de l’urétère. Il y a fièvre violente, empâtement et fluctuation.

Dans la colique néphrétique , lorsqu’un gravier un peu volumineux se trouve engagé dans l’urétère, la douleur se déclare brusquement et avec une violence extrême; elle retentit principalement dans le testicule, lequel présente une rétraction marquée. Les troubles de la sécrétion urinaire et l’absence de points névralgiques viendront en aide au diagnostic.

Enfin, dans les affections rhumatismales, inflammatoires et suppuratives du muscle psoas, la douleur est très-vive, tensive, déchirante et lancinante, unilatérale ou bilatérale. Elle remonte jusqu’à l’épaule et descend à la cuisse, est à peine exaspérée par les mouvements, sur-

tout par l’extension et la flexion de la cuisse. On fera attention, en outre, à l’absence des signes positifs d’une lésion des reins , et à la présence d’un engourdissement et d’une myoparalysie de la cuisse.

7° Lumbago utérin.

La douleur de l’utérus retentit dans les lombes et plus particulièrement dans la région sus-fessière, soit en suivant les nerfs hypogastriques, soit par l’intermédiaire du centre médullaire. L’hyperesthésie et l’agacement continu du même organe et de ses annexes a pour conséquence l’hyperesthésie des nerfs lombaires ou, selon l’opinion de M. Briquet (1), celle des muscles des régions sus-fessières. Aussi, le lumbago est-il le symptôme ordinaire de l’irritation, du catarrhe, de l’inflammation aiguë et de l’engorgement chronique, ainsi que de leurs conséquences , notamment des déviations , des déplacements , des ulcères du col, de la leucorrhée. On le constate, en outre, dans les polypes, les fibroïdes, les cancers, enfin, dans la dysménorrhée ordinaire.

La douleur que les femmes enceintes ressentent aux lombes est due tantôt à la compression des nerfs, tantôt au travail organique qui, dans la seconde moitié de la grossesse, tend à modifier l’état des articulations et des ligaments du bassin.

8° Lumbago dyshémique .

Ayant décrit plus haut (2) la courbature qui est propre à l’invasion des fièvres, nous nous bornons ici à rappeler que ce symptôme est particulièrement prononcé dans la grippe épidémique, la variole et la fièvre jaune, où il porte communément le nom de coup de barre .

(1) Traité de V hystérie , p. 257.

(2) Voyez Lassitude fébrile, p. 572.

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