SYMPTOMES DES MEMBRES
Il serait contraire au plan de cet ouvrage de traiter de tous les accidents fonctionnels qui peuvent survenir spécialement aux membres. Abandonnant cette tâche aux Traités de pathologie chirurgicale et aux Monographies, nous ne décrirons ici que les symptômes qui présentent de l’intérêt au point de vue de la pathologie générale et à celui de la clinique médicale.
ARTICLE PREMIER
DE LA MÉLOSALGIE.
La douleur des membres ou mélosalgie (1), de fiAXos, membre, et «Ayc$, douleur, siège dans les muscles ou dans les nerfs. Elle se combine fréquemment avec l’arthralgie, avec la dermalgie, et toujours avec des troubles moteurs.
Nous ne comprendrons sous cette dénomination générale que cette exaltation morbide de la sensibilité qui occupe, à la fois, les quatre membres ou, du moins, n’a pas de siège spécial fixe.
A ses degrés les plus légers, la mélosalgie n’est que de l’engourdissement, du fourmillement ou du picotement; le trouble musculaire concomitant n’est que de l’inquiétude, tout au plus de la jactation.
A son degré moyen, elle consiste dans un sentiment de chaleur, de brûlure, ou dans des élancements ; le trouble musculaire concomitant affecte la forme de crampes.
(i) C’est par inadvertance, sans doute, que M. Briquet dit miélosalgic (Traite de l'hystérie p. 210) et myélosalgic ( ibidem , Table des matières). — Plusieurs auteurs, Tanquerel, entre autres, et Beau, emploient le mot arthralgie. Il convient cependant de restreindre ce mot aux douleurs articulaires proprement dites.
Au degré supérieur, la mélosalgie est une douleur vive, paroxystique ou continue, accompagnée de contracture.
d° Mélosalgie myopathique.
Ici viennent se ranger les sensations morbides, les douleurs si variées et souvent si difficiles à définir, qui dépendent d’altérations passagères ou permanentes de la nutrition,, de la circulation, de la respiration et de l’état électrique des muscles : les douleurs de fatigue, de surexcitation, d’efforts, de contusion, de distension et de refroidissement simple, en un mot, toutes celles qui sont soulagées par le repos, par des applications excitantes et par des frictions.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire la douleur des membres qui est propre à la trichinose.
2° Mélosalgie centrale.
Nous étant occupé, dans différentes sections de ce livre^ des douleurs fixes qui dépendent de maladies de Pencéphale et de la moelle épinière, il ne nous reste à mentionner ici que le malaise, l’engourdissement, le fourmillement, le picotement, la douleur vague et la douleur universelle qui figurent dans le cortège des symptômes cérébro-spinaux, et plus particulièrement de ceux de la myélite et du ramollissement cérébral, à leur début.
5° Mélosalgie phlébostatique.
Tout obstacle à la circulation veineuse dans les membres peut y faire naître des douleurs sourdes et un sentiment plus ou moins incommode de pesanteur, de chaleur et d’engourdissement. Quelquefois des élancements ou d’autres douleurs aiguës viennent s’y joindre.
Cette espèce de mélosalgie acquiert une importance particulière dans le diagnostic rationnel des maladies du cœur, du foie et de J’estomac, ainsi que dans celui de la diathèse hémorrhoïdale. Les troubles de la menstruation occasionnent souvent, à leur tour, des douleurs vagues et mobiles dans les membres inférieurs.
Nous ne mentionnons qu’en passant les douleurs entretenues par les varices.
4° Mélosalgie dyshèmique.
Dans différents endroits nous avons mentionné la douleur musculaire qui figure parmi les symptômes initiaux des fièvres, notamment de la fièvre catarrhale, de la fièvre typhoïde,, et des fièvres exanthé-
maliques. Après la nuque, les lombes et l’épigastre, elle envahit surtout les membres en se concentrant autour des articulations.
Il est une forme de fièvre catarrhale où des douleurs aiguës des membres existent non-seulement dans le stade de l’invasion , mais encore dans celui d’état. C’est la forme à laquelle les praticiens avaient donné autrefois le nom de fièvre rhumatismale , en la distinguant du rhumatisme articulaire et musculaire aigu.
La douleur du scorbut occupe également les membres ; les auteurs la signalent communément sous le nom d 'arthralgie.
5° Mélosalgie dyscrasique.
Une simple mention suffira pour ce qui concerne la douleur syphilitique, dartreuse et impétigineuse des membres.
Le rhumatisme musculaire, ou ce qu’on appelle parfois la rhumatalgie , s’annonce dans les membres par des douleurs vives, lancinantes, déchirantes, qui empêchent les mouvements et changent fréquemment de siège. Elles sont provoquées et augmentées par les variations atmosphériques, par le froid humide et par la chaleur du lit, tandis que les applications chaudes locales les soulagent.
Les tuberculeux, à une époque avancée de la maladie, sont souvent tourmentés par des douleurs vives et persistantes dans les membres inférieurs. C’est Y arthralgie des phthisiques de Beau.
G0 Mélosalgie toxique.
Plusieurs poisons végétaux, parmi lesquels l’aconit, la stramoineet la belladone, provoquent à certaines doses des douleurs dans les membres, dans les inférieurs plus que dans les supérieurs. Le même symptôme accompagne plus constamment les intoxications métalliques.
La douleur mercurielle ressemble à la douleur rhumatismale; elle est seulement plus obtuse et térébrante.
La douleur saturnine ( arthralgie saturnine de Tanqucrel) occupe de préférence les articulations et le côté fléchisseur des membres. Souvent cependant elle n’a pas de siège fixe, et parcourt sans ordre un ou plusieurs membres, les membres inférieurs plus souvent que les supérieurs. Superficielle tantôt, elle semble d’autres fois occuper les plans profonds, peut-être même le périoste.
Elle est continue, avec des exacerbations qui surviennent de préférence la nuit. La forme est térébrante, brûlante, déchirante, lanci-
nante, fulgurante meme. ‘Le mouvement l’augmente; la pression la soulage. Aux degrés supérieurs d’intensité elle est accompagnée de crampes et de contracture ; aux degrés inférieurs, de tremblement et d’incertitude des mouvements. Jamais elle n’occasionne des troubles de calorification, de la rougeur ni du gonflement.
La mélosalgie saturnine peut exister seule; d’ordinaire cependant le malade souffre de coliques, en même temps ou alternativement. Il arrive souvent qu’aux membres supérieurs les muscles extenseurs sont paralysés, tandis que les membres inférieurs sont tourmentés par la douleur. Tanquereî des Planches n’a pas rencontré de lésions matérielles à l'autopsie.
7° Mélosalgie nerveuse.
Les émotions,, les passions, déterminent fréquemment des souffrances vagues dans les membres. De semblables douleurs s’observent chez les hypochondriaques et les hystériques.
La mélosalgie hystérique occupe tantôt tous les membres à la fois, tantôt les supérieurs ou les inférieurs seulement, plus rarement les deux membres d’un côté à l’exclusion de ceux de l’autre. Elle siège dans les muscles, mais se combine fréquemment avec de la dermalgie, plus souvent encore avec de l’anesthésie de la peau au niveau correspondant.
Au degré le plus léger, le mélosalgie hystérique n’est qu’un engourdissement, un léger picotement et une sorte d’inquiétude ressentie dans toute la longueur du membre affecté. À un degré plus fort, il s’y joint des élancements, une chaleur vive, puis, des crampes; et au degré le plus élevé, elle s’accompagne de la contracture de tous les muscles du membre hyperesthésié (1).
ARTICLE II
DE L’ACRODYNIE.
En 1828 et 1832 il a régné à Paris une affection épidémique de ce nom, mais sur la nature de laquelle on n'a rien pu apprendre de certain. Ses principaux symptômes étaient : une altération des sensations tactiles, de la contracture, des crampes, un affaiblissement paralytique des extrémités, avec erythème des pieds et des mains, éruptions papuleuses, vésiculeuses et pustuleuses, sueurs et œdème.
(I) Briquet, toc. cit., p. 240,
Nous n'avons à considérer ici que le symptôme qui a donné le nom à la maladie. Acrodynie , de axpoç, extrémité, et douleur, veut
dire douleur ou hyperesthésie des pieds et des mains, ou ce qu'on a aussi appelé cheiropodalgie (1).
Elle se manifeste tantôt comme un simple engourdissement auquel succèdent des fourmillements et des picotements coïncidant avec une dépression marquée du tact. D’autres fois ce sont des élancements assez aigus pour arracher des cris au malade et pour produire une insomnie opiniâtre. La chaleur du lit, la marche, une constipation légère occasionnent de la recrudescence.
Ce symptôme est sans doute souvent l’indice d’une lésion de la moelle épinière, mais peut aussi se développer, à la manière des névralgies ordinaires, à la suite d'une altération matérielle ou dynamique des troncs nerveux qui fournissent les nerfs tactiles aux extrémités.
Il est un des accidents prédominants de Yergotisme auquel on a comparé les épidémies de Paris. Quelques auteurs ont même émis l’idée que les éruptions cutanées constatées alors, auraient été consécutives à l’affection des nerfs, à peu près comme il est permis de le supposer à l’égard des vésicules de zona.
ARTICLE III
DE L’ARTHRALGIE.
La douleur articulaire est le symptôme d’un grand nombre de maladies locales et générales. Nous en décrirons les espèces les plus remarquables.
1° Arlhr algie inflammatoire.
Abstraction faite du rhumatisme qui mérite d’être considéré à part, l'inflammation des articulations dépend le plus souvent de lésions dites chirurgicales : plaies, coups, chutes, fractures, entorses, luxations. D'autres fois elle se développe par l’extension de phlegmons, d’ulcérations et de dégénérescences particulières, ainsi que dans certaines phases de l’arthrocace ou tumeur blanche.
La douleur qu’elle occasionne s’étend à toute l’articulation, et même au delà, tout en se manifestant plus vivement sur un point. La pression et les mouvements l’exaspèrent au point d’arracher des cris au malade.
(!) Voyez Van Lair in Jouni. de médecine, etc., de Bruxelles , vol. 45, p. 257.
L’articulation est ainsi immobilisée et maintenue dans une position moyenne où les surfaces articulaires sont moins serrées et les parties molles distendues également.
La tuméfaction est plus ou moins considérable; la peau tendue, luisante; la chaleur en rapport avec l’intensité de l’iiiflammation.
2° Arlhralgie rhumatismale.
La douleur du rhumatisme articulaire aigu est spontanée, supportable dans le repos, mais intolérable au moindre mouvement et à la pression la plus légère. On la rencontre de préférence dans les grandes articulations qui sont gonflées, chaudes et souvent couvertes d’une rougeur érythémateuse diffuse. L’affection envahit presque toujours plusieurs articulations simultanément ou successivement; elle peut, du jour au lendemain, cesser entièrement dans l’une pour se montrer dans une autre.
Le rhumatisme chronique se caractérise par des douleurs articulaires sourdes, très-rebelles, mais rarement continues et souvent nulles dans l’immobilité. Elles deviennent vives, déchirantes même et insupportables, quand l’articulation exécute un mouvement quelque peu forcé, ou quand le poids du corps pèse sur elle, comme dans la position couchée. Elles sont, en outre, dans une dépendance étroite des variations atmosphériques; soulagées par la chaleur et les frictions, elles reparaissent et s’exaspèrent au froid humide et sous le règne des vents du Nord. Enfin, il est de leur essence d’augmenter le soir et quand le malade est couché dans son lit.
3° Arlhralgie goutteuse.
A la différence du rhumatisme, la goutte siège de préférence dans les petites articulations, plus souvent dans celles du pied que dans les jointures de la main. Celles du gros orteil, de la cheville et du talon jouissent sous ce rapport d’un privilège fâcheux.
Dans la goutte aiguë la douleur est paroxystique, très-intense et fixe. Elle survient subitement vers le milieu de la nuit. Sa forme est celle d’un déchirement, d’une tension violente, d’une morsure; il semble au malade que les os sont disloqués et qu’un froid glacial couvre l’articulation malade. La plus légère tentative de mouvement, l’attouchement le plus délicat, déjà le poids des couvertures, l’ébranlement du bois de lit ou du tabouret sur lequel le pied repose, provoquent de l’agi-
talion, de l'anxiété et des eris. Dès le début, les veines sont dilatées au pourtour des artieulalions malades.
Au bout de vingt-quatre heures environ, la douleur s’apaise un peu, alors qu’une douce moiteur se répand sur la partie affectée qui se tuméfie et se couvre d’une rougeur sombre^ diffuse et luisante. L’attaque se prolonge encore pendant un ou deux jours, pendant un ou deux septénaires, même pendant un ou deux mois, avec exacerbations le soir; elle se termine par l’émission d’urines sédimenteuses et avec l’apparition de sueurs visqueuses locales.
La goutte chronique succède le plus souvent à la goutte aiguë; sa douleur est obtuse, mais exaspérée par les mouvements et sous l’influence des variations atmosphériques ; l’articulation reste gonflée; elle s’immobilise et subit peu à peu une déformation caractéristique avec altération et exulcération de la peau.
4° Àrthralgie des adolescents.
Les enfants et les adolescents souffrent parfois de douleurs articulaires qui ressemblent beaucoup à celles du rhumatisme chronique ou subaigu. Elles siègent de préférence au coude-pied, au genou, au coude, au poignet, à la colonne vertébrale, et sont accompagnées parfois de fièvre et de pandiculations. On les observe surtout aux époques de la seconde dentition, de la puberté et plus tard au moment où le développement des épiphyses s’achève. Les anciens avaient désigné cette affection sous le nom de goutte des adolescents , arthriiis crescentium , en attribuant sa cause à une croissance trop rapide.
5° Arthralgie dyshérnique.
La plupart des fièvres provoquent des douleurs articulaires à leur début; les fièvres catarrhales plus que les autres. Ces douleurs sont surtout intenses dans la grippe épidémique et dans la rougeole ; elles acquièrent une importance particulière parmi les accidents prodromiques de la méningite granuleuse des enfants.
L’ hémophilie est souvent accompagnée de douleurs articulaires , mobiles, sourdes, avec gonflement simulant le rhumatisme.
L’arthralgie qu’on observe au déclin de la scarlatine, serait un vrai rhumatisnûe, au dire de M. Pidoux. Celle qui survient dans la dernière période de la variole est considérée comme d’un présage fâcheux. Elle accompagne la formation de dépôts purulents dans les articulations. L’arthralgie est aussi très prononcée dans la morve ou le farcin.
Enfin, l’on sait que du pus se dépose dans les jointures lorsque l 'infection purulente s'établit à la suite de plaies, d’abcès, de phlébite ou de fièvre puerpérale, et y occasionne ainsi des arthrites très-aiguës et d’un pronostic très fâcheux.
6° Arlhralgie toxique et dyscrasique.
Plusieurs poisons végétaux provoquent des douleurs articulaires; on signale spécialement l’aconit et la vératrine.
Les ouvriers doreurs et généralement ceux qui ont absorbé ou ingéré une certaine quantité de mercure , souffrent de douleurs rhumatoïdes, mais plus obtuses et souvent térébrantes.
L’arthralgie syphilitique est très-rare; car la syphilis affecte les os longs presque toujours sur un point de leur continuité et non à leurs extrémités. Quand cela a lieu, cependant, la douleur est circonscrite dans un point de l’articulation et, au dire de Chomel et de Requin, le malade conserve tous ses mouvements.
7° Arthr algie sympathique.
Sous cette dénomination dont le seul mérite est de nous dispenser de prendre ici parti dans la question si controversée de l’arthrite blennorrhagique, nous comprenons les douleurs articulaires qui se rattachent à des lésions du canal de l’urèthre et de l’utérus puerpéral.
L’arthrite blennorrhagique est connue depuis Swédiaur qui l’avait appelée gonocèle ou tumeur blennorrhagique du genou , ne l’ayant jamais observée que dans cette articulation. Ricord,il est vrai, professe qu’elle est généralement poly-articulaire, avec concentration sur un article. 11 a observé plusieurs fois l’inflammation blennorrhagique de l’articulation sterno-claviculaire, entre autres, qui, dans l’un des cas avait été prise pour une exostose. Il demeure certain, néanmoins, que le genou est son siège de prédilection, et que, dans la majorité des cas, elle n’atteint même qu’un seul genou.
On la dit moins douloureuse que l’arthrite traumatique. Elle se développe parfois avec une rapidité surprenante, alors que l’écoulement uréthral est supprimé. Elle disparaît aussi promptement, se déplace facilement et récidive de même. Il est des individus qui ont des arthrites toutes les fois qu’ils contractent une blennorrhagie. Celle qui résulte de l’usage de la bière nouvelle ou du vin de Champagne, y donne lieu aussi bien que la blennorrhagie occasionnée par un coït
impur. Le froid et la diathèse rhumatismale interviennent comme causes occasionnelles ou prédisposantes.
Une inflammation du même genre se déclare parfois dans le genou ou dans l’articulation tibio-tarsienne après l’opération du cathétérisme.
Vidal de Cassis(l)ra observée, chez les femmes, après des injections vaginales avec le sulfate de zinc.
Enfin, l’arthrite suite de couches, qu’il ne faut pas confondre avec celle de la fièvre puerpérale, nous semble devoir être rapportée ici. Elle est peu douloureuse et suscite peu de fièvre. Selon l’auteur, que nous venons de citer, il y a dans la tumeur un certain empâtement qui la distingue de la simple hydrarthrose ; elle devient quelquefois le point de départ d’une tumeur blanche.
8° Arthr algie hystérique.
C’est à Brodie qu’on doit la connaissance des affections hystériques des membres ; elles sont cependant rares, suivant M. Briquet (2).
Spontanées parfois, elles succèdent ailleurs à d’autres hyperesthésies, ou sont provoquées par des causes occasionnelles, telles qu’un effort, une chute, un excès de fatigue. Les membres inférieurs, surtout le genou et la hanche, en sont le siège de prédilection.
La douleur est d’ordinaire très-vive et lancinante, continue, rémittente ou intermittente. Elle quitte parfois brusquement une articulation pour se jeter sur une autre, et se montre sous tous les rapports aussi irrégulière et capricieuse dans sa marche que le sont les autres accidents hystériques. On la voit disparaître inopinément sous une influence morale ou après l’emploi de remèdes insignifiants, alors qu elle avait résisté pendant des années aux moyens les plus énergiques.
Elle est tantôt superficielle, tantôt profonde ; mais jamais son siège ne correspond exactement à la synoviale. Les mouvements de l'articulation ne l’augmentent pas, et la pression seulement quand elle est compliquée de dermalgie. Par contre, M. Briquet constate que les émotions moitiés, les passions vives, l’exaspèrent d’une manière incroyable. Dans quelques cas elle s’étend aux parties voisines et à la peau, d’autres fois à tout le membre. Elle peut, en outre, être accompagnée de contracture et de rétraction du membre.
L’articulation douloureuse ne présente ni rougeur, ni chaleur, ni
(1) Traité de pathologie externe. Paris, 1851. T. II. p. 610.
(12) Traité de V hystérie, p. 241.
gonflement. L’arthralgie hystérique ressemble sous ce rapport à l’arthralgie saturnine; le diagnostic s’établira d’après les accidents concomitants. Au surplus, on n’oubliera pas que la douleur saturnine envahit la continuité des membres plutôt que les articulations, et presque sans exception les deux membres à la fois, tandis que l’arthralgie hystérique est mono-articulaire et unilatérale.
ARTICLE IV
DE l’0M ALGIE.
Omalgie, de co>cç, épaule, et aXyoq, veut dire douleur de l’épaule. Son synonyme est scapulodynie .
Nous signalerons les espèces qui offrent un intérêt général ou constituent l’accident prédominant dans certaines maladies.
1° Omalgie rhumatismale.
Le rhumatisme siège fréquemment dans le muscle deltoïde, dans les bourses synoviales qui entourent l’articulation scapulo-humérale, et dans la totalité du moignon de l’épaule.
Valleix (1) signale, avec raison, comme une particularité de ce siège, qu’ici le rhumatisme se transforme le plus souvent en névralgie proprement dite.
La douleur varie, depuis le faible endolorissement survenant quand le malade essaie d’élever le bras ou de le porter en arrière, jusqu’à des élancements et des déchirements tellement vifs que tout mouvement devient impossible et que le sujet ne sait plus quelle position donner à son bras.
L’omalgie rhumatismale diffère de l’arthralgie scapulo-humérale inflammatoire en ce que, chez elle, il n’y a ni tuméfaction ni immobilité véritable, et que la réaction fébrile est nulle ou (rès-modérée.
Les conditions étiologiques empêcheront de confondre avec elle les douleurs scapulo -humérales aiguës auxquelles sont sujets les menuisiers débiles par suite d'abus des mouvements (2).
2° Omalgie sympathique.
Les praticiens signalent parmi les symptômes de certaines maladies du foie , particulièrement de l’abcès, une douleur de l’épaule droite
(1) Traité des névralgies , Chap. III.
(2) Voyez Borcliard dans Y Union médicale, 1859. T. IV. p. 373.
siégeant tantôt dans l’articulation scapulo-humérale, tantôt à lomoplate, quelquefois dans la portion antérieure du deltoïde.
Elle se manifeste comme un sentiment de pression ou de tension, comparable à celui de certains rhumatismes chroniques, mais aussi comme une douleur déchirante, térébrante, insupportable, aussi intense que la douleur qui est propre à la luxation du bras. On la provoque parfois en percutant la région hépatique, et quand elle existe déjà, cette opération l’exaspère. 11 est des cas où elle s'irradie à l’épaule, d’une part, le long de la clavicule, et dans la région cervicale, d’autre part, le long du bras jusqu’à l’articulation du poignet.
Louis etÂndral lui ont contesté toute valeur diagnostique. Casimir Broussais a noté sa présence 11 fois sur G6 cas d’abcès du foie. D’autres observateurs se rangent à l’avis d’Annesley qui affirme quelle est constante quand l’abcès siège dans le lobe droit, près de la face convexe du foie.
Diverses hypothèses ont été proposées pour expliquer cette sympathie remarquable. Henocb y voit une sensation irradiée. Luschka (1) fait intervenir l’anastomose du nerf phrénique avec le quatrième nerf cervical dont les rameaux cutanés se rendent à l’épaule et à la partie externe de la région claviculaire.
Une douleur semblable, mais à l’épaule gauche, a été attribuée déjà par Hippocrate aux maladies de la raie. Elle semble appartenir spécialement à la splénite aiguë, et être rare comme cette maladie elle même. Ayx, cependant, l’a observée dans un cas d’hypertrophie de la rate, aussi vive comme si l’épaule avait été luxée (2). Elle est parfois suivie d’anesthésie et même de paralysie de l’épaule.
Du reste, des douleurs sympathiques de l’épaule gauche se développent aussi dans certaines maladies du cœur, ainsi que dans celles du poumon gauche et de la plèvre correspondante.
7>° Omalgie hystérique.
On doit se garder de confondre cette affection névralgique avec l’arthrite ou avec la tumeur blanche de l'épaule. Pareille confusion est d’autant plus à craindre que, par la violence de la douleur et la contraction spasmodique des muscles, la tête de l’humérus est fortc-
(4) Die Anatomie des Mc.nschen, Tübingen, 4803, t. I, p. 224.
(2) Iîenoch Klinik der Untcrleibshrankhcitcn. Berlin, 4832, t. Il, p, 34.
ment adirée et pressée contre la cavité glénoïde de l'omoplate, ce qui fait paraître le bras raccourci. C'est un point de diagnostic sur lequel IUist a particulièrement insiste.
ARTICLE V
DE l’oMOPLÉGIE.
Les paralysies de l’épaule sont souvent la suite d’un rhumatisme, ou l’effet d’une myatrophie locale ou progressive. D’autres fois, elles dépendent d’une intoxication métallique ou de lésions circonscrites de l’encéphale, sans parler des contusions, tiraillements et déchirures que les nerfs éprouvent, par exemple, dans les luxations.
La faiblesse et l'impuissance des mouvements, la déformation de l'épaule et le déplacement de l’omoplate sont les signes auxquels on reconnaîtra ces paralysies en général. Toutefois les exigences actuelles du diagnostic, en vue surtout du traitement par l'électricité, nous obligent à entrer dans plus de détails. On nous permettra de suivre les indications données par M. Duchenne, de Boulogne (1).